Vautrin (Balzac)

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Vautrin
Personnage de fiction apparaissant dans
La Comédie humaine.

Vautrin avec Rastignac dans la cour de la pension Vauquer (Le Père Goriot)
Vautrin avec Rastignac dans la cour de la pension Vauquer (Le Père Goriot)

Origine France
Sexe Masculin
Caractéristique(s) Véritable nom : Jacques Collin

Créé par Honoré de Balzac
Roman(s) La Comédie humaine :

Vautrin est un important personnage réapparaissant dans plusieurs romans de la Comédie humaine d’Honoré de Balzac.

Biographie fictive[modifier | modifier le code]

Vautrin (Jacques Collin de son vrai nom) est un ancien forçat, chef de pègre, qui, après avoir fui le bagne de Toulon et le bagne de Rochefort, prend le nom de Vautrin, Trompe-la-Mort, M. de Saint-Estève, Carlos Herrera puis William Barker afin de se cacher des forces de l’ordre. C’est un homme positif qui aime chanter, mais qui peut facilement effrayer qui que ce soit. Il paraît tout savoir, ce qui le rend bien mystérieux avant que son identité ne soit trahie. Son dévouement à aider « les jeunes qui ont de l’ambition » (d’abord Eugène de Rastignac, puis Lucien de Rubempré), comme il le dit, va jusqu’à le pousser à tuer. Cependant, dans Splendeurs et misères des courtisanes, après le suicide de Lucien, son protégé, il finit par entrer dans le droit chemin et devient chef de la police. Eugène de Rastignac, qu’il veut aider à faire fortune, désapprouve ses moyens, car Vautrin ne cache pas qu’il serait prêt à tuer ; comme il le fera finalement.

Le chef de police, Bibi-Lupin, qui se présente sous le nom de Gondureau à Mlle Michonneau et Poiret, leur raconte que Collin a été condamné à vingt ans de bagne pour un faux meurtre commis par un autre, un beau jeune homme, un Italien, que Collin aimait beaucoup et qui était joueur (dans Splendeurs et misères des courtisanes on apprendra que Collin avait été condamné à cinq ans et que le reste résultait de tentatives d'évasion). Il doit son surnom au fait qu'il n'a jamais risqué une condamnation à mort. Gondureau leur apprend aussi que Trompe-la-Mort n’aime pas les femmes, mais plutôt les hommes.

À l’aide de Mlle Michonneau, Gondureau veut se rendre compte si le prétendu Vautrin est en effet Trompe-la-Mort : il lui donne un flacon contenant une drogue qui doit simuler une apoplexie. Dès qu’elle sera seule avec l’homme évanoui, elle devra lui appliquer un coup sur l’épaule droite pour faire y apparaître les lettres TF (avec lesquelles on marquait les forçats). Le plan est exécuté le 16 février 1819 et Vautrin est reconnu comme Collin. Mlle Michonneau avertit la police, qui apparaît peu après que Vautrin s'est réveillé. On le met au bagne de Rochefort.

Il réapparaît en 1822 dans les Illusions perdues sous le nom du prêtre Carlos Herrera sans qu’on sache d’abord sa véritable identité. Collin/Herrera empêche Lucien de Rubempré de se suicider en lui proposant un pacte : lui, Herrera, l’aidera à faire fortune à la condition que Lucien lui obéisse aveuglément.

C’est dans Splendeurs et misères des courtisanes qu’on saura comment le bagnard est devenu prêtre : Jacques Collin, évadé moins que deux ans après avoir été arrêté, avait trouvé ce moine Carlos Herrera, un homme que personne ne connaissait, dont il était alors très simple de prendre l’identité. Il a tué le vrai prêtre et a modifié son visage à l’aide de substances chimiques pour avoir une certaine ressemblance avec Herrera.

