Vergilius Romanus

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Folio 14 recto : portrait de Virgile

Le Vergilius Romanus, ou Virgile romain, est un manuscrit enluminé contenant l'Énéide, les Géorgiques et des fragments des Bucoliques de Virgile. Il a été rédigé au Ve siècle en rustica sur 309 folios de parchemin de vélin, mesurant 32,3 cm sur 33,2 cm. Le manuscrit, de dix-huit lignes par feuillet, est conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane à Rome, sous la cote Codex Vaticanus latinus 3867.

C'est l'un des plus anciens manuscrits virgiliens et l'un des trois manuscrits enluminés subsistants de littérature classique antique, avec l'Iliade ambrosienne et le Vergilius Vaticanus. Il marque d'un point de vue esthétique la limite de la Basse-Antiquité avec le monde médiéval naissant[1].

Description[modifier | modifier le code]

Folio 1 recto: début des Bucoliques avec la seule miniature du premier artiste

Le Virgile romain est l'un des rares manuscrits enluminés de l'antiquité classique à avoir survécu et son importance historique est donc majeure. Une centaine de feuilles ont été perdues sur les 410 d'origine. Il conserve dix-neuf illustrations[2] peintes au moins par deux artistes anonymes romains. Leur style constitue un début de rupture avec l'art classique antique : la forme humaine devient abstraite et aplatie et la représentation spatiale de la nature est abandonnée.

Le premier artiste n'a peint que la première miniature du folio 1 recto qui illustre la première églogue des Bucoliques. Le vacher Tityre joue de la flûte assis sous un arbre, pendant que le chevrier Mélibée mène une chêvre par les cornes sous un arbre. Des vaches et des chèvres sous les arbres contemplent la scène. Par le dessin de ces bêtes sous les arbres, cette miniature est une tentative non réussie de recréer la sensation de l'espace, comme à l'époque classique de l'art antique. Les deux personnages sont drapés avec naturel et leur visage se tourne de trois-quarts. Cette miniature, à la différence des autres, n'est pas insérée dans un cadre, comme s'il s'agissait d'un reste de la tradition de l'illustration sur papyrus.

Le second artiste rompt de manière plus radicale avec l'art classique. Toutes les autres miniatures sont en effet bordées d'or et de pourpre et les visages ne sont plus figurés de trois-quarts, mais de face ou de profil. Les drapés ne sont plus naturels, mais réduits à des lignes courbes. La page est même divisée en compartiments, comme au folio 108 recto, et lorsqu'il s'agit de rendre un paysage, il n'est plus dépeint en trois dimensions, évitant toute perspective ou d'estompe des contours aux fins de produire des effets de distance[3]. La ligne du sol n'existe plus et les objets sont distribués à égalité dans l'espace. Des petites taches blanches figurent parfois des éclats de lumière. L'artiste prend grand soin d'éviter que les objets représentés ne se superposent l'un sur l'autre. Le résultat donne l'impression d'une mosaïque romaine qui pourrait avoir été prise comme modèle (pâtres du folio 44 verso et folio 45 recto).

L'esthétique du second artiste est bonne, mais cependant il s'en dégage un intérêt plus marqué envers les lignes et les formes, plutôt qu'envers la représentation naturelle de l'espace et de la figure humaine. L'artiste éprouve ainsi des difficultés à dépeindre le corps humain en mouvement, ou tourné, comme dans le folio 100 recto qui illustre le banquet de Didon et Énée[4], où la figure du Troyen coiffé d'un bonnet phrygien et allongé à la gauche de Didon, est décrite de manière peu convaincante.

Le manuscrit contient trois portraits de Virgile : au folio 3 verso, au folio 9 recto et au folio 14 recto, dépeints dans la tradition de l'illustration sur papyrus.

Celui du célèbre folio 3 verso le montre de face, le buste légèrement tourné vers la droite, assis sur un trône entouré de colonnes. Il tient dans la main un rouleau de papyrus qu'il a sans doute extrait de la boîte à papyrus se trouvant à droite.

Le folio 235 recto représente les dieux tels qu'ils sont décrits au dixième livre de l'Énéide. Pendant que Junon, représentée à gauche avec Minerve, Mercure et Jupiter, prend la parole, les autres divinités regardent vers l'extérieur, de sorte que si l'on referme le livre, le cercle du conseil des dieux est reconstitué.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le Virgile romain appartient au moins jusqu'en 1441 à l'abbaye de Saint-Denis comme l'atteste la note du folio 4. Elle apparaît en 1475 dans l'inventaire de la Bibliothèque vaticane de Sixte IV.

Visite de Montaigne[modifier | modifier le code]

Montaigne relate dans son Voyage en Italie sa journée du 6 mars 1581, lorsqu'il a visité la Bibliothèque vaticane et qu'il a consulté entre autres le Virgile romain : « j'ai vu également un Virgile écrit à la main, avec des lettres assez grandes, et de ce caractère long et étroit que nous voyons ici dans les inscriptions du temps des empereurs, comme par exemple autour du siècle de Constantin, qui présentait quelque chose de gothique et qui a perdu la proportion carrée qui caractérise les vieilles écritures latines. Ce Virgile me confirma ce que j'ai toujours pensé, à savoir que les quatre premiers vers[5] par lesquels il fait débuter l'Énéide ont été ajoutés : de fait ce livre en est dépourvu. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Folio 44 verso des Géorgiques
  1. Walther et Wolf, op. cité, p. 53
  2. Sur les quarante-deux scènes d'origine.
  3. Walther et Wolf, op. cité, p. 52.
  4. Énéide IV, 77sq.
  5. Ce que rapporte Servius.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ingo F. Walther et Norbert Wolf, Chefs-d'œuvre de l'enluminure, Taschen, Paris, 2005, traduit de l'allemand.

Aricles connexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

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