Vallée des Merveilles

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Paysage de la vallée des Merveilles vue de la baisse de Valmasque

La vallée des Merveilles est une vallée du massif du Mercantour dans les Alpes où ont été découvertes plus de 40 000 gravures protohistoriques, datant pour la plupart de l'Âge du Bronze.

Sommaire

[modifier] Les gravures protohistoriques

Une des roches gravées
Le chef de tribu
Le sorcier

Découvertes à la fin du XIXe siècle, les gravures se trouvent sur des affleurements rocheux (roches moutonnées) ou bien sur des blocs erratiques (pélite et grès essentiellement).

Elles sont de deux sortes :

  • des sillons en V correspondant à des inscriptions ou des tracés schématiques attribués aux périodes récentes;
  • des dépressions ou cupules larges à fond plat, réalisées par percussion sont attribuées à l'Âge du Bronze.

Les éléments de ce groupe comportent des figures à cornes (bovins), des armes (poignards, hallebardes, haches, etc.), des anthropomorphes et des figures géométriques (spirales, réticulés, etc.). L'interprétation est délicate mais fait généralement référence à des préoccupations religieuses.

Les recherches récentes dirigées par Henry de Lumley offrent un premier résultat concernant la compréhension et la mécanique de l’organisation sociale et culturelle des peuples anciens de l'Âge du Bronze méditerranéen.

Étudié depuis plus de trente ans par l'équipe de Henry de Lumley, le site accueille encore de nos jours des étudiants en histoire de l’art, archéologie, géologie du Quaternaire et géomorphologie du monde entier sous la responsabilité d’archéologues spécialisés.

Plus de 30 000 gravures (dont 20 000 figuratives) ont été enregistrées depuis le relevé systématique entrepris à partir de 1967 par un collectif issu d'une collaboration entre universités, musées et instituts scientifiques, financée par le ministère de la culture et le conseil général des Alpes maritimes.

Relevées et identifiées depuis la fin du XVIIe siècle, les gravures ne furent systématiquement étudiées qu'à partir de 1897 par le Britannique Clarence Bicknell, puis le sculpteur Carlo Conti de 1927 à 1942. Le rattachement de la région à la France en 1947 a permis une intensification des recherches, notamment par l'équipe d'Henry de Lumley (Muséum national d'histoire naturelle) qui répertorie depuis près de 40 ans l'ensemble des gravures sur un territoire de 14 ha.

La plupart de ces gravures sont disposées autour du Mont Bégo, ce qui a laissé supposer à certains scientifiques que ce mont était sacré. La répartition est d'environ 50 % dans la vallée des Merveilles, et 50 % dans la Vallée de Fontanalbe (ou Fontanalba), vallées situées respectivement à l'ouest et au nord du Mont Bégo.

Cependant, certains secteurs, situées plus au nord du Mont Bégo, contiennent également des séries de gravures, même si celles-ci sont très résiduelles (au mieux quelques dizaines de gravures par secteur). On peut donc établir la répartition suivante, par ordre décroissant d'importance, avec en tête les deux principaux secteurs :

  • vallée des Merveilles
  • vallée de Fontanalbe

Et les secteurs résiduels :

  • secteur de Valaurette
  • secteur du col du Sabion (à cheval entre la France et l'Italie)
  • secteur du lac de Sainte Marie
  • secteur de Valmasque
  • secteur du lac du Vei Del Bouc (en Italie)

L'ensemble étant inégalement réparti dans un rectangle de 40 km2.

