Doublage

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne la technique audiovisuelle. Pour les autres sens, voir Doublage (homonymie).

Le doublage est une technique consistant à substituer à la langue originale de tournage d'une œuvre audiovisuelle (film, série, etc.), une autre langue afin de diffuser cette œuvre dans des pays étrangers, ou à substituer en partie ou totalement la voix d'une personne par celle d'une autre dans la langue ou une des langues de tournage, notamment pour le chant ou dans le cas de coproductions internationales.

Il ne doit pas être confondu avec la postsynchronisation, où les comédiens enregistrent en studio les dialogues qui n'ont pas pu être enregistrés en direct pour des raisons techniques ou artistiques[note 1].

  •      Pays utilisant le doublage uniquement pour les programmes pour enfants. Tous les autres programmes sont sous-titrés.
  •      Zones mixtes : Pays utilisant à l'occasion le doublage, sinon les programmes sont sous-titrés.
  •      Voice-over : Pays utilisant un ou quelques comédiens de doublage dont les voix sont superposées aux voix originales en fond sonore.
  •      Doublage : Pays utilisant majoritairement ou exclusivement le doublage, qu'il s'agisse de films de cinéma ou de séries télévisées.
  • Muster (rot-blaue Balken).png : Pays produisant à l'occasion leurs propres versions doublées mais utilisant le plus souvent la version doublée d'autres pays dont la langue est similaire et que le public peut comprendre aisément (par exemple, version française en Belgique francophone et version tchèque ou hongroise en Slovaquie).
[note 2]

Ce terme est également employé lorsqu'il s'agit de donner une voix aux personnages dans des œuvres d'animation.

Le doublage francophone est réalisé principalement en France[1], en Belgique et au Québec.

Désormais, la plupart des œuvres audiovisuelles diffusées en France sont à la fois doublées et sous-titrées. Elles sont diffusées majoritairement en « version française » (VF[note 3]), mais parfois également disponibles en VOSTF (version originale sous-titrée en français), selon les supports. Au cinéma, c'est surtout dans les grandes villes que les copies en VOSTF sont disponibles. À la télévision, c'est essentiellement sur les chaînes cinéma et sur le câble/satellite qu'on trouve des VOSTF ou des VM (versions multilingues, avec diffusion simultanée de la VF et de la VOST). Néanmoins, la tendance est à la généralisation de la VM, même sur les chaînes hertziennes. Cependant, certaines œuvres ne sont diffusées qu'en version originale sous-titrée (VOST, généralement abrégé en « VO »).

D'autres pays, en revanche, utilisent beaucoup moins le doublage. Ainsi, aux Pays-Bas, à l'exception des productions cinématographiques pour enfants, les films sont diffusés en VOST.

Différentes étapes[modifier | modifier le code]

Détection[modifier | modifier le code]

Le « détecteur »[note 4] a pour support de travail la « bande-mère » qui sera par la suite utilisée par l’auteur. La bande-mère fait tout le côté artisanal de l’écriture en doublage. Elle se présente sous la forme d'un rouleau plastifié glacé (blanc ou blanchâtre) et mesure 35 mm de largeur, comme une pellicule de cinéma. Le travail de détection consiste à inscrire sur cette bande, au porte-mine, les indications dont l’auteur aura besoin. Parmi ces indications figurent le texte (dans la langue originale du programme à adapter), les respirations, rires et réactions des comédiens, les signes de détection, ainsi que d’autres signes utiles.

Ces « autres signes » sont d’une part des indications filmiques : un trait vertical pour un changement de plan, en diagonale pour les fondus enchaînés, etc. D’autre part, le détecteur doit indiquer (par un trait vertical barré d’une croix et associé à un numéro) les endroits où il estime qu’il doit y avoir un changement de boucle. Une « boucle » est une longueur de bande qui correspond au temps pendant lequel un comédien peut travailler sans s’interrompre : une minute en moyenne. Le détecteur numérote ces boucles, pour qu’à l’enregistrement, l’ingénieur du son puisse facilement passer d’un point à l’autre du film en se basant sur les numéros de boucles.

