Vincent d'Indy

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Vincent d'Indy, né à Paris le et mort à Paris le , est un compositeur français et un enseignant prolifique. Il fut un des créateurs de la Schola Cantorum de Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vincent d'Indy était issu d'une famille de noblesse ardéchoise, originaire du Vivarais (il portait le titre de comte). Les d'Indy furent confirmés dans la noblesse du Dauphiné le 1er mars 1778 où fut dressé un procès-verbal des preuves de noblesse de la famille d'Indy. Fils d'Antonin d'Indy (1822-1904) et de Mathilde de Chabrol-Crussol, Paul, Marie, Théodore, Vincent d'Indy naît le 27 mars 1851 au 45, rue de Grenelle (7e arrondissement) à Paris. Un peu plus d'un mois après, sa mère meurt, emportée par une fièvre puerpérale, elle n'a que 21 ans. Le bébé est alors confié à Résia d'Indy, sa grand-mère paternelle.

Dès 1856, cette dernière qui assure son éducation, lui fait poser ses doigts sur un clavier et choisit de très bons professeurs pour continuer la formation musicale de son petit-fils dont Antoine Marmontel, Albert Lavignac et Louis Diémer. Il fut élève de César Franck au Conservatoire de Paris.

À une époque où la musique italienne reste influente en France, il se tourne vers l'Allemagne. De grands musiciens allemands lui deviennent familiers : Christoph Willibald Gluck (le maître de la réforme de l'opéra français dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, très admiré au XIXe siècle), Beethoven (la figure tutélaire des compositeurs allemands pendant tout le XIXe siècle), Weber (créateur de l'opéra proprement allemand, au début du XIXe siècle), Felix Mendelssohn (que d'Indy apprécia en particulier pour avoir reconnu le génie de J. S. Bach et s'être mis à son école dans le domaine de la polyphonie chorale religieuse), Giacomo Meyerbeer (continuateur de Weber, et qui influença Wagner). D'Indy admire particulièrement Meyerbeer pour son sens dramatique. Vers l'âge de 18 ans, il découvre aussi l'art de Wagner (qui travaillait alors à sa Tétralogie). En cette seconde moitié du XIXe siècle, d'Indy participe au grand renouveau et au brillant développement de la musique française, auparavant figée, d'abord dans l'héritage du XVIIIe siècle, chantant inutilement la gloire de Napoléon 1er puis développant un mauvais goût à la remorque de l'Italie, préoccupée avant tout, à l'époque, par un art vocal théâtral axé sur la seule ligne mélodique et la virtuosité. Héritier d'un monde aristocratique, d'Indy n'appréciait pas les productions de cet univers bourgeois.

Il se maria avec Isabelle de Pampelonne, sa cousine germaine, en 1875.

Né dans un milieu monarchiste, D'Indy ne se plia pas au Ralliement à la République, demandé par le pape Léon XIII, en 1892, dans son encyclique intitulée Au milieu des sollicitudes[1].

Devenu professeur réputé et théoricien, d'Indy publia un traité, son célèbre Cours de composition ainsi que diverses biographies (Beethoven, son maître César Franck, Wagner). Sa plume est parfois partiale, par exemple dans son Beethoven (éd. H. Laurens, Coll. Les Musiciens célèbres, 1911).

