Valéry Giscard d'Estaing

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Valéry Giscard d'Estaing
Valéry Giscard d'Estaing, le 5 janvier 1978.
Valéry Giscard d'Estaing, le 5 janvier 1978.
Fonctions
Membre du
Conseil constitutionnel français
En fonction depuis le
(siège depuis le 2 avril 2004)
Député du Puy-de-Dôme
Député européen
Président de l'Union pour la démocratie française
Prédécesseur Jean Lecanuet
Successeur François Léotard
Président du conseil régional d'Auvergne
Prédécesseur Maurice Pourchon
Successeur Pierre-Joël Bonté
20e président de la République française
Élection 19 mai 1974
Premier ministre Jacques Chirac
Raymond Barre
Prédécesseur Georges Pompidou
Alain Poher (par intérim)
Successeur François Mitterrand
Ministre de l'Économie et des Finances
(Ministre d’État à partir du )
7e ministre des Finances de la Ve République
Président Georges Pompidou
Alain Poher (par intérim)
Gouvernement Jacques Chaban-Delmas
Pierre Messmer I, II et III
Prédécesseur François-Xavier Ortoli
Successeur Jean-Pierre Fourcade
Ministre des Finances et des
Affaires économiques

3e ministre des Finances de la Ve République
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Michel Debré
Georges Pompidou I et II
Prédécesseur Wilfrid Baumgartner
Successeur Michel Debré
Secrétaire d'État aux Finances
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Michel Debré
Biographie
Nom de naissance Valéry René Marie Georges Giscard d'Estaing
Date de naissance (88 ans)
Lieu de naissance Coblence (Allemagne)
Parti politique CNIP (1956-1962)
RI (1962-1966)
FNRI (1966-1977)
PR (1977-1978)
UDF-PR (1978-1995)
UDF (1995-2002)
Conjoint Anne-Aymone Sauvage de Brantes
Enfant(s) Valérie-Anne Giscard d'Estaing (épouse Montassier, puis Fixot)
Henri Giscard d'Estaing
Louis Giscard d'Estaing
Jacinte Giscard d'Estaing
(épouse Guibout)
Diplômé de École polytechnique
École nationale d'administration
Profession Haut fonctionnaire
Religion Catholicisme

Signature

Valéry Giscard d’Estaing Prononciation, surnommé « VGE », né le à Coblence, est un homme d'État français. Il est le 20e président de la République française du au .

Inspecteur des finances de profession, il est secrétaire d'État aux Finances de 1959 à 1962, puis ministre des Finances et des Affaires économiques de 1962 à 1966, sous la présidence du général de Gaulle, envers qui il prend par la suite ses distances. Il exerce à nouveau les fonctions de ministre de l'Économie et des Finances après l'élection à la présidence de la République de Georges Pompidou, de 1969 à 1974. Il est alors à la tête des Républicains indépendants, qui constituent la deuxième composante de la majorité.

Candidat à l'élection présidentielle de 1974, il devance le gaulliste Jacques Chaban-Delmas au premier tour, puis est élu président de la République française, avec 50,81 % des suffrages, face au candidat de l'Union de la gauche, François Mitterrand. Durant son septennat, du au , Valéry Giscard d'Estaing, qui propose une « société libérale avancée », fait voter l'abaissement de la majorité civile et électorale à 18 ans, la dépénalisation de l'avortement ou encore l'autorisation du divorce par consentement mutuel. Il élargit aussi le droit de saisine du Conseil constitutionnel, crée un secrétariat d'État à la condition féminine, supprime l'ORTF. Mais il est vite confronté aux difficultés économiques, les Trente Glorieuses touchant à leur fin. Le Premier ministre Jacques Chirac démissionne en 1976 et est remplacé par Raymond Barre, qui mène une politique de rigueur jusqu'à la fin du mandat présidentiel. Les divergences au sein de sa majorité, entre le RPR gaulliste, présidé par Jacques Chirac, et l'UDF centriste, dont Valéry Giscard d'Estaing est le fondateur, vont en s'aggravant au fil du temps. Sa politique internationale est particulièrement marquée par l'opération militaire française au Zaïre et par sa volonté de renforcer la construction européenne, notamment aux côtés du chancelier allemand Helmut Schmidt.

