Vert-de-gris

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Vert-de-gris (patine verte) sur la statue "La Harde de cerfs écoutant le rapproché" d'Arthur Le Duc au Jardin du Luxembourg

Le vert-de-gris (à l'origine « vert de Grèce ») est l’oxydation du cuivre. Sous sa forme naturelle, c'est un carbonate hydraté de cuivre, mais, à proximité de l'air marin, peut être un chlorure de cuivre(II)[1]. En présence d'acide acétique, le vert-de-gris peut être de l'acétate de cuivre.

Pigment[modifier | modifier le code]

Le nom de vert de gris explique la fabrication du pigment : verte-grez se traduit de l'ancien français par vert produit par l'aigre[2].

Le vert-de-gris (acétate de cuivre) a été fabriqué comme pigment vert-bleu dès l'Antiquité par corrosion du cuivre métallique par des émanations de vinaigre, selon une recette attestée par Théophraste et Pline l'Ancien[3]. Il a notamment été utilisé sur des fresques à Pompéi, où il s'est bien conservé. Au Moyen Âge, importé d'Espagne où il est toujours fabriqué de la même façon par les Arabes ou de Grèce, il sert à l'enluminure des manuscrits, avec parfois le résultat désastreux que l'acidité restant dans la préparation attaquant le parchemin ou le papier, tandis que d'autres pigments se détérioraient à son contact[4]. C'est pourquoi à la Renaissance on l'améliore en le combinant avec de la résine de térébenthine, mais ce pigment est, dans certaines formules, instable et vire au marron avec le temps, ce qui se voit sur les feuillages de peintures comme L'allégorie de l'amour (Respect) de Paul Véronèse (1570)[5].

Le vert-de-gris a la référence PV20 au Colour Index. Il peut-être l'acétate basique de cuivre, ou un pigment connu sous le nom de blue verdigris contenant plusieurs composés de cuivre, y compris ceux appelés green verdigris et natural verdigris. Sa toxicité l'a fait abandonner depuis la fin du XIXe siècle (PRV3).

Nuances[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, Michel-Eugène Chevreul entreprend de situer les couleurs les unes par rapport aux autres et par rappport aux raies de Fraunhofer. Il cite le vert-de-gris dans un index des « noms de couleur les plus fréquemment usités dans la conversation et dans les livres », estimant sa couleur à 5 vert-bleu 8 ton[6]. Le vert de gris sur soie de Tuvée, fabricant, est, lui, vert-bleu 7 ton[7].

Chimie et métallurgie[modifier | modifier le code]

Sous l'action conjuguée de l'humidité et du dioxyde de carbone, le cuivre s'oxyde à froid par l'air atmosphérique selon la formule chimique :

2Cu(s) + O2(g) + H2O(g) + CO2(g)→ Cu2(OH)2CO3(s) (vert-de-gris ou hydroxycarbonate de cuivre)

La patine verdâtre des objets en cuivre ou en bronze comporte différents composés. Ils diffèrent suivant les conditions extérieures. En milieu très pollué, avec beaucoup de dioxyde de soufre dans l'air, il s'agit principalement d'antlérite. En milieu moyennement pollué avec peu de dioxyde de soufre dans l'air, il s'agit principalement de brochantite. Lorsqu'il y a un milieu salin à proximité (mer ou épandage de sel en hiver), il s'agit principalement d'atacamite. En fait, on retrouve toujours un mélange, en diverses proportions, de ces produits. La brochantite est le produit le plus fréquent.

Il ne s'agit jamais de malachite (CuCO3.Cu(OH)2), car c'est un composé instable qui se transforme très vite en brochantite ou en atacamite.

Cuisine[modifier | modifier le code]

Vert-de-gris sur la cuve en cuivre servant à la production du gruyère suisse

Ce colorant fut utilisé au Moyen Âge pour colorer les conserves de légumes. Ceux-ci gardaient ainsi leur couleur verte. Ceci est l'origine de la coutume qui consiste à faire cuire les confitures (terme qui englobait les conserves variées) dans une bassine de cuivre. En fait le cuivre apporte une meilleure tenue aux gelées. De même que les bassines en cuivre fixent mieux la chlorophylle et, avec la fonte d'acier, chauffent à la flamme d'une manière assez homogène.

