Vlad III l'Empaleur

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Vlad Țepeș
Vlad Țepeș portrait du XVe siècle (château d'Ambras).
Vlad Țepeș portrait du XVe siècle (château d'Ambras).
Titre
Prince de Valachie
Biographie
Dynastie Drăculea
Nom de naissance Vlad Basarab
Date de naissance entre 1430/31 et 1436
Lieu de naissance probablement Sighișoara
Date de décès novembre ou décembre 1476 (à 45 ans)
Lieu de décès Bucarest
Père Vlad II le Dragon (Vlad Dracul)
Conjoint (1) ép. Ileana de Hunedoara-Nelipic, cousine de Matei Corvin, roi de Hongrie
(2) illég. fille de l'armas Dracea de Mănești
Enfant(s) Mihnea Ier cel Rău

Le voïvode Vlad III Basarab, surnommé « l'Empaleur » (en roumain Țepeș), mort en décembre 1476 à Bucarest, est prince de Valachie en 1448, puis de 1456 à 1462 et en 1476. Il inspira Bram Stoker pour la création du personnage du Comte Dracula.

Biographie[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Le contexte de la première moitié du XVe siècle est mouvementé : le Saint-Empire romain germanique et les pays chrétiens d'Europe de l'Est, en particulier les royaumes d'Autriche, de Hongrie et de Pologne sont sérieusement menacés par la poussée de l'Empire ottoman, lequel a déjà conquis les Balkans et encerclé Constantinople (la capitale ottomane est à Andrinople jusqu'en 1453). Réduit à sa capitale, à quelques îles de l'Égée, à Mistra et à Trébizonde, l'Empire byzantin vit ses dernières années avant sa chute le 29 mai 1453. Les régions qui se situent entre les deux empires constituent le dernier rempart de la chrétienté (catholique et orthodoxe) contre les musulmans et sont le théâtre de batailles acharnées. Les sultans consolident leur contrôle sur les Balkans, balayant un à un les États chrétiens (Serbie, Bulgarie, despotat d'Épire, despotat de Dobrogée) et ne s'arrêtent qu'aux portes de la Hongrie.

Durant cette période, la Valachie est une principauté qui résiste encore à la pression ottomane. Ses relations avec l'empire turc oscillent entre guerres et périodes de vassalité envers le Sultan ottoman, qui offre la paix moyennant le paiement d'un tribut[N 1]. Le Voïvode étant élu, le trône était disputé, à l'époque de Vlad Țepeș, entre les familles cousines Basarab des Basarab-Dǎnescu et des Basarab-Drǎculescu. Alors que les Drǎculea négociaient la paix avec les Turcs, les Dǎnescu appelèrent les Hongrois pour les aider à combattre le Sultan.

En 1447, le père de Vlad, Vlad II Dracul (« le Dragon », surnom dû au fait qu'il était membre de l'Ordre du Dragon), conclut une paix avec les Ottomans. Étant en guerre contre les Turcs, Jean Hunyadi, voïvode de Transylvanie et gouverneur de Hongrie depuis 1446, entreprend en novembre de la même année, en partant de Brașov, une expédition punitive contre Vlad II, considéré comme traître à l'ordre du Dragon. Ce dernier est capturé et tué à Bǎlteni, avec son premier fils Mircea II le Jeune. Parvenu à Târgoviște, Jean Hunyadi se proclame le 4 décembre 1447 « voïvode des régions transalpines » (c'est-à-dire, pour lui, « au-delà des Alpes de Transylvanie », en Valachie). Ce titre lui permet de faire élire au trône de la Valachie un des Dǎnești, le fils de Dan II, Vladislav II. Les Drǎculești sont alors évincés du pouvoir.