Dans un autre domaine, il fut aussi un des artistes marquants de son époque. La France était restée longtemps handicapée par les bouleversements de la Révolution de 1789. Tout un pan de son génie musical s'était écroulé en 1790, à la suppression des chapitres ecclésiastiques et donc des très nombreuses maîtrises d'enfants, qu'on peut considérer comme les seuls conservatoires existant alors (les académies de musique n'étant présentes que dans certaines villes importantes). Après d'autres depuis le début du siècle, d'Indy voulut à son tour s'inscrire dans le lent et difficile mouvement de relèvement de la musique d'église : l'argent manquait souvent et l'art de la polyphonie avait été perdu. On pourrait en quelque sorte le considérer comme un Mendelssohn français. Pour renouer avec une grande tradition, il fonda, en 1894, avec Charles Bordes et Alexandre Guilmant, la Schola Cantorum. Initialement créée pour l’étude de la musique religieuse, cette école de musique devint une école supérieure d’enseignement musical qui concurrença pour le meilleur de la musique, le Conservatoire national de musique de Paris. Il compta parmi ses élèves des personnalités dont plusieurs devinrent des auteurs de premier plan au XXe siècle. Citons, pèle-mêle : Erik Satie, Isaac Albéniz, Cole Porter, Edgar Varèse, Albert Roussel, Déodat de Séverac, Joseph Canteloube, Joaquin Nin, Blanche Selva, ou encore Paul Le Flem, Leevi Madetoja, René de Castéra, Carlo Boller, Armande de Polignac, Guy de Lioncourt, Antoine Mariotte, Adrien Rougier, Amédée Borsari, et Albert Dupuis son premier élève à remporter le Prix de Rome.

Le pianiste et compositeur d'origine espagnole Isaac Albéniz y enseigna, avant d'y renoncer en 1900, du fait de sa santé déficiente.

La Schola créa des succursales (à Bâle en particulier : la Schola Cantorum Basiliensis) et devint un conservatoire de réputation internationale, dont le rôle pour la diffusion de la musique - la musique française spécialement - a été considérable[2].

D'Indy fut l'artisan principal, sous le label Ars gallica de la Société nationale de musique, de la création de la Jeune École française de musique. Vincent d'Indy se fit connaître par son activité dans cette société, mais plus encore par la reconnaissance que lui valurent Le Chant de la Cloche (1884) puis la Symphonie sur un chant montagnard français (1886), qui compte parmi les grandes pages symphoniques de son époque.

Venant après le désastre de Sedan et la perte de l'Alsace et de la Lorraine (qui marquèrent toute la période, jusqu'au cataclysme de 1914), l'Affaire Dreyfus amena d'Indy, comme d'autres, à se fourvoyer dans un patriotisme exacerbé. Elle provoqua son engagement dans la Ligue de la patrie française (ligue anti-dreyfusarde à laquelle appartenaient également les peintres Edgar Degas et Auguste Renoir, ainsi que les écrivains ou poètes José-Maria de Heredia, Jules Verne, Pierre Louÿs, Théodore Botrel, Frédéric Mistral, ...)[3]. Mais cette ligue, qui s'opposait à l'extrémisme, fut finalement rejetée par les anti-dreyfusards. Elle avait aussi pour originalité (et c'est son honneur) de ne pas exploiter l'antisémitisme[4] à ses fins, si bien que l'engagement de Vincent d'Indy ne l'empêcha nullement d'accueillir plusieurs élèves juifs, tels Roland-Manuel et Marcel Mihalovici, au sein de la Schola Cantorum, ni de publier les œuvres du compositeur baroque italien Salomone Rossi. Côté professeurs, la grande claveciniste polonaise d'origine juive Wanda Landowska enseigna à la Schola Cantorum, de 1900 jusqu'à ce que l'Allemagne la retienne prisonnière en 1914-1918.

La Légende de Saint-Christophe, que l'on peut considérer comme un drame lyrique symboliste, est un vaste mystère qui contient de grandes beautés. Conçu dès 1903, en pleine affaire Dreyfus, il contient certes des attaques contre la judaïté, avoisinant celles contre la franc-maçonnerie et le socialisme révolutionnaire, mais ces allusions sont surtout notables dans la mise en scène de 1920 (date de création de l'œuvre). D'Indy affirmait par ailleurs (à la suite de Wagner) que l'invention musicale ne pouvait être l'œuvre des Juifs, peuple sans terre qui, selon lui, ne pouvait donc qu'imiter.

