Vison d'Europe

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Le vison d'Europe (Mustela lutreola) est une espèce de mammifères carnivores de la famille des mustélidés vivant en Europe.

C'est une espèce menacée qui a déjà disparu d'une grande partie de son aire de répartition.

Description[modifier | modifier le code]

Sa morphologie est celle typique des mustélidés : corps souple et élancé, pattes courtes, tête légèrement aplatie aux oreilles peu saillantes.

À l'exception d'une tache blanche sur le menton et la lèvre supérieure, le pelage est brun foncé uniforme sur l'ensemble du corps (avec les extrémités éventuellement plus sombres).

Le mâle adulte pèse 800 à 1000 g et la femelle de 400 à 600 g.

Il est donc beaucoup plus petit que le vison d'Amérique qui n'a pas de tache blanche au museau.

Il est facilement confondu avec le putois sombre.

Habitat[modifier | modifier le code]

Bien qu'il passe la plupart de son temps sur la terre ferme, le vison d'Europe évolue presque exclusivement à proximité de l'eau. C'est pourquoi on le qualifie parfois d'animal semi-aquatique.

Il se rencontre aux abords des berges, berges de forêt-galerie et ripisylves des rivières petites et moyennes, le long desquelles il exploite principalement les zones boisées, mais on peut le trouver dans tous les types de zones humides, voire parfois dans des agrosystèmes très artificialisés (zone de maraichage). Il utilise les cours d'eau forestiers, les boisements inondables, les marais, les prairies humides et les ruisseaux traversant les zones agricoles.

Le vison d'Europe exploite un domaine vital qui s'étend sur 2 à plus de 13 km de cours d'eau. Les femelles relativement sédentaires ont des territoires plus restreints que ceux des mâles dont certains ont été capturés deux fois à 44 km et à 72 km de distance, ayant changé de rivière et de bassin versant. L'accouplement a lieu en janvier ou février et, après une gestation de 35 à 72 jours (possibilité d'ovo-implantation différée), les naissances ont lieu de mars à juin avec 2 à 7 jeunes qui sont allaités environ 10 semaines et se séparent de leur mère à la fin de l'été. Il n'y a qu'une à deux portée par an. Le vison d'Europe est capable de s'hybrider avec son proche parent génétique, le putois d'Europe et les hybrides s'avèrent fertiles[1].

Alimentation[modifier | modifier le code]

Il se nourrit de grenouilles, de petits mammifères (rats et campagnols amphibies), d'oiseaux, d'œufs et de poissons (cyprinidés surtout).

Comportement[modifier | modifier le code]

En période de repos, le vison d'Europe utilise des gîtes situés à même le sol, à l'abri d'une végétation dense constituée le plus souvent de grosses touffes de carex ou de molinie, mais aussi de ronces. Le gîte peuve aussi se trouver entre les racines d'un arbre, dans un terrier, sous une souche d'arbre recépée, sous un tas de bois… mais toujours à proximité d'une zone d'eau libre. Il ne creuse pratiquement pas de terrier lui-même et préfère utiliser toutes les cavités à sa disposition, y compris d'anciens terriers de ragondin.

Aire de répartition[modifier | modifier le code]

Autrefois largement présent et réparti en Europe, il est actuellement en fort déclin.

En Europe de l'Ouest, il n'occupe plus que quelques départements français en Aquitaine et Poitou-Charentes, ainsi qu'une petite zone du nord de l'Espagne.

Il s'agit sans doute du mammifère français dont la survie est la plus menacée, et ce à très court terme.

Menaces[modifier | modifier le code]

Plusieurs menaces pèsent sur cette espèce, et additionnent leurs effets, expliquant une rapide régression de l'espèce ;

Destruction des habitats : La destruction ou le drainage des zones humides s'est considérablement accélérée dans la seconde moitié du XXe siècle. Elle a sans doute été très défavorable au vison d'Europe. La dégradation récente de nombreux milieux naturels (pollution, modification de la végétation…) s'est par ailleurs traduite par une baisse globale de leur capacité d'accueil pour l'espèce. Sa position de prédateur situé au sommet de la pyramide alimentaire l'expose plus que beaucoup d'autres espèces aux polluants bioaccumulés (métaux lourds, PCB, perturbateurs endocriniens ..)

Chasse et piégeage : Au début du XXe siècle, le piégeage pour sa fourrure a joué un rôle majeur dans la régression du vison d'Europe. L'espèce est protégée depuis 1976 mais des animaux sont encore parfois détruits accidentellement par confusion avec le putois, le ragondin ou le vison d'Amérique. En Bretagne par exemple, les campagnes massives de destruction de visons d'Amérique ont probablement joué un rôle important dans la disparition du vison d'Europe.

Dans les départements où le putois est classé "nuisible", il existe également un risque d'erreur d'identification par les piégeurs, notamment avec le putois lorsqu'il est de couleur sombre (dark phenotype, voir les travaux du Professeur Thierry Lodé).

