Vin biodynamique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Vins biodynamiques en dégustation lors du Taste Festival à Hobart

Le vin biodynamique correspond à un vin produit selon les principes de l'agriculture en biodynamie. La biodynamie peut s'appliquer, selon le producteur, tant aux méthodes de culture (viticulture) qu'au traitement de la vendange et du vin (vinification). Cette méthode, qui fait appel à des pratiques impossibles à vérifier scientifiquement, utilise des rites ésotériques, des cornes et des têtes d'animaux, des infusions, ainsi qu'un calendrier lunaire et des traitements homéopathiques. Ce qui est loin de faire l'unanimité dans la filière viti-vinicole. Il est à souligner que le producteur peut pratiquer la biodynamie sans nécessairement adhérer à un label certifiant cette pratique.

Historique[modifier | modifier le code]

Rudolf Steiner (1861-1925)

Comme l'agriculture biodynamique, la biodynamie appliquée à la viticulture découle des théories de Rudolf Steiner, qui dans son Cours d'Agriculture, en 1924[1], une série de huit conférences faites à des paysans de Silésie, jeta les bases d'une méthode qu'il proposait comme une alternative. Ceux-ci s'inquiétaient de la mauvaise qualité de leurs semences et de la détérioration des fruits et légumes produits engraissés avec des fertilisants chimiques[2].

Les principes et les pratiques de cette biodynamie étaient calqués sur la philosophie ésotérique de son fondateur. Appelée anthroposophie, elle mêlait écologie et spiritualisme[3],[4]. Il l'adapta à l'agriculture afin de convaincre les fermiers de « l'influence des forces cosmiques et terrestres sur la vie organique de la terre[5]. ».

Ses conférences décrivaient une terre vivante sous influence des forces cosmiques ainsi que de liens étroits existants entre le paysan et sa terre[6]. Pour parfaire cette communion, il développa une conception originale, où intervenaient huit préparations biodynamiques dont le but était de « stimuler la vitalité en harmonisant les processus dans le sol[5]. ».

La viticulture en biodynamie[modifier | modifier le code]

Robinson et Parker, les deux chantres mondiaux de la biodynamie

La pratique de la biodynamie dans la viticulture est devenu très populaire à partie des années 2000[7] dans plusieurs régions viticoles, dont la France, la Suisse, l'Espagne, l'Italie, l'Autriche, l'Allemagne, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili, l'Afrique-du-Sud, le Canada et les États-Unis[3],[4].

Cette expansion doit beaucoup aux prises de position de deux critiques du vin les plus influents du monde, Robert Parker et Jancis Robinson (en). Parker, le plus puissant et le plus influent des critiques de vin, met en exergue dans les compte-rendus de ses dégustations les domaines qui pratiquent la biodynamie. Il conduit lui-même un vignoble de l'Orégon en biodynamie, dont il est propriétaire avec son beau-frère. Sa collègue, l'anglaise Robinson, une des essayistes du vin les plus connues de sa génération, se déclare, elle aussi, favorable à la biodynamie. Confrontée aux sceptiques, elle réplique : « Si les producteurs sont contents des résultats, même mystifiés, pourquoi ne pas les laisser continuer ? [8] ».

Le concept de système agricole[modifier | modifier le code]

Analyse pédologique d'un vignoble
Tas de compost pour fumer le sol

Pour ses adeptes, en dehors de ses concepts ésotriques, « la biodynamie incarne l'idéal de l'autosuffisance écologique : l'unité du domaine viticole est considéré comme un tout vivant, cohérent et interconnecté[9]. ». Pour mener un vignoble en biodynamie, il faut que celui-ci soit cultivé en agriculture biologique (préparation du sol sans labour, utilisation de compost, etc.). Il faut rappeler que ces pratiques se sont déjà révélés efficaces aussi bien sur la structure du sol, que sur la flore et la faune du sol ou bien encore sur le contrôle des maladies. Une efficacité qui est due tant aux ajouts des matières organiques qu'à la réduction de la densité du sol. Il est à souligner que ces techniques agricoles vérifiées scientifiquement ne doivent rien au mysticisme de la biodynamie[5].