Les « signes de détection » sont inscrits juste au-dessus du texte, plus précisément au-dessus des lettres qu’ils concernent. Les signes de détection indiquent la présence d’une consonne labiale (B, P ou M), d’une semi-labiale (W, parfois R en anglais), d’une fricative (F, V), d’une voyelle arrondie (OU, O, U) qu'on appelle aussi « une avancée » du fait que la bouche du comédien est à ce moment un peu « en cul-de-poule » ou d’une voyelle ouverte (A, É, I) qu'on appelle aussi « une ouverture ». On appelle « battements » le nombre de mouvements compris dans une phrase et qui correspondent plus ou moins au nombre de syllabes. De petites flèches vers le haut ou vers le bas indiquent, en début et fin de phrase, si le comédien débute sa phrase bouche ouverte ou fermée. Des « mts », « tst » ou « pt » sont rajoutées pour marquer les petits bruits de bouche des comédiens, hors texte.

Le détecteur inscrit sur la bande le texte dit par les comédiens de la version originale. Il utilise une table de doublage (ou table de détection) pour synchroniser la bande-mère et la cassette vidéo, afin de pouvoir retranscrire les dialogues conformément à la vitesse à laquelle ils sont dits : écriture serrée si la personne parle vite, écriture étirée si elle parle lentement. Une fois la détection faite, on peut ainsi lire les dialogues « en place », au fur et à mesure qu'ils défilent sur une « barre de précision », exactement en même temps qu’ils sont dits par les comédiens de la VO. Cette synchronisation permettra plus tard à l’adaptateur, s’il dispose d’une table, de vérifier si ses propres répliques sont en place.

En France, le détecteur est également chargé de rédiger le « croisillé » sous forme de tableau (au Québec, ce travail est effectué par une autre personne). C’est une source d’informations précieuses pour le directeur de plateau (voir plus bas), car y figurent le nombre et les noms des personnages, et leur importance en termes de nombre de lignes de dialogues.

Adaptation[modifier | modifier le code]

Méthode traditionnelle[modifier | modifier le code]

L’adaptateur dispose de trois « éléments » : un fichier audiovisuel (sous forme de DVD s’il travaille sur magnétoscope classique, ou d’une cassette adaptée à la table sur laquelle il travaille — SVHS ou cassette d'un volume plus gros sur les anciennes tables), un script en VO et la « bande-mère » détectée.

S’il ne dispose pas d’une table de doublage (très onéreuse), il travaille « à plat », c’est-à-dire avec un magnétoscope classique. Cela implique simplement un confort de travail en moins : il faut dérouler la bande manuellement pour y inscrire son texte. Remarque : un auteur qui dispose d’une table de doublage a donc les moyens techniques de faire sa propre détection, s’il le souhaite.

Une fois qu’il a trouvé la bonne réplique, l’adaptateur l’inscrit sous le texte en VO. Dans la mesure du possible, le détecteur a attribué à chaque personnage « sa » ligne, toujours à la même hauteur le long de la bande, pour le confort visuel des comédiens. On ne peut guère inscrire plus de quatre lignes de personnages à la fois, sous peine d’encombrer la bande et de la rendre illisible. On écrit au porte-mine afin de pouvoir modifier le texte en cas de besoin.

Il ne s’agit pas « simplement » de trouver une bonne traduction, qui exprime le sens de la réplique tout en étant naturelle en français. Il faut aussi, pour que l’illusion soit créée, que cette traduction soit synchrone avec le mouvement des lèvres des acteurs à l’écran tout en respectant les « appuis » de ces acteurs: ces « appuis » peuvent être des mouvements de tête, de mains. Sur un « appui », l'adaptateur doit mettre un mot « fort » qui marque une emphase dans la phrase.

Pour la partie synchronisation avec le mouvement des lèvres, l’adaptateur s’aide des signes de détection laissés par le détecteur. Mais ce ne sont que des repères destinés à faciliter l’écriture sur la bande ; l’auteur se fie avant tout à l’image pour identifier les difficultés d’une réplique, le tempo d'une phrase. Le synchronisme est une vraie contrainte, car il oblige à renoncer à des adaptations qu’on trouve parfois idéales, mais qui seraient visuellement gênantes et donc déconcentreraient le spectateur. Celui-ci, pour apprécier un programme, doit en permanence garder l’illusion qu’il regarde un programme tourné en français. Donc pas question de « faire dire » au comédien francophone une voyelle ouverte au moment où le comédien à l’écran a la bouche fermée. À l’inverse, un « Hi Dad ! » (aucune labiale) ne pourra donc presque jamais être traduit par « Bonjour papa ! » (trois labiales).

Chaque adaptateur a sa méthode de travail, mais il semble que tous testent leurs répliques en faisant défiler à l’écran la scène voulue, tout en « parlant dessus » (avec le son original coupé ou pas, selon les préférences), jusqu’à trouver la réplique idoine. Cette manœuvre est répétée autant de fois que nécessaire.