Alors que les sondages le placent longtemps en situation de favori à l'élection présidentielle de 1981, il est battu par François Mitterrand, candidat du Parti socialiste. Il est par la suite notamment président du conseil régional d'Auvergne (1986-2004) et président de l'UDF (1988-1996). Européen convaincu, Valéry Giscard d'Estaing préside la Convention sur l'avenir de l'Europe qui aboutit au traité de Rome II. Après les élections régionales de 2004, il décide de siéger au Conseil constitutionnel, dont il est membre de droit en tant qu'ancien président de la République.

Auteur de plusieurs essais et romans, Valéry Giscard d'Estaing est membre de l'Académie française depuis 2003.

Famille[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Famille Giscard d'Estaing.

Valéry René Marie Georges Giscard d’Estaing naît le à Coblence, où son père est directeur des finances du Haut-Commissariat français en Rhénanie, région alors occupée par les forces françaises[1].

Il est le fils d'Edmond Giscard (1894-1982), devenu Giscard d'Estaing en juin 1922[2],[3], inspecteur des Finances et économiste, membre de l'Institut de France, grand officier de la Légion d'honneur, et de May Bardoux (1901-2003). Celle-ci est la fille du député Jacques Bardoux et la petite-fille d'Agénor Bardoux, entre autres ministre de l'Instruction publique lors des débuts de la IIIe République. Valéry Giscard d'Estaing passe pour descendre, du côté maternel, du roi Louis XV et de Catherine Éléonore Bénard, l'une des maîtresses royales, par leur fille adultérine Adélaïde Starot de Saint-Germain[4]. Il descend en ligne directe de Jean-Pierre de Montalivet et de Camille de Montalivet par sa fille Marthe, épouse de Georges Picot.

Il a trois sœurs et un frère : Sylvie (1924-2008), Olivier (né en 1927), Isabelle (née en 1935) et Marie-Laure (née en 1939).

Il épouse Anne-Aymone Sauvage de Brantes civilement le , à la mairie du VIIIe arrondissement de Paris, puis religieusement le 23, dans la chapelle privée de la famille de Brantes. Ils ont quatre enfants : Valérie-Anne (née en 1953), éditrice, Henri (né en 1956), homme d'affaire, Louis (né en 1958), homme politique, et Jacinte (née en 1960), vétérinaire.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Jeunesse, études et Résistance[modifier | modifier le code]

Quelques mois après sa naissance, en , son père est rappelé à Paris par l'Inspection des finances. La famille s'installe alors rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le VIIIe arrondissement de Paris.

Valéry Giscard d’Estaing fait ses études à l'école Gerson, au lycée Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand, puis au lycée Janson-de-Sailly et au lycée Louis-le-Grand à Paris pendant l'Occupation. Il obtient son double baccalauréat en philosophie et mathématiques élémentaires en 1942, à 16 ans[6].

Après une classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand, il participe, en , à l'âge de 18 ans, à la libération de Paris et fait partie du groupe chargé de la protection d'Alexandre Parodi. Il refuse de retourner au lycée Louis-le-Grand pour y préparer l'École polytechnique et s'engage dans la 1re armée française, sous les ordres du général de Lattre de Tassigny[7]. Le , il est élevé au grade de brigadier et obtient cette citation à l'ordre de l'Armée quelques jours plus tard :

« Brigadier Giscard d'Estaing du 2e escadron. Engagé volontaire à dix-neuf ans. Devenu rapidement un pointeur de grande classe, a fait preuve de calme et de sang-froid le 21 avril à Behla, en dirigeant à pied le conducteur d'un char remorqué sous le feu, montrant un complet mépris des armes automatiques et des mortiers qui l'environnaient. Le 25 avril à Zollhaus, son char ayant reçu un Panzerfaust, a continué à tirer un canon malgré la violence de l'explosion […]. Grâce à cette action immédiate, l'ennemi a cessé son feu de Panzerfaust et le char a pu reprendre sa mission[8]. »

Il est par ailleurs dans le premier char qui rentre dans Constance, le [8]. Après huit mois de campagne et 28 jours au combat, il est décoré de la Croix de guerre 1939-1945.

