Vittorio Fiorucci

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Vittorio Fiorucci

Nom de naissance Vittorio Fiorucci
Naissance 2 novembre 1932
Zara Drapeau de l'Italie Italie
Décès 27 juillet 2008 (à 75 ans)
Montréal Drapeau du Canada Canada
Nationalité Canadienne
Activités Affichiste

Vittorio Fiorucci (2 novembre 1932 - 27 juillet 2008), mieux connu sous son seul prénom Vittorio, a été affichiste, designer graphique, écrivain, caricaturiste, photographe, scénariste, bédéiste, illustrateur, éditeur de magazines, auteur de livres pour enfants, de livres de photographies et sculpteur. Il a surtout œuvré au Québec à partir des années 1960, où il s’est démarqué par ses personnages aux formes simples et aux couleurs vives, mis au service de clients comme Bell et le Festival Juste Pour Rire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vittorio est né le 2 novembre 1932 à Zara, sur la côte Dalmate, de parents italiens. Son père était policier dans la marine. La côte Dalmate était à l’époque un territoire italien. Il passe une enfance de rêve sur les bateaux et le bord de la mer. Durant la guerre, en 1943, la famille retourne à Venise où Vittorio veut devenir écrivain. Dans la cité des Doges, il lui est difficile de s’intégrer car il est considéré comme un étranger même si son père était originaire de Venise et sa mère de Rome. Il gagne plusieurs prix d’écriture. Il veut immigrer en Australie, mais ses papiers sont égarés. Il choisit le Canada, un peu par hasard, car il aimait les bandes dessinées sur les Indiens et la police montée. Il arrive donc le 6 décembre 1951 à Halifax, à 19 ans. En sortant du bateau, il est sélectionné de manière arbitraire pour se rendre à Montréal plutôt qu’à Toronto. Il emménage alors dans le Vieux-Montréal, sans le sou. Selon lui, c’est le destin qui a choisi.

Carrière et œuvres[modifier | modifier le code]

Après son arrivée, la barrière linguistique l’empêche de poursuivre sa carrière d’écrivain. Il ne parlait ni le français, ni l’anglais. Pour combler son désir de s’exprimer, il se met à dessiner. Il fait plusieurs petits métiers. Il ramasse des balles de golf et travaille dans l’industrie du tabac en Ontario. Toujours en 1951, la compagnie Eaton voit ses dessins et décide de l’engager pour faire des vitrines. Il sera congédié deux mois plus tard. Dans la petite Europe ( terme qui désignait le Vieux-Montréal à l’époque ), il rencontre Guido Molinari, Jean-Paul Mousseau et Gilles Groulx.

Pour se faire connaître, il crée des affiches fictives. Pour une prétendue « Exposition internationale d’art pornographique », il réalise son affiche renommée où il illustre le sexe du femme par une serrure surmontée d’un nombril arborant une moustache. Son premier contrat est un projet qu’il a conçu au printemps 1962 pour annoncer la visite de Norman Mailer à Montréal. Il réalise ensuite, en 1964, l’affiche pour le long métrage de Claude Jutras, À tout prendre. Sa carrière est lancée.

Il travaille comme designer graphique en créant l’identité visuelle originale des boutiques Le Château au début des années 1970. Durant les années 1960 et 1970, le monde du cinéma (films et festivals) se l’arrache. Il devient directeur artistique pour le Festival international du film de Montréal (devenu Festival des films du Mmonde) en 1965. Sa percée internationale commence vers la fin des années 70, alors qu’il remporte un grand nombre de prix pour ses affiches à l’étranger. Il fait quelques bandes dessinées pour la revue Nous, fondée en 1973 par René Homier-Roy et pour le journal Balloune. C’est dans ce journal qu’il crée le personnage de Victor. La créature verte deviendra la signature graphique du Festival Juste pour rire en 1983. Entretemps, il réalise deux pochettes de disque pour le groupe rock Offenbach: Traversion (1978) et Coup de foudre!! (1981). Par la suite, on reconnaîtra sa signature graphique dans ses réalisations pour l’Opéra de Montréal (1990), le Salon des métiers d’art (2000-2001) et le Festival de montgolfière de St-Jean-sur-Richelieu (1997-2000). Il a aussi réalisé huit couvertures pour le Time magazine. « Un de ses clichés les plus célèbres est certainement cette photographie de Geneviève Bujold qui a fait la couverture du Time Magazine, en septembre 1970 », se souvient le caricaturiste au quotidien Le Droit Guy Badeaux, qui a très bien connu Vittorio durant ces années-là[1].

