Vignoble de Picardie

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Le vignoble de Picardie a été florissant du Moyen Âge jusqu'au milieu du XIXe siècle, après une quasi-disparition au XXe siècle, il se développe à nouveau ces dernières années.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

La Picardie, région administrative du nord de la France, regroupe trois départements : l'Aisne, l'Oise et la Somme.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité et Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Si l'archéologie a révélé une consommation de vin dès l'époque Gallo-romaine en Picardie, notamment avec la découverte de "puits à amphores", la culture de la vigne n'y est attestée que depuis le Haut Moyen Âge : on la trouve citée en 662 dans la charte de fondation de l'abbaye de Corbie[1]. Le vin étant nécessaire au culte c'est l'église catholique, par les monastères notamment, qui s'est faite propagatrice et propagandiste du vin dans les régions septentrionales. Car les moines, ayant du mal à importer le vin nécessaire aux célébrations, se lancent dans sa production [2] : "Ils ne dédaignaient pas non plus le précieux produit de la vigne qui représentait de beaux revenus temporels." [3]. La vie monastique à l’époque était loin d’être austère, il fallut même un concile à Trosly-loire (Aisne) en 909 pour remédier au « dérèglement des mœurs des moines » [4],[5]!

Le vignoble picard a atteint son maximum d'extension vers la fin du XVe siècle[6]. On peut toujours voir des représentations de vendangeurs sur la façade de Hôtel de ville de Saint Quentin (début XVIe siècle)(photo). L'hôtel de ville de Noyon, construit de 1485 à 1523, présente, dans ses frises et encadrements de fenêtres, de très nombreuses sculptures de grappes de raisin[7]. La vigne était alors souvent cultivée sur échalas ou en hautains[8]. Selon certains à l'époque, le vin picard « donne la colique et fait danser les chèvres »[9], car il était parfois aigrelet et souvent pétillant. Sa qualité varie selon les lieux de production et dépendait davantage des micro-climats locaux que du climat de la région en général, celui de la vallée de l'Oise (qu'on appelait ginglet ou ginglard car en Picard, Haut-Normand et Ch'ti le verbe "gingler" signifie "sauter, folâtrer, gigoter") et celui de la vallée du Thérain étaient plus appréciés que ceux de la Somme[10]. Il n'y a d'ailleurs aucune raison de penser que la production d'un vin de qualité est impossible en Picardie alors qu’on trouve normal d’en demander à la Champagne voisine [11]. Au Moyen Âge, c'est même le terroir mieux adapté à la vigne qui fit choisir Noyon comme siège épiscopal plutôt que Saint-Quentin[12]. Les cépages locaux jusqu'au XIXe siècle s'appelaient gouet, noir-franc, moussy, cocquart, maillé, blanc-vert fruleux [13], puis gamay, pinot noir et meunier et toujours blanc-vert fruleux[14] et enfin des HPD : baco , seyval, seibel, hybrides de plants américains de première génération après l'arrivée du phylloxera[15].

Vendangeurs picards

Décadence à partir du XVIe siècle[modifier | modifier le code]

C'est la facilité des transports qui fit reculer progressivement la culture de la vigne en Picardie[16] entre la fin de la guerre de cent ans et le développement des chemins de fer, permettant l'approvisionnement en vins du midi, moins chers et de qualité plus constante. Vers 1850, sur le territoire de la commune de Noyon, 124 vignerons cultivaient encore 62,02ha[17] et on comptait 26 tonneliers et 5 marchands de vin. Dans l'Aisne, on comptait 3606 ha de vignes dans l'arrondissement de Laon en 1824 alors qu'en 1905 il n'en reste que 1120 ha qui seront, pour la plus grande part, détruites pendant la Grande Guerre [18]. Le coup de grâce fut donné comme partout en Europe par le phylloxera à la fin du XIXe siècle et la production viticole française se réorganisera ensuite, dans l'Entre-deux-guerres, en excluant la Picardie à l'exception de 39 communes classées en AOC Champagne dans le sud du département de l'Aisne.

Renaissance à la fin du XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1918 il ne restait que quelques dizaines d'hectares de vigne en Picardie. Après une légère reprise jusqu'aux années cinquante on assiste à une quasi-disparition de la vigne dans la seconde moitié du vingtième siècle. Dans le département de l’Oise il y avait encore 23 communes viticoles en 1958, mais en 1988 seulement 1 ha à Rieux dans le canton de Liancourt [19].