Son antijudaïsme se double d'un anticapitalisme opposé aux doctrines révolutionnaires de son temps et donc différent de celui qu'exposait Marx dans Le Capital ou dans son article intitulé Sur la Question juive, par exemple : pour d'Indy, « l'orgueil, la jouissance et l'argent » sont en conflit avec les « fleurs du bien » : « la foi, l'espérance et la charité »[5], c'est-à-dire les trois vertus théologales chrétiennes. On sait que la chrétienté médiévale rejetait le capitalisme.

L'essentiel des conceptions musicales de d'Indy se trouvent dans le Cours de composition musicale, rédigé en commun avec Auguste Sérieyx « d'après les notes prises aux classes de composition de la Schola Cantorum » (3 vol. : 1900, 1909, éd. posthume 1933). Cet ouvrage forma plusieurs générations de musiciens, tels Albert Roussel, Déodat de Séverac, Erik Satie, Edgar Varèse, Arthur Honegger, etc., et apporte une conception originale de l'histoire de la langue musicale.

Vincent d'Indy est également l'auteur d'un grand nombre d'articles publiés dans des revues musicologiques.

Partisan de l'« harmonie », toujours rivé à un conservatisme et un patriotisme propres à l'époque, il n'adhérait guère aux esthétiques de Béla Bartók, Gustav Mahler ou d'Arnold Schönberg. Malgré tout, d'Indy imprima un caractère novateur durable à la musique française : les œuvres de sa dernière période créatrice dite "période d'Agay" témoignent d'une grande faculté de renouvellement, saluée par l'ensemble de la critique de l'époque. En dépit des polémiques où s'affrontèrent debussystes et d'indystes, Vincent d'Indy fit connaître l'œuvre de Debussy à l'étranger, en tant que chef d'orchestre. Il salua Pelléas et Mélisande comme une œuvre essentielle (dès 1902), à un moment où la critique était généralement réservée ou hostile. Il encouragea le jeune Arthur Honegger, à qui il enseigna la direction d'orchestre au Conservatoire de Paris. Dans cette classe, il eut également pour élève le compositeur Darius Milhaud.

Après Louis Niedermeyer mais avant Nadia Boulanger, il fit œuvre de restaurateur de la musique ancienne et baroque, celle de compositeurs comme Giovanni Pierluigi da Palestrina, Claudio Monteverdi et J. S. Bach ou encore Arcangelo Corelli, Christoph Willibald Gluck, André Cardinal Destouches, etc. Les « Concerts historiques » de la Schola Cantorum (qui attiraient l'élite artistique de Paris, de Léon Bloy[6] à Debussy) révélèrent quantité d'œuvres anciennes que l'on ne jouait plus. C'est dans ce contexte que Wanda Landowska tint une classe de clavecin rue Saint-Jacques. En tant qu'érudit et pédagogue, d'Indy insistait sur l'approche historique de son art, accompagné en cela par d'autres savants de la Schola, comme Amédée Gastoué (chant grégorien) et Maurice Emmanuel (musique grecque antique et musiques traditionnelles françaises).

Certaines de ses restitutions sembleraient irrecevables aujourd'hui : en 1904, il orchestra, à la manière moderne, L'Orfeo de Monteverdi, en y ajoutant des clarinettes, par exemple. Mais dans ce domaine il est loin d'être le seul : déjà, en son temps, Mozart avait accompli un travail assez voisin en faisant accompagner les parties vocales du Messie de Haendel par le « petit orchestre symphonique » en usage à la fin du XVIIIe siècle. On peut juger qu'il alourdit ainsi la partition. L'anachronisme paraît encore plus flagrant dans le cas de l'opéra de Monteverdi, créé en 1607, soit trois siècles avant d'Indy. Mais, au début du XXe siècle, il était difficile, sinon impossible, d'appréhender cette musique d'une manière véritablement scientifique : là-dessus, tout, ou presque, restait à découvrir.

