Vieux-prussien

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Vieux-prussien
Prūsiskai Bilā
Extinction au début du XVIIIe siècle
Région Prusse-Orientale
Typologie flexionnelle
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 (en) prg
IETF prg

Le vieux-prussien ou borusse est une langue appartenant au groupe balte des langues indo-européennes, pratiquement éteinte suite à la conquête des chevaliers teutoniques, à la minorisation des Vieux-Prussiens et à leur assimilation successive. Néanmoins, avant 1945, il restait dans le dialecte régional de la Prusse-Orientale des mots issus du vieux-prussien.

C'est la plus archaïque des langues baltes connues[1].

Sommaire

Histoire [modifier]

Les clans prussiens

Vers le Ve siècle av. J.-C., le proto-balte se sépare pour former deux sous-groupes : celui des langues baltes orientales et celui des langues baltes occidentales. Au début de l'ère chrétienne, le sous-groupe occidental subit l'influence germanique des Goths. À partir du Ve siècle, une nouvelle division apparut pour créer le vieux-prussien, le sudovien et le curonien, ce dernier passant peu après au sous-groupe oriental sous l'influence du letton et du latgalien.

Les chevaliers teutoniques commencèrent la christianisation et la germanisation de la région dès le début du XIIIe siècle, dans le cadre des croisades baltes. Ce phénomène s'accélère avec la colonisation allemande. Ce n'est qu'au siècle suivant que fut écrit le Vocabulaire d'Elbing, un dictionnaire prussien - vieux saxon comportant à peu près un millier de mots et le plus important document ayant survécu jusqu'à nos jours.

Le luthéranisme permit la traduction d'un catéchisme en vieux-prussien. L'arrivée de nouveau migrants, du fait des conflits de religion en Allemagne, amorça un déclin dans l'utilisation du vieux-prussien par ses habitants qui adoptèrent la langue des nouveaux venus jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, cette langue disparut complètement à la suite de l'assimilation des Prussiens par les Allemands, mais en partie aussi par les Lituaniens et les Polonais.

Des traces du vieux-prussien étaient encore visibles dans les dialectes allemands de la Prusse-Orientale, mais la Seconde Guerre mondiale leur porta un coup fatal avec l'expulsion de la quasi-totalité des habitants, (ceux-ci étant de langue allemande), après la fin de la guerre.

Une communauté expérimentale tentant de rétablir l'usage d'une forme reconstruite de la langue existe actuellement dans la région de Klaipėda (ancienne Memel) en Lituanie.

Classification [modifier]

Il s'apparentait plus au galindien (parlé au Sud), au skalvien (parlé au Nord-Est) et au sudovien (parlé à l'Est) et formait avec eux le groupe occidental des langues baltes, aujourd'hui disparues. Toutefois, on recherche plus des analogies avec les deux langues orientales des langues baltes les mieux documentées, le lituanien et le letton, pour reconstruire des racines de mots communs et faire une ébauche de la grammaire comparée du balte.

Les linguistes ont déjà avancé que la structure archaïque du vieux-prussien refléterait plus fidèlement que d'autres celle de l'indo-européen.

Distribution [modifier]

Cette langue était parlée sur les territoires compris entre la Vistule et le Niémen.

On le parlait en Prusse orientale, sur les territoires partagés aujourd'hui par la Pologne, la Lituanie et l'enclave russe de Kaliningrad, avant la colonisation de la région par les Polonais et les Allemands dès le XIIIe siècle. En Mazovie, les Prussiens purent trouver refuge et le dialecte du vieux-prussien parlé en Mazurie put s'y développer.

Écriture [modifier]

Théodoric le Grand a échangé de la correspondance avec les Prussiens[réf. souhaitée] et ceux-ci ont envoyé des présents à sa cour. Mais comme les Prussiens ne consignaient presque rien par écrit, peu de documents écrits existent encore. Le plus important est sans doute le Vocabulaire d'Elbing. Les autres textes remontent surtout au XVIe siècle. On écrivait le vieux-prussien avec l'alphabet latin. L'alphabet vieux-prussien peut être reconstitué ainsi[2] (tableau à mettre en forme) :

Aa Bb Cc Dd Ḑḑ Ee Ēē Ff
Gg Ģģ Hh Ii Īī Jj Kk Ķķ
Ll Mm Nn Ņņ Oo Ōō Pp Qq
Rr Ŗŗ Ss Šš Tt Ţţ Uu Ūū
Vv Ww Xx Yy Zz Źź

Grammaire [modifier]

Dans les quelques textes, l'écriture ne suivait aucune orthographe précise, de sorte que la traduction des mots de cette langue demeure tout aussi imprécise. La reconstitution de la langue est donc difficile. Le liste de mots contenus dans le Vocabulaire d'Elbing ne donne aucune information sur la grammaire et les seuls textes structurés (des catéchismes) remontent à une époque où le vieux-prussien avait déjà subi depuis des siècles l'influence de la langue allemande des immigrants et des dirigeants.