À la rentrée 1945, il réintègre le lycée Louis-le-Grand et est reçu au concours de l'École polytechnique en . Il en sort en et choisit d'intégrer la toute nouvelle École nationale d'administration (ENA) ; son entrée est facilitée par le décret du [9], qui permet à un polytechnicien par promotion d'y entrer sans passer de concours. Avant la rentrée, il voyage aux États-Unis et au Canada. Il trouve à Montréal un emploi temporaire de professeur au Collège Stanislas[10]. Il intègre l’ENA le 3 janvier 1949. Il effectue notamment un stage de huit mois en Sarre et obtient la note de 19 sur 20, alors que les meilleures notes habituelles tournent autour de 16[11]. Sorti sixième de l'ENA (promotion Europe), il peut ainsi atteindre son objectif en 1952 : l'entrée à l'Inspection générale des finances.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Les débuts (1954-1959)[modifier | modifier le code]

De juin à décembre 1954, Valéry Giscard d'Estaing, alors âgé de 28 ans, est directeur adjoint au cabinet du président du conseil Edgar Faure. En 1956, il se met en disponibilité de son administration après son accès à la députation du Puy-de-Dôme, département dont son arrière-grand-père, Agénor Bardoux, au XIXe siècle et son grand-père, Jacques Bardoux, au XXe siècle, furent longtemps les députés. Il est nommé, la même année, membre de la délégation française à la XIe session de l'Assemblée générale des Nations unies. Il accède en 1958 au mandat de conseiller général du Puy-de-Dôme, élu dans le canton de Rochefort-Montagne, mandat qu'il exerce jusqu'en 1974.

Sous la présidence du général de Gaulle (1959-1969)[modifier | modifier le code]

L'accès aux portefeuilles ministériels[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing avec John Fitzgerald Kennedy, à la Maison-Blanche. Il rembourse à ce dernier le reliquat de la dette de guerre française, à savoir 293 millions de dollars.

Le , six mois après son vote en faveur de l'investiture au gouvernement de Gaulle et quelques jours après l'élection à la présidence de la République de celui-ci, Valéry Giscard d'Estaing, âgé de 32 ans, est nommé secrétaire d'État aux Finances aux côtés du ministre des Finances et des Affaires économiques, Antoine Pinay. Il est principalement chargé d'assister et de représenter le ministre des Finances et, pendant trois ans, travaille en étroite collaboration avec le Premier ministre, Michel Debré, avec qui il est lié depuis plusieurs années et qui est comme lui partisan de l'Algérie française. Contrairement aux autres secrétaires d'État, il intervient régulièrement en Conseil des ministres, ses fonctions gouvernementales touchant de nombreux domaines[12]. Le président de Gaulle confie à son fils, Philippe, qu'« en réalité ce n'était pas le bon M. Pinay qui travaillait le plus, mais son secrétaire d'État, Valéry Giscard d'Estaing », qu'il estime avoir été son « meilleur argentier »[13].

Michel Debré propose son nom pour remplacer Wilfrid Baumgartner, qui a succédé à Antoine Pinay en 1960. Le , Valéry Giscard d'Estaing est ainsi nommé ministre des Finances et des Affaires économiques dans le gouvernement Debré. Il conserve ses fonctions sous le gouvernement Pompidou, formé trois mois plus tard.

Peu après sa nomination, il refuse de faire partie de la délégation pour les affaires économiques dans le cadre des négociations avec le Front de libération nationale (FLN) en vue de l'indépendance de l'Algérie[14]. Il est en effet longtemps partisan de l'Algérie française, même s'il reste relativement modéré dans ses positions, étant favorable à une autre forme d'association que l'intégration, à l'instar d'« un cadre fédéral assez souple » ou d'une partition de l'Algérie[15]. Après une visite dans le département d'Oran en , il se dit convaincu que « tout cela peut se terminer favorablement », et ses diverses correspondances de l'époque montrent qu'il est troublé par l'idée de l'indépendance, à laquelle le général de Gaulle ne semble plus s'opposer, ainsi que par la pratique du pouvoir de celui-ci, qui ne consulte pas le Conseil des ministres sur la question algérienne. Malgré ses réserves, il n'émet pas de critique publique et dira plus tard avoir été convaincu par le Général, notamment après un entretien avec lui[16]. Après l'indépendance de l'Algérie, il est chargé de concevoir les procédures financières et d'instaurer des structures administratives permettant d'indemniser les rapatriés.