L’art de Vincent d’Indy s’est largement fait connaître en Suisse, en Russie et aux États-Unis, notamment à travers des voyages, concerts, articles musicologiques et critiques. Admirateur de son génie orchestral, Claude Debussy saluait « la hardiesse tranquille de Vincent d'Indy à aller plus loin que lui-même. »

Voyages[modifier | modifier le code]

Vincent d'Indy par Antoine Bourdelle
La Ferme Chabret
Le Château des Faugs

Depuis son enfance, Vincent d'Indy fut emmené à chaque été, pendant les vacances, dans la demeure familiale de Chabret à Boffres (Ardèche, Massif Central), à 50 km de Valence (Drôme) (France). Il apprécia tellement cet endroit qu'il y fit construire le château des Faugs quelques années plus tard tout près de là.

La ferme des d'Indy étant proche des Alpes, et par conséquent de la Suisse, le jeune Vincent fut très tôt intrigué par ce pays. On a, en effet, découvert un dessin humoristique appelé « Le Suisse » que Vincent d’Indy avait dessiné en 1862 (il avait alors onze ans) au sein d’un recueil (page 25, le recueil est conservé au château des Faugs).

C’est Vincent d’Indy qui élabora les plans du château des Faugs (sur la commune de Boffres), grande demeure familiale pour les vacances et le repos (lieu de villégiature privilégié, de 1890 — date d’achèvement de sa construction — à 1917, avant qu’il ne préfère la Méditerranée avec Saint-Raphaël) et qui est actuellement rénové par Jean-Christian Cheze, un architecte de Vernoux-en-Vivarais.

C’est souvent lors de voyages d’agrément, de tournées d’orchestres ou tout simplement de visites d’amis, que Vincent d’Indy se rendit en Suisse. La Suisse ne fut jamais sa destination principale, mais un « détour pratique » lors de ses multiples déplacements en Italie, Allemagne ou dans les pays de l’Est (rappelons que d’Indy était un partisan de la musique de Wagner et de la Tétralogie, et qu’il a rencontré Brahms, Liszt, Wagner et Richard Strauss en personne).

En 1879, Vincent d’Indy passe à Bâle pour voir les toiles de Holbein et de Rembrandt. Mais le premier véritable voyage en Suisse fut en mai 1880, en compagnie de sa femme. Ce séjour suisse resta très bref car ce n’était qu’un prétexte, l’objectif était l’Allemagne (visites de Nuremberg, Munich…) et l’Autriche (Vienne…).

C’est en août 1884 que la Suisse fut mieux découverte. Après s’être reposé quelques semaines en Ardèche, Vincent d’Indy partit à pied à travers la Suisse (puis à travers l’Allemagne…). C’est là qu’il note quelques idées musicales, qu’il trace des aquarelles et qu’il aime à se promener dans la nature.

En 1896, d’Indy dirige plusieurs concerts à Montreux. Mais c’est à partir de l’été 1902 que Vincent d’Indy fera vraiment connaissance avec la Suisse. On en a gardé un témoignage. Dans une lettre à Auguste Sérieyx du 23 août (écrite aux Faugs), d’Indy dépeint son voyage à Genève. Il admire le Mont Blanc mais s’indigne des musiques marchandes, tromperies et « manifestes saletés ».

À partir de cette date, plusieurs voyages vont se succéder. Celui de 1910 reste minime. En été 1911 (en France, les grandes vacances scolaires étant en juillet-août, la plupart des gens profitent de ces deux mois pour voyager), la Suisse est à nouveau attrayante pour sa nature florissante. D’Indy écrit ses impressions musicales sur l’eau : « Le torrent ne fait que la quinte diminuée ; j’ai été en observer beaucoup ; la mer, elle, fait une octave ».

Articles, conférences et hommages[modifier | modifier le code]

Erik Satie lui rend hommage: « J'ai toujours été un mauvais élève - un cancre. Mais je dois dire qu'avec d'Indy j'ai beaucoup travaillé, et que je conserve le meilleur souvenir des sept années passées auprès de cet homme, si bon et si simple[7].» Le 17 janvier 1928, la Gazette de Lausanne résume la conférence de Vincent d’Indy sur Beethoven et ses sonates donnée le 13 janvier à la Maison du peuple. Le critique est déçu, voire déconcerté, par les propos de d’Indy. Le 1er octobre 1930, Charles Chaix écrit sur les dernières œuvres de d’Indy dans le Journal de Genève.