Son vrai nom[modifier | modifier le code]

Vlad est issu de la dynastie princière des Basarab, à l'origine du toponyme Bessarabie (qui désigna initialement la Valachie avant de désigner une partie de la Moldavie). Le premier représentant marquant est Basarab le Grand qui délivra le pays de la vassalité hongroise. Selon les historiens Mihnea Berindei et Matei Cazacu, ce nom pourrait être couman (signifiant « père sévère »). Selon l'historien Pierre Năsturel, ce Besserem-Bem des chroniques turques pourrait être une déformation de Bessarion-Ban (Ban étant un titre hongrois de vassalité désignant un commandant militaire ayant sur une marche-frontière et ayant donné le nom du Banat).

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Maison de Vald Dracul à Sighișoara

Vlad Țepeș serait né entre 1430-1431 et 1436, probablement à Sighișoara, ville de Transylvanie où son père exilé a séjourné de 1431 à 1435 et où l'on montre encore sa maison natale[1],[2]. S'il est né fin 1436, il a pu le faire à Târgoviște, capitale et cour princière de la Valachie ; avant 1430 le lieu de résidence de son père n'est pas connu[3].

En 1442, Vlad Țepeș est envoyé comme otage au sultan Mourad II, avec son jeune frère Radu cel Frumos (Radu le Beau) ; il est retenu à Andrinople jusqu'en 1448, et son frère jusqu'en 1462. Cette période de captivité dorée chez les Turcs a joué un rôle important dans la montée au pouvoir de Vlad. Probablement s'est-t-il fait durant cette période des relations utiles à son ambition, et à son désir de revanche contre les Dǎnești. En sa qualité d'otage princier, il avait certains privilèges tel que celui de pouvoir étudier, correspondre, disposer de pages et de serviteurs. Il est possible que c'est à cette époque qu'il ait assisté à ses premiers empalements, un des supplices dans l'Empire ottoman[4].

La lutte pour le trône[modifier | modifier le code]

En 1448, profitant de l'absence de Vladislav, éloigné de Târgoviște par les combats de la seconde bataille de Kosovo contre les Turcs, Vlad III Țepeș rentre d'Andrinople avec une troupe de cavalerie turque et un contingent de troupes prêtées par le pacha Mustafa Hassan pour s'emparer du trône. Mais Vladislav le chasse dès son retour, deux mois plus tard (octobre-novembre 1448), et Vlad doit s'exiler en Moldavie où règne Bogdan II Mușat. Là, il se lie d'amitié avec le futur Étienne III de Moldavie.

La chute de Constantinople aux mains des Turcs en 1453 change la donne : les chrétiens doivent faire feu de tout bois et Jean Hunyadi, qui part défendre Belgrade contre les assauts ottomans, confie à Vlad Țepeș une armée pour défendre le sud de la Transylvanie. Mais Vlad en profite, avec l'aide de boyards de Munténie, pour reprendre le trône de Valachie : il écrase et tue Vladislav II au combat en août 1456. Il règne ensuite pendant six ans, consolidant son pouvoir en centralisant l'autorité, de la même façon que Matthias Corvin en Hongrie ou Louis XI en France. Il élimine sans pitié tous les boyards qui pouvaient le déstabiliser. Il s'appuie sur le petit peuple, qui l'adule,[réf. nécessaire] et établit un régime de terreur dans l'aristocratie, de telle façon que tous le redoutent et le craignent.

La légende « du pal »[modifier | modifier le code]

Représentation tirée des chroniques de Brodoc montrant Vlad Țepeș dînant devant des exécutions par empalement.

La plus petite infraction, du mensonge jusqu'au crime, pouvait être punie de mort (la légende dit « du pal », mais toutes les forêts du pays n'y auraient pas suffi). En fait, Vlad n'a empalé que quelques personnages, mais de haut rang : c'est ce qui a frappé les imaginations et lui a valu son surnom de Țepeș (l'empaleur). Il combat la corruption et l'intrigue en s'appuyant sur l'"Oastea domnească", l'armée princière, recrutée parmi les paysans libres. Sûr de l'efficacité de son système, Vlad place un jour une coupe en or en plein milieu de la place centrale de Târgoviște. Les voyageurs assoiffés auront le droit de se servir de la coupe, mais elle doit rester en place. Selon les sources historiques, celle-ci ne fut jamais dérobée, et resta à sa place tout le temps du règne de Vlad.[réf. nécessaire]

La légende veut que lors de la guerre contre les Ottomans, il empale ses propres soldats qui présentent une blessure dans le dos ou ordonne à un de ses généraux d’empaler un soldat sur douze parmi ceux qui refuseraient d’aller au combat. Le général refusant, Vlad le transperce sur le champ[5].