Celle-ci en profite pourtant pour revendiquer une certaine crédibilité scientifique[5]. Ce que dénoncent ses contradicteurs qui considèrent que si les vignes conduites en biodynamie résistent généralement bien aux infections et aux maladies, cela est dû uniquement au temps de travail et à l'attention que leur portent les propriétaires ou leur personnel. De plus, ils nient tout effet aux préparations ésotériques de Steiner et ne voient dans ces pratiques empiriques qu'un « assemblage de fadaises[10]. ». Pourtant, certains adeptes n'hésitent pas à utiliser des analyses pédologiques du sol ou chimiques comme la chromatographie. Mais les résultats de celles-ci restent cantonnés à « l'étude des forces vitales éthériques des plantes à travers la cristallisation sensible et la dynamolyse capillaire », techniques non testables scientifiquement[5].

Le travail des vignes sous l'influence lunaire et des constellations zodiacales[modifier | modifier le code]

Influence des constellations zodiacales sur l'organe correspondant de la plante

Pour compléter les recommandations du maître, les disciples de Steiner ont préconisé le recours à des agendas cosmiques et autres calendriers ésotériques faisant intervenir l'astrologie[5]. Dans ces almanachs la lune dirige les travaux viticoles. Quand une lune montante favorise la montée de la sève, c'est le printemps lunaire, période où il faut greffer et vendanger. En lune descendante, automne lunaire, c'est le moment de la taille[6]. Il existe différents calendriers régissant les pratique biodynamiques, mais le plus connu reste celui de Maria Thun (1922-2012)[2]. Publié chaque année, il se base sur les quatre éléments, théorie définie par les philosophes de l'Antiquité. Elle expliquait que « ces éléments sont reliés aux organes des plantes », ce qui lui permettait de « découper l'année en dates favorables à ces différents organes en fonction de la position de la lune tout en y ajoutant une connexion avec les douze constellations zodiacales ». C'est sur ces bases, qu'elle faisait apparaître des périodes plus favorables que d'autres en fonction d'opposition ou de nœuds planétaires[11]. En plus, son calendrier, pour faciliter la mise en œuvre pratique de l'autosuffisance écologique, publie un Calendrier des Semis donnant des indications sur les périodes qu'elle considérait comme étant les plus favorables[12].

Dans la pratique biodynamique, selon les disciples de Steiner, le rythme est une permanente adaptation aux conditions de l'environnement alors que les cadences et les fréquences sont étrangères à la sphère du vivant. En dépit de cette constatation, les rythmes lunaires, planétaires et zodiacaux sont pris en compte, avec une importance variable selon les écoles, pour le travail du sol, les plantations, les récoltes ou l'emploi des préparations biodynamiques[13],[14],[15].

La protection des cultures[modifier | modifier le code]

Aux fins de protection des cultures , tout comme la viticulture biologique, la viticulture en biodynamie exclue l'utilisation de pesticides de synthèse chimique. Seules sont autorisées les préparations d'origine minérales ou végétales (par exemple le soufre et le cuivre pour la lutte contre l'oïdium et le mildiou). Sur cette base, la lutte contre les maladies cryptogamiques se fait avec des cadences de traitement rapprochées, un dosage en matière active faible et l'utilisation de tisanes préventives. Pour lutter contre le mildiou, le cuivre est utilisé sous forme d’hydroxyde de cuivre ou de bouillie bordelaise. Contre l'oïdium, le soufre est utilisé sous forme de soufre fleur en poudrage ou mouillable en pulvérisation[11].

La lutte contre les insectes les animaux parasites est prise en compte par les partisans de la biodynamie. Elle commence par « l'incinération du parasite concerné un jour favorable au calendrier cosmique ». Ces cendres sont ensuite diluées plusieurs fois dans l'eau pour obtenir une solution homéopathique. Cette préparation se fait « sur la base de 1/10 suivie d'une dynamisation de trois minutes, le tout répété sept fois afin d'obtenir au final une dilution appelée D8. La pulvérisation de D8 se fera de préférence un jour favorable au calendrier cosmique[11]. ».

Dynamiseurs mécaniques au Château de Romanin à Saint-Rémy-de-Provence
Dynamisation manuelle des préparations biodynamiques au Château de Romanin

L'efficacité de cette dilution biodynamique est sensée reposer sur la mémoire de l'eau, « considérée comme capable de transmettre des informations ou des impulsions aux systèmes vivants en utilisant les principes de haute dilution connus en homéopathie et appliqués en biodynamie à des préparats dynamisés, c'est-à-dire chaotisés[11]. ».