Le 4 décembre 1931, parmi les très nombreux journaux qui relatèrent la mort de Vincent d’Indy (il mourra le 2 décembre), on pouvait trouver les articles de la Gazette de Lausanne et du Journal de Genève. Le 5 décembre de la même année, Henri Gagnebin pour le Journal de Genève conclut ainsi son article : « Et maintenant l’infatigable travailleur prend son repos ». Enfin, le 29 janvier 1933, la Gazette de Lausanne retrace la vente aux enchères de la bibliothèque personnelle de Vincent d’Indy qui eut lieu le 20 janvier à l’Hôtel Drouot (Paris).

Un Lycée public situé à Privas en Ardèche porte le nom de "Lycée Vincent d'Indy".

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bien qu'il soit un musicien croyant, Vincent d'Indy a écrit, en réalité, peu de musique liturgique.

Sa production qui a été la plus déterminante, de son temps et au-delà, sont les trois volumes des Cours de composition (publication achevée en 1933, par un de ses élèves, Guy de Lioncourt). Les originaux sont conservés à la Bibliothèque du conservatoire de musique de Genève. En effet, Henri Gagnebin qui a été le directeur de ce conservatoire de 1925 à 1957, avait fait ses études musicales à la Schola Cantorum (l'école de musique fondée par Vincent d'Indy, Charles Bordes et Alexandre Guilmant en 1896 à Paris). De plus, Gagnebin qui resta fidèle à d'Indy, s’est toujours efforcé de respecter les œuvres de ce dernier.

Une de ses premières œuvres (composée entre 1869 et 1872) est une symphonie en la mineur, qu'il surnomma "italienne". Elle lui fut inspirée par un voyage qu'il fit en Italie à cette époque. Chacun des mouvements représente une ville : Rome pour l'imposant premier mouvement, Florence pour le scherzo, Venise pour le mouvement lent, et Naples pour le finale. La symphonie (sans numéro d'opus), dénote déjà une certaine maîtrise de l'orchestration. Cette symphonie s'inspire vraisemblablement de la quatrième symphonie, dite « Italienne », de Felix Mendelssohn (même tonalité, même nom, finale en saltarello…).

Le Chant de la cloche, opus 18 (en un prologue et sept tableaux, composée de 1879 à 1883, publiée chez Hamelle), est une légende dramatique inspirée par la ballade de Schiller. Mais d'Indy — qui a écrit avec Robert de Bonnières tout le poème — a situé l’histoire dans une ville « libre » du nord de la Suisse, à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle.

Pour se détendre du Chant de la cloche, Vincent d’Indy écrit en décembre 1882 trois valses pour piano dont l’ensemble constitue Helvetia (opus 17). Cette œuvre est un témoignage sincère de d’Indy pour la Suisse. En effet, chacune de ces valses illustre son récent voyage en Suisse au retour de Bayreuth. Le recueil paraît chez Hamelle en mars 1884.

Chacune de ces valses en forme de lied porte le nom d’un site de la Suisse alémanique. Ainsi, Aarau (la première valse), semble rappeler la grâce indolente de Gabriel Fauré à qui elle est dédiée. Son rythme syncopé et ses quelques variations offrent une impression de balancement expressif. Ensuite, Schinznach (la seconde valse), dédiée à André Messager, paraît dans son contour mélodique moins raffinée exceptée la charmante relation tonale qui allie les répétitions du motif principal. Enfin Laufenburg (la troisième et dernière valse), dédiée à son ancien maître de piano Louis Diémer, possède dans ses cinq sections une écriture sensible, tendre et souple.

Concernant le renommé Fervaal, opus 40 (action musicale en trois actes et un prologue, sur un poème de Vincent d'Indy, composée de 1881 à 1895, publiée chez Durand), c’est la création intégrale qui a été remarquée en Suisse, alors que cette création eut lieu au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles (Belgique), le 12 mars 1897.