Il y a donc pour l’adaptateur un vrai travail d’écriture. Il doit avoir non seulement des compétences techniques (souci du synchronisme allié à celui d’une traduction la plus fidèle possible), mais aussi le talent et/ou le savoir-faire nécessaires pour que, malgré ces contraintes techniques, le texte d’arrivée soit le plus fluide et naturel possible. Faute de quoi, on écrit dans un français peut-être synchrone mais « bancal », peu naturel.

Méthode « virtuelle »[modifier | modifier le code]

Par « écriture en virtuel », il faut comprendre écriture sur support numérique. La bande-mère, le porte-mine et la gomme, ainsi que la télévision et le magnétoscope sont remplacés par un ordinateur équipé d’un logiciel de doublage. Bien que la disposition des éléments varie d’un logiciel à l’autre, en général, en haut à droite se trouve la fenêtre de l’image vidéo, en haut à gauche la liste des répliques des personnages et en dessous, sur toute la largeur de l’écran, la bande rythmo qui défile de façon synchrone par rapport au son et à l’image.

La détection arrive à l'adaptateur par internet, en fichier attaché d'un simple mail. Une fois écrit, le texte, accompagné de rapports de synchronisme enregistrés en fichiers ZIP (compressé), est envoyé par Internet, également en fichier attaché d'un simple mail. Ainsi, même l'étape logistique de la livraison de l'épisode adapté est plus rapide, plus simple et permet une délocalisation plus facile des détecteurs et des adaptateurs. Il est même techniquement possible, pour des sociétés de doublage équipés de serveurs performants, d'envoyer le fichier vidéo (le film donc) par internet.

En virtuel, on ne parle plus que de bande rythmo car on a supprimé l’étape intermédiaire de la bande-mère sur laquelle apparaissent la détection, le texte VO et le texte VF. Ceci est possible grâce au logiciel qui permet de faire apparaître et disparaître la détection à volonté, comme si elle était inscrite sur du papier-calque.

Il est possible que l'on demande à l'auteur de faire lui-même la détection du programme à adapter. Cette pratique que certaines sociétés de doublage aimeraient voir se généraliser depuis l'arrivée des logiciels de doublage n'est pas du goût de tous. En effet, la détection est un travail technique qui, lorsqu'il est bien fait, donne à l'adaptateur une base solide sur laquelle se reposer et la possibilité de se concentrer uniquement sur sa traduction. De plus, de par sa nature technique, ce travail ne peut légalement être rémunéré en droits d'auteur, ce que beaucoup de sociétés de doublage feignent d'ignorer, se mettant ainsi en infraction. En bref, si certains auteurs ont l'habitude d'assurer eux-mêmes leur détection et qu'ils y trouvent un certain confort, la plupart d'entre eux préfèrent se concentrer sur le travail d'adaptation et assurer la pérennité d'un maillon important de la chaîne du doublage.

La détection est rendue possible par des raccourcis clavier qui varient d’un logiciel à l’autre. Les changements de plan et les boucles sont marqués de la même façon qu’en traditionnel.

En virtuel, la chaîne du doublage est donc tronquée : une seule et même personne (l’auteur) écrit, calligraphie et édite le script (la frappe) plus, en France, le croisillé.

Au Québec où tout le doublage se fait désormais virtuellement, la détection continue d'être assurée en majorité par les détecteurs. Il n'est donc pas garanti que ce poste soit amené à disparaître en France : sur les séries en particulier, c'est un gain de temps non négligeable de faire effectuer une partie du travail par un détecteur. L'adaptation n'en est à l'arrivée que plus rapide. En revanche, le métier de calligraphe est voué à disparaître. Pour les comédiens, la seule différence est que, en « traditionnel », ils lisent l’écriture manuscrite de la calligraphe, alors qu’en « virtuel » le texte apparaît en police de traitement de texte. Mais cette police peut être écrite en lié, de façon similaire à l'écriture manuelle (pour le logiciel employé au Québec au moins).

En France, l'adaptateur est rémunéré en droits d'auteur et ne peut donc prétendre aux congés-spectacles ni à aucune rémunération par les ASSEDIC en cas de période de chômage. Il touche une première rémunération versée par la société de doublage qui l'emploie, lorsqu'il effectue le travail (prime à la commande). Si son travail est diffusé, la SACEM se charge de collecter auprès des diffuseurs les droits qui lui sont dus au titre de l'adaptation et les lui reverse, au moins six mois après la diffusion.