Ce point a fait l'objet de travaux scientifiques controversés en particulier par Jacques Benveniste (sur la mémoire de l'eau en haute dilution), en France, et Lee H. Lorenzen (Micro-cluster Water), aux États-Unis. Pour dynamiser l'eau, selon leurs théories, il faut utiliser un dynamiseur, une sorte de cuveau, qui est équipé de pals rotatifs tournant alternativement à droite puis à gauche. Cette rotation alternée - qui peut aussi être réalisée manuellement - permet de créer un vortex « dans le liquide dynamisé qui sera chaotisé à chaque changement de sens[11]. ».

La vinification en biodynamie[modifier | modifier le code]

Analyse des sucres d'une vendange blanche
Programmation de la maîtrise des températures dans une cuve de vinification
Fragmentation du chapeau de marc d'une vendange rouge
Ouillage d'une barrique de vin rouge

Il est à souligner que les viticulteurs pratiquant une agriculture biodynamique choisissent ou non d'élaborer leurs vins selon les principes de Steiner. C'est pourquoi certains n'appliquent pas le cahier des charges spécifique à la vinification. Par conte ceux qui se lancent dans cette voie affirment avoir noté une augmentation qualitative de leurs vins qui seraient plus floraux[16]. Ils notent également un meilleur équilibre dans la croissance végétative liée à une production de sucre dans les raisins qui coïncide avec la maturité physiologique. Celle-ci entraîne un bon équilibre entre le glycérol et la teneur en alcool[17].

Ce qui est sûr c'est que lors d'une dégustation à l'aveugle de 20 vins biodynamiques, organisé par le magazine Fortune, neuf des vins biodynamiques ont été jugés supérieurs à leurs équivalents classiques[18]. Les commentaires sur ces vins, fait par les sept experts en vin composant le jury, mettent en avant « de meilleures expressions du terroir, leur expression aromatique et leur texture[19]. ».

Nombre de critiques reconnaissent, il est vrai, la qualité des vins biodynamiques, tout en se demandent si les améliorations constatées dans le goût du vin et la santé du vignoble ne seraient pas dues à la seule agriculture biologique et non aux pratiques ésotériques ajoutées par la biodynamie[20],[21]. D'autres spécialistes y ajoutent le travail méticuleux des viticulteurs qui veillent à de nombreux détails souvent négligés. Ray Isle, rédacteur en chef du Wine & Spirit magazine, explique : « Alors que faire s'ils pensent aussi qu'enterrer des cornes de vache pleines de bouse va les aider à canaliser de nouvelles forces de vie venues du cosmos? [19]. ».

Comme l'expliquent Douglass Smith et Jesus Barquin, très critiques envers les aspects ésotériques de la biodynamie, leur appréciation des vins qui en sont issus n'en est pas affectée. Ils reconnaissent d'ailleurs le talent de beaucoup des vignerons adeptes de cette méthode, tout en regrettant « leur crédulité en des croyances et des pratiques non scientifiques comme l'astrologie ou l'homéopathie, ainsi que leur pratique de rituels de style vaudou ». Constatant que les meilleures études, menées à ce jour, n'ont pu « trouver de distinctions entre l'agriculture biodynamique et biologique dont elle est une partie. L'ésotérisme, semble-t-il, n'ajoute rien, n'apporte rien. Et nous, en tant que supporters du rationalisme et de la clarté, sommes consternés par ces déconnexions entre la croyance et la recherche. Buvons un verre à la raison[20] ».

L'attention portée aux phases lunaires dans le travail des vins[modifier | modifier le code]

Lors de la vinification, il est pris en compte le calendrier lunaire. Par exemple, le soutirage, la filtration, la mise en bouteilles n'ont lieu qu'en lune descendante, car elle est sensée favoriser l’expression aromatique du vin. « La lune descendante a un effet réducteur — qui est l'inverse de l'effet oxydatif — ce qui permet de resserrer les parfums et de préserver les arômes au soutirage et à la mise en bouteille », explique Frédéric Duseigneur, conseiller en biodynamie, dans la basse vallée du Rhône[22].