Le 15 mars 1897, l’article de Anth. Dubois, dans La Gazette musicale de la Suisse romande, fut très élogieux : « C’est le plus beau drame qui ait été écrit en France, sans aucune restriction, et même, dût-on me vomir des injures pour mon hérésie, c’est l’œuvre lyrique la plus grandiose, la plus sereine d’éloquence et d’expression, la plus libre de forme et la plus profonde de pensée écrite jusqu'à présent — j’entends les murmures gronder sourdement — Wagner, l’immortel Wagner lui-même, dépassé, non, mais égalé, complété, achevé peut-être, car d'Indy a réussi à rectifier une pensée philosophique qui ne fut pas toujours d’une vérité incontestable ». Il conclut sur l’éclatante beauté : « C’est une originalité forte et puissante, c’est un génie jeune, et c’est sur lui que le monde musical doit à présent tenir les yeux fixés. C’est lui qui développe et continue l’œuvre réalisée par Wagner et l’on peut attendre de son génie qu’il recule encore les bornes de notre art ».

À la même date, un article signé anonymement G., parut dans le Courrier de Genève : « […] elle consacre définitivement le beau et vigoureux talent du jeune maître en qui l’école française a placé ses plus belles espérances. » Sur la nouveauté du style, on lit : « Il n’y a donc pas de raisons pour ne pas se réjouir du rayonnant et splendide triomphe des idées nouvelles et en tirer tout le parti possible jusqu’au moment où elles ne satisferont plus notre insatiable besoin d’inconnu ».

L’autre action musicale non moins renommée, L'Étranger, opus 53 (en deux actes, composée de 1898 à 1901, éditée chez Durand), suscita l’intérêt des musicologues suisses. Ainsi, les revues Courrier de Genève et Gazette musicale de la Suisse romande (Anth. Dubois) ont parlé de ce nouveau drame musical.

La plus connue des symphonies sur la nature, la Symphonie sur un chant montagnard français, opus 25 (en trois mouvements, composée dès 1886, éditée chez Hamelle) — dite la Cévenole pour piano et orchestre (qui n'est pas un concerto) — fut écoutée par des critiques suisses. Par exemple, le franc succès du Concert Lamoureux de janvier 1931 fut relaté le 1er février 1931 dans le Journal de Genève.

De même, le concert d’octobre 1930 à Barcelone (Espagne), où Vincent d'Indy dirigea l'Orchestre de Pablo Casals pour sa Symphonie no 2 en si bémol Opus 57 (en quatre mouvements, composée en 1902-1903, éditée chez Durand), fut critiqué le 1er novembre 1930 dans le Journal de Genève.

La conférence publique du 17 novembre 1920 de H. Lichtenberger (professeur à l’Université de Paris) donnée Salle du Bierhübeli (Société d’études françaises de Bern) sur la Légende de Saint-Christophe, opus 67 (drame lyrique en trois actes et huit tableaux, sur un poème de Vincent d'Indy, composée de 1908 à 1915, publiée chez Rouart-Lerolle).

Plus surprenant, l’œuvre Veronica, opus 76, est due à un jeune littérateur suisse. Au printemps de 1913, Vincent d'Indy reçoit la visite de Charles Gos. Ce dernier lui apporte son drame en cinq actes, drame alpestre qui enchante d'Indy. Commencée en été 1914, cette œuvre fut achevée par d'Indy le 15 septembre 1920. Cette musique de scène pour flûte, hautbois, clarinette, basson, deux cors et quintette à cordes, n’a été ni jouée ni publiée.

La Sonate en Ré majeur, opus 84 (composée en 1924-1925, éditée chez Rouart-Lerolle) fut créée le 5 mars 1926 dans la Salle des Agriculteurs (Paris) par Edwige Bergeron (violoncelle) et Vincent d'Indy (piano). C’est cette création qui retint l’attention de la Gazette de Lausanne du 25 juillet 1926. On y loue la ferme allure, le sentiment éloquent et la technique plus aisée.