Au Québec, l'adaptateur a le choix entre se constituer en société ou être « travailleur autonome ». Il n'est rémunéré qu'une seule fois par la société de doublage, mais le tarif de base est légèrement plus élevé qu'en France.

Qualités de l'adaptateur[modifier | modifier le code]

De solides connaissances dans la langue source (la langue du programme à adapter) sont nécessaires pour éviter de commettre des erreurs de compréhension. L’adaptateur a en effet la responsabilité de ne pas déformer le sens du texte original. Une erreur enregistrée l’est souvent pour toujours. Car si un roman peut être réédité, avec d’éventuelles corrections, le doublage d’un programme audiovisuel l’est rarement, sauf parfois pour des éditions en DVD de films anciens.

Il est encore plus important d’avoir une excellente maîtrise de la langue cible, faute de quoi l'adaptation est peu imaginative, voire fautive, puisque basée sur un vocabulaire pauvre ou une grammaire approximative.

Ces deux qualités sont nécessaires pour faire un bon traducteur. Mais pour être adaptateur, il est également nécessaire de posséder le sens du dialogue, qui fera que la VF sera fluide et inventive tout en respectant le sens de la VO. Il faut aussi être prêt à passer en moyenne une heure de travail par minute de programme à adapter, et à subir en permanence les contraintes créées par le souci du synchronisme. Car si la fluidité et le naturel de la VF sont primordiaux, il faut tout de même créer l’illusion visuelle par le synchronisme.

Vérification et calligraphie[modifier | modifier le code]

Quand l’adaptation est terminée, une vérification a lieu si la société de doublage le demande. Elle consiste à s’assurer que l’adaptation convient au directeur de plateau (appelé aussi « directeur artistique » ou « DA »), qui choisira les comédiens (sauf exigences particulières du distributeur d’un film, par exemple, ou parfois même du réalisateur du film lui-même) et les dirigera sur le plateau d’enregistrement. La vérification se fait sur une table de doublage. Pendant que l’auteur lit son texte sur la bande qui défile (et joue donc tour à tour le rôle de chaque comédien), le DA se concentre sur ce qu’il entend (c’est-à-dire la VF lue par l’adaptateur, car le son de la VO est coupé) tout en regardant le programme à l’écran. Il cherche bien sûr à voir si le texte est synchrone, mais aussi et surtout si l’adaptation est faite dans un français naturel. Et si l’auteur a trop souvent répété un mot ou une expression, ou s’il a introduit une incohérence dans les tutoiements et vouvoiements, on apporte les modifications nécessaires.

Une fois que l’adaptation a reçu l’aval du DA, c’est le calligraphe (ou « calli ») qui entre en scène. Tout comme le détecteur, le calligraphe est une intermittent du spectacle.

Il est chargé de deux travaux. D’abord, il recopie le texte de l’auteur sur une bande rythmo (au stylo à encre indélébile), en superposant celle-ci à la bande-mère. La bande rythmo est transparente, ce qui permet au calligraphe d’écrire directement par-dessus le texte de l’auteur. Cette transparence lui permettra aussi d’être projetée à l’écran. Bien sûr, la VO étant devenue inutile, elle n’est pas retranscrite. Il arrive que le calligraphe contacte l’auteur, car certains adaptateurs ont des écritures difficiles à déchiffrer.

Ensuite, il effectue le travail de « frappe ». Il s’agit de retranscrire, à l’aide d’un logiciel de traitement de texte, la VF qu’il vient de recopier sur la bande rythmo. La frappe est soumise à l’auteur, qui peut ainsi vérifier que le calligraphe a bien déchiffré son écriture et donc correctement retranscrit le texte. La frappe sera très utile au directeur artistique, pour se faire une idée de l’intrigue de l’épisode ou du film et savoir quels comédiens il va choisir.

Enregistrement et mixage[modifier | modifier le code]

Il arrive parfois que l’auteur assiste à l’enregistrement de son texte par les comédiens. L’ingénieur du son a lui aussi un rôle primordial. Tout d’abord, c’est lui qui fait les prises de son, c’est-à-dire qui enregistre les comédiens de la VF. À ce stade, il veille à ce que tous les personnages parlent au même niveau sonore. À moins, bien sûr, que l’un soit censé chuchoter et l’autre crier. Il s’assure également que le texte est intelligible et qu’aucun bruit de bouche ne vient parasiter le texte.