Il dirige sa vengeance contre les boyards responsables de la mort de son père et de son frère Mircea. Le dimanche de Pâques 1457, il arrête toutes les familles de boyards qui faisaient la fête à la cour princière. Après avoir empalé quelques chefs des grandes familles, il oblige les autres à marcher une centaine de kilomètres, sur un difficile chemin de chèvres. Il ne permet pas aux survivants de se reposer à leur arrivée, il leur ordonne immédiatement de construire une forteresse sur les ruines d'un ancien avant-poste, avec vue sur la rivière. Le chantier dure des mois et beaucoup meurent. Vlad crée une nouvelle noblesse d'armes parmi ses paysans, et réussit à se faire construire rapidement une forteresse avec l'ancienne. La légende dit que ce serait le château de Bran, mais celui-ci ne se situe pas en Valachie, mais en Transylvanie, et si ses fondations sont bien antérieures au règne de Vlad (elles datent de l'Ordre Teutonique, cantonné là entre 1211 et 1242), les murailles actuelles sont postérieures, datant des Habsbourg. La véritable forteresse de Vlad est identifiée aujourd'hui aux ruines de la citadelle de Poenari sur l'Argeș, en Valachie.

En 1457, les marchands saxons de Transylvanie de Sibiu et de Brașov essaient de le remplacer par un « prêtre des Roumains », identifié comme étant le futur souverain Vlad IV Călugărul (Vlad IV le Moine), qui leur promet des avantages douaniers. Les commerçants de Brașov choisissent un autre prétendant, Dan III Dănicu, le frère de Vladislav II. Vlad franchit alors les Carpates et, une fois en Transylvanie, punit ses ennemis, jusqu'au moment où Matthias Corvin, fils de Jean Hunyadi, intervient en négociant un accord, ce qui montre les limites de l'indépendance du pouvoir de Vlad Țepeș, même sur ses terres, en face du pouvoir hongrois. Dan III, soutenu par Matthias, passe les Carpates depuis Brașov vers la Valachie, où il est pris et exécuté par Vlad le 22 avril 1460. Les représailles envers les marchands saxons de Transylvanie établis en Valachie sont alors terribles, et, bien qu'aucun n'ait été empalé, Vlad acquiert ainsi sa réputation de monstre auprès des Occidentaux.

Contre les Turcs[modifier | modifier le code]

Début 1462, Vlad se sent plus fort, et la participation que lui promet Matthias Corvin en personne à une expédition contre les Turcs l'enhardit jusqu'à briser son alliance avec les Ottomans. Il lance alors une campagne contre ces derniers sur le Danube, tuant plus de 30 000 hommes. Vlad perd alors l'allégeance de son frère Radu cel Frumos (Radu le Beau) et provoque la colère du sultan Mehmed II, fils de Mourad, lorsqu'il refuse d'accéder à la demande des émissaires turcs de payer le tribut au sultan. Lorsque les émissaires du souverain ottoman refusent d'ôter leurs turbans face à lui, il les leur fait clouer sur le crâne. Quand le sultan apprend l'exécution de ses émissaires, il décide d'envahir la Valachie, qu'il souhaite transformer en province turque. Il procède à l'invasion avec une armée de deux tiers plus importante que celle de Vlad. L'aide hongroise tardant à se manifester, Vlad Țepeș doit se résoudre à se retirer à Târgoviște, à brûler ses propres villages, et à empoisonner les sources sur sa route, de façon à ne plus rien laisser à boire et à manger à l'armée turque. Il livre plusieurs escarmouches dont la plus célèbre est l'attaque de nuit du 17 juin 1462[6].