Pour restaurer l'équilibre du budget de l'État français et freiner la croissance de la consommation au profit de l'investissement, Valéry Giscard d'Estaing poursuit la politique définie par le plan « Pinay-Rueff », qui a notamment conduit à une dévaluation massive, avant la mise en circulation d'un nouveau franc en 1960, au retour à la convertibilité extérieure du franc, à la libération des échanges. Lancé au début de la présidence du général de Gaulle, ce plan résorbe les principaux déséquilibres macroéconomiques dans une période de forte croissance. Valéry Giscard d'Estaing s'attache à continuer l'œuvre de réorganisation administrative entamée par ses prédécesseurs : dès 1962, il fait intégrer administrativement au sein du ministère les services des affaires économiques, puis, en 1965, la direction du Trésor absorbe celle des finances extérieures et reconstitue la direction du mouvement général des fonds d'avant guerre, tandis que le Service des études économiques et financières devient la Direction de la prévision.

En 1965, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le budget de l'État présente un excédent, de 120 millions de francs, en partie néanmoins grâce au transfert de dépenses de l'État vers la Caisse des dépôts et consignations[17]. Valéry Giscard d'Estaing souhaite alors l'élaboration d'une loi organique instaurant l'obligation d'équilibre budgétaire. Cette proposition suscite un certain scepticisme à l'époque, mais réapparaît dans le débat en France en 2011, avec la question de l'inscription de la règle d'or budgétaire dans la Constitution. Sur le plan fiscal, Valéry Giscard d'Estaing veille à ne pas augmenter de façon trop importante la fiscalité des ménages, tout en réduisant celle des entreprises. Il étend la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), instaurée en 1954 et qui concernait jusqu'alors uniquement les grandes entreprises, au commerce de détail ; cette mesure sera d'ailleurs reprise par une directive européenne en 1967[18]. En 1964, il institue également les sociétés d'investissement à capital variable (SICAV) afin de faciliter l'accès des particuliers aux marchés boursiers, et organise l'épargne-logement par la loi du .

Lors de son premier passage au ministère des Finances, il a de nombreux entretiens privés avec le général de Gaulle, dont il approuve le référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République, contrairement à beaucoup d'indépendants. Concernant ses relations avec le chef de l'État, son collaborateur Jacques Calvet raconte : « Pour plaire à de Gaulle, pour l'intéresser à l'économie, il fallait lui expliquer pourquoi les finances étaient aussi importantes pour la défense nationale que les armées. Giscard savait le faire »[19]. Il parvient à dissuader le président de rapatrier le stock d'or appartenant à la France des États-Unis par le navire de guerre le Colbert[20] et cherche à le faire renoncer à l'étalon-or. Il souhaite en effet que le Système monétaire international repose sur un ensemble de monnaies et non plus uniquement sur le dollar, et qu'une monnaie internationale soit émise sur la base des avoirs en or.

Les relations entre Valéry Giscard d'Estaing et le syndicat du patronat, le CNPF, sont assez tendues : alors que ce dernier lui reproche un style autoritaire, le ministre des Finances s'oppose à ses positions protectionnistes et à ses demandes d'aides massives de l'État. Pour lutter contre l'inflation menaçante, il lance, en , un « plan de stabilisation », comprenant, outre des dispositions budgétaires, des mesures d'encadrement des prix. Ce plan amoindrit sa popularité, notamment auprès des commerçants et industriels, affectés par le blocage des prix. Sous le feu des critiques pour avoir maintenu sa politique de rigueur, qui commence néanmoins à produire ses effets, il est remplacé, le , peu après la réélection du général de Gaulle, par Michel Debré.

La prise de distance avec le pouvoir gaulliste[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing exerce de nouveau à l'Inspection générale des Finances de 1966 à 1967.