Après l’enregistrement et pour préparer le mixage, l’ingénieur du son peut être amené à faire du montage, c’est-à-dire à recaler (à une ou deux images près) les répliques selon qu’elles ont été prononcées en retard ou en avance par rapport à la VO. Ainsi, on peut corriger une synchronisation approximative qui ne justifiait pourtant pas que l’on réenregistre le passage. Ceci n'est bien entendu valable que pour les téléfilms ou séries TV. En effet tous les films qui sortent sur grand écran passent entre les mains d'un monteur son qui va recaler 70 à 100 % des phrases du film. À l'aide d'un logiciel adéquat, il va modifier l'emplacement d'un mot, d'une syllabe voire d'une lettre, de l'ordre d'une demi-image à plusieurs images, suivant la précision de l'adaptation et la justesse de jeu des comédiens. C'est ce qui fait la différence entre une synchro « TV » et une synchro « ciné ». Ces différences dans la manière de procéder peuvent en partie s'expliquer par de meilleures conditions de travail — par exemple de meilleurs délais, un matériel plus performant, la mise à contribution d'un ingénieur du son plus expérimenté — en un mot donc, par des moyens financiers plus importants.

Enfin vient le mixage. À son issue, la version française devra être parfaite. Le mixage est donc essentiel à la bonne qualité d’un doublage. Il s’agit pour l’ingénieur du son de tout mettre en œuvre pour que l’illusion soit maintenue et que le spectateur ne doute pas que le texte français sort de la bouche du personnage.

Lors de la conception du programme, une VI (version internationale) a été élaborée parallèlement au mixage de la VO. Celle-ci est un mixage des ambiances, musiques, effets sonores et bruitages, sans les voix. C’est à partir de cette VI que le mixage VF est possible. Il consiste à intégrer les voix françaises dans la VI. Le mixeur se retrouve donc avec trois éléments : la VO, la VI et les voix françaises.

La VO est la référence. Le rôle de l’ingénieur du son est de s’imprégner du mixage original afin de réaliser une VF identique à la VO, par respect pour le travail du réalisateur. C’est là que le technicien doit travailler à la crédibilité des dialogues : les répliques ne sonnent pas de la même façon si le personnage est en gros plan, à l’arrière-plan ou encore s’il se trouve derrière une porte. L’ingénieur du son doit reconstituer ces nuances sonores. De même, une réplique prononcée dans une cave ne sonne pas de la même manière en extérieur. Il faut par conséquent jouer sur la réverbération des voix dans différentes pièces. Le mixage devient un véritable jeu lorsqu’il faut recréer des effets de voix robotisée, de haut-parleur, etc. Car tous ces effets apparaissaient sur la VO et doivent être restitués pour que le spectateur de la VF en jouisse lui aussi.

Doublage ou sous-titrage ?[modifier | modifier le code]

La question de savoir s'il est préférable de regarder un film étranger en version originale sous-titrée ou bien en version doublée est un sujet de débat récurrent parmi les cinéphiles[1]. Chacune des solutions possède ses avantages et inconvénients propres.

Sous-titrage[modifier | modifier le code]

Le sous-titrage est apprécié des spectateurs qui veulent entendre les voix et les bruitages originaux, ou encore par ceux qui veulent s’habituer à entendre une langue étrangère pour mieux l’apprendre. Il permet d'avoir, la plupart du temps, une expérience plus proche de celle que le réalisateur souhaite faire vivre au spectateur.

Un inconvénient du sous-titrage est qu'il capte l’attention du spectateur. Pendant que ce dernier lit un sous-titre, aussi concis soit-il, il est moins attentif à la scène filmée[1].

Les textes des dialogues de doublage ne correspondent pas toujours exactement à ceux des sous-titres. Les contraintes de synchronisme d'une version française et les contraintes d'espace et de temps du sous-titrage n'étant pas les mêmes, cette différence entre les deux versions est inévitable. La langue écrite des sous-titres n'obéit pas aux mêmes règles que la langue orale de la VF. Les sous-titres font preuve d'une grammaire plus « correcte » mais sont aussi plus figés. Leur but est d'être limpides et efficaces. Vouloir « faire coller » les sous-titres au texte de la VF, ou l'inverse, est considéré par certains auteurs comme une hérésie. Chaque version (doublée ou sous-titrée) a son langage propre et s'adresse à un public différent. Si des spectateurs comparent les versions et observent de grandes différences, ils ne doivent pas perdre de vue les spécificités inhérentes à chaque méthode.