Lorsque le sultan arrive à Târgoviște, il est confronté à une vision d'épouvante : sur des centaines de pals, les corps de nombreux officiers turcs prisonniers sont dressés, une scène terrifiante qui fut surnommée « la Forêt des Pals » et qui, elle aussi, marqua les imaginations. Mehmed II préfère laisser sa place au combat à Radu cel Frumos, candidat des Turcs pour le trône de Valachie. À la tête de l'armée turque et d'une partie de l'"Oastea domnească" qu'il convainc de rejoindre son camp, Radu III poursuit son frère jusqu'à la forteresse de Poenari. D'après la légende, la femme de Vlad, qui voulut s'échapper, trouva la mort en tombant du haut de la falaise que la forteresse surplombe (une scène exploitée par Francis Ford Coppola dans son film Dracula). Vlad, lui, réussit à s'échapper du siège de Poenari en empruntant un passage secret à travers la montagne. Radu le Beau monte sur le trône de Valachie le 15 août 1462.

Prisonnier en Hongrie[modifier | modifier le code]

Vlad retourne alors en Transylvanie pour rencontrer Matthias Corvin qui, pense-t-il, arrive à Brașov pour se porter à son secours. Mais ses excès lui ont déjà aliéné ses alliances, et les autorités locales de Brașov qui reconnaissent Radu comme souverain depuis deux mois, achèvent de convaincre Matthias Corvin d'arrêter Vlad (arrestation effectuée par un chef hussite connu, Jan Jiskra, en novembre 1462). Vlad est maintenu prisonnier à Buda, capitale de la Hongrie (aujourd'hui une partie de Budapest) pendant douze ans ; une fois libéré, il retourne en Valachie et s'installe à Bucarest qui, à l'époque, n'était qu'une petite bourgade parmi d'autres. Selon de nombreuses sources, c'est l'arrivée de Vlad et son troisième règne qui auraient fait prospérer la ville. Selon ces mêmes sources, le prince de Valachie aurait lui-même fait de Bucarest la capitale de la principauté.

Une fin tragique[modifier | modifier le code]

En 1476, Vlad est reconnu à nouveau comme prince de Valachie, mais il ne jouit que peu de temps de son troisième règne. Il meurt au combat à la fin du mois de décembre 1476 à Bucarest [N 2]. Le corps de Vlad Țepeș est décapité et sa tête envoyée au sultan qui la pique sur un pieu comme preuve de sa mort.

Sa tombe[modifier | modifier le code]

La réalité des faits est loin de la fiction du roman Dracula ou de nombreux films et spectacles y faisant référence, mettant tous en scène un cercueil dans une crypte gothique entourée de ténébreuses montagnes.

Le « tombeau » de Vlad Țepeș est censé se situer au monastère de Snagov, sur une île proche de la capitale roumaine. Selon le célèbre historien Constantin Rezachevici, son tombeau pourrait être situé au monastère de Comana[7]. Le monastère de Comana a été fondé au milieu du XVe siècle par Vlad Țepeș et se situe dans le Județ de Giurgiu au sud de la Roumanie.

Le tombeau est censé se situer en plaine, au bord d'un lac aux rives fleuries, au monastère de Snagov, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bucarest. Mais des études récentes ont montré que ce « tombeau » ne contient que quelques ossements de chevaux fossiles, datés du Néolithique, et ne correspondent pas aux vrais restes du prince valaque. D'après le livre de Radu Florescu et Raymond McNally À la Recherche de Dracula, il y a deux autres tombes à Snagov : la première à l'entrée de la chapelle du monastère et la seconde au pied de l'autel. On s'accorde généralement à dire que c'est la seconde qui devait contenir le corps (décapité) de Vlad. En 1932, une mission archéologique roumaine ouvrit cette tombe et n'y trouva que des fragments d'ossements humains, mâchonnés par des bêtes. L'autre tombe fut également ouverte. L'équipe d'archéologues y découvrit un squelette d'homme très friable et privé de son visage, sa tête recouverte d'un tissu de soie, une épée, une médaille de l'Ordre du Dragon, une couronne, les restes d'une cape pourpre et une bague de femme, cousue à l'intérieur de ce qui fut autrefois la manche d'un vêtement (tradition d'amour courtois très répandue en Europe à la fin du Moyen Âge) : l'inventaire du Musée d'Histoire et d'Archéologie de Bucarest, et des photos, en témoignent.