Il ne quitte pas pour autant la vie politique. Le , il fonde la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI), qui succède aux RI, en proclamant : « Nous sommes l'élément centriste et européen de la majorité ». Il prône ainsi la création d'un « Sénat européen », élu au suffrage universel et se prononçant sur les textes législatifs ayant une portée communautaire, et d'une « Banque d'Europe », recevant des dépôts des banques centrales nationales et préparant la mise en place d'une monnaie commune. Sont également créés à cette époque les Jeunes républicains indépendants (JRI), futurs jeunes giscardiens. Valéry Giscard d'Estaing cherche alors à acquérir une image de présidentiable et affirme sa ligne politique au sein de la majorité. Il déclare ainsi : « Notre premier objectif est de retrouver l'électorat modéré traditionnel, libéré de ses attaches avec l'extrême droite et qui, pour diverses raisons, s'est dispersé. Notre seconde ambition est d'attirer tous ceux qui, au centre, estiment que pour avoir un régime de stabilité et d'efficacité, il convient d'apporter son concours à la majorité »[21].

Le , il lance la campagne de la FNRI en vue des élections législatives de mars. À cette occasion, il émet des réserves quant à la politique économique, sociale et européenne menée par le pouvoir gaulliste, et expose une vision plus libérale des institutions. Cette prise de distance est symbolisée par l'emploi de la formule du « oui, mais ». Cette position irrite le président de Gaulle, qui déclare en Conseil des ministres qu'« on ne gouverne pas avec des “mais” », ce à quoi Valéry Giscard d'Estaing réplique que « s'il est exact qu'on ne peut gouverner avec des “mais”, il est également vrai que l'on ne peut ni dialoguer ni contrôler avec des “oui”[22] ». Pour les élections législatives, que l'opposition aborde en situation de force après la mise en ballottage du général de Gaulle à la présidentielle de 1965, la majorité présente des candidatures uniques dans chaque circonscription, sous le label « Ve République ». Valéry Giscard d'Estaing parvient à obtenir l'investiture de candidats FNRI dans 83 circonscriptions. À l'issue du second tour, le , le nombre de députés FNRI passent de 35 dans l'Assemblée nationale sortante à 42, tandis que le parti gaulliste perd plusieurs sièges, si bien que la majorité ne tient plus qu'à un siège, le soutien des députés proches de Giscard, qui forment un groupe autonome, devenant indispensable.

Après les élections législatives, le , Valéry Giscard d'Estaing devient président de la commission des finances, de l'économie générale et du plan de l'Assemblée nationale[23]. Dès le mois suivant, il manifeste sa réprobation à l'égard de la procédure des ordonnances adoptée par le gouvernement, mais refuse de voter les motions de censure. Il demeure néanmoins critique envers la politique économique menée (il s'abstient lors du vote du collectif budgétaire, en novembre) et en particulier envers son successeur au ministère des Finances, Michel Debré. Le , il publie un communiqué dans lequel il critique le recours aux ordonnances, l'attitude de la France à l'égard d'Israël dans la guerre des Six Jours et les propos tenus par le général de Gaulle à Montréal le mois précédent. Il se demande si « la manière dont sont élaborées et prises actuellement les décisions essentielles de notre vie publique prépare dans les meilleures conditions l'avenir politique de la France » et fait part de son « angoisse » quant à l'« exercice solitaire du pouvoir », formule perçue comme visant directement le général de Gaulle[24].

Sur le plan local, Valéry Giscard d'Estaing, déjà conseiller général du Puy-de-Dôme et conseiller municipal de Chamalières, confirme son ancrage en devenant maire de cette ville le , après la démission de Pierre Chatrousse[25].

Lors des événements de Mai 68, il reste relativement silencieux[26]. Le 30 mai, après avoir refusé de voter la motion de censure présentée par l'opposition, il affirme son soutien au général de Gaulle, parti la veille pour Baden-Baden, tout en appelant à la tenue d'élections législatives anticipées et à la formation d'un gouvernement plus représentatif. Contrairement à quelques élus de la majorité, il ne considère pas Georges Pompidou ou Pierre Mendès France comme des recours crédibles[27]. De Gaulle dissout l'Assemblée nationale et les élections législatives des 23 et 30 juin voient l'élection de 64 députés « Républicains indépendants-Ve République », parmi lesquels Michel Poniatowski, contre lequel se présentait un candidat gaulliste, et Olivier Giscard d'Estaing, frère de Valéry. L'UDR détenant la majorité absolue à elle seule, l'appui des Républicains indépendants n'est plus nécessaire et Valéry Giscard d'Estaing ne parvient pas à retrouver la présidence de la commission des Finances, face à Jean Taittinger. L'écrivain François Mauriac écrit alors à son propos : « Nous le voyons avec plaisir sous notre nez, retoucher, jour après jour, le personnage du plus jeune ministre des Finances qu'il a été et du plus jeune président de la République qu'il sera, s'il plaît à Dieu et s'il n'y a pas d'accident de parcours. Ce n'est qu'un barreau de son échelle que l'UDR vient de scier sous son pied »[28]. Le député du Puy-de-Dôme se fait moins présent dans le débat économique, même s'il dénonce « l'abandon de l'équilibre du budget et de la balance des comptes qui avaient été rétablis et organisés de 1963 à 1965 sous l'autorité du chef de l'État ».