Lucien apprend peu à peu la véritable identité de Collin, mais il obéit au pacte. La belle vie des deux (voir Splendeurs et misères des courtisanes) finit avec le suicide d’Esther en 1829, dont on les tient responsables : ils sont tous deux arrêtés. Herrera réussit presque à persuader le juge d’instruction de son identité de prêtre, mais Lucien succombe et révèle tout. Quant à Vautrin, lorsqu’on lui demande les motifs de son affection pour Lucien, il prétend, chose peu vraisemblable, que celui-ci est son fils.

Lucien avait écrit avant sa mort une lettre au juge d’instruction dans laquelle il se rétracte complètement : il y a donc de nouveau de l’incertitude sur l’identité du prétendu Herrera.

Quand dans la cour de la prison il rencontre d’anciens camarades, Collin apprend qu’un homme surnommé Madeleine, son camarade de chaîne à Rochefort, pour qui il avait aussi de l’affection, attend son exécution. Collin réussit à parler à Théodore/Madeleine et conçoit un plan pour faire sortir plusieurs de ses camarades de prison.

Il se présente devant le juge d’instruction et avoue sa véritable identité en faisant en même temps la proposition de changer de camp. Il deviendra alors espion de police, à la condition que Madeleine ne soit pas renvoyé à Rochefort.

Quand il réussit, avec des lettres écrites par Lucien, à calmer une de ses anciennes maîtresses qui allait devenir folle de chagrin, sa proposition est acceptée.

Il obtient la permission d'employer Madeleine; son plan livre deux voleurs, qui étaient en même temps des espions de police, à la justice et sauve un de ses acolytes, un surnommé La Pouraille, d'une condamnation à mort certaine.

Un petit paragraphe à la fin du livre nous apprend qu’il a pris le poste de Bibi-Lupin, l'ancien chef de la Sûreté, en 1830 et qu’il s’est retiré en 1845.

Quand Charles Rabou écrivait la fin du député d'Arcis, il a encore une fois fait reparaître Vautrin, mais sans pouvoir reproduire le caractère et le génie de l'ancien forçat. Dans ce roman, Vautrin découvre qu'il a un fils (peu vraisemblable, puisqu'il aimait les hommes) et finit par être tué par un faussaire. Aujourd'hui, Le Député d'Arcis est généralement publié dans sa version inachevée ; donc cette dernière appartition de Vautrin n'est pas considérée comme canon.

L'homosexualité de Vautrin[modifier | modifier le code]

Vautrin est souvent considéré comme le premier personnage homosexuel de la littérature française. En effet, ce qui frappe chez cet ancien forçat évadé, endurci par le bagne et la cavale, c'est son attachement sans borne pour de jeunes hommes, dont il devient le protecteur prêt à tout. On l'a dit, il tente de séduire Rastignac, ce qui échoue, puis Lucien de Rubempré à la fin des Illusions perdues, lequel, au bord du suicide, accepte. Cette protection est au début paternelle, un riche abbé espagnol sauve un jeune homme désespéré. Mais Vautrin veut faire de Lucien l'instrument de sa propre vengeance, contre la société. Leur relation devient une relation de domination, d'abord de Herrera sur Lucien, mais à la mort de Lucien, le désespoir de Jacques Collin montre son attachement extraordinaire.

Ce qui semble corroborer la thèse de l'homosexualité de Vautrin, évoquée par Félicien Marceau dans son ouvrage Balzac et son monde : « dès les premières tentatives de Vautrin auprès de Rastignac et dans la marmelade de mots dont il l’embrouille, il me semble que l’homosexualité se révèle. « Mais je vous aime, moi, lui dit-il… Un homme est un dieu quand il vous ressemble. » (Le Père Goriot) », c'est surtout la quatrième partie de Splendeurs et misères des courtisanes où apparaît l'ancien compagnon de chaîne de Jacques Collin à Rochefort, le jeune Corse Théodore Calvi. Celui-ci, surnommé Madeleine par ses compagnon de bagne, est désigné comme étant la "tante" de Vautrin, ce que Balzac explique comme suit :