Poisons : Les campagnes d'empoisonnement de rongeurs déprédateurs (dont rat musqué et ragondins qui ont pullulé depuis leur introduction en Europe il y a quelques décennies) constituent également une menace bien réelle. Le vison d'Europe peut s'intoxiquer en consommant des rongeurs ou d'autres espèces non ciblées par les campagnes d'empoisonnement mais qui ont consommé des appâts traités aux anticoagulants, et qui constituent des proies potentielles pour lui.

En France, certains département, comme la Charente ont, d'une part interdit l'utilisation de carottes empoisonnées, d'autre part proposé aux piégeurs de munir gratuitement leurs pièges d'une "trappes à vison d'Europe" permettant à ce vison de s'en échapper alors que les ragondins et les visons d'Amérique sont trop gros pour passer.

Collisions : De nombreuses infrastructures routières sont également meurtrières. Même si le nombre total de visons d'Europe victimes de collisions routières est difficile à estimer, tout facteur de mortalité s'exerçant sur des populations fragiles et fragmentées peut conduire rapidement à une situation irrémédiable.

Fragmentation de l'habitat et des populations : Dans les années 2000, plusieurs études ont montré que le déclin des populations de mustélidés en Europe, et tout particulièrement du vison d'Europe dans l'ouest de la France est au moins pour partie induit par le morcellement des populations, même là où le milieu n'a pas apparemment changé, ou pas globalement changé (Cf Collisions, pression du piégeage, fragmentation écologique, dégradation des rivières, pesticides, etc.).

Protection[modifier | modifier le code]

Le vison d'Europe est l'un des mammifères les plus en danger en Europe et à ce titre jouit aujourd'hui théoriquement d'un statut de protection totale. Au niveau européen, plusieurs plans de sauvegarde ont été mis en place, notamment en Estonie (suivi par Tiit Maran), en France (suivi par Thierry Lodé) en Allemagne (suivi par R. Schroepfer).

L'installation d'écoducs spéciaux dits « passages à visons » sous les ponts est à l'étude dans plusieurs secteurs ( zone Natura 2000 Vallée de l'Antenne par exemple)

Les pièges peuvent être munis d'une « trappe à visons d'Europe » car ceux-ci sont beaucoup plus petits que les ragondins et les visons d'Amérique. Le conseil général de la Charente a financé l'installation de ces trappes sur les pièges des piégeurs agréés.

En France, le plus grand projet autoroutier de 2008 (Autoroute A65 Pau-Langon qui sur 150 km, des Pyrénées-Atlantiques à la Gironde traverse une des dernières zones de survie du Vison d'Europe) a été bloqué le 20 mars 2008 par un avis défavorable du comité permanent du Conseil national de protection de la nature qui a jugé insuffisantes les mesures compensatoires proposées par l'aménageur/Concessionnaire[2]. Cependant l'autoroute a tout de même été construite et inaugurée en 2010.

Gestion des risques de piégeage accidentel[modifier | modifier le code]

La chasse et le piégeage s'ils ciblent bien le vison d'Amérique et non le vison européen peuvent contribuer à la préservation de l'espèce (par régulation du Vison d'Amérique qui entre en concurrence directe avec le sujet européen).

Le Vison d'Europe est protégé en France tandis que le vison d'Amérique est sur la liste des espèces susceptibles d'être classées nuisibles par arrêté ministériel en date du 30 septembre 1988. Le Vison européen (comme le Castor d'Europe et la Loutre qui partagent le même habitat) peut être facilement accidentellement tuée par des pièges destinés à des espèces dites nuisibles (telles que le Rat musqué ou le Ragondin). Pour éviter ceci un arrêté du 8 juillet 2013, abrogé et remplacé par un nouvel arrêté du 24 mars 2014 (J.O. du 2 avril 2014, pour une entrée en vigueur le 1er juillet[3]) interdisent les pièges tuant de catégories 2 et 5, dans les zones de présence de ces espèces (ces zones sont définies par arrêté préfectoral mis à jour annuellement).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) T. Lodé, G. Guiral et D. Peltier, « European mink-polecat hybridization events: hazards from natural process ? », Journal of Heredity, vol. 96, no 2,‎ 2005, p. 1-8 (ISSN 0022-1503, lire en ligne)
  2. Journal Le Monde, 21 mars, 2008)
  3. [ http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=CCB577ECC9872B2572408CF7E302163E.tpdjo11v_2?cidTexte=JORFTEXT000028814668&dateTexte=&oldAction%0A=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000028814376 Arrêté du 24 mars 2014] pris pour l'application de l'article R. 427-6 du code de l'environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces non indigènes d'animaux classés nuisibles sur l'ensemble du territoire métropolitain.

Bibliographie[modifier | modifier le code]