Cette différence prend parfois une tournure cocasse : dans un film britannique sur la vie du Marquis de Sade, ce dernier tient en français le bref dialogue suivant : « Merde ! — What do you say ? — Merde ! I said Merde ! ». Ce qui devient, pour des raisons de bienséance dans les sous-titres de la VO : « M… ! — Que dites-vous ? — M… ! J'ai dis M… ! », bien que le mot soit évidemment prononcé dans la version doublée.

Doublage[modifier | modifier le code]

Le doublage permet de se plonger davantage dans l’action. Cependant, si les voix des comédiens de doublage sont trop différentes de celles des comédiens originaux ou trop différentes du type de voix attendu compte tenu de la morphologie de l'acteur original[note 5], l'immersion peut en pâtir. Mais il peut également s'agir d'un choix salutaire : l'immense succès de séries comme Amicalement vôtre ou Starsky et Hutch tient en grande partie aux performances vocales de Michel Roux, Francis Lax et Jacques Balutin qui, éloignées des voix originales de Tony Curtis, David Soul et Paul Michael Glaser, ont résolument joué la carte de l'humour.

Par ailleurs, le doublage peut poser des problèmes de fidélité à l'intrigue originale, notamment lorsque les personnages utilisent plusieurs langues différentes, dont celle du doublage. À titre d'exemple, dans la série Lost, les personnages (anglophones) reçoivent un message radio qu'ils ne comprennent pas, car il est émis en français ; or, dans la version française, le fait que le français soit désormais utilisé pour tout le monde annule l'effet de cet élément du scénario. Les adaptateurs ont donc décidé que ce personnage serait dorénavant allemand (malgré son nom très français, Danielle Rousseau), non sans provoquer quelques invraisemblances dans le scénario. Devant ce genre de difficultés, certains films optent pour une solution hybride, entre doublage et sous-titrage : ils laissent parler certains personnages dans une langue autre que celle du doublage, qui est sous-titrée. Dans le cas des coproductions internationales, cette méthode peut présenter un atout du point de vue de la crédibilité : dans la version française de Les Vacances de Mr. Bean, les acteurs anglophones parlent en anglais avec des sous-titres français et les acteurs francophones parlent français.

Un autre problème engendré est celui où un humour basé sur un jeu de mots — donc intraduisible — est nécessaire pour comprendre l'intrigue (exemple du film Clockwise, basé sur un jeu de mot avec « right », intraduisible).

La gestion des accents peut également être problématique lorsque leur présence fait partie intégrante du scénario original. Ainsi, de l'humour ou des quiproquos basés sur les accents (anglais, écossais, australien, etc.) peuvent poser problème puisque ces accents sont souvent supprimés par le doublage, surtout lorsque l'accent en question correspond à la langue du doublage. Une astuce pour résoudre le problème est d'opérer un décalage de l'accent vers une autre langue dans la version doublée. Bien souvent, quand la version originale fait référence au français ou qu'un personnage parle français, souvent dans un contexte romantique, le doublage français utilise l'italien. Par exemple, Pépé le putois, qui a un accent français en VO, prend un accent italien en VF ; dans The Mask, Stanley se déguise en caricature de français et tente de séduire Tina avec le fameux accent en VO, qui devient un accès italien en VF; dans Un jour sans fin, Rita confie à Phil avoir étudié la poésie française du XVIIIème siècle, qui devient la poésie italienne en VF, et Phil ne manquera pas de mettre à profit quelques boucles temporelles pour apprendre des vers en cette langue afin de la séduire. Cette variante du scénario original est plausible puisque le romantisme est un trait culturel commun aux deux pays.

Vocabulaire associé[modifier | modifier le code]

