Vieille Charité

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Vieille Charité
L'hospice de la Vieille Charité
L'hospice de la Vieille Charité
Présentation
Propriétaire Commune
Protection Logo monument historique Classé MH (1951)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Bouches-du-Rhône
Commune Marseille (2e)
Localisation
Coordonnées 43° 18′ 02″ N 5° 22′ 05″ E / 43.300566, 5.36794343° 18′ 02″ Nord 5° 22′ 05″ Est / 43.300566, 5.367943  

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Vieille Charité

La Vieille charité, située au cœur du quartier du Panier dans le 2e arrondissement de Marseille, dans le quartier officiel des Grands-Carmes, est un bâtiment édifié au XVIIe siècle, sur les plans de Pierre Puget pour abriter les indigents et les pauvres de la ville. Il correspond à la mise en œuvre marseillaise du grand enfermement que Michel Foucault a mis en évidence dans sa fameuse Histoire de la folie à l'âge classique (1962).

L'hospice est représentatif de l'architecture du XVIIe siècle, en particulier du fait de la présence de la superbe chapelle de Puget et de sa coupole ovoïde.

Perdant progressivement sa vocation à la fin du XIXe siècle, il était proche de la disparition dans les années 1950, occupé seulement par des habitants pauvres vivant dans des conditions misérables.

La chapelle et l'hospice ont été classés Monument historique par arrêté du 29 janvier 1951[1]. L'ensemble ayant fait l'objet d'une rénovation profonde dans les années 1960 à 1980, est aujourd'hui une des institutions culturelles de la Ville de Marseille.

Plan de la Vieille Charité

Hospice du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

La décision[modifier | modifier le code]

Afin d’héberger et rassembler les mendiants et vagabonds fort nombreux au début du XVIIe siècle, à la suite de l'édit royal sur l'enfermement des pauvres et des mendiants, le conseil de la ville de Marseille décida, dans sa séance du 8 décembre 1622, de « renfermer dans un lieu propre et choisi par les consuls, les pauvres natifs de Marseille »[2].

Une œuvre fut créée sous la dénomination « Notre Dame de la Charité » et un terrain fut mis à disposition par la Ville près de la cathédrale de la Major, place de l'Observance, sur le versant nord de la Butte des moulins. Mais ce n'est que près de vingt ans plus tard, le 24 juin 1640[3] que, grâce à la persévérance d’Emmanuel Pachier, chanoine théologal de la cathédrale, la première pierre est posée pour la construction de locaux provisoires. Les premiers indigents furent accueillis en juin 1641[4].

Le projet de Puget[modifier | modifier le code]

La Vieille Charité, vue des façades intérieures et de la chapelle

Il fallut attendre 1654 pour que les dirigeants envisagent de construire un ensemble d’immeubles plus appropriés aux besoins car il y avait déjà à cette époque plus de trois cent pauvres à la Charité. Après avoir rejeté différents projets, celui de Pierre Puget, né dans le quartier, fut finalement retenu le 23 avril 1671.

Malgré les difficultés de financement, les travaux débutèrent le 14 août 1671 et l’aile nord était terminée en 1678. Le projet de construction de la chapelle présenté par Pierre Puget fut approuvé le 13 octobre 1678 car son financement était devenu possible grâce à une donation importante faite par Honoré de Seigneuret. Pierre Puget, mort en 1694, ne vit pas l’achèvement de l’église qui eut lieu en 1704.

Après différentes interruptions dans la réalisation des travaux en raison d'un manque de financement, la construction de la totalité des bâtiments fut achevée en 1745, sous la conduite du fils du grand architecte, François Puget, avec l’achèvement des deux ailes en retour au Sud, clôturant ainsi l’ensemble.

Le bâtiment[modifier | modifier le code]

Construit en pierre rose et blanche de la carrière de la Couronne (petit village au nord de Marseille, près de Martigues), l'ensemble de la Vieille Charité se compose de quatre ailes de bâtiment fermées sur l'extérieur et ouvertes sur une cour rectangulaire par des galeries sur trois niveaux qui rythment la vie à l'intérieur de l'édifice.