Il est aussi utilisé des vasques de dynamisation, destinées à clarifier le vin par sédimentation après le soutirage. Le levurage, la chaptalisation et le collage sont aussi réglementés. Enfin, il y a interdiction d'utiliser des levures sélectionnées, tandis que d'autres limitent le plus possible l'emploi de soufre[22].

Les labels de certification pour la viticulture biodynamique exigent désormais l'application de ces principes en vinification. De plus, ils mentionnent les produits autorisés tout en en limitant l'usage. Demeter a défini un cahier des charges pour la vinification qui en vigueur depuis le millésime 2009 sur des cuvées qui n'ont été ni levurées, ni acidifié, ni flash-pasteurisées, et qui limite la chaptalisation, le levurage, le sulfitage, le collage et l'utilisation d'enzymes. Biodyvin applique les mêmes critères définis par Demeter[23].

Controverses sur la viticulture en biodynamie[modifier | modifier le code]

Préparation des cornes de vache emplies de bouse, dite préparation 500
Ancienne cuve de fermentation du vin utilisée pour la préparation du compost
Compost à base de prêle (Equisetum arvense) sensé développer la création de bactéries et d'une microflore bénéfiques, dite préparation 508

La différence principale avec l'agriculture biologique et la spécificité majeure de la viticulture biodynamique réside dans l'utilisation de préparations homéopathiques[24],[25] et d'infusions à bases de plantes ou l'utilisation de préparations spécifiques (« silice de corne », « bouse de corne », etc.)[26].

  • Préparation 500 - Le fumier de vache est enterré dans des cornes de vache dans le sol pendant l'hiver. La corne est alors déterré, son contenu (appelés fumier de corne ou '500 ') sont ensuite agité dans l'eau et pulvérisé sur le sol dans l'après-midi. La corne peut être ré-utilisé comme une gaine[26].
  • Préparation 501 - quartz broyé est enterré dans des cornes de vache dans le sol pendant l'été. La corne est alors déterré, son contenu (appelés silice de corne ou '501 ') sont ensuite agité dans l'eau et pulvérisé sur les vignes au lever du jour. La corne peut être ré-utilisé comme une gaine[26].
  • Préparation d'achillée millefeuille Achillea millefolium (502) qui jouerait un rôle particulier dans la mobilité du soufre et de la potasse[26].
  • Préparation de camomille sauvage Matricaria recutita (503), liée au métabolisme du calcium et régularise les processus de l'azote[26].
  • Préparation de grande ortie Urtica dioïca (504). En rapport avec l'azote et le fer, elle renforcerait l'influence des deux premières préparations en donnant au compost et au sol une « sensibilité » et favorise une bonne humification[26].
  • Préparation d'écorce de chêne pédonculé Quercus robur (505). Pour les bio-dynamistes cette préparation aurait un rapport avec le calcium et régulariserait les maladies des plantes dues à des phénomènes de prolifération, d'exubérance[26].
  • Préparation de pissenlit Taraxacum section Ruderalia (506). Jouerait notamment un rôle au niveau de l'acide silicique, après avoir été accroché dans le soleil d'été, enterré pendant l'hiver, puis déterré le printemps suivant. Le contenu du mésentère sont enlevés et insérés dans le compost (mésentère utilisée est jetée)[26].
  • Préparation de valériane officinale Valeriana officinalis (507). Cette préparation aiderait à la mobilité du phosphore dans les sols[26].
  • Préparation de prêle des champs (Equisetum arvense) (508) utilisé soit comme un thé frais ou comme engrais liquide fermenté, elle est appliqué soit à la vigne (dans ce cas généralement comme un thé) ou au sol (dans ce cas généralement comme engrais liquide)[26].

Comprendre ou même appréhender les effets bénéfiques de ces huit composés biodynamiques reste compliqué. Surtout lorsque l'explication donnée par les disciples de Steiner avance que les éléments chimiques contenus dans ces préparations permettent de transporter « les forces cosmiques et terrestres qui communiquent ces forces aux récoltes, et ainsi aux humains qui les consomment[5]. ».

À titre d'exemple, deux des composés sont élaborés en bourrant de la bouse de vache (préparation 500) et du silice (préparation 500) dans des cornes de vaches. Ces cornes sont ensuite enterrées plusieurs mois, puis leur contenu est mélangé dans de l'eau chaude, avant d'être appliqué sur le vignoble. Il est dit que ces cornes sont des antennes qui permettent de recevoir et de concentrer les forces cosmiques, qui sont transférées alors au matériau qui se trouve à l'intérieur[5].