Un poison[modifier | modifier le code]

La toxicité de l'oxyde de cuivre a été mise à profit pour la protection des coques de navires contre la prolifération des algues et coquillages. Les coques des navires en bois pouvaient être cloués de punaises de cuivre, ou entièrement doublés extérieurement de cuivre[8]

Le vert-de-gris a pu être employé pour ses vertus toxiques de différentes façons au sein des milieux employant la violence (guerre, espionnage, délinquance) :

  • Oxydation volontaires des ogives en laiton de cartouches d'armes à feu (le tir létal est une réussite par empoisonnement même quand il est approximatif)[réf. nécessaire].
  • Administration par ingestion; « (...) Désappointée, la voleuse avait juré de se venger, et, pour ce faire, elle versa, un soir, dans une tasse de café servie au jeune homme, une forte quantité de vert-de-gris.(...) » extrait de « La servante criminelle »[9]

Manipulation[modifier | modifier le code]

Le vert-de-gris est un mélange de différents composés cuivrés toxiques et/ou nocifs, il convient donc de se laver les mains après chaque manipulation de celui-ci.

Art, littérature et cinéma[modifier | modifier le code]

Langage[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, « Vert de gris » était le surnom, très péjoratif, donné aux militaires allemands en raison de leur uniforme d'un vert grisâtre (En Allemand, "Feldgrau")[10].

Botanique[modifier | modifier le code]

La russule vert de gris (Russula aeruginea) est un champignon non comestible de 10 à 15 cm que l'on trouve dans les forêts de feuillus et de conifères de juin à octobre. Mentionnons aussi le strophaire vert-de-gris.

Chansons populaires[modifier | modifier le code]

Une utilisation du poison... L'histoire du Sire Frambroisy qui avait pris femme, la plus jeune du pays. La chansonnette indique qu'une fois la belle confondue d'inconduite dans un bal à Clichy "Dans son carrosse la r'mène à Framboisy, Il l'empoisonne avec du vert-de-gris, Et sur sa tombe il sema du persil, De cette histoire, la moral', la voisi: A jeune femme, il faut jeune mari !" [11]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 3, Puteaux, EREC,‎ 2005, p. 412-413

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) D. W. Sharp, Penguin Dictionary of Chemistry, Penguin,‎ 1990, 2e éd., p. 419
  2. Henri Dauthenay, Répertoire de couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits : publié par la Société française des chrysanthémistes et René Oberthür ; avec la collaboration principale de Henri Dauthenay, et celle de MM. Julien Mouillefert, C. Harman Payne, Max Leichtlin, N. Severi et Miguel Cortès, vol. 2, Paris, Librairie horticole,‎ 1905 (lire en ligne), p. 240
  3. Philip Ball (trad. Jacques Bonnet), Histoire vivante des couleurs : 5000 ans de peinture racontée par les pigments [« Bright Earth: The Invention of Colour »], Paris, Hazan,‎ 2010, p. 99 ; Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 3, Puteaux, EREC,‎ 2005, p. 413
  4. Ball 2010, p. 152, 384
  5. Ball 2010, p. 172-172, 382-383
  6. Michel-Eugène Chevreul, « Moyen de nommer et de définir les couleurs », Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France, t. 33,‎ 1861, p. 136 (lire en ligne). 5 vert-bleu correspond à une longueur d'onde dominante de 483,7 nanomètres. 8 ton correspond à une clarté de 13/21, obtenue avec une luminance de 30,3%. L'illuminant correspondant aux expériences de Chevreul est D55 (soleil direct) ; le ton normal pour cette couleur (la clarté quand elle est pure) est sans doute 14 à partir de là, on ajoute du blanc. Les fonctions colorimétriques CIE XYZ permettent de convertir la lumière monochromatique en coordonnées trichromatiques, on ajoute ensuite le gris pour obtenir le 14 ton, puis le blanc pour otenir le 8 ton. On convertit ensuite en valeurs sRGB. La nuance n'est correcte que sur des écrans conformes et réglés selon la recommandation sRGB.
  7. Chevreul 1861, p. 136, 163. Vert-bleu 7 ton se calcule de la même manière, avec 494,5 nm, L* = 8/21 (Y=36,2%), ton normal 15
  8. Bonnefous, Dictionnaire de marine à voiles, 1847, « cuivre » (réed. Ed. du Layeur, 1999, p. 222-223).
  9. LA SERVANTE CRIMINELLE. ÉTUDE DE CRIMINOLOGIE PROFESSIONNELLE PAR RAYMOND DE RYCKÈRE Juge au tribunal de Bruxelles, Directeur de la Revue de droit pénal et de criminologie, Ancien premier vice-président de la Société de Médecine légale de Belgique. PARIS A. MALOINE, ÉDITEUR 25-27, RUE DE l'École - DE - MÉDECINE, 25-27 1908
  10. Voir Boche
  11. http://www.chansons-net.com/Tine/E192.html