C'est une vaste bâtisse dont les quatre ailes sont disposés suivant un rectangle de 112 mètres sur 96 avec des murs extérieurs dépourvus de fenêtres.

Le corps de ces bâtiments est fait de trois étages de galeries superposées avec des arcades en plein cintre s’ouvre sur une cour intérieure de 82 mètres sur 45.

La chapelle[modifier | modifier le code]

Au centre de ce quadrilatère, dans l’axe de la porte d’entrée, se trouve une chapelle coiffée d’une coupole elliptique dans le meilleur goût baroque. Le porche à colonnes corinthiennes, dans le style Second Empire, reprend le thème de la Charité accueillant les enfants indigents, entourés par deux pélicans qui les nourrissent. Il fut construit entre 1861 et 1863 par Blanchet, architecte des hospices de Marseille[5].

Le fonctionnement de l’hospice[modifier | modifier le code]

La répression de la mendicité se faisait de façon énergique voire brutale. Des gardes appelés « Chasse-gueux » étaient chargés de saisir les mendiants : les étrangers étaient expulsés, les marseillais enfermés dans l’hospice. Ces gardes avaient souvent maille à partir avec la foule qui prenait souvent fait et cause pour les mendiants.

Il y avait dans cet hospice des ateliers où les mendiants étaient employés à diverses fabrications. Les enfants étaient placés comme domestique, mousse ou apprentis chez les passementiers ou les boulangers.

Avec le temps l’œuvre de la charité se développe, le chiffre des personnes internées passe de 850 en 1736 à 1059 en 1760.

La réclusion des pauvres étant de moins en moins admise, le nombre de personnes diminua ensuite progressivement pour atteindre 250 en 1781.

Asile au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La loi du 16 octobre 1796 ayant réuni tous les hôpitaux d’une même ville sous une seule administration, la charité servit à l’hébergement des vieillards et indigents qui furent ensuite transférés en 1890 à Sainte Marguerite.

Déshérence puis rénovation au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Un demi-siècle de déclin[modifier | modifier le code]

En 1905, les locaux mis à disposition de l'Armée, servirent à l’accueil des infirmiers coloniaux, puis en 1922 à loger les locataires expropriés des quartiers démolis derrière la Bourse.

En 1943 la Charité put héberger quelques familles évacuées lors du dynamitage par l’occupant allemand des quartiers du Vieux-port.

Les locaux de plus en plus dégradés ont été ensuite squattés par une population très pauvre. De nombreux pillages et actes de vandalisme contribuèrent à la dégradation des lieux. Dans les années quarante et cinquante, près de cent cinquante familles vivaient là dans des conditions épouvantables; une trentaine de petites sœurs des pauvres logeaient à la même enseigne. Enfin, différentes activités, comme l'emballage d'anchois ou de bananes, y étaient pratiquées.

L'interruption de la décadence[modifier | modifier le code]

Si quelques érudits se mobilisèrent dans les années trente pour tenter d'éviter la disparition du lieu. C'est Le Corbusier qui, dans l'immédiat après-guerre, dénoncera l'état d'abandon de ce superbe lieu.

Le 29 janvier 1951, le bâtiment est classé monument historique[6].

En 1962, tous les résidents furent relogés et le bâtiment fermé.

Ce n'est qu'en 1968, avec l'intervention du ministre de la Culture André Malraux, que les fonds furent disponibles pour le sauvetage des bâtiments, qui étaient au bord de l'effondrement.

La rénovation à la fin du XXe siècle[modifier | modifier le code]

La cour intérieur de l'hospice de la Vieille Charité après rénovation

L’abandon dans lequel la vieille charité avait été laissée depuis de nombreuses années avait entraîné de graves dégradations augmentées par l’air marin. Cet ensemble monumental présentant un grand intérêt architectural et historique, un vaste programme de restauration a été entrepris.

Les façades des trois galeries qui ceinturent la cour intérieure construites en magnifiques pierres roses, molasse de la Couronne, ont été minutieusement rénovées par un remplacement en tiroir des pierres en mauvais état.

Les salles et la chapelle ont été également rénovées.