Le monastère de Snagov est orthodoxe, or Vlad avait abjuré sa foi orthodoxe et s'était converti au catholicisme pour pouvoir bénéficier du soutien de Matthias Corvin afin de remonter sur le trône. Il était donc considéré comme un hérétique par les moines orthodoxes, qui auraient mis son corps en terre, et non dans cette tombe. Un hérétique, mais baptisé orthodoxe et de sang princier : on aurait pu lui accorder de reposer dans la chapelle, mais à l'entrée, les fidèles et les moines marchant alors sur sa tombe chaque jour en signe de contrition pour lui.

Avec l'avènement de la génétique, on s'intéressa de nouveau au corps trouvé à l'entrée de la chapelle en 1932 pour tenter de l'authentifier en comparant son ADN à celui des descendants de Vlad III encore en vie. Mais entre-temps, le Musée d'Histoire et d'Archéologie de Bucarest, ainsi que ses réserves, ont déménagé plusieurs fois, subi des bombardements et des incendies, et la malle contenant les restes de Snagov reste à ce jour introuvable. Il est possible aussi qu'elle ait été volée.

Constructions[modifier | modifier le code]

Le seul bâtiment historique que l'on peut rapporter avec certitude au règne de Vlad, est la tour de Chindia à Târgoviște. Selon l'historien Lucian Boia, une aile de l'une de l'ancienne citadelle de Bucarest ("Curtea Veche") fut également érigée par Vlad Țepeș (d'ailleurs son buste marque l'endroit) et témoigne de sa présence dans l'actuelle capitale de la Roumanie.

Surnoms, légendes et postérité littéraire[modifier | modifier le code]

Surnoms[modifier | modifier le code]

Vlad Basarab a eu de nombreux surnoms : Țepeș (« l'Empaleur » en roumain), Drăculea (« Petit dragon » en roumain, d'où Dracula - son père Vlad II le Dragon ayant été membre de l'Ordre du Dragon).

Vlad Țepeș connaît déjà une célébrité importante de son vivant, répandue surtout par ses ennemis : les marchands saxons de Transylvanie, et Matthias Corvin, le roi de Hongrie, qui l'ont fait passer pour un souverain cruel qui empale ses ennemis. Selon leurs dires, il aurait empalé des centaines de milliers d'hommes, et en particulier, les négociants allemands de Transylvanie, les membres de la vieille noblesse, tous ceux qui se dressaient contre lui, ainsi que les prisonniers turcs.

Mais, oubliée avec sa mort, cette mauvaise réputation, consignée dans les documents et les gravures d'époque, s'est repropagée avec la diffusion du personnage de Dracula, inventé par Bram Stoker pour son roman en 1897. Ce roman ne se fonde pourtant pas sur la réalité du règne de Vlad Țepeș : c'est une fiction censée se dérouler en Transylvanie et au Royaume-Uni au XIXe siècle. Néanmoins, en raison du succès de cette fiction, Vlad Țepeș est assimilé au personnage de Dracula qui a été immortalisé par Stoker sous la forme d'un vampire buvant le sang de ses victimes. L'image de la Transylvanie, et de la Roumanie, par le biais du roman de Stoker, est maintenant associée pour longtemps au comte vampire Dracula, dont le nom est celui du Diable, et qui recouvre la mémoire de Vlad Țepeș.

Origines de la légende[modifier | modifier le code]

Sa vie est connue grâce aux sources écrites qui relatent les faits et gestes de Vlad III, prince de Valachie au milieu du XVe siècle.