Pour retrouver sa légitimité, Charles de Gaulle annonce la tenue d'un référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Alors que la FNRI se prononce pour la liberté de vote, Valéry Giscard d'Estaing annonce, le , qu'il « n'approuvera pas » le référendum. Partisan du bicamérisme, il est en particulier opposé à la perte du pouvoir législatif du Sénat. Cette position lui attire des critiques au sein même de son parti politique. Même s'il affirme plus tard ne s'être jamais prononcé pour le « non » et avoir voté blanc à titre personnel, sa déclaration contribue à l'échec du référendum, le « non » obtenant 52,41 % des suffrages exprimés le , ce qui entraîne, comme annoncé, la démission du général de Gaulle de la présidence de la République. Lors de l'élection présidentielle qui suit, il semble d'abord pencher pour la candidature du modéré Antoine Pinay. Alors que sa candidature est ensuite évoquée et souhaitée par des centristes comme le président par intérim, Alain Poher, Valéry Giscard d'Estaing apporte son soutien à Georges Pompidou le  : « J'ai décidé de soutenir la candidature de M. Pompidou […] Dans des circonstances normales, c'est-à-dire en 1972, j'aurais posé ma candidature à la présidence de la République. Dans la situation présente, nous avons cherché la personne qui pouvait le mieux assurer la continuité de la nation[29]. »

Ministre sous la présidence de Georges Pompidou (1969-1974)[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing au ministère des Finances, le 13 août 1969.

Georges Pompidou, élu au second tour face à Alain Poher, prend ses fonctions de chef de l'État le et nomme Jacques Chaban-Delmas au poste de Premier ministre. Deux jours plus tard, Valéry Giscard d'Estaing se voit confier le portefeuille de ministre de l'Économie et des Finances.

L'un de ses premiers actes est, dans le plus grand secret, de contribuer au succès de la première dévaluation du franc depuis 1958, nécessaire au rétablissement de la compétitivité des produits français, notamment après les accords de Grenelle. Le , le franc est dévalué de 11,1 %. Valéry Giscard d'Estaing parle alors de « franc amaigri mais guéri »[30]. Cette dévaluation est la dernière se mesurant à partir du poids en or de l'unité monétaire, puisqu'en , le président américain, Richard Nixon, met fin à la convertibilité du dollar en or, ce qui ouvre la voie à la mise en place d'un système de changes flottants, auquel sont opposés le président Pompidou et le ministre Giscard d'Estaing, qui milite pour un système fondé sur des « parités stables mais ajustables »[31]. En , un accord est conclu avec Nixon sur de nouvelles parités entre les principales monnaies. Giscard reconnaîtra par la suite que « le flottement des monnaies a constitué le moindre mal » pour traverser « la crise de 1974-1981 »[31].

Au niveau économique, la priorité est donnée à la production industrielle, qui augmente de près de 40 % pendant le mandat de Georges Pompidou, tandis que la croissance dépasse les 5,5 %[32]. Concernant les finances publiques, Valéry Giscard d'Estaing cherche à renouer avec l'équilibre budgétaire, ce qu'il fait avec le budget de 1969, celui de 1970 étant même excédentaire[33]. En revanche, il ne parvient pas à lutter efficacement contre la hausse des prix, renforcée par le premier choc pétrolier[33]. Les plans anti-inflation successifs, qui comprennent essentiellement des mesures de contrôle des prix, se révèlent inefficaces. Les effets de la dévaluation de 1969, renforcés par la réévaluation du mark allemand quelques mois plus tard, conduisent à la perte de la valeur du franc face au mark. Le , Valéry Giscard d'Estaing annonce la sortie de la France du Serpent monétaire européen, laissant ainsi le franc fluctuer en fonction de l'offre et de la demande, ce qui va renforcer l'inflation. Pour financer les quelques mesures de relance, parmi lesquelles la baisse de la TVA, il lance un emprunt, qui sera particulièrement coûteux car indexé indirectement sur l'or[34].

