Viktor Abakoumov

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Viktor S. Abakoumov
Naissance 1894
Moscou
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Décès 18 décembre 1954
Moscou, RSFS de Russie
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Grade colonel général

Viktor Semionovitch Abakoumov (en russe : Виктор Семёнович Абакýмов) (1894 ou 1908 - 18 décembre 1954), colonel général, fut l'un des responsables au plus haut niveau des organes officiels de sécurité soviétique : de 1943 à 1946 à la tête du GURK (Chef de la Direction du Contre-espionnage) au Commissariat du Peuple à la Défense de l'URSS, plus connu sous le nom de SMERSH, puis de 1946 à 1951 ministre de la Sécurité d'État ou MGB (ex-NKGB). Abakoumov était de notoriété publique un officier brutal, connu pour torturer des prisonniers de ses propres mains.

Biographie[modifier | modifier le code]

De sa naissance à 1943[modifier | modifier le code]

Abakoumov, né en 1894 à Moscou (suivant d'autres sources, en 1896 ou 1908) avait rejoint l'organisation de sécurité soviétique en 1932, et commença de travailler au Département de l'Économie (EKO) dans l'un des bureau du district de Moscou de l'OGPU (ou Guépéou). En 1933, il fut transféré au siège de l'OGPU à Moscou, la Loubianka, à la Direction de l'Économie (EKU-OGPU).

En 1934, après la réorganisation de l'appareil sécuritaire (l'OGPU étant désormais associé au NKVD en tant que GUGB), Abakoumov commença à travailler à la 1re Section du Département de l'Économie (EKO) à la Direction principale de la Sécurité d'État du NKVD. Puis, à partir du 1er août 1934, il fut transféré à la Direction des camps et colonies de travail, plus connue sous le nom de Goulag, où il travailla jusqu'en 1937, principalement comme officier en opération à la 3e Section du département de sécurité du Goulag au NKVD. En avril 1937, Abakoumov fut déplacé au 4e Bureau (OO) du GUGB du NKVD, où il servit jusqu'en mars 1938. Après la nouvelle réorganisation des structures du NKVD en mars 1938, il devint l'assistant du responsable du 4e Bureau de la 1re Direction du NKVD, et là, du 29 septembre au 1er novembre 1938, il fut l'assistant de Piotr Fedotov à la tête du 2e Bureau (Affaires politiques secrètes – ou SPO) du GUGB du NKVD. Puis, à la fin de 1938, il travaillait en tant que chef de l'un des Bureaux, toujours au SPO.

À la fin décembre 1938, Abakoumov fut déplacé de Moscou à Rostov, où il devint rapidement le chef du NKVD de l'oblast de Rostov (5e oblast la plus peuplée de Russie). Il revint à la direction de Moscou le 12 février 1941 en tant que Major principal de la Sécurité d'État, et après une nouvelle réorganisation du NKGB, il devint l'un des porte-paroles de Lavrenti Beria qui était alors Commissaire au Peuple pour les Affaires intérieures (chef du NKVD). Le 19 juillet 1941, il prit la tête du Bureau spécial (OO) du NKVD, responsable du Contre-espionnage et de la Sécurité intérieure au RKKA (Armée rouge). Après l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie, en juin 1941, et la série de défaites enregistrées par l'Armée rouge, cette position lui permit de mener, sur ordre de Staline, les purges contre les généraux de l'Armée rouge, accusés de trahison ou de lâcheté. Abakoumov avait ainsi survécu aux Grandes Purges — en y participant ; il avait exécuté chacun des ordres reçus.

Du 19 avril au 20 mai 1943, il fut l'un des représentants de Staline, quand celui-ci occupa le poste de Commissaire au Peuple pour la Défense de l'URSS.

1943-1953 : rivalité avec Beria[modifier | modifier le code]

Sa carrière prend alors un essor croissant. En avril 1943, alors qu'il dirigeait le contre-espionnage soviétique, il prit la tête du SMERSH dès sa création, avec le rang de Commissaire en second de la Sécurité d'État et le titre de Vice-commissaire à la Défense. En 1946, Staline nomma Abakoumov à la tête du ministère pour la Sécurité d'État (MGB). Bien que ce ministère fût sous la supervision théorique de Beria, Staline espérait fléchir par cette nomination le pouvoir de ce dernier en le plaçant sous la surveillance d'Abakoumov. Dans ce cadre, Abakoumov fut le responsable de la purge de 1948-49, purge connue comme « l'Affaire de Leningrad » et qui conduisit à l'exécution de deux membres du Politburo, Nikolaï Voznessenski et Alexeï Kouznetsov.

Chute[modifier | modifier le code]

Depuis le 4 mai 1946, qui avait vu la nomination d'Abakoumov à la tête de la sécurité d'État (MGB) en remplacement de Vsevolod Merkoulov, l'homme de Lavrenti Beria, Staline souhaitait réduire le pouvoir de ce dernier[1]. En fait, « dès 1943, des rumeurs circulèrent sur la méfiance grandissante de Staline à son égard[1] ».

Dans la seconde moitié des années 1940, cette méfiance s'amplifia. Un « complot » ignoré par Beria aurait donné un bon prétexte à Staline pour l'accuser d'incompétence et l'écarter du pouvoir. Il serait remplacé par Abakoumov tandis que ses proches seraient mêlés à l'affaire et ainsi pourraient être éliminés. De fait, Beria se mit à redouter « Abakoumov comme la peste[1] ». À partir de la fin 1946, la froideur de Staline pour Beria devint manifeste, et ne tarda pas à « évoluer vers une haine réciproque[1] ». Des proches de Beria, comme son ancienne maitresse Zoia Fiodorova (en décembre 1946 pour cette dernière), furent arrêtés par Abakoumov.