Selon certaines de ces sources, Vlad Țepeș aurait été un monstre de cruauté, une brute qui aimait répandre le sang, le feu, la mort partout, et ses victimes se seraient comptées en milliers, en dizaines ou en centaines de milliers. Cette légende trouve ses sources dans la haine et le ressentiment de ses adversaires, les marchands saxons et les boyards de Valachie, qui ont toujours lutté pour conserver leurs privilèges dans ces régions. La diffusion d'écrits inspirés par cette version en Europe a été fortement encouragée par Matthias Corvin, roi de Hongrie, qui cherchait à justifier son changement d'attitude : après avoir soutenu Vlad dans ses actions contre les Turcs, il soutint son frère Radu III le Beau (Radu cel Frumos), qui était le candidat des Ottomans et chef des armées ottomanes, alors que Vlad était vaincu et demandait de l'aide, seul à Brașov. Il valait mieux faire passer Vlad pour un monstre incontrôlable.

Au début du XIXe siècle, cette thèse a été relancée par la publication en allemand des Histoires de la Moldavie et de la Valachie de Johann Christian Engel, qui présente Vlad Țepeș comme un tyran sanguinaire.

Mais selon les chroniqueurs orientaux,

« Vlad Țepeș était un chef qui utilisait la terreur pour se faire respecter de ses ennemis, un adversaire redoutable et respectable. On peut citer A. Bonfini ou L. Chalcocondyle, ainsi que l'auteur anonyme des Histoires slavonnes, qui ont de l'admiration pour ce voïvode autoritaire mais juste, qui a utilisé toutes les méthodes pour consolider un pouvoir central, et pour faire régner l'ordre sur ses territoires. »

Libelle de 1462 représentant Vlad Țepeș

En réalité, telle qu'elle est corroborée par les sources primaires, Vlad Țepeș a persécuté les boyards valaques au profit du « vil » peuple pour asseoir son pouvoir[réf. nécessaire], et, pour financer ses campagnes militaires, il a augmenté les droits de douane au détriment des marchands saxons de Transylvanie en Valachie. Ce sont ceux-ci qui, au moyen de gravures sur bois et de libelles reproduits à des centaines d'exemplaires, l'ont pour la première fois représenté en vampire sanguinaire se repaissant de chair humaine et buvant du sang, attablé devant une forêt de pals. Selon leurs libelles, Vlad aurait systématiquement fait écorcher, bouillir, décapiter, aveugler, étrangler, pendre, brûler, frire, clouer, enterrer vivants, mutiler atrocement et bien sûr empaler tous ses contradicteurs.

Dans quelle mesure Vlad a-t-il vraiment usé de ces cruels procédés ? Rien ne dit qu'il ne les ait davantage pratiqués que ses contemporains[non neutre]. Toutefois, il l'a fait de manière à frapper les esprits, en osant martyriser non seulement des criminels ou des voleurs, mais aussi des aristocrates comploteurs ou des marchands étrangers jugés malhonnêtes entre 1457 et 1460.

L'exemple le plus frappant est celui de l'ambassadeur turc Hamza Bey, et son chambellan Thomas Katavolinos, qui avaient tenté de s'emparer de lui par la ruse en 1461. Cela conduisit à une nouvelle guerre contre l'Empire ottoman mais surtout, inspira à toutes les cours d'Europe un sentiment d'horreur à l'égard de Vlad[réf. souhaitée].

Ce sont quelques-uns de ces libelles qui, parvenus à la Royal Library et au British Museum de Londres où ils se trouvent toujours[réf. nécessaire], ont pu tomber sous les yeux de l'écrivain Bram Stoker et lui ont fourni une partie des idées grâce auxquelles il forgea son personnage de Dracula[réf. souhaitée].

La légende contemporaine : Dracula[modifier | modifier le code]

Article connexe : Dracula.