Louant le « réformisme » du ministre d'État suédois social-démocrate Olof Palme, Valéry Giscard d'Estaing peut, dans un premier temps, paraître proche de la ligne politique défendue par le Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, promoteur de la « Nouvelle société ». Mais ses relations avec le chef du gouvernement vont se dégrader au fil du temps. Le ministre de l'Économie et des Finances s'inquiète notamment d'une certaine forme de dirigisme dans la politique économique, du risque d'accroissement de l'inflation que font courir les mesures préconisées par Jacques Delors ou encore de la conception du dialogue social du Premier ministre. Des tensions apparaissent entre des proches de Valéry Giscard d'Estaing et des partisans de Jacques Chaban-Delmas, perçu comme un successeur possible de Georges Pompidou, ceux-ci accusant le ministre de l'Économie et des Finances d'être à l'origine de révélations embarrassantes pour les gaullistes, en particulier sur la situation fiscale du Premier ministre.

En froid avec l'Élysée, Jacques Chaban-Delmas démissionne le , et Pierre Messmer lui succède. Valéry Giscard d'Estaing conserve ses fonctions de ministre de l'Économie et des Finances dans les trois gouvernements Messmer, gagnant même le titre de ministre d'État le . Pendant cette période, il fait voter la loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France[35]. Il s'oppose au projet de train à grande vitesse (TGV) de la SNCF, lui préférant le projet d'aérotrain ; en , lors d'un conseil interministériel restreint sur les économies d'énergie, après trois heures de discussions, le président Pompidou coupe court au débat en avalisant le projet[36]. Est également décidé le lancement d'un important parc de centrales nucléaires, ce qui conduit le ministre Giscard d'Estaing à lancer un emprunt international de 1,5 milliard de dollars.

Les élections législatives de 1973 sont marquées par une progression de la gauche et permettent aux Républicains indépendants, qui comptent 54 députés, de retrouver, comme en 1967-1968, un rôle d'arbitre au sein de la majorité, l'UDR disposant de 184 sièges, soit moins que la majorité absolue. Peu avant la mort du président Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing est pressenti pour devenir Premier ministre[37].

Élection présidentielle de 1974[modifier | modifier le code]

Une majorité divisée[modifier | modifier le code]

Résultats électoraux du second tour de la présidentielle de 1974 par départements :
bleu : majorité pour VGE ;
rose : majorité pour François Mitterrand
.

Georges Pompidou, très malade, meurt le , deux ans avant la fin de son mandat. Le président défunt n'avait pas exprimé de préférence sur un éventuel successeur. Il n'avait en tout cas pas dissuadé les ambitions de Valéry Giscard d'Estaing, qui n'était pas issu du même parti politique que lui, mais à qui il voyait une « vocation nationale »[38].

Quatre candidats issus de la majorité sont alors pressentis pour concourir à l'élection présidentielle anticipée : le Premier ministre, Pierre Messmer (UDR), le maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas (UDR), le président de l'Assemblée nationale, Edgar Faure (UDR), et le ministre des Finances, Valéry Giscard d'Estaing (FNRI). Jacques Chaban-Delmas, qui craint qu'une candidature Messmer ne fasse l'union à droite, est le premier à se déclarer, le 4 avril, alors que l'hommage de l'Assemblée nationale au président défunt n'est pas terminé, ce qui lui vaut des critiques. Valéry Giscard d'Estaing attend le 8 avril pour annoncer sa candidature : depuis la mairie de Chamalières, il explique vouloir « regarder la France au fond des yeux ». Il promet aux gaullistes de ne pas se présenter si Pierre Messmer se porte lui aussi candidat[39]. Peu après, le Premier ministre s'inquiète de la division de la majorité et manifeste sa volonté de se présenter. Mais il renonce finalement face au refus de Jacques Chaban-Delmas de se désister en sa faveur, ce qui ouvre la voie à un affrontement entre ce dernier et Valéry Giscard d'Estaing. À la suite de cet épisode, l'image du maire de Bordeaux, vu comme un diviseur, continue de se dégrader, tandis que le ministre des Finances peut pleinement compter, avec le retrait d'Edgar Faure, sur le soutien des centristes, ainsi que de plusieurs personnalités de l'UDR, puisque le 13 avril, 39 parlementaires et quatre ministres (Jacques Chirac, Jean-Philippe Lecat, Olivier Stirn et Jean Taittinger) font publier un texte, dit « appel des 43 », qui est vu comme un soutien implicite à sa candidature.