Il meurt le 27 juillet 2008 à l’âge de 76 ans des séquelles d’un accident vasculaire cérébral.

Styles[modifier | modifier le code]

« Simplicité, efficacité, dépouillement. Courbes pleines et voluptueuses, ou découpage aux arêtes acérées. Couleurs allumées, contrastes éloquents. Savante répartition des poids et des volumes. Vittorio, c’est l’art de la ligne juste, parfois moqueuse, qui a l’art de lover en plein sujet. Son travail, où tout est ramené à l’essentiel, s’impose chaque fois comme allant de soi. » [2]

L’utilisation de personnages récurrents et empreints de personnalité démontre les influences de la bande dessinée sur le travail de Vittorio.

« Sa ligne claire et angulaire, reconnaissable entre mille, se distingue aussi par sa capacité étonnante à traverser les époques sans prendre une ride. » [1] Il n’a jamais suivi de courant, ses affiches ne seront jamais démodées. « Je ne mets jamais de date sur mes affiches et il est très difficile aujourd’hui de dire leur âge. Je suis assez fier de cela », dit-il.

Il tranche et découpe les formes pour un maximum d’impact.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Vittorio était un homme proche de la scène culturelle. On le voyait souvent dessiner devant les gens, il appréciait le nightlife montréalais. «C’était un gars de party, dit le caricaturiste de La Presse, Serge Chapleau. […] toujours présent sur la scène montréalaise. Un incontournable. Un têtu, comme tout bon artiste. Il tenait à son style, immédiatement reconnaissable. »[3] Ce fut un pionnier en Amérique du Nord pour imposer la notion d’art de rue. La communauté de la métropole québécoise était une de ses sources d’inspiration. Pour lui, l’affiche est un art public, qu’il appelle aussi l’art de la rue. Pour lui, ses affiches doivent apporter un soutien culturel et savoir enrichir le quotidien de la communauté. Anticonformiste, il a démontré que l’affiche pouvait être provocatrice. Revendiquant le côté commercial de l’affiche, il préconisait cet espace d’affichage en milieu social comme étant un moyen de communication esthétique et une manière de soutenir une position sociale. Vittorio a dit  : « Il y a des gens qui disent qu’une affiche, ce n’est pas de l’art. Moi, j’ai toujours eu la conviction que c’était la forme d’art la plus près des gens.» [4]

Pour ce maître affichiste, les valeurs humaines et sociales exploitées dans ses œuvres pousse le spectateur de la rue à se sentir interpellé, car, selon lui, plus la perception du spectateur se rattache à l’environnement quotidien, plus elle le sensibilise. Chez Vittorio se trouve aussi l’idée complémentaire au concept précédent, l’artiste-citoyen. Cette pensée remet en question le stéréotype de l’artiste. Vittorio croit qu’en utilisant les approches contemporaines médiatiques comme les techniques d’imprimerie, la télévision, l’ordinateur, etc., il peut accroître et prolonger la visibilité de son message artistique. Toujours selon Vittorio, un média comme l’affiche doit découler d’un parfait équilibre entre la sensibilité artistique du créateur et la réalité sociétale (contraintes techniques comme le budget, le format, sujet, etc.). Il doit donc créer une collaboration avec le client, l’imprimeur et le typographe. Ainsi, en développant cet équilibre, l’artiste supervise tous les points dans le processus de création et, du même coup, cette façon de faire devient une partie intégrante de son déploiement créatif. Lorsqu’elle est maîtrisée, la notion de l’artiste-citoyen empêche l’artiste d’être soumis à des contraintes extérieures. Ceci lui donne la motivation nécessaire vis-à-vis de l’art et de la communication.

Pour Vittorio, l’art, l’humour et l’engagement social sont les aspects indispensables pour bien communiquer les messages en société. En incorporant ces qualités, on donne à l’affiche une âme et un côté universel qui rejoignent un maximum de personnes, contrairement aux affiches commerciales marchandes.