Cette restauration commencée en 1961 s’est terminée en 1981 pour la chapelle et en 1986 pour l’ensemble des bâtiments[7].

Un centre culturel et muséographique[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 2004, la cour de la Vieille Charité accueillait chaque année de nombreux spectacles du festival de Marseille avant qu'il soit transféré au parc Henri Fabre.

Aujourd’hui, le Centre de la Vieille Charité abrite plusieurs structures culturelles.

La cour de la Vieille Charité, au beau milieu du Panier, ouvre tranquillité et fraîcheur. Un havre de paix dans le brouhaha de la ville.

Le musée d'archéologie méditerranéenne[modifier | modifier le code]

Le musée d'archéologie méditerranéenne est situé au premier étage ; il regroupe trois départements :

    • les antiquités égyptiennes
    • les antiquités classiques (civilisations étrusques et romaines, civilisation grecque, civilisations du Proche et Moyen-Orient)
    • l’archéologie régionale (civilisation celto-ligure locale)

Le musée d’arts africains, océaniens et amérindiens[modifier | modifier le code]

Le musée d'arts africains, océaniens et amérindiens est situé au deuxième étage ; il présente des œuvres provenant de ces trois continents :

    • L’Afrique avec des masques et reliquaires des donations de maître Guerre et de la Chambre de commerce et d’Industrie de Marseille.
    • L’Océanie avec la remarquable collection de crânes du docteur Gastaut et de masques de danse.
    • L’Amérique avec une collection de masques mexicains de la donation du cinéaste François Reichenbach et divers statuettes, poupées et masques notamment une tête trophée en provenance du Brésil de la collection du docteur Gastaut.

Des institutions de recherche[modifier | modifier le code]

  • Le Centre de documentation en sciences sociales (CDSS), bibliothèque spécialisée en sciences sociales du Centre national de la recherche scientifique et de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), situé au premier étage, est ouvert au public. Créé en 1986, il possède en particulier une importante collections de périodiques spécialisés, en français et en langues étrangères.
  • Le pôle régional de l’EHESS délivre un enseignement à partir du master, en anthropologie, économie, histoire et sociologie. Deux centres de recherches liés à l'EHESS, au CNRS, à l'université d'Aix-Marseille et à l'université d'Avignon, sont hébergés sur le site : le Groupe de recherche en économie quantitative d'Aix-Marseille et le Centre Norbert Elias, qui réunit anthropologues, historiens et sociologues. L'Institut d'économie publique y est également installé. Plusieurs revues et collection importantes émanent de cet important pôle d'enseignement et de recherches : la Revue d'économie publique, Techniques et culture et la collection Enquête, qui, en 2002, a pris la suite de la revue Enquête, anthropologie, histoire, sociologie, éditée de 1995 à 2000 par les éditions Parenthèse (Marseille). Les numéros de cette revue sont désormais accessibles sur le portail Revues.org.
  • Le Centre international de poésie Marseille (cipM), fondé en 1990.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00081331 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Augustin Fabre, Les Rues de Marseille, édition Camoin, Marseille, 1867, 5 volumes, tome 1 page 220
  3. Duchêne, page 371.
  4. Duchêne, p. 371
  5. Hospice, caserne, R. Bertrand, 2006, p.2
  6. Chapelle et hospice de la Vieille Charité : classement par arrêté du 29 janvier 1951
  7. Duchêne & Contrucci (1998), pages 735-736.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Évocation du vieux Marseille, André Bouyala d’Arnaud, Les éditions de minuit, Paris, 1961, pages 193-195.
  • La Vieille Charité de Marseille, André Bouyala d’Arnaud, André Hardy, Jean-Jacques Gloton, Jean Sonnier, Félix-L. Tavernier, Arts et livres de Provence, Marseille, bulletin numéro 75, 1970, 202 pages.
  • La Vieille Charité de Marseille : histoire d'un monument, Alain Paire, 1986, réédition 1995, Aix
  • Hospice, caserne, taudis, musée : la promotion patrimoniale de la Charité de Marseille, Régis Bertrand, Rives, 2006, article consultable en ligne sur revues.org, consulté le 29 oct 2009

Lien externe[modifier | modifier le code]