Une campagne innovante[modifier | modifier le code]

Au départ, Valéry Giscard d'Estaing, qui n'est pas soutenu par un grand courant de la vie politique française, semble avoir peu de chances d'être élu à la présidence de la République. Sa campagne est beaucoup moins organisée que celle de Jacques Chaban-Delmas, qui se prépare depuis des années et bénéficie de l'appui du puissant parti gaulliste[40]. Il manque également de moyens financiers et de militants, ce qui contraint son équipe à recruter des proches de l'extrême droite pour former son service d'ordre[41]. D'abord donné en troisième position dans les sondages, il parvient à prendre l'ascendant sur son rival gaulliste, qui multiplie les maladresses et passe de 29 à 18 % d'intentions de vote entre le 9 et le 24 avril, selon l'Ifop. Le candidat des Républicains indépendants, de son côté, excelle en matière de communication audiovisuelle. Pendant ses fonctions ministérielles, il avait gagné en popularité et innové en matière de communication politique, présentant l'image d'un homme politique jeune et dynamique, jouant au football ou pratiquant le ski[42]. Fait unique, il pose également aux côtés de sa fille Jacinte, âgée de 13 ans, sur une affiche électorale, qui sera considérée comme une réussite[43]. De leur côté, ses partisans, qui comptent des personnalités du monde artistique comme Charles Aznavour, Alain Delon, Johnny Hallyday ou Sylvie Vartan, arborent des t-shirts, affiches et autocollants reprenant son slogan de campagne, « Giscard à la barre ». Cette campagne d'un type nouveau, proche de celles qui ont lieu aux États-Unis, lui permet de dégager une image de renouveau et de se démarquer de ses adversaires[43].

Le , après moins d'un mois de campagne, il arrive en deuxième position avec 32,60 % des voix, derrière François Mitterrand (43,25 %), candidat de l'Union de la gauche, mais largement devant Jacques Chaban-Delmas (15,11 %). Entre les deux tours, le débat qui l'oppose au candidat de la gauche lui donne un avantage décisif, la phrase « Vous n'avez pas le monopole du cœur » ayant marqué tous les esprits[44]. Il reçoit également l'appui, décisif pour certains, du directeur de L'Express et président du Parti radical, Jean-Jacques Servan-Schreiber. Le , Valéry Giscard d'Estaing emporte le second tour avec 50,81 % des suffrages et 424 599 voix d'avance sur son adversaire. Il recueille 50,67 % en France métropolitaine et 57,31 % en France d'outre-mer[45]. Cette élection reste à ce jour la plus serrée de l'histoire de la Ve République et celle pour laquelle la participation a été la plus élevée (87,33 % des inscrits).

La présidence de la République (1974-1981)[modifier | modifier le code]

Des débuts novateurs[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing avec à sa gauche Walter Scheel, le .

Le , Valéry Giscard d'Estaing devient le troisième président de la Ve République et, à l'âge de 48 ans, le plus jeune. Dans son discours d'investiture, il déclare : « De ce jour, date une ère nouvelle de la politique française. […] Ainsi, c'est moi qui conduirait le changement, mais je ne le conduirai pas seul. […] J'entends encore l'immense rumeur du peuple français qui nous a demandé le changement. Nous ferons ce changement avec lui, pour lui, tel qu'il est dans son nombre et dans sa diversité, et nous le conduirons en particulier avec sa jeunesse »[46]. Fait inédit, c'est à pied qu'il remonte les Champs-Élysées, afin d'aller fleurir la tombe du Soldat inconnu et de ranimer la flamme sous l'Arc de triomphe[43].

Valéry Giscard d'Estaing refuse de dissoