Vibrio parahaemolyticus

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Vibrio parahaemolyticus est un Vibrion marin (bactérie gram-négative) trouvé (depuis 1951, date de sa description) dans le monde entier, principalement chez des animaux filtreurs, dont coquillages (moules et huîtres notamment) et chez certains poissons.

Comparativement au vibrion de choléra (à chauche), Vibrio parahaemolyticus (à droite) peut prendre une forme atypique avec des filaments latéraux en plus du flagelle

Certaines souches et sérotypes de cette bactéries causent des foyers (ex plus de 10 000 cas l'été 2005 au Chili) de sévères gastroentérites à caractère parfois pandémique chez l'homme. Les toxines qu'il produit ne sont pas détruites par la cuisson.

Elle tire son nom latin du fait qu'on a montré dès les années 1950-1960 qu'elle peut induire une hémolyse[1].


Sécurité alimentaire[modifier | modifier le code]

Cette bactérie peut infecter le tube digestif humain. C'est une source majeure d'infection alimentaire et d'intoxication alimentaire à partir de produits de la mer[2] (après ingestion de coquillages (animaux filtreurs) ou crustacés en général). Ces entérites, dont le mécanisme diffère de celui du choléra[3], ont surtout été signalées au Japon mais quelques cas ont été observés dans la région méditerranéenne.

Symptômes : diarrhée, nausées, vomissements, douleurs abdominales et/ou fièvre. Des globules blancs sont parfois trouvés dans les selles (chez 6 % des patients dans une des études consacrées à cette bactérie) [4]

Ce vibrion ne se développe que sur des milieux contenant 3 à 7 % de NaCl, ce qui le fait classer comme « germe halophile » .

Depuis 1996, certains sérotypes (ex : souche O3:K6) sont associées à une incidence accrue de gastro-entérite (en Inde et en Asie du Sud-Est, avec aussi des foyers d'origine alimentaire à grande échelle aux États-Unis)[5].

Dans les élevages de crevette[modifier | modifier le code]

Une souche émergente de Vibrio parahaemolyticus, inconnue en 2009 a été découverte dans de nombreux élevages de crevette. Cette souche n'est pas source d'intoxication alimentaire pour l'homme et elle ne supporte pas la congélation, mais elle préoccupe la FAO et l'OIE car elle a été identifiée comme la cause d'un syndrome émergent grave dit « EMS/AHPNS » (ou « syndrome de mortalité précoce de la crevette/syndrome de nécrose hépatopancréatique aiguë ») qui a décimé en 2011 jusqu’à 80% des crevettes d'élevages dans les provinces chinoises du Hainan, du Guangdong, du Fujian et du Guangxi, ainsi que dans certains élevages de Thaïlande et du Vietnam[6].

Entre 2009 et 2013, les espèces de crevettes les plus touchées par le « EMS/AHPNS » ont été la crevette géante tigrée (Penaeus monodon) et la crevette à pattes blanches (Penaeus vannamei)[6].

Génomique[modifier | modifier le code]

Le séquencage génétique du génome d'une souche pathogène (RIMD2210633) de V parahaemolyticus a été réalisé. Ce génome est composé de deux chromosomes circulaires de 3 288 558 paires de bases (pb) et de 212 pb constituant 4832 gènes[3]. Ce travail a permis de comparer ce génome à celui de souches de Vibrio cholerae, mettant en évidence de nombreux remaniements dans et entre les deux chromosomes, ainsi que les gènes d'un « système de sécrétion de type III » (dit SSTT pour « type III secretion system ») chez V parahaemolyticus mais non chez V cholerae[3]. Or le TTSS est connu comme un facteur de virulence majeur pour les diarrhées induites par des bactéries telles que Shigella, Salmonella, Escherichia coli entéropathogènes et sources de gastro-entérite quand elles colonisent ou interagissent intimement avec les cellules épithéliales intestinales humaines. Ceci suggère que V parahaemolyticus et V. cholerae utilisent des mécanismes d'infestations différents : avec des effets cliniques différents : V parahaemolyticus induit une diarrhée inflammatoire avec parfois des signes systémiques allant jusqu'à la septicémie, alors que le vibrion du choléra induit une diarrhée non-inflammatoire[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Y Miyamoto & al., (1969) In vitro hemolytic characteristic of Vibrio parahaemolyticus: its close correlation with human pathogenicity ; ncbi.nlm.nih.gov (résumé et article)
  2. Karbyshev GL, Medinskiĭ GM, Libinzon AE, Shikunov VA, Beliavtseva LA. Food poisoning caused by halophilic Vibrio parahaemolyticus (1988), Sov Med ; (5):89-92.
  3. a, b, c et d K Makino & al. (2003), Genome sequence of Vibrio parahaemolyticus: a pathogenic mechanism distinct from that of V cholerae ; The Lancet, Vol 361, Issue 9359, 2003-03-01, pp 743–749 ; http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(03)12659-1 (résumé)
  4. Heitmann I, Jofré L, Hormázabal JC, Olea A, Vallebuona C, Valdés C. (2005), Review and guidelines for treatment of diarrhea caused by Vibrio parahaemolyticus. Rev Chilena Infectol. 2005 Jun; 22(2):131-40. Epub 2005-05-12 (résumé).
  5. Yeung PS, Boor KJ. (2004) Epidemiology, pathogenesis, and prevention of foodborne Vibrio parahaemolyticus infections ; Foodborne Pathog Dis. 2004 Summer; 1(2):74-88 (résumé)
  6. a et b Romain Loury (2013), Alerte : Vibrio parahaemolyticus s’en prend aux crevettes asiatiques, paru 2013-05-09, consulté 2013-05-10

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Yeung PS, Boor KJ. (2004) Epidemiology, pathogenesis, and prevention of foodborne Vibrio parahaemolyticus infections ; Foodborne Pathog Dis. 2004 Summer; 1(2):74-88 (résumé).
  • (en)Nair GB, Ramamurthy T, Bhattacharya SK, Dutta B, Takeda Y, Sack DA (2007), Global dissemination of Vibrio parahaemolyticus serotype O3:K6 and its serovariants.. Clin Microbiol Rev. 2007 Jan; 20(1):39-48 (résumé).
  • Heitmann I, Jofré L, Hormázabal JC, Olea A, Vallebuona C, Valdés C. (2005), [Review and guidelines for treatment of diarrhea caused by Vibrio parahaemolyticus]. Rev Chilena Infectol. 2005 Jun; 22(2):131-40. Epub 2005-05-12 (résumé).