Confection des préparations biodynamiques destinées au compost en utilisant un processus fermentaire réalisé dans des organes animaux

Qu'en est-il des six autres composés (préparations 502 à 507) ? Ce sont des « extraits de différentes plantes qui sont stockés dans des crânes ou des organes d'animaux (par exemple, dans des vessies de daims, des péritoines ou des intestins de bovins) soit dans la tourbe ou le fumier, où on les fait vieillir avant de les diluer et les appliquer au compost[5]. ».

Si les écrits non scientifiques foisonnent à propos de la biodynamie, il y a peu d'articles scientifiques sur la question. Ceux-ci constatent tous que « ces composés n'ont pas été mis au point par une méthode scientifique, mais plutôt par des révélations de Steiner qui déclarait que ses méthodes n'avaient pas besoin d'être expérimentées, car elles étaient vraies et correctes en soi. L'approche mystique de la biodynamie et son rejet de toute vérification scientifique impliquent que les effets attribués aux préparations de Steiner et de ses disciples est plus une affaire de croyance que de faits[5]. ».

Parmi les chercheurs, Lynne Carpenter-Boggs et son directeur de thèse, John Reganold, de la Washington State University, ont réalisé le travail scientifique le plus important sur la biodynamie. Toutes les analyses qui ont été faites arrivent à la même conclusion : « Il n'existe aucune différence entre les pratiques biodynamiques et biologiques ». Dans sa thèse, Carpenter-Boggs a particulièrement étudié les composts biodynamiques. Sa conclusion est : « Aucune différence n'a été trouvée entre les sols fertilisés avec la biodynamie et les composts non biodynamiques ». (Carpenter-Boggs, 2000). Quant à Reganold, lors d'une interview, il a constaté que la recherche « ne distinguait pas le biodynamique du biologique » (Darlington, 2003)[20].

En Espagne, une tentative est faite pour tenter de prouver que les principes et les résultats de la biodynamie peuvent être analysables. Cette étude est menée par Josep-Maria Albet i Noya, qui en fut, en son temps, lui même un pionnier. Il s'est donné pour objectif de redéfinir la biodynamie, non comme une pratique ésotérique mais comme une nouvelle approche scientifique[2].

La commercialisation des vins en biodynamie[modifier | modifier le code]

Stand de vin biodynamique à Vinitaly
Délégation d'importateurs japonais
Dégustation sur le lieu de vente

Les vins élaborés en biodynamie s'exportent massivement vers l'étranger, en particulier aux États-Unis et au Japon. Leurs producteurs les vendent cher, puisque leurs vins sont régulièrement primés dans les concours internationaux. Le premier argument mis en avant auprès de consommateurs est le retour à une viticulture respectueuse de l'environnement. Car les grands domaines affichent rarement la mention agriculture biodynamique sur leurs étiquettes, se refusant à l'employer comme un argument commercial, mais seulement comme un argument qualitatif[10].

Joëlle Brouard, professeur de marketing et directrice de l'Institut du management du vin à l'École supérieure de commerce de Dijon, explique que chez les vignerons, la biodynamie « n'est pas un argument mis en avant. D'abord parce qu'ils n'en ont pas besoin pour vendre, mais aussi parce qu'ils ne veulent pas être jugés sur les moyens mais sur le résultat ». Insistant que, pour elle, ces producteurs ne sont pas des illuminés, elle conclut : « Fondamentalement, ça ne part pas d'une volonté commerciale, mais d'une conviction personnelle, d'autant qu'il faut convaincre l'ensemble des salariés de travailler de cette façon[10]. ».