Dracula est un roman de l'écrivain irlandais Bram Stoker publié en 1897. Il raconte l'histoire d'un vampire, c'est-à-dire un être immortel qui se repaît du sang des vivants, dont le nom s'inspire du surnom Drăculea de Vlad Țepeș.

On ne sait pas exactement pourquoi Bram Stoker a pris, pour nommer et situer son personnage de fiction, le nom et le contexte d'un prince de Valachie du XVe siècle. Quelques-uns ont proposé l'idée que Stoker aurait rencontré un professeur hongrois de l'Université de Budapest, Hermann Vamberger (Arminius Vambery dans le roman), et il est possible qu'il ait pu avoir des informations sur Vlad Țepeș par cet érudit, ou par des libelles anti-Vlad, ou encore par les Histoires de la Moldavie et de la Valachie de Johann Christian Engel, consultés à la Royal Library. Le fait que dans le roman de 1897, le Dr Abraham Van Helsing mentionne son ami Arminius comme source de ses connaissances sur Vlad Țepeș, semble être en faveur de cette hypothèse. De même, le seul lien réel entre le Vlad Țepeș historique (1431-1476) et le mythe littéraire moderne du vampire est le livre de Stoker ; Bram Stoker s'est servi des sources populaires, de détails historiques et de quelques expériences de sa vie personnelle pour donner la vie à une créature complexe. D'autre part, les adversaires politiques principaux de Vlad - les Saxons de Transylvanie - se sont servis du sens de diable du mot roumain drac pour jeter le discrédit sur la réputation du prince.

Les représentations littéraires de Vlad III Basarab[modifier | modifier le code]

Vlad Țepeș en tant que personnage central apparaît par exemple :

  • dans le roman La Croisade des Carpates des écrivains Vanessa et Diana Callico ( premier tome de la trilogie Les sept portes de l'Apocalypse, éditions Asgard)
  • dans la bande dessinée Sur les traces de Dracula de Herman (dessinateur) et Yves (scénario). (premier tome de la série Vlad l'Empaleur, éditions Casterman)

Les représentations dessinées de Vlad III Basarab[modifier | modifier le code]

Vlad Țepeș apparaît très rapidement à la fin du dernier épisode dans Hellsing (série télévisée d'animation) : dans le dernier épisode de cette série animée japonaise, la face du visage du vampire Alucard s'éclaire dans l'obscurité au moment où surgit un éclair, laissant apparaître à moitié la face du portrait historique de Vlad Țepeș.

Famille[modifier | modifier le code]

Ascendants[modifier | modifier le code]

Descendance[modifier | modifier le code]

Vlad Țepeș a eu trois épouses successives : Justina Szilagyi (Iustina Sălăgeanu, mère de Mihnea Ier), Cneajna Bathory de Transylvanie (ce qui permet aux exégètes de supputer des parentés avec la terrible Erzsébet Báthory)[réf. nécessaire] et Ileana de Hunedoara-Nelipic.

Vlad, après avoir contracté vers 1452/1456 une première union avec une inconnue originaire de Transylvanie dont il eut deux fils, Mihail présent au Château de Buda en 1486 [N 3] et Vlad († 1485), épouse pendant sa captivité en Hongrie une cousine de Matthias Corvin parfois identifiée avec Ileana de Hunedoara-Nelipic (?)[9]. Sa descendance princière est issue de cette union. Elle est plus connue et a régné sur la Valachie[10] :