Héritage[modifier | modifier le code]

Autant par sa carrière d’affichiste que par le personnage qu’il était, Vittorio garde une place importante dans la scène culturelle montréalaise. Ses créations peuvent être admirées dans plusieurs musées d’art contemporain dont le MOMA à New York. « Ça prend un coup de crayon assez fort pour réussir à traverser comme ça les époques, poursuit M. Lamarre, mais aussi pour se retrouver au cœur de plusieurs rétrospectives, dont une récente, au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), où Vittorio a été à l’honneur en 2003. Plusieurs de ses créations font également partie de la collection permanente du Museum of Modern Art de New York, comme de celle du Musée d’art contemporain de Montréal. »[5] Ses trois-cents œuvres sont des sources d’inspiration constante pour les artistes et publicistes. Cet artiste ne faisait qu’un avec ses œuvres. « C’était impossible, dit Gilbert Rozon. Juste pour rire grossissait, c’était notre marque de commerce. Ou Vittorio nous le vendait, ou bien on changeait de logo. Il a préféré nous le vendre, mais il en a ressenti de la frustration, comme si son personnage n’était plus dans sa vie. »[4] Le festival Juste pour rire doit son succès à Vittorio : selon le créateur du festival JPR, Gilbert Rozon, « On lui doit la popularité du Festival » [6] dit-il en parlant du petit bonhomme vert, qui sert de mascotte au Festival. Il a imposé l’art de la rue sur la scène culturelle montréalaise. Ses notions d’art de la rue rendaient ses messages universels, car un analphabète a la même compréhension du message qu’une personne plus éduquée. Même après son décès, Vittorio est encore un grand représentant de l’affiche au Québec et au Canada. Il est reconnu dans le monde entier. Mort pauvre, il dépensait plus qu’il gagnait et était très généreux. « Il était l’un des plus grands affichistes au monde, dit Danielle Roy, designer et membre de l’équipe Juste pour rire, la voix émue. Il n’a pas eu toute la reconnaissance internationale qu’il méritait. Il avait vraiment choisi d’être affichiste plutôt que peintre ou photographe, ce qu’il a d’ailleurs déjà été. Il aimait cette idée d’être vu dans la rue. Il dessinait tout à main levée, il découpait très proprement. Vittorio attaquait en direct la ligne droite. J’aimais le regarder dessiner. C’était fascinant.»[7]

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • 1964 : Czech International Poster Contest - Premier prix ;
  • 1976 : Chicago‘76 Graphic Arts Exhibition - Premier prix ;
  • 1976 : Chicago‘76 Graphic Arts Exhibition - Deuxième prix ;
  • 1978 : Chicago‘78 Graphic Arts Exhibition - Premier prix, best of the show ;
  • 1979 : Toronto Art Director’s Club Exhibition - Prix d’excellence ;
  • 1980 : Encyclopædia Universalis - Reconnaît Vittorio comme l’un des meilleurs affichistes au monde ;
  • 1998 : International Advertising Awards de Chicago - Prix Mobius ;
  • 2000 : CAPIC (Association canadienne des photographes et des illustrateurs en communications) - Prix Hommage ;
  • 2001 : Institut de Design Montréal - Prix Sam-Lapointe;
  • 2008 : Société des designers graphiques du Québec - Élu Membre honoraire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Deglise, Fabien «Un coup de crayon assez fort pour traverser les époques» Le Devoir, 1er août 2008 http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/199920/un-coup-de-crayon-assez-fort-pour-traverser-les-epoques
  2. Jean-Pierre Le Grand, Vibrant, vivant Vittorio: exposition Vittorio Venise Valcourt au Centre culturel Yvonne L. Bombardier et au Musée du Québec, Vie des arts, vol. 46, no 187, 2002, p. 81-83
  3. Vittorio, le roi de l’affiche, s’éteint, Jocelyne Lepage, La Presse - 1er août 2008
  4. a et b Cure de jouvence pour Vittorio - Le maître de l’affiche plonge dans une nouvelle dimension, Isabelle Paré - 29 septembre 2007, ledevoir.com
  5. «Un coup de crayon assez fort pour traverser les époques» Le monde de l’illustration lève son chapeau à Vittorio, Fabien Deglise - 1er août 2008 http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/199920/un-coup-de-crayon-assez-fort-pour-traverser-les-epoques
  6. Vittorio, le roi de l’affiche, s’éteint Jocelyne Lepage, La Presse - 1er août 2008
  7. LE FESTIVAL JUSTE POUR RIRE EST EN DEUIL - Vittorio, le père de Victor, est mort, Marie-France-Lou Lemay, 01-08-2008, http://fr.canoe.ca/divertissement/arts-scene/nouvelles/2008/08/01/6329096-jdm.html

Annexes et œuvres[modifier | modifier le code]