Ce même article cite aussi (même concert) le Thème varié, fugue et chanson, opus 85 (composée en 1925, éditée chez Rouart-Lerolle), œuvre pour piano dédiée à Blanche Selva.

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Musique orchestrale
Musique de chambre
Musique vocale
  • Le Chant de la cloche (chansons et arrangements de chansons populaires)
Musique pour piano
Opéras
  • Attendez-moi sous l'orme
  • Le Rêve de Cinyras
  • Fervaal (1897)
  • L'Étranger (1903)
  • La Légende de Saint-Christophe (1920)

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

  • Symphonies n° 1 & 2, Aldo Ciccolini, Orchestre national du Capitole de Toulouse dirigé par Michel Plasson et Orchestre de Paris dirigé par Serge Baudo.
  • Poème des montagnes op.15; Tableaux de voyage op.3; Thème varié, fugue et chanson op.83 (CD), Michael Schäfer au piano, enreg. 2005. Genuin Musikproduktion, 2007, GEN87083.
  • Petite Sonate (dans la forme classique) op.9; Sonate en mi op.63; Fantaisie sur un vieil air de Ronde française op.99 (CD), Michael Schäfer au piano, enreg. 2005 et 2007. Genuin Musikproduktion, 2007, GEN87101.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Louis Borgex, Vincent d'Indy. Sa vie et son œuvre, Paris, A. Durand et fils, 1913.
  • Vincent D'Indy (Cahiers de mémoire d'Ardèche et Temps présent - 1997).
  • Vincent d'Indy : Ma Vie. Correspondance et journal de jeunesse présentés par Marie d'Indy. Seguiers, 2001

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Jean-Aubry, Vincent d’Indy, La vie musicale, Lausanne, 15 mai 1908.
  • Romain Rolland : Musiciens d'aujourd'hui. 1908.
  • Marguerite-Marie de Fraguier, Vincent d'Indy : souvenirs d'une élève, accompagnés de lettres inédites du maître, préface de Louis de Serres, Paris, Jean Naert, 1934.
  • Léon Vallas : Vincent d'Indy, Albin Michel, 1947 (ouvrage documenté mais altéré par des rancœurs personnelles).
  • Auguste Serieyx, D’Indy, Duparc et Roussel (ou Lettres à Sérieyx), Éd. du Cervin Documents célèbres, Lausanne, 1963.
  • Henri Gagnebin, Musique, mon beau souci, La Baconnière, Neuchâtel, 1968.
  • Henri Gagnebin, Vincent d’Indy, Revue musicale de Suisse romande, no 25, 1972.
  • Yvonne de Blaunac, Vincent d’Indy, Éd. Simone Sudre Sélection, Suisse, 1987, 130 pages.
  • Ariane Chebel d'Appollonia, L'Extrême-droite en France. De Maurras à Le Pen, Bruxelles, Éditions Complexe et PUF, « Questions au XXe siècle », 1987 ; rééd. 1996. (ISBN 2-87027-573-0) Extraits à lire en ligne
  • Marc Kowalczyk, série d'article sur Vincent d'Indy, revue Invitation à la musique, no 80 et no 81, Montrouge (France), 1992.
  • Marc Kowalczyk, L’Art de Vincent d’Indy, bulletin de la Société nationale de Musique, Intemporel no 10, Paris, France, 1994.
  • Jean et Francine Maillard : Vincent d'Indy (monographie et analyses musicales), Zurfluh, 1995.
  • Vincent d'Indy et son temps, actes du colloque de musicologie, 2002, BNF, sous la direction de Manuela Schwarz, Mardaga, 2006.
  • Yves Ferraton: Vincent d'Indy Peintre de l'Ardèche et d'ailleurs, préface de François Pupil, Dominique Guéniot éditeur.

Liens externes[modifier | modifier le code]