Les gravures témoignent des croyances des peuplades ligures des basses vallées qui auraient divinisé le mont Bégo et en auraient fait un lieu de pèlerinage. Ce dernier serait une puissance à la fois tutélaire en raison des eaux qui en descendent et redoutable par ses orages fréquents et violents. Le thème le plus important est le culte du taureau, associé, ici comme ailleurs, à celui de la montagne : les dessins de bovidés, les symboles cornus se retrouvent dans la moitié des gravures. La présence d'araires ou de herses attelées aux animaux atteste la pratique de l'agriculture ; des dessins réticulés évoquent des enclos ou des parcelles de champs. Par ailleurs, les armes (poignards, haches et sagaies) représentées en nombre, sont proches de sites archéologiques contemporains. Peu nombreuses, les figures anthropomorphes ont été baptisées, pour les plus connues : le Sorcier, le Christ, le Chef de tribu, la Danseuse... D'autres, plus énigmatiques, autorisent toutes les interprétations, tel l'Arbre de vie à Fontanable.

[modifier] Contexte géologique

Le « Christ »

Le secteur des Merveilles est situé au cœur du massif cristallin externe alpin de l’Argentera-Mercantour.

Sur un socle constitué de gneiss, migmatites et granites d’anatexie, repose une série fluvio-lacustre détritique d’âge permien.

Trois formations sont distinguées au sein de cette série permienne.

  • À la base, la « formation de l’Inferno », transgressive sur le socle cristallophyllien, est essentiellement gréso-conglomératique avec quelques niveaux de décrue silteux.
  • Succédant à la formation de l’Inferno, la « formation des Merveilles » comprend pour l’essentiel des siltites verdâtres sur lesquelles a été gravée la plupart des représentations protohistoriques de la vallée des Merveilles datées de l’Âge du Bronze. Cette sédimentation homogène en domaine lacustre connaît ensuite des épisodes d’émersion marqués par le développement de structures stromatiformes et des bioturbations.
  • Au-dessus des ces niveaux, une sédimentation fluvio-lacustre se poursuit avec le dépôt d’un ensemble gréso-conglomératique entrecoupé de niveaux plus fins silto-gréseux. Cet ensemble est dénommé « formation du Bego » et constitue le dernier terme de cette série sédimentaire permienne.

Les séries mésozoïques carbonatées ont été complètement érodées dans la zone et il faut redescendre vers la vallée de la Roya pour les retrouver.

Un modelé glaciaire mis en place il y a environ 10 000 ans confère sa morphologie particulière à la zone avec une série de polis glaciaires, moraines et blocs erratiques.

[modifier] Visites et randonnées

Le site remarquable des Merveilles bénéficie de plusieurs protections administratives : au titre du Parc national, en tant que site naturel et plus récemment par une protection au titre des monuments historiques.[1]

Un sentier de grande randonnée (GR52) traverse cette vallée. Certaines gravures sont visibles à partir de ce sentier qu'il est interdit de quitter sans être accompagné d'un guide agréé. Selon un archéologue travaillant sur place, l'idéal serait de commencer par visiter le musée des MerveillesTende), puis de participer à une visite guidée.

Attention: ces gravures sont éloignées des routes, donc prévoir soit :

  • Un guide qui vous approchera en 4x4 (1 h 30 env.).
  • 3 à 4 heures de marche pour accéder à l'entrée de la Vallée en partant du lac des Mèches (barrage EDF) situé à Saint-Dalmas de Tende (en direction de Casterino).
  • Une nuit en refuge du CAF (Club alpin français) ou bien en bivouac en zones autorisées (montage des tentes 19 h, démontage 9 h).

[modifier] Liens externes

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[modifier] Notes et références

  1. Il a d'abord été inscrit le 26 octobre 1959 au titre des sites naturels, en application de la loi du 2 mai 1930, arrêté transformé en classement par arrêté du 22 avril 1969. Son territoire a par ailleurs été inclus dans l'aire du Parc national du mercantour par décret du 18 août 1979. La protection au titre des monuments historiques est, elle, intervenue le 27 novembre 1987 (inscription sur l'inventaire supplémentaire) puis le classement des gravures a parachevé cette protection par arrêté du 8 décembre 1989. Parallèlement, le Plan Patrimoine institué par la loi n°88-12 du 5 janvier 1988 relative au patrimoine monumental a permis d'engager les premières actions financées, dans le cadre de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, par le ministère chargé de la culture.

[modifier] Articles connexes