Juste avant la fin du XXe siècle et au début du XXIe s'annonce un renouveau des activités vitivinicoles en Picardie : outre l'extension de l'AOC Champagne à une quarantième commune dans l'Aisne en 2009, on assiste à la multiplication des vignobles communaux, associatifs et particuliers.

Aspect économique[modifier | modifier le code]

Vigne vers les remparts de Coucy-le-Château.

Si la production et la commercialisation du vin local a presque disparu il y a plus d'un siècle, la Picardie continue de participer indirectement à la prospérité de la viticulture française en produisant le sucre de betterave nécessaire à la chaptalisation. En effet une grande partie des 50 000 à 60 000 tonnes [réf. nécessaire] de sucre utilisées annuellement à cet effet en France provient des plaines picardes.

La vitiviniculture de Picardie est désormais souvent une vitiviniculture de plaisance [20], de loisir, de hobby[21] qui se met en place en dehors de la production agricole traditionnelle. Ces vignes ont essentiellement une vocation pédagogique, culturelle, touristique, historique et patrimoniale. On trouve notamment de petits vignobles à Coucy-le-Château, Septmonts (02), à Gerberoy, Gouvieux, Clairoix (60). Chez les particuliers le vignoble est parfois composé d'une seule treille. Le vin qui en est produit, souvent en toute petite quantité, n'est pas commercialisé [22].

Nouvelle vigne associative à Clairoix (60).

Toponymie[modifier | modifier le code]

Au moins deux noms de communes sont directement liés à la vigne : Vignemont, dans l'Oise et Vignacourt dans la Somme. Des centaines de noms de lieux-dit et de voiries y font également référence dans de très nombreuses communes autrefois viticoles.

Encépagement[modifier | modifier le code]