Quelques domaines viticoles célèbres pratiquant la biodynamie[modifier | modifier le code]

Pulvérisateur à dos (en cuivre) utilisé pour l'épandage des préparations biodynamiques au Château Romanin
Labourage avec un cheval d'une parcelle de vigne de la Romanée-Conti conduite en biodynamie

Il y a plus de 450 producteurs de vins biodynamiques dans le monde entier[3],[4]. Un certain nombre de producteurs de grande envergure, élaborant des vins de très haut de gamme, se sont convertis à la biodynamie. Selon un article paru dans Fortune, un grand nombre des meilleurs domaines en France, « y compris le Domaine Leroy, en Bourgogne, le Château de la Roche-aux-Moines dans la Loire, la Maison Chapoutier dans la vallée du Rhône, et le Domaine Zind Humbrecht en Alsace », appliquent la viticulture biodynamique[27]. Quant à Robert Parker, il loue, particulièrement, Catherine et Sophie Armenier, de Châteauneuf-du-Pape, comme « suivant les écrits astrologiques et homéopathiques du fameux professeur allemand Rudolf Steiner » (Parker 2005, p. 380)[8]. Catherine Armenier joue un rôle important dans les syndicats de producteurs de son AOC et des côtes-du-rhône[28].

Dans la bande dessinée Les Ignorants, réalisée par Étienne Davodeau, pour le bourguignon Richard Leroy, celui-ci qui avoue ne rien comprendre aux théories de Steiner, aux histoires de planètes, de lunes ou de dilutions, affirme : « Je ne suis pas chercheur, ni biologiste, et encore moins sorcier, je suis vigneron. Je sais une chose : les vins qui me parlent le plus sont issus de la biodynamie. Ceux qui m’ont fait découvrir la biodynamie sont tous des gens de grande valeur sur le plan humain : attentifs, respectueux, humbles, ça compte vachement[6]. ».

Le château Romanin, près de Saint-Rémy-de-Provence, au pied des Alpilles, est situé au cœur des l'AOC, les-baux-de-provence. Sa cave fut construite de toutes pièces en 1998, pour élaborer des vins biodynamiques, selon la volonté des promoteurs dont les principaux étaient une société d'investissement et Jean-André Charial, le chef emblématique de l'Oustau de Beaumanière[29].

Cave cathédrale et batterie de cuves inox du château Romanin

Ils s'imposèrent un cahier des charges drastiques où aux critères de qualité (rendement : 30 hl/ha, vendanges faites à la main en petites caisses, vinification en cuves inox, macération pelliculaire pour les blancs, maîtrise des températures, etc.) se mêlaient l'ésotérisme (les onze cuves baptisées du nom des planètes, traitement du vignoble par infusion aux seules périodes déterminées par le calendrier lunaire de Maria Thun, refus de tout traitement au soufre en cas d'attaque de mildiou ou d'oïdium, etc.). Florence Arnault, disciple inconditionnelle de Steiner, dirigeait alors le domaine[29].

Quant à Régis Baud, chef de culture et vinificateur, pourtant conseillé par des œnologues de réputation comme Jacques Puisais et Daniel Péraldi, il décida, dès 1992, d'abandonner l'ensemencement des 1 600 hectolitres de ses vins avec des levures sélectionnées pour se rabattre sur des levures issues d'un pied de cuve des anciennes vendanges. Si un grand soin était pris lors de la récolte (tri manuel des grappes pour éliminer les grains abîmés) puis lors de l'arrivée des cépages (réception sur tapis roulant des raisins placés en petites caisses, versement de la vendange dans les cuves par gravité), cette matière noble avait vocation de finir dans les fûts de bois neuf de la cave cathédrale camouflant l'apport du terroir par les notes boisées/vanillées caractéristiques du « goût international »[29].

Le domaine du château de Romanin, depuis 2006, est devenu la propriété de Jean-Louis et Anne-Marie Charmolüe, qui possédaient le Château Montrose, second cru classé de Saint-Estèphe[30],[31].

Labels spécifiques à la viticulture en biodynamie[modifier | modifier le code]

Bouteille notifiée Australian certified biodynamic
Vigne californienne menée en biodynamie certifiée Demeter

