Maison Ipatiev

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56° 50′ 39″ N 60° 36′ 35″ E / 56.84417, 60.60972

Maison Ipatiev, 1928

La maison Ipatiev (Дом Ипатьева en russe) doit son nom à son ancien propriétaire, un ingénieur militaire nommé Nikolaï Nikolaïevitch Ipatiev. La maison Ipatiev ou "Maison à destination spéciale" (ou encore "La Maison des Intentions Particulières") était située à Iekaterinbourg dans l'Oural.

C'est dans cette maison que furent séquestrés, puis assassinés, le tsar Nicolas II et sa famille.

La maison Ipatiev[modifier | modifier le code]

Quand les Bolcheviques décidèrent d'emprisonner la famille Romanov à Iekaterinbourg, ils choisirent une maison située dans le centre historique de la ville sur la rue Voznessenski pour leur servir de prison, la maison Ipatiev. Cet homme vivait avec sa famille au premier étage, le rez-de-chaussée lui servant de bureaux pour l'entreprise de métallurgie qu'il dirigeait. C'était une maison spacieuse (18 x 31 mètres), moderne, confortable car équipée de l'électricité, du téléphone et même d'une salle de bain et de WC. Cette maison comportait également une petite terrasse donnant sur un jardin.

La demeure était construite sur une double pente et une partie du rez-de-chaussée donnant sur la rue Voznessenski se révélait donc être un quasi sous-sol.

Elle avait été construite en 1897 pour un certain Andreï Redikortsev qui était ingénieur des mines. Mais cet homme avait été impliqué dans une vaste affaire de corruption et avait été forcé de vendre sa maison à un autre homme : IG Charaviev. Celui-ci travaillait également pour les mines de platine dans l'ouest de l'Oural. C'est un peu plus tard, en 1908 que IG Charaviev revendit sa maison à Nicolas Ipatiev pour 6 000 roubles de l'époque.

10 ans plus tard, le 27 avril 1918, les Bolcheviques réquisitionnaient la maison Ipatiev en demandant à son propriétaire de l'évacuer sous deux jours. Il s'agissait d'une réquisition passagère et il fut autorisé à stocker ses affaires dans une pièce du sous-sol (attenante à celle où sera exécutée la famille Romanov 3 mois plus tard) qui fut placée sous scellés. Après le départ de Nicolas Ipatiev, la demeure fut entourée d'une double palissade de bois allant jusqu'au faîte des fenêtres, des mitrailleuses installées sur le toit transformaient la bâtisse en forteresse. La villa était prête à accueillir la famille Romanov qui y arriva pour partie le 30 avril (Nicolas, Alexandra et Maria) suivis ensuite par le reste de la famille restée à Tobolsk le 23 mai à cause d'une crise d'hémophilie du tsésarévitch Alexis qui le rendait intransportable.

La garde de la famille impériale[modifier | modifier le code]

Nicolas II en mars 1918.
Dernière photo du tsar, prise alors qu'il était prisonnier à Tobolsk.

La garde de la famille impériale est assurée par des hommes ayant toute la confiance du commissaire Iakovlev, ce sont des ouvriers travaillant dans les usines avoisinantes. Le commandant Avdeïev commande la garde extérieure et intérieure de la maison Ipatiev. Le logement du commandant et de dix autres gardes se situait à l'étage réservé à la famille impériale. Cette cohabitation sera source pour les membres de la famille impériale de nombreuses vexations, ils seront les victimes d'incessants quolibets de la part des gardes, de plaisanteries douteuses à l'encontre des jeunes grandes-duchesses. Aucune intimité n'était possible pour chacun des membres de la famille de Nicolas II de Russie, qui furent dans l'obligation de partager cette villa avec leurs geôliers.

C'est dans la cave de la villa qu'eut lieu, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, le massacre de la famille impériale accompagnée dans la mort par le docteur Ievgueni Botkine, de trois domestiques : le cuisinier de la famille impériale (Ivan Kharitonov), du valet de chambre (Alexis Trupp), de la femme de chambre (Anna Demidova) qui fut assassinée à coups de baïonnette. Le massacre de la famille, toutefois, a été remis en cause par les journalistes A.Summers et Tom Gold en 1976 (lire le "Dossier Romanov", Albin Michel, Paris, 1980.)

Après la reprise de la ville par l'armée blanche, les pièces de la villa où eut lieu le massacre furent placées sous scellés et le général tchécoslovaque Radola Gajda installa son état-major à l'étage. Son bureau personnel se trouvait alors dans la pièce qui avait été affectée au tsar et à la tsarine[1].

Pour Pierre-André Taguieff[2], le massacre de la famille impériale de Russie en 1918 est une occasion pour les Russes blancs de dénoncer un mythique « complot judéo-bolchévique » basé sur la réactivation de « l'imaginaire du crime rituel juif ».

La présence d'un volume des Protocoles des Sages de Sion, dans la chambre de l'impératrice Alexandra, dans la Villa Ipatiev, à Ekaterinbourg permet à l'« antisémite fanatique », Pierre Chabelski-Bork, qui se trouve à Ekaterinbourg en septembre 1918, lors de la découverte des Protocoles dans la maison d'Ipatiev, d'alimenter « la légende d'un "complot juif" contre la Sainte Russie, incarnée par la famille impériale »[3].

Parmi les faits relevés par les enquêteurs figure une citation modifiée de l'écrivain Heinrich Heine en allemand écrite sur les murs de la villa qui dit

« Belsazar ward in selbiger Nacht Von seinen Knechten umgebracht »

[4] ce qui signifie "Dans la même nuit Balthatsar fut assassiné par ses serviteurs".

La maison Ipatiev aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Église de tous les Saints construite à l'emplacement de la villa.

De nos jours, il ne reste plus rien de la villa Ipatiev : elle a été détruite en juillet 1977, sur l'ordre de Michel Souslov, membre du Politburo. Boris Eltsine, futur président de la Russie, alors premier secrétaire du parti communiste de Sverdlovsk (nom d'Iekaterinbourg de 1924 à 1991), fut chargé de sa démolition[5].

Le terrain fut remis en 1990 à l'Église orthodoxe, qui lança en 2000 les travaux de construction de l’Église de tous les Saints. Celle-ci fut consacrée en 2003, 85 ans après la mort du Tsar.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Janin, Ma mission en Sibérie 1918-1920, Payot, Paris, 1933, page 53.
  2. Pierre-André Taguieff, La judéophobie des Modernes : Des Lumières au Jihad mondial, Odile Jacob, 2008, p. 283-284. (ISBN 2738117368)
  3. Pierre-André Taguieff, La judéophobie des Modernes, p.284.
  4. Heinrich Heine und die Verehrung der Russen, 27.11.2011, Welt, par WON
  5. La villa Ipatiev rasée par le Politburo - article de La Voix de la Russie du 27 Juillet 2012.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Nicolas II de Russie de Henri Troyat

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]