Vipère au poing

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Vipère au poing
Auteur Hervé Bazin
Préface pas de préface
Genre Roman autobiographique
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Paris
Éditeur Grasset
Collection Pourpre
Date de parution 1948
Dessinateur Coroline Ledoux
Couverture Bernard Grasset
Nombre de pages 186 (édition originale) ou 240 (version livre de poche)

Vipère au poing est un roman largement autobiographique d'Hervé Bazin, publié en 1948.

Le livre décrit l'enfance et l'adolescence du narrateur, Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon. Ce dernier décrit ses rapports avec sa famille, et notamment sa mère Paule Pluvignec, dite Folcoche, une véritable marâtre. Ce roman est un huis clos entre la mère indigne, les trois enfants martyrisés, le père démissionnaire et un précepteur changeant.

Résumé[modifier | modifier le code]

Durant l'été 1922, Jean et Ferdinand sont élevés par leur grand-mère paternelle dans le château familial de la Belle-Angerie, à quelques kilomètres d'Angers. Le décès de leur grand-mère oblige leurs parents, Jacques et Paule, à quitter l'Indochine où le père est cadre dans une université indochinoise, pour revenir s’occuper de leurs enfants.

Avec impatience et curiosité, les deux enfants attendent leurs parents et le petit frère qu’ils ne connaissent pas sur le quai de la gare. En se jetant sur leur mère pour l’embrasser, ils se font violemment repousser par cette dernière qui souhaite descendre tranquillement du train. Leur nouveau petit frère, Marcel, leur adresse un salut presque froid. Seul leur père les embrasse.

De retour au château, la famille et le personnel sont convoqués dans la salle à manger pour écouter la nouvelle organisation de la famille : le père annonce un emploi du temps spartiate, avec messe dans la chapelle privée dès le commencement de la journée, vers 5 h 30, et à son achèvement vers 21 h 30. Pendant la journée, les études sont dispensées par l'abbé qui vit avec eux. Soudain, le père prend prétexte d’avoir des mouches à piquer pour se retirer, laissant ainsi sa femme, Paule, annoncer ses propres directives : les enfants n’auront plus le droit au café au lait le matin mais à la soupe, ils auront les cheveux tondus par mesure d'hygiène et, par sécurité, elle ôte les poêles, les édredons et les coussins dans leur chambre. Elle leur confisque tous leurs objets personnels. Quant aux heures de recréations, elles doivent être consacrées à l'entretien du parc. Pour ne pas user leurs chaussures et chaussettes, elle leur impose le port de lourds sabots, qu'ils « peuvent » porter avec de la paille s'il fait froid…

En peu de temps, les enfants sont affamés, frigorifiés, privés de tout confort, de toute tendresse, et constamment sujets à des brimades, punitions ou humiliations de la part de leur mère, sous l'œil de leur père qui semble préférer ne rien voir pour éviter un conflit avec sa femme.

Au cours des repas, elle n’hésite pas à piquer violemment un de ses fils avec la fourchette s'ils n’adoptent pas une tenue qu'elle considère correcte. Quand la gouvernante tente de s’interposer, Paule la renvoie immédiatement, comme elle l'a déjà fait pour tout le personnel, à l’exception de Fine, la vieille cuisinière, à sa merci du fait qu'elle est sourde et muette. Les enfants qui détestent leur mère lui trouvent le surnom qu'elle porte dorénavant en permanence : « Folcoche », contraction de Folle et Cochonne. Ils gravent partout où ils le peuvent des VF rituels, signifiant Vengeance à Folcoche. Jean, le narrateur, est le fils qu'elle déteste le plus car il fait preuve d'une certaine audace, notamment en la fixant intensément pendant les repas, "rituel" que les frères appellent « pistolétade ».

Un roman autobiographique ?[modifier | modifier le code]

Dès la sortie du roman, Hervé Bazin le déclare autobiographique ; cependant, quand sortent les deux autres romans (La mort du petit cheval et Cri de la chouette) formant la trilogie de la famille Rezeau, il modère ses propos et affirme que ce ne sont que des romans (bien qu'ils soient largement inspirés de son enfance douloureuse auprès d'une mère sèche et autoritaire).

Le contexte géographique[modifier | modifier le code]

Bazin situe le roman à Soledot, village proche de Segré en Anjou. Jean et ses frères (ainsi que leurs parents, Fine, et les curés successifs apparus dans le roman) vivent dans un manoir relié à une chapelle et à une boulangerie qu'ils appellent de façon très méliorative "La Belle Angerie".