Compte tenu des textes et traductions laissées par l'Ordre Teutonique, le prussien apparaît être une langue fortement déclinée ainsi que le démontre ce tableau comportant les déclinaisons du pronom démonstratif "ce".

Cas m.sg. f.sg. n.sg. m.pl. f.pl. n.pl.
Nominatif stas stāi stan stāi stās stai
Génitif stesse stesses stesse stēisan stēisan stēisan
Datif stesmu stessei stesmu ou stesmā stēimans stēimans stēimans
Accusatif stan stan stan ou sta stans stans stans ou stas
Vocatif  ?  ?  ?  ?  ?  ?

Le dialecte bas-prussien du bas-allemand oriental comporte quelques mots de prussien mais, les deux langues ne doivent pas être confondues car le bas-prussien est un dialecte allemand.

Vocabulaire [modifier]

Voici un tableau illustrant quelques termes issus du Vocabulaire d'Elbing.

Vieux-prussien Vieux saxon
(en 1350)
Allemand Letton Français Rapport étymologique
latin ou grec
aglo Reyn Regen lietus pluie
assanis Herbist Herbst rudens automne automnus
agins, ackis Ouge Auge acs œil oculus
ape Vlys Fluss upe fleuve amnis
aubirgo Garbret Braten cepts rôtir
auklextes Oberker Spreu pelavas menue paille
avis Ome Onkel tēvocis oncle avus
birgakarkis Kelle Schöpfkelle kauss louche
buttan Hus Haus māja maison
cawx Tufel Teufel velns diable
dangus Hemel Himmel debesis ciel
dantis Czan Zahn zobi dent dens
dantimax Czanfleysch Zahnfleisch smaganas gencives
deywis Got Gott dievs dieu deus
dusi Sele Seele dvēsele âme fumus
estureyto Eudexe Eidechse ķirzaka lézard
gamdams, gandarus Storch Storch stārks cigogne
genne, genno Wip Frau sieviete femme cf grec : γυνή (gynê)
gorme Hiszcze Hitze siltuma chaleur formus
goro Vuerstant Feuerstelle kamīns foyer
grobis darm Darm zarnas intestin
knaistis Brant Brand ugunsgrēks incendie
knapios, knapis Hanf Hanf kaņepes chanvre cannabis
lituckekers linsen Linsen lēcas lentilles
luriay Mer Meer jūra mer
malun akela Moelrat Mühlenrad roue de moulin molere + colere
malunastabis Moelsteyn Mühlstein dzirnakmens meule mola
maldenikis Kint Kind bērnu enfant
menso Vleysch Fleisch miesa, gaļa viande, chair membrum
mergo Jungvrowe Jungfrau jaunava vierge
nage Vues Fuß pēda pied pedis
nagepristis Czee Zeh pirksts orteil
pamatis Vussale Fußsohle vienīgais semelle
panno Vuer Feuer vienīgais feu uguns
pettis Schuld'blat Schulterblatt lāpstiņa omoplate latin : pectus, oris
pelanne Assche Asche pelni cendres
percunis Donner Donner pērkons tonnerre
rapa Engel Engel eņģelis ange
sari Glut Glut lueur
smonenawins Mensch Mensch cilvēku humain homo
smoy Man Mann vīrietis homme homo
snaygis Sne Schnee sniegs neige nix
werwirsis Lirche Lerche cīrulis alouette
weware Eichhorn Eichhörnchen vāvere écureuil
wupyan Wulken Wolken mākoņi nuages umber


Voici un tableau illustrant quelques termes proches du latin.

Mot Traduction Rapport étymologique au latin
ains un unus
ackis œil oculus lituanien : akis
bitte abeille fucus
dangus <*nimbos ciel nimbus
gerwe grue grus
krawian sang cruor
menins mois mens letton : mēness (lune)
nage jambe crus
pirmas premier primus
sal sel sal
tauris taureau taurus
weders ventre venter

Références [modifier]

  1. Characteristics of the Baltic languages, britannica.com. Consulté le 31 août 2012.
  2. Selon le (lv) [PDF] Prūšu-Latviešu-Prūšu vārdnīca (Dictionnaire vieux-prussien-letton/letton vieux-prussien), p. 22 (avec omission du « Āā »).

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]