Dans les vignobles communaux et/ou associatifs les cépages les plus couramment plantés sont le pinot noir, le chardonnay et plus rarement le cabernet sauvignon. En AOC Champagne le pinot meunier s'ajoute aux deux premiers. Chez les vignerons amateurs particuliers ce sont encore parfois des HPD comme le baco, le Léon Millot ou le Triomphe d'Alsace ou des hybrides interspécifiques comme le perdin, le phoenix , le régent ou le sirius.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Autres vignobles de régions non viticoles :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chandon, J. A. (1997) Cultivez votre vigne Encyclopédie d'utovie 50p.
  • Chandon, J. A. (1997) Faites votre vin Encyclopédie d'utovie 50p.
  • Chang-Ricard, B. (2009) Micro Vino Bordeaux : Confluences, 98p.
  • Chervin, C. (2006) Je fais mon vin Paris : Hachette 130p.
  • Cottret de Tracy Le Mont (1851) Moyens infaillibles pour […] obtenir une bonne récolte en cidre et en vin […] Compiègne : Graux, 12p.
  • Couret, L. (1988) "La vigne dans l'Aisne médiane : aspects historiques et écologiques" Université de Paris I, mémoire de Maîtrise. pp. 47-52.
  • De Brouwer, M. (1998) Traité de vinification Bruxelles : CEP, 242p.
  • Demangeon, A. (1929) «  La vigne en Picardie : Mr Duchaussoy, La vigne en Picardie et le commerce des vins de Somme » Annales d’histoire économique et sociale, Année 1929, Volume 1, Numéro 3 p. 430 – 434.
  • Roger Dion, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle, Paris, 1959
  • Duchaussoy, H. (1926-1927) « La vigne en Picardie et le commerce des vins de la Somme » mémoire de la Société des Antiquaires de Picardie, tome 41-42. en ligne
  • Fossier, R. (1997) « Boire son vin en Picardie » Milieux naturels, espaces sociaux: études offertes à Robert Delort Paris : Publications de la Sorbonne, pp 93-106.
  • Lesort, A. (1960) « Le trafic des vins sur l’Oise au moyen âge » Bulletin philologique et historique pp. 295-302.
  • Galet, P. (2006) Cépages et vignobles de France. Tome III. Vignobles de France. Vol. 2. Paris : Tec & Doc, Ed. Lavoisier, 1285 p.
  • Gianadda, P. A. (2012) Tout savoir pour faire son propre vin Lausanne : Editions Favre, 130 p.
  • Golovko, A. (1999) Comment faire soi-même un bon vin Ed. De Vecchi, 127 p.
  • Graves, L. (1850) Précis statistique Annuaire de l’Oise.
  • Lachiver, M. (1981) La Vigne et les vignerons à l'ouest de Paris du XVIIe au XIXe siècle (thèse), Université de Paris 1-Sorbonne, 2400 p.
  • Lachiver, M. (1982) Vin, vigne et vignerons en région parisienne du XVIIe au XIXe siècle Compiègne : Société Historique et Archéologique de Pontoise, 957 p.
  • Lachiver, M. (1984) "La Vigne et le vin en Île-de-France" actes du quatrième colloque de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Île-de-France, Suresnes, 15-16 octobre 1983, vol. 35, Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Île-de-France, coll. « Paris et Ile-de-France : mémoires », 397 p.
  • Le Bihan, J. C. (2010) « Quelles variétés planter ? » La Feuille de Vigne bulletin de l’UVVOS n°9 octobre 2010, p. 4.
  • Le Bihan, J. C. (2011) Cultiver sa treille bio, Mens : Terre Vivante Éditions, 162p.
  • Le Bihan, J. C. (2011) «Une treille ? ça se tente» Les 4 Saisons au jardin bio n° 190 sept-oct 2011, pp. 32-36.
  • Le Bihan, J. C. (2012) « Vigne, vin et religions » La Feuille de Vigne bulletin de l’UVVOS n°16 juillet 2012, p. 2.
  • Le Bihan, J. C. (2014) « Protéger nos raisins » La Feuille de Vigne bulletin de l’UVVOS n°23 avril 2014, p. 2.
  • Le Bihan, J. C. (2014) « 2014, année des hybrides ? » La Feuille de Vigne – n°24 juillet 2014, p. 2.
  • Lefranc, J. (2013) "La vigne (2e partie)" Vivre Noyon n° 55, p. 14.
  • Léglise, M. (1999) Les méthodes biologiques appliquées à la vinification et à l'oenologie Ed. Le Courrier du livre, tome 1, 170 p.
  • Léglise, M. (1995) Les méthodes biologiques appliquées à la vinification et à l'oenologie Ed. Le Courrier du livre, tome 2, 195 p.
  • Martin-Marville, C. P. H. (1869)  : « Trosly-Loire ou le Trosly des conciles » Noyon : Typographie Andrieux / Société archéologique de Noyon 29 p. En ligne
  • Ragache, G. (2005) Vignobles d’Ile de France ; deux siècles de viticulture XIXe et Xxe siècle Presses du village
  • Trochon de Lorière, R. (1931) "La vigne en Picardie" Bulletin de la Société Historique de Haute Picardie, Soissons. pp. 31-41.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Duchaussoy 1926 p. 430
  2. Le Bihan 2011 p. 10
  3. Demangeon 1929 p. 431
  4. Le Bihan 2012 p. 2
  5. On conseille d'abord de se vêtir décemment, « sint lumbi vestri præcinc-ti. » (Luc, XII) ; de fuir les images et les discours obscènes, et de conserver une grande sobriété dans le boire et le manger. Puis, on menace des peines éternelles ceux qui ne sauront résister à la tentation, attendu que jamais les voluptueux, ni les efféminés n'entreront dans le ciel, « neque fornicarii, neque adulteri, neque molles, neque masculorum concubitores regnum Dei possi-debunt ». Martin-Marville, C. P. H. (1869) p.22
  6. Duchaussoy 1926 p. 433
  7. J. Lefranc (2013) "La vigne (2e partie)" Vivre Noyon n° 55, p. 14.
  8. Demangeon (1929) p. 432
  9. Fossier 1997 p. 102
  10. Fossier 1997 p. 103
  11. Lachiver 1982 p. 25
  12. M. Lachiver, Vins, vignes et vignerons. Histoire du vignoble français, éditions Fayard, Paris, 1988, (ISBN 221302202X), p. 53
  13. Graves
  14. Duchaussoy, Vol. 2 p. 94
  15. Galet (2006) p.151.
  16. Duchaussoy 1926 p. 432
  17. ↑ GRAVES, L. (1850) Précis statistique Annuaire de l’Oise.
  18. Trochon de Lorière 1931 pp. 31-41
  19. Galet 2006 p. 151
  20. Le Bihan p. 8
  21. Gianadda 2012 p. 15
  22. Le Bihan p. 14