Hervé Bazin a lui-même grandi dans une propriété près de Segré, sur la commune de Marans, qui peut donc être identifié au Soledot du roman. La famille Bazin y possédait une propriété, le Patys ou Pâtis, un petit château de la seconde moitié du XIXe siècle[1]. Une ferme située à proximité se nomme par ailleurs la Belle Angerie[2]. La description qui est faite de la Belle Angerie est plutôt fidèle à l'apparence du Pays, avec ses deux tourelles, ses verrières et le ruisseau qui coule à proximité, l'Ommée[1],[3].

En outre, de nombreux lieux existant réellement autour de Marans sont mentionnés au fil du roman, comme Bécon-les-Carrières, Les Ponts-de-Cé ou Candé.

Le contexte familial[modifier | modifier le code]

Hervé Bazin présente la famille Rezeau comme descendante d'un Claude Rezeau, et d'une famille « de Tanton ». Cela est aussi le cas comme en témoigne la généalogie de la famille Bazin : Claude Bazin, aïeul de Bazin, né en 1645 a épousé une demoiselle de Tanton de La Gaugrières. La seule différence entre le roman et la réalité réside dans le fait que Bazin s'appelait en réalité Jean-Pierre Hervé-Bazin ; son père était Jacques Hervé-Bazin, fils de Ferdinand Hervé et Marie Bazin[4].

Le patronyme « Rezeau » rappelle le nom du château qui a appartenu à des ancêtres d'Hervé Bazin, le château Rezeau à Andard[5].

Dans le roman, peut-être pour des raisons de simplification, Bazin crée l'histoire de la famille Rezeau, dont le domaine se transmet de père en fils. Chez les Hervé-Bazin, en fait, le Pâtis s'est transmis par sa grand-mère. L'académicien René Rezeau du roman qui est un frère du grand-père paternel de Jean, est dans la réalité l'académicien René Bazin, frère de la grand-mère paternelle.

Entre le roman et la véritable famille d'Hervé Bazin, les prénoms et noms des personnages sont souvent à peine modifiés.

Par exemple, la famille Rezeau est composée de Jacques Rezeau (docteur en droit) et Paule Pluvignec, et de leurs enfants Ferdinand, Jean et Marcel. La famille Hervé-Bazin est composée, elle, de Jacques Hervé-Bazin (aussi docteur en droit) et Paule Guilloteaux, et leurs enfants, Ferdinand, Jean-Pierre et Pierre.

À noter que dans l'édition « J'ai Lu », Hervé Bazin fait un lapsus repris par l'éditeur en écrivant « Pierre » pour désigner « Marcel » dans le dernier chapitre de Vipère au poing.

Les noms et prénoms des oncles et tantes de Hervé Bazin n'ont également été que très peu modifiés, comme par exemple, Michel Hervé-Bazin, protonotaire apostolique, qui apparait avec la même fonction cléricale dans le roman, avec pour identité Michel Rezeau.

Les nombreux témoignages de l'écrivain, ainsi que de sa fille, Catherine, elle aussi écrivain, réaffirment la cruauté de Folcoche, confirmant ainsi le caractère autobiographique du livre (roman).

Adaptations à l'écran[modifier | modifier le code]

L'œuvre d'Hervé Bazin a fait l'objet de deux adaptations, l'une pour la télévision, l'autre pour le cinéma, qui ont conservé le titre du roman.

Suite[modifier | modifier le code]

Ce roman, écrit dans un français exemplaire, est étudié par les collégiens français et reste une référence sur l'enfance difficile. Il est suivi de La Mort du petit cheval, qui relate le passage à l'âge adulte du héros et sa transformation par l'amour et la paternité, puis Cri de la chouette, qui voit, vingt ans après, l'arrivée de Folcoche dans la famille recomposée de Jean et les troubles que provoquent son affection tardive et maladroite pour son fils.

Éditions[modifier | modifier le code]

Première édition imprimée
Livre audio

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Base Mérimée Demeure dite le Pâtis
  2. Ouest-France, Hervé Bazin : Marans se souvient de son romancier, 20 décembre 2012
  3. Vipère au Poing
  4. Hervé Bazin, Abécédaire, article "Bourgeoisie (paléo)"
  5. Les secrets des noms de communes et lieux-dits du Maine-et-Loire, Pierre-Louis Augereau, page 312
  6. Vipère au poing sur ina.fr