  • Bande rythmo (graphique) : bande calligraphiée (ou numérique) défilant sous l'écran et dont le texte est en synchronisme parfait avec les mouvements de lèvres des personnages.
  • Doubleur : société de doublage ou dirigeant de cette société. Ce terme ne s'applique pas aux comédiens qui font du doublage.
  • VF (« version française ») : version doublée en français. Depuis l'apparition de doublages réalisés au Québec et en Belgique, les termes suivants lui sont préférés.
    • VFF (« version francophone française ») : doublage francophone réalisé en France[note 6].
    • VFQ (« version francophone québécoise ») : doublage francophone réalisé au Québec, généralement dans un français international, c'est-à-dire sans accent discernable, mais où quelques expressions québécoises subsistent parfois. Ces quelques expressions permettent à un Français de distinguer la VFF de la VFQ, ainsi que les mots d'origine anglaise qui sont généralement prononcés « à la française » dans la VFF alors que dans la VFQ, ils sont prononcés avec un accent nord-américain. Ne pas confondre avec la VQ (« version québécoise ») où l'accent québécois est marqué et qui comporte davantage d'expressions typiquement québécoises. Exemple : Les Simpson.
    • VFB (« version francophone belge ») : doublage francophone réalisé en Belgique.
  • VI (« version internationale ») : piste sonore comprenant tous les « effets » (ambiances, bruitages, musiques). Cette piste, fournie par le producteur ou recréée en studio, est mixée avec les dialogues français pour obtenir le produit final.
  • VM (« version multilingue ») : diffusion simultanée de la VO et de la VF sur deux pistes sonores séparées, avec sous-titrage français optionnel. Système adopté par toutes les chaînes cinéma des groupes Canal+ et La TV d'Orange, ainsi que par plusieurs chaînes thématiques (Jimmy, Comédie+, Syfy, Série Club, etc.) et plus récemment par certaines chaînes sur la TNT (TF1, M6, Arte, W9, TMC, NT1, Paris Première).
  • VO (« version originale ») : piste sonore dans la langue d'origine, en son direct ou post-synchronisé, servant de référence pour le doublage.
  • VOST (« version originale sous-titrée ») : piste sonore dans la langue d'origine, avec sous-titres.
    • Vostxx (« version originale sous-titrée en… ») : film en version originale sous-titrée, xx indiquant la langue des sous-titres. (Ex. « Vostf » ou « Vostfr » signifient sous-titres français, « Vosta » ou « Vostan » sous-titres anglais, « VOSE » sous-titres espagnols, etc.). Cette graphie n'est pas standardisée : on peut la trouver par exemple sous la forme « Vost Fr ».
  • VQ (« version québécoise ») : voir VFQ ci-dessus.
  • Voxographie : liste des doublages effectués par un comédien ou une comédienne.
  • Voxophile : personne qui s'intéresse au doublage.

Commentaires[modifier | modifier le code]