« Pour donner une vague idée du personnage que les reclus, les argousins et les surveillants appellent une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d'une des maisons centrales au feu Lord Durham, qui visita toutes les prisons lors de son séjour à Paris. (...) Le directeur, après avoir montré toute la prison, les préaux, les ateliers, les cachots, etc. désigna du doigt un local, en faisant un geste de dégoût. « Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des tantes... - Hao ! fit Lord Durham, et qu'est-ce ? - C'est le troisième sexe, milord. »»[1]

Le dialogue entre Jacques Collin, sous les traits de l'abbé espagnol, et le jeune condamné à mort montre la misogynie du vieux forçat, et l'attachement réciproque fort des anciens compagnons de chaîne[2]. Il dit en effet « Les hommes assez bêtes pour aimer une femme périssent toujours par là. », puis « [Les femmes] nous ôtent notre intelligence » et le jeune Théodore achève par : « Ah ! si je veux vivre, c'est maintenant pour toi plus que pour elle. »

Balzac est donc un des premiers romanciers à évoquer la question de l'homosexualité, et ce n'est pas pour rien s'il la place dans le personnage de Vautrin, fascinant forçat, en lutte permanente contre la société. Cela montre aussi la prudence de Balzac avec un sujet épineux à l'époque, car Vautrin est en trame de fond dans tout le roman sans en être réellement le personnage principal (excepté dans la quatrième partie), et son attachement fort pour Lucien n'est jamais explicité tout en étant toujours présent.

Le cycle de Vautrin[modifier | modifier le code]

Vautrin est un personnage important de quatre romans de la Comédie humaine.

Le personnage se trouve aussi dans une pièce de théâtre.

Son nom est mentionné dans:

Représentation[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jean-Pierre Barricelli, « The Social and Metaphysical Rebellions of Vautrin and the 'Innominato' », The Comparatist: Journal of the Southern Comparative Literature Association, May 1981, no 5, p. 19-29.
  • (en) Richard M. Berrong, « Vautrin and Same-Sex Desire in Le Père Goriot », Nineteenth-Century French Studies, Fall 2002-Winter 2003, no 31 (1-2), p. 53-65.
  • Annie Brudo, « Langage et représentation dans 'Vautrin' », L’Année balzacienne, 1997, no 18, p. 311-24.
  • Étienne Brunet, « Que l’emprunt vaut rin », French Review, décembre 1990, no 64 (2), p. 273-88.
  • (en) A. S. Byatt, « The Death of Lucien de Rubempré »,The Novel: Volume 2: Forms and Themes, Franco Moretti, Éd., Princeton, Princeton UP, 2006, p. 389-408
  • (en) Adrian Cherry, « Vautrin : Continuation and End », USF Language Quarterly, 1965, no 4 (1-2), p. 8-12.
  • Pierre Citron, « La Dernière incarnation de Vautrin » L’Année balzacienne, Paris, Garnier Frères, 1967, p. 375-377
  • Wayne, J. Conner, « Vautrin et ses noms », Revue des Sciences Humaines, 1959, no 95, p. 265-273.
  • Robert T. Denommé, « Création et paternité : le Personnage de Vautrin dans La Comédie humaine », Stanford French Review, Winter 1981, no 5 (3), p. 313-326.
  • (en) Nilli Diengott, « Goriot vs. Vautrin: A Problem in the Reconstruction of Le Père Goriot’s System of Values », Nineteenth-Century French Studies, Fall-Winter 1986-1987, no 15 (1-2), p. 70-76.
  • Rose Fortassier, « Chansons dans La Comédie humaine ou le répertoire de Vautrin », Lettres et réalités, Aix-en-Provence, PU de Provence, 1988, p. 97-116.
  • Alfred Glauser, « Balzac/Vautrin », Romanic Review, novembre 1988, no 79 (4), p. 585-610.
  • Jane Alison Hales, « Vautrin, génie balzacien ? », USF Language Quarterly, 1980, no 19 (1-2), p. 19-24.
  • Björn Larsson, « Les Vies posthumes de Trompe-la-mort », Résonances de la recherche, Kerstin Jonasson, Véronique Simon, Bengt Novén, Lars-Göran Sundell, Gunilla Ransbo, Maria Walecka-Garbalinska, Éds. Uppsala, Uppsala University, 1999, p. 247-56.
  • Alex Lascar, « Vautrin, du roman au théâtre », L’Année balzacienne, 2000, no 1, p. 301-14.
  • (en) Michael Lucey, « The Misfit of the Family: Balzac and the Social Forms of Sexuality », Durham, Duke UP, 2003.
  • (en) Jayashree Madapusi, « The Secrecy of Vautrin (The 'Criminal and the Enemy') and His Society of Ten Thousand in Balzac’s La Comédie humaine », History of European Ideas, July 1994, no 19 (1-3), p. 87-92.
  • Roch L. Mirabeau, « Vautrin et le mythe balzacien », Nineteenth-Century French Studies, 1978, no 6, p. 189-98.
  • (en) Martha Niess Moss, « The Metamorphosis of Vautrin in Balzac’s Comédie humaine », Romance Notes, 1979, no 20, p. 44-50.
  • Yoshie Oshita, « De l’entrée à la sortie de Vautrin dans Le Père Goriot », L’Année balzacienne, 1989, no 10, p. 233-243.
  • Marcel Reboussin, « Vautrin, Vidocq et Valjean », French Review, mars 1969, no 42 (4), p. 524-32.
  • (en) Lawrence R. Schehr, « Descant », The Rhetoric of the Other: Lesbian and Gay Strategies of Resistance in French and Francophone Contexts, Martine Antle, Éd. et intro., Dominique D. Fisher, Éd. et intro., New Orleans, UP of the South; 2002, p. 1-16
  • (en) Lawrence R. Schehr, « A Queer Theory Approach: Gender and Genre in Old Goriot », Approaches to Teaching Balzac’s Old Goriot, Michal Peled Ginsburg, Éd. et intro., New York, Modern Language Association of America, 2000, p. 118-25.
  • P. J. Wagstaff, « Vautrin et Gaudet d’Arras : nouvelle évaluation de l’influence de Restif sur Balzac », L’Année balzacienne, 1976, p. 87-98.

