Victimologie

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La victimologie est le domaine des sciences criminelles qui, comme son nom l'indique, étudie la victime. Différents aspects sont étudiés variant de la prévention (étude de la relation victime-agresseur par exemple) à l'optimisation des modes de prise en charge par une meilleure connaissance des conséquences de l'acte délinquantiel sur la victime (stress, traumatisme, etc.). Les relations entre la victime et le système judiciaire sont aussi au cœur des préoccupations de cette discipline. Cependant, elle ne se limite pas uniquement aux victimes d'actes criminels, mais inclut aussi d'autres formes de violations des droits humains.

La victimologie est une discipline jeune qui s'est principalement développée à partir des années 1950, entraînant une considération plus importante des victimes par le corps social. La création de nombreuses associations d'aide aux victimes ou des cellules d'urgence médico-psychologique (CUMP) peut être citée en exemple de cette tendance.

Historique[modifier | modifier le code]

La notion de victimologie est récente. Elle débute avant la Deuxième Guerre mondiale, mais prend son essor après, en raison du grand nombre de victimes qu’elle a causées.

En 1937, Benjamín Mendelsohn (es), avocat pénaliste roumain, est le premier à s’intéresser aux victimes par une expérience publiée dans la Revue de droit pénal et de criminologie. Il est suivi par l'Allemand Hans von Hentig (en), qui publie en 1948 Le Criminel et sa victime[1]. Alors que la discipline se développe, le champ d'action de la victimologie se précise, avec une partie pénale, étroitement liée à la criminologie, et une partie générale qui intègre les victimes d'accidents, de catastrophes naturelles, etc. Une troisième approche s'intéresse aux victimes de violations des droits de la personne, dont le responsable n'est plus un ou plusieurs individus directement comme en victimologie pénale, mais un groupe humain ou un État ; elle intègre les génocides, la torture, l'esclavage, etc[2],. Von Hentig (1948), Ellenberger (1954) puis Mendelshon (1956) développent chacun des typologies permettant de classer des individus et des comportements de « victimisation » afin d'expliquer le crime, et ainsi, le prévoir[3]. Dans les années 1980, la criminologie s'est brusquement transformée d'un champ de recherche centrée sur le rôle et les prédispositions «victimogènes» de la personne lésée en une victimologie appliquée, soucieuse d'améliorer le sort de la victime en offrant à celle-ci l'aide, l'appui et le dédommagement nécessaires pour alléger ses souffrances[4].  Cette transformation s'est produite essentiellement pour des motifs politiques, en raison d'un « revirement vers la droite dans l'opinion publique » et sous l'impulsion de mouvements en faveur des victimes, portés principalement par le mouvement féministe[5], considérant que la théorie de la « victime catalyseuse » revenait à faire porterà la victime la responsabilité du crime[6]. A ce jour, la victimologie se concentre essentiellement sur les victimes de violation des droits de la personne, en y intégrant les victimes d'actes criminels[7].

D'après Gerd Kirchhoff, « la victimologie est l'étude scientifique des victimes et des victimisations attribuables à la violation des droits de la personne ; elle étudie également le crime, ainsi que la réaction par rapport au crime et à la victimisation. D'une façon scientifique, la victimologie décrit, mesure, analyse et interprète les strutures et modèles, les configurations, les relations associatives (et éventuellement causales) et calcule les probabilités[8]. »

La querelle s’ouvre entre deux conceptions de la victimologie, l’une humaniste d’origine européenne, l’autre typologique d’origine nord-américaine qui cherche à définir les différents types de victimes.

Approches régionales[modifier | modifier le code]

Monde anglo-saxon[modifier | modifier le code]

Monde francophone[modifier | modifier le code]

En France, la victimologie actuelle est héritée de la victimologie humaniste, dont les grands noms sont : Hans von Hentig (1948), Ezzat Fattah (1971), Micheline Baril (1984), qui a réalisé une thèse intitulée « l’envers du crime » (Montréal), et qui fonda la 1re association de victimes du Canada. Gérard Lopez, fondateur du premier diplôme universitaire français de victimologie en 1993 (université Paris 5) a publié l'ouvrage de référence, actuellement épuisé (Lopez G. Victimologie. Paris, Dalloz, 1997). Robert Cario, professeur de sciences criminelles, a créé un DESS de victimologie à la faculté de droit de Pau et publié un ouvrage de référence constamment mis à jour (Cario R. Victimologie. De l'effraction du lien intersubjectif à la restauration. Paris, L'Harmattan, 2006). Enfin, Jo-Anne Wemmers, professeure à l'École de criminologie de Montréal, a publié un ouvrage de référence (Introduction à la victimologie, PUM, 2003).