Petru Șchiopul aurait eu trois épouses successives[réf. nécessaire] : Maria Amiralis, avec qui il eut un fils : Vlad, Irène « la Tzigane »[N 4].et Maria Aroisali. Sa fille Maria Basarab, épousa Peter Bornemisza de Kapolna. Ils eurent à leur tour une fille, Zsuzsanna (Suzanne) Bornemisza de Kapolna qui, avec son mari Gaspar Kendeffy de Malomviz (ou Malmoliz), ont été des ascendants directs de la famille royale de Windsor[réf. nécessaire].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Academia Română (Académie Roumaine), Istoria Românilor vol.IV (Histoire des Roumains), Bucarest, Editura Enciclopedicǎ, 2001.
  • Denis Buican :
    • Dracula de Vlad l'Empaleur à Staline et Ceaușescu, La Garenne-Colombes, Éditions de l'Espace européen, 1991.
    • Les Métamorphoses de Dracula. L'histoire et la légende, Paris, Le Félin, 1993.
  • Matei Cazacu :
    • « À propos du récit russe Skazanie o Drakule voevode», in Cahiers du monde russe et soviétique, no 15-3-4, 1974, p. 279-296, [lire en ligne].
    • L'histoire du prince Dracula en Europe centrale et orientale (XVe siècle), présentation, édition critique, traduction et commentaire de Matei Cazacu, Genève, Droz, 1988, [compte-rendu en ligne].
    • Dracula, Paris, Taillandier,‎ 2004, 632 p. (ISBN 978-2-8473-4143-0). Réédition : Taillandier, coll. « Texto », 2011, (ISBN 2847341439), [compte-rendu en ligne].
  • Constantin Dobrilă, Entre Dracula et Ceaucescu. La tyrannie chez les Roumains, Bucarest, Institut culturel roumain, 2006.
  • Laurence Harf-Lancner, « Dracula : les métamorphoses d'un prince roumain », in L'Histoire, no 131, mars 1990, p. 34-41.
  • Raymond McNally & Radu Florescu, À la recherche de Dracula, l'histoire, la légende, le mythe, Paris, Robert Laffont, 1973.
  • Françoise Michaud-Fréjaville, « La véritable histoire de Dracula », in L'Histoire, no 28, p. 31.
  • Jean Nouzille, La Moldavie. Histoire tragique d'une région européenne, Paris, Éditions Belier, 2004, (ISBN 2952001219)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cela durera jusqu'au milieu du XIXe siècle et la Valachie ne sera jamais une province turque, comme le représentent par erreur la plupart des ouvrages historiques modernes, mais restera une principauté autonome, gouvernée par un "Voïvode" élu par la noblesse (plus tard "Hospodar") assisté d'un "Sfat" (conseil, plus tard "Divan domnesc"). Elle avait une législation ("Pravila"), une armée ("Oastea"), une flotte sur le Danube ("Bolozanele") et un corps diplomatique ("Logofeții").
  2. Ou au début de janvier 1477 selon certaines sources
  3. qui serait le fils ainé donné en otage à la Sublime Porte au cours de son premier régne
  4. En fait seulement deux épouses de Petru Șchiopul sont attestées : une grecque, Maria Amiralis, et Irina Botezata une Tzigane mère de son fils unique Ștefaniță mort sans descendant

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cazacu 2004, p. 29
  2. Mircea Goga La Roumanie. Culture et civilisation P.U.P.S (Paris 2007) p. 223
  3. Cazacu 2004, p. 30
  4. (it) Paolo Chinazzi, Gli ordini cavallereschi. Storie di confraternite militari, Edizioni Universitarie Romane,‎ 2013, p. 196
  5. Jacques Berlioz, « Dracula, mon vampire bien-aimé », L'Histoire, no 290,‎ septembre 2004, p. 26
  6. (en) Radu Florescu et Raymond T. McNally, Dracula: Prince of many faces - His life and his times, Little, Brown and Company,‎ 2003 (ISBN 978-0-316-28656-5), p. 145-147
  7. Constantin Rezachevici, Unde a fost mormântul lui Vlad Țepeș? (II), Magazin Istoric, nr.3, 2002, p. 41).
  8. Références généalogiques
  9. (de) Europaïsche Stammtafeln Vittorio Klostermann, Gmbh, Francfort-sur-le-Main, 2004 (ISBN 3465032926), Basarab (Bassaraba, Basaraba), Voievoden der Walachei II Volume III Tafel 194.
  10. Matei Cazacu Dracula, Tallandier, Paris 2004 (ISBN 2847341439) p. 229

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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