Références[modifier | modifier le code]

  • Pierre Abraham, Créatures chez Balzac, Paris, Gallimard, Paris, 1931.
  • Arthur-Graves Canfield, « Les Personnages reparaissants de La Comédie humaine », Revue d’histoire littéraire de la France, janvier-mars et avril-juin 1934 (réédité sous le titre The Reappearing characters in Balzac’s Comédie humaine, Chapell Hill, University of North Carolina Press, 1961. Réimpression Greenwood Press, 1977.
  • Anatole Cerfberr et Jules Christophe, Répertoire de La Comédie humaine de Balzac, introduction de Paul Bourget, Paris, Calmann-Lévy, 1893.
  • Charles Lecour, Les Personnages de la Comédie humaine, Paris, Vrin, 1967.
  • Félix Longaud, Dictionnaire de Balzac, Paris, Larousse, 1969.
  • Fernand Lotte, Dictionnaire biographique des personnages fictifs de « La Comédie humaine », Avant-propos de Marcel Bouteron, Paris, José Corti, 1952.
  • Félicien Marceau, Les Personnages de la Comédie humaine, Paris, Gallimard, 1977, 375 p.
  • Félicien Marceau, Balzac et son monde, Paris, Gallimard, collection Tel, 1970, édition revue et augmentée, 1986, 684 p. (ISBN 2070706974).
  • Anne-Marie Meininger et Pierre Citron, Index des personnages fictifs de la Comédie humaine, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1981, t.XII, p. 1247-1251 (ISBN 2070108775).
  • Anatole Cerfberr et Jules Christophe, Répertoire de La Comédie humaine de Balzac, introduction Boris Lyon-Caen, classiques Garnier, 2008, (ISBN 9782351840160).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, éd. Le livre de poche, 1963, p.503
  2. http://culture-et-debats.over-blog.com/article-6375544.html
  3. (en) Karriere in Paris sur l’Internet Movie Database
  4. (en) Père Goriot sur l’Internet Movie Database
  5. (en) Rastignac ou les Ambitieux sur l’Internet Movie Database