La marque internationale Demeter a été créée en 1928[2], ce label officiel de la biodynamie est reconnu dans plus de 50 pays[32]. Pour pouvoir l'utiliser, un domaine viticole doit nécessairement avoir reçu le label AB, certifiant l'utilisation des méthodes de l'agriculture biologique[6]. Il existe aussi le récent label Biodyvin pour les vins uniquement, sur les 270 producteurs en France, Biodyvin compte 70 adhérents et Demeter réunit 200 domaines[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. John Paull, « Attending the First Organic Agriculture Course: Rudolf Steiner's Agriculture Course at Koberwitz, 1924 », European Journal of Social Sciences', vol. 21, no 1,‎ 2011, p. 64–70 (lire en ligne)
  2. a, b, c et d La biodynamie en viticulture sur le site labuenavida
  3. a, b et c Jack Everitt, Master List of 475 Biodynamic Wine Producers, as of July 10, 2008, Fork & Bottle. Accessed 2008-07-12.
  4. a, b et c P. C. Howard, The Wine Alchemy Biodynamic Directory, July 2008, Wine Alchemy. Includes the status of BD credentials. Accessed 2008-07-12.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Le mythe de l'agriculture biodynamique
  6. a, b, c et d Hélène Binet, Le secret de la corne de bouse et autres subtilités de l'agriculture biodynamique
  7. Paul Gregutt, Not Woo-Woo Anymore: More and more wineries are tasting the benefits of saving the soil, The Seattle Times, November 20, 2005. « Reprint copy » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2014-08-01. Accessed 2008-07-12.
  8. a et b Douglass Smith et Jesus Barquin, La biodynamie dans la bouteille de vin
  9. Eco-Friendly Wines, The Daily Green, October 1, 2009
  10. a, b et c Vin et biodynamie : l'autre culture des vins vivants
  11. a, b, c, d et e Biodynamie : bienfait ou supercherie
  12. Maria Thun, Calendrier des semis, Mouvement de Culture Bio-Dynamique
  13. Kolisko E., Kolisko L., 1939. Die Landwirtschaft der Zukunft. Traduit en anglais Agriculture of Tomorrow (1978), Kolisko Archive Publications, Angleterre
  14. Spiess R., 1994. Chronobiologische Untersuchunger mit besondere Burücksichtigung lunarer Rhythmen im biologisch-dynamischen Pflanzenbau, Schriftenreihe des Instituts für Biologisch-Dynamische Forschung, Allemagne
  15. Thun M., 2008 Biodynamie et rythmes cosmiques, indications issues de la recherche sur les constellations, édition MCBD
  16. Beppi Crosariol, "Converted: I'm a biodynamic believer", Globe and Mail, February 13, 2008. Reprint. Accessed 2008-07-13.
  17. Roland Brunner, Alto Adige goes green : Part 3 : The stars go green too, in Wein-Plus Magazine, February 25, 2008. « Reprint » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2014-08-01. Accessed 2008-07-13.
  18. Jean K. Reilly, Taste-Test Results, in Fortune, August 23, 2004. Reprint. Accessed 2008-07-12.
  19. a et b Jean K. Reilly, "Moonshine, Part 2: A blind sampling of 20 wines shows that biodynamics works. But how? (This, by the way, is why we went into journalism.)", Fortune, August 23, 2004. Reprint. Accessed 2008-07-11.
  20. a, b et c Douglass Smith et Jesus Barquin, Le vin biodynamique
  21. Chalker-Scott, Linda, « The Myth of Biodynamic Agriculture », Horticultural Myths, Washington State University Puyallup Research & Extension Center,‎ 2004 (consulté le 2008-07-12)
  22. a et b L'influence du calendrier lunaire sur le vin biodynamique
  23. a et b Vins biodynamiques sur le site larvf.com
  24. Nicolas Joly, Le vin du ciel à la terre : la viticulture en biodynamie, Paris, Édition Sang de la Terre,‎ 2003, 229 p. (ISBN 2-86985-160-X).
  25. [PDF] « Cahier des charges Demeter pour la production végétale et animale », sur http://www.bio-dynamie.org/.
  26. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Monty Waldin's Biodynamic Wine Guide 2011 ISBN 978-0-9566678-0-9, p.9-76.
  27. Jean K. Reilly, Moonshine, Part 1: Why are top winemakers burying cow horns filled with manure on the equinox? Because it seems to help make great wine, Fortune, August 9, 2004. Reprint. Accessed 2008-07-11.
  28. Pierre Nicolas, Le Comtadin, n° 3645, jeudi 26 juin 2014.
  29. a, b et c Cépages Magazine, n° 45, septembre-octobre 1993, p. 9.
  30. Domaine du château de Romanin
  31. Château Romanin sur le site avis-vin.lefigaro.fr
  32. Demeter Calls, Biodynamic Wines: An Expression of Terroir? published by novusvinum.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]