  • Contrairement à une idée fortement répandue, un doubleur n'est pas un comédien qui fait du doublage mais le gérant d'une société de doublage. Celui qui double est appelé « comédien de doublage » (ou « comédien » tout court : après tout, on dit rarement « comédien de théâtre », « comédien de cinéma », « comédien de sitcom », etc.)
  • On s'efforce toujours quand c'est possible de faire doubler un même acteur par la même voix afin de ne pas désorienter le spectateur. Le corollaire est que l'acteur qui parvient à doubler une star montante s'assure quasiment une « rente de situation » pour l'avenir. Ainsi en France, Dominique Paturel qui doublait J.R. Ewing (Larry Hagman) dans le feuilleton Dallas, s'est acquis une importante notoriété par ricochet. Ce fut le cas aussi de Francis Lax, l'une des voix les plus reconnaissables du doublage en France, qui doubla entre autres Ken « Hutch » (David Soul) dans Starsky et Hutch, Thomas Magnum (Tom Selleck) dans la série-éponyme et Harrison Ford dans Star Wars.
  • Au tout début des années 1930, après l'apparition du parlant, lorsqu'un film doit être exploité sur des marchés linguistiquement différents, on procède à autant de tournages simultanés, généralement avec la même équipe technique : une fois une scène tournée, l'équipe d'acteur pour une langue cède la place dans le même décor à l'équipe d'une autre langue[2]… On a ainsi pu compter, en 1930, jusqu'à huit versions linguistiques simultanées pour Le Secret du docteur (The Doctor's Secret) en anglais, français, espagnol, italien, suédois, tchèque, hongrois et polonais, et sept pour Toute sa vie (Sarah and Son) en anglais, français, espagnol, italien, portugais, suédois et polonais.
  • Si dans leurs films Laurel et Hardy ont un accent anglais, c'est que dans leurs premiers films parlant, ils voulurent se doubler eux-mêmes. Par la suite, le public s'étant habitué à leurs accents, ceux-ci furent conservés.
  • Les noms des comédiens assurant le doublage, rarement célèbres, ne sont indiqués au générique que depuis 1995, année où une grève fut organisée afin que soit accordée aux comédiens une plus grande reconnaissance.
  • Les noms des adaptateurs ayant assuré les dialogues de la version française et des directeurs artistiques, s'ils sont cités depuis longtemps dans le générique des longs métrages sortant en salle, le sont désormais également à la télévision.
  • Le dessinateur Georges Wolinski a plusieurs fois exprimé dans ses dessins son mécontentement d'entendre dans la plupart des films sans vraies vedettes « les mêmes voix revenir souvent pour le doublage d'acteurs complètement différents », ce qui crée selon lui un malaise. Difficile en effet d'entendre dans une série le roi Richard III parler avec la voix que nous associons au lieutenant Columbo.
  • En ce qui concerne le doublage des films anglophones, la langue anglaise étant beaucoup plus synthétique que la langue française, une des difficultés pour l'adaptateur est de respecter la longueur des dialogues d'origine afin que les personnages ne se coupent pas la parole, ne parlent pas en même temps ou ne commencent pas à répondre à une question avant que l'interlocuteur ait fini de la poser. Il peut arriver que cette contrainte soit mal gérée, par exemple dans la VF du film de Richard Lester Help! avec les Beatles (qui parlaient déjà eux-mêmes assez rapidement). Heureusement c'est loin d'être le cas pour tous les films. Les versions françaises sont même parfois l'œuvre de véritables auteurs littéraires, comme ce fut le cas avec Noblesse oblige, aux dialogues écrits par le futur académicien André Maurois. Luc Besson, quant à lui, écrit toujours lui-même les dialogues anglais et français de ses films tournés en anglais.
  • La plupart des films de Steven Spielberg sont doublés uniquement en France et non au Québec. Dreamworks, sa compagnie de production de films, a d'ailleurs reçu un « prix Citron » pour sa non-participation à l'industrie québécoise, ce qui ne l'empêche pas de venir y tourner régulièrement ses films.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certains acteurs et actrices polyglottes ont pratiqué à la fois la postsynchronisation et le doublage : Peter Ustinov, Jodie Foster, Kristin Scott Thomas, Michael Lonsdale, etc.
  2. Cette carte reflète les us et coutumes avant 2009 ; depuis, on peut observer certaines évolutions, par exemple dans les Balkans où les États édictent de nouvelles obligations pour les diffuseurs.[réf. nécessaire]
  3. Ce terme inventé à l'époque où le doublage était réalisé uniquement en France est plus précisément aujourd'hui une « version francophone ».
  4. En France, ce métier fait partie de la catégorie des intermittents du spectacle.
  5. Par exemple, les voix françaises sont en général plus graves que les voix américaines, pour des raisons de fréquences inhérentes à la langue.
  6. On parle aussi parfois de VVF (« véritable version française »), bien que ce soit un abus de langage.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Pourquoi la France double-t-elle tout le monde ? », sur www.slate.fr (consulté le 9 novembre 2010)
  2. Des fims français made in Hollywood : Les versions multiples, 1929-1935 de Martin Barnier, page 13 (ISBN 978-2747565783)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ella Shohat, Robert Stam, « The Cinema after Babel: Language, Difference, Power », Screen, vol. 26, n° 3-4, 1985, p. 35-58.
  • (en) Martine Danan, « Dubbing as an Expression of Nationalism », Meta, vol. 36, n° 4, 1991, p. 606-614.
  • Yves Gambier (dir.), Les transferts linguistiques dans les médias audiovisuels, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 1996.
  • (en) Antje Aschied, « Speaking Tongues: Voice Dubbing in the Cinema as Cultural Ventriloquism », Velvet Light Trap, n° 40, automne 1997, p. 32–41.
  • Jean-François Cornu, Le doublage et le sous-titrage des films en France depuis 1931 : contribution à une étude historique et esthétique du cinéma, Thèse de Doctorat, Université Rennes 2 – Haute Bretagne, 2004.
  • François Justamand et Thierry Attard, Rencontres autour du doublage des films et des séries télé, Nantes, éditions Objectif Cinéma, 2006 (ISBN 2-9157-1301-4).
  • Thierry Le Nouvel, Le Doublage et ses métiers, Paris, éditions Eyrolles, 2007 (ISBN 978-2-2121-2133-9).
  • Alain Boillat, Du bonimenteur à la voix over, Lausanne, éditions Antipodes, coll. « Médias et Histoire », 2007 (ISBN 978-2-940146-96-3).
  • Adriana Şerban, Jean-Marc Lavaur (dir.), Traduction et médias audiovisuels, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]