Cependant, à partir de 1947, l'affaiblissement du dictateur devient patent. En 1947, il consacra 136 jours au travail, 73 en 1950, et 45 seulement en 1952[2]. Beria conservait par ailleurs une énorme influence, à la fois à travers ses hommes placés dans les services de sécurité, son alliance avec les principaux membres du politburo et son fief de Géorgie[2]. « En 1945-1946, Abakoumov n'avait pas hésité à s'attaquer à des proches de Beria et Malenkov pour plaire à Staline ; mais, à partir de 1949, il se montra beaucoup plus réticent, craignant de se mettre à dos ses successeurs potentiels[2] ». Staline, furieux de l’absence de résultat quant aux enquêtes sur les membres du Politburo (et sur Beria en particulier) l'accusa de « servir deux maitres[2] ».

Abakoumov fit ainsi trainer l'enquête contre l'épouse de Molotov[2], contre le Comité antifasciste juif, ou dans l’affaire qui allait devenir célèbre comme le Complot des blouses blanches. À compter de 1950, Staline se méfie de plus en plus d'Abakoumov. En janvier 1950, le dictateur crée un collège directorial au sein du MGB, permettant de desserrer le contrôle d'Abakoumov sur la sécurité d'État. Le MGB perdit en février 1950 le contrôle des prisonniers politiques les plus importants[2].

Au printemps 1950, sur les conseils de Beria, Abakoumov freina l'enquête contre Pavel Soudoplatov[2]. Le 31 décembre 1950, Abakoumov fut flanqué de sept adjoints, indice supplémentaire de la méfiance de Staline[2].

C'est finalement Malenkov qui fut la source de la chute d'Abakoumov. Bien que Malenkov et Beria aient fait front commun à cette époque avec les autres membres du politburo contre un retour à la terreur de masse au sein du parti et de la société, qui les menaçaient au premier chef, ils n'en restaient pas moins concurrents pour la succession de Staline, laquelle approchait manifestement[2]. Le rapprochement évident entre Abakoumov et Beria donnait à nouveau à ce dernier un large contrôle sur les organes de sécurité, comme avant la scission entre le NKVD / MVD et le MGB. C'était un avantage que Malenkov ne pouvait laisser à son allié et rival. Malenkov soutint donc Mikhaïl Rioumine, un employé du MGB (et donc d'Abakoumov) qui faisait lui-même l'objet d'une enquête. Pour s'en prémunir, celui-ci envoya en juin 1951 une lettre à Malenkov dénonçant le trucage de l'enquête le concernant. Malenkov vit le profit à tirer de l'évènement et aida Rioumine à rédiger un courrier, envoyé directement à Staline le 2 juillet 1951, dénonçant Abakoumov et sa complicité avec des médecins juifs. D'autres accusations étaient portées, comme celle de protéger des espions étrangers. Le 4 juillet, Staline, qui se méfiait de plus en plus d'Abakoumov, reçut personnellement Rioumine[2]. Bien que les enquêteurs chargés de l'enquête aient affirmé « que les accusations de Rioumine ne tenaient pas debout », Abakoumov fut arrêté le 12 juillet 1951[2]. C'était un revers indirecte pour Beria, qui sembla un temps en danger[3].

Après le remplacement de son chef par Semion Ignatiev en juillet 1951, le MGB reçut de nouvelles consignes de sévérité dans les purges internes. Mais comme Staline se méfiait désormais du MGB, les procès furent transférés aux tribunaux militaires qui « s'accrochaient à toutes sortes de formalités[2] », ralentissant par la même le processus que pensait accélérer Staline. L'affaiblissement du dictateur réduisait son contrôle sur les organes de sécurité, et la majorité de l'appareil d'État, inquiet du retour à la grande terreur de l'ère Nikolaï Iejov, freinait des quatre fers[2].

Dans le cas plus spécifique du complot des blouses blanches, cependant, l'implication directe de Staline était trop forte, et l’instruction et le procès furent bouclés en moins d’un an par Ignatiev et Mikhaïl Rioumine. Seule la mort de Staline le 5 mars 1953 devait permettre à l'accusation contre les « blouses blanches » de s'effondrer. Beria, devenu vice-président, fit mettre fin à l'affaire. La Pravda du 4 avril publia un communiqué annonçant que le complot des médecins n'avait jamais existé et que ces derniers étaient désormais réhabilités. Rioumine fut arrêté, jugé et exécuté.

Abakoumov, quant à lui, ne fut pas libéré : exclu du Parti communiste, il devait finalement être jugé pour son rôle dans l'affaire de Leningrad (l'exécution de deux membres du Politburo, Nikolaï Voznessenski et Alexeï Kouznetsov) et fusillé le 18 décembre 1954. Il payait aussi, pour une bonne part, son rapprochement tardif avec Lavrenti Beria, lui même arrêté et exécuté dans les mois ayant suivi la mort du dictateur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Pavel Soudoplatov, Anatoli Soudoplatov, Jerrold Schecter et Leona Schecter, Missions spéciales : mémoires du maître-espion soviétique Pavel Soudoplatov, Paris, éd. du Seuil, 1994, (ISBN 2020218453), chapitre « Notices biographiques », p. 591.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Béria, le janus du Kremlin, Françoise Thom, éditions du Cerf, 2013, pages 429 à 453.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Béria, le janus du Kremlin, Françoise Thom, éditions du Cerf, 2013, pages 457 à 473.
  3. Alexandre Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag, traduit du russe par Geneviève Johannet, Paris, édition Fayard.