Criminologie et victimologie[modifier | modifier le code]

Pendant longtemps, la recherche en criminologie s'est concentrée sur l'acte et l'auteur des infractions, ignorant par là même un pan important du phénomène criminel : la victime. Au cours des années 1980, les chercheurs ont donc commencé à se focaliser également sur la victime, par l'étude des conséquences du crime, mais également par l'étude des possibilités d'aide aux victimes. Une des avancées primordiales au niveau de la recherche a été l'apparition des sondages de victimisation. Ces derniers permettent en effet d'évaluer le phénomène criminel en prenant l'information chez la victime elle-même, donnant ainsi accès à tous les actes n'étant pas parvenus jusqu'aux autorités.

Au sens strict, la victimologie est l'étude des victimes de délits ou de crimes, leur statut psycho-social et leurs éventuelles relations avec les agresseurs ou leur simple qualité de cible dans une perspective de criminologie économique. Mais elle conduit également à explorer d'autres pistes, par exemple, à ce qui peut prédisposer certaines personnes à devenir des victimes, comme une singularité dans la physionomie, l'appartenance à une minorité culturelle, etc. (En opposition à la victimologie classique, qui ne considère la victime que comme un objet de droit passif). Mais on ne doit pas la réduire à ses aspects purement psychotraumatologiques. Pour d'autres, comme pour S. Schafer (in Victimology: The victim and his criminal) ce serait plutôt l'étude de la relation entre le criminel et la victime.

« La victimologie est une discipline récente, née aux États-Unis, qui ne fut d'abord qu'une branche de la criminologie. Elle consiste en l'analyse des raisons qui amènent un individu à devenir victime, des processus de victimisation, des conséquences que cela induit pour lui et des droits auxquels il peut retendre. En France, une formation existe depuis 1994, conduisant à un diplôme universitaire. Cette formation d'adresse aux médecins d'urgence,aux psychiatres et aux psychothérapeutes, aux juristes ainsi qu'à toute personne ayant pour responsabilité professionnelle d'aider les victimes. Une personne qui a subi une agression psychique telle que le harcèlement moral est réellement une victime, puisque son psychisme a été altéré de façon plus ou moins durable »[9].

Les dimensions de la victimologie[modifier | modifier le code]

La victimologie présente quatre dimensions :

1. Juridique :

  • droit civil,
  • droit pénal,
  • droit social...

2. Empirique (C'est l'étude du coupable et de la victime) :

  • étude sociologique (sondage, questionnaire...)
  • étude ethnologique
  • étude des facteurs victimologiques

3. Psychologique :

  • Psychotraumatologie : l'étude et les soins des personnes atteintes par un événement potentiellement traumatique

4. Humanitaire :

  • C'est un ensemble de mouvements associatifs fondamentaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Histoire de la victimologie - Les Pères de la victimologie, p. 27
  2. L'Histoire de la victimologie - Le Champ d'action de la victimologie, p. 34
  3. L'Histoire de la victimologie - Les Typologies, p. 36
  4. Fattam, A. (1981) La victimologie : entre les critiques épistémologiques et les attaques idéologiques. Déviance et société. 1981 - Vol. 5 - N°1. pp. 71-92. p.71
  5. Fattam, A. (1981) La victimologie : entre les critiques épistémologiques et les attaques idéologiques. Déviance et société. 1981 - Vol. 5 - N°1. pp. 71-92. p.71 à 76
  6. L'Histoire du mouvement en faveur des victimes, p. 43 en ligne
  7. L'Histoire de la victimologie - La Responsabilisation de la victime, p. 40
  8. (en) Gerd F. Kirchhoff, International Debates of Victimology : Victimology, History and Basic Concepts, WSV Publishing,‎ 1994, p. 46
  9. Marie France Hirigoyen, Le harcèlement moral, édition Pocket

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]