Vers la flamme

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Vers la flamme Op. 72 est l'une des dernières pièces pour piano de Scriabine

Écrite en 1914, en 9/8 et sans armure, elle est bâtie sur un thème simple et s'articule autour d'un lent crescendo constitué par des motifs de plus en plus rapides pour arriver au climax de la pièce à une superposition de trilles de tierces et de quartes sur une pédale harmonique de sept voire huit notes, ceci accompagné par des accords répétés en notes piquées dans l'aigu créant ainsi une intense impression de luminosité.

Scriabine aurait écrit cette pièce à partir d'une vision apocalyptique qu'il aurait eue lors d'un voyage en train et dans laquelle il se demandait si "le feu, les flammes cosmiques étaient des vibrations, semblables à celles des sons et des couleurs, destinées à se rencontrer, à se fondre dans l'embrasement final de l'univers."[1].

On dit souvent que ce morceau aurait été composé suivant un modèle arithmétique issu du nombre d'or ; ce rapport demeure néanmoins difficile à prouver, même s'il n'est pas impossible vu la personnalité de l'auteur, surtout à cette période (il travaillait au même moment sur son projet mystique Le Mystère).


L'interprétation de Vladimir Sofronitsky (le gendre de Scriabine) de 1959 est toujours considérée comme la référence et toujours disponible malgré sa relative ancienneté. L'enregistrement réalisé par le pianiste britannique John Ogdon en 1971 pour le label EMI Classics tient également le haute du pavé, grâce à un jeu tout en délicatesse et en subtilité. Une vidéo célèbre montre également Vladimir Horowitz interprétant ce poème avec une fougue étonnante pour son âge avancé (il mourut quelque temps après).

Le poème initial[modifier | modifier le code]


Scriabine avait l'habitude de rédiger des poèmes (littéraires) avant de procéder à la composition d'une œuvre. Ces textes étaient imprégnés d'images complexes et de multitudes de symboles, ce qui marque en eux un profond attachement au symbolisme russe. Scriabine étant un grand adepte de théosophie et de la philosophie de l'allemand Friederich Nietzsche, ses poèmes traitent souvent l'élévation d'un individu, à la manière du "surhomme" nietzschien. Ainsi, Sriabine développe dans le poème accompagnant Vers la Flamme un scénario apocalyptique ou des flammes envahissent la Terre et font renaître les Hommes en une meilleure race.

Voici le texte qui devrait accompagner l'œuvre musicale :

Le temps était mélancolique, emprisonné
Dans les obscures et sombres profondeurs de la matière.
La montagne de la pyramide, par son poids gigantesque
Avait transformé en un songe lancinant l’avancée de la pensée.
Dans de mystérieuses cryptes souterraines, la force des signes magiques somnolait.
Et l’agitation naquit dans les abîmes mystérieux.
La joie voilée par son éclat avait animé les masses de matière endormie.
La conscience et la volonté étaient revenues à la vie
Des courants de désirs brûlants sortis des profondeurs s’élançaient vers la lumière
Rayonnante qui brillait au-dessus de la Terre.
Les enfants désincarnés de l’Univers tournaient inspirés dans une danse.
La coulée des pensées flamboyantes et des éclats saillants d’une pensée pareille à l’éclair
Transperçait la planète de part en part.
Une joie désordonnée avait étreint la dernière Race –
L’Homme terrestre devenait un Dieu Immortel !
Les accords de la disparition et de la naissance retentissaient victorieusement dans l’éclat resplendissant de la lumière
Et la Flamme pure de la Transfiguration Sacrée étreint l’Univers –
L’Image mystique d’un monde nouveau scintille doucement dans l’Eternité…

L'œuvre a été traduite du russe au français et ne garantit donc pas un interprétation forcément poétique du sujet.
Scriabine préférait que l'interprète écoute et analyse le morceau lui-même, le joue et qu'il ne lise le poème qu'à la fin. Le compositeur tenait en effet à ce que l'interprète se fasse d'abord sa propre image du morceau.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Manfred Kelkel, Scriabine, Fayard. Cette phrase n'est pas sans rappeler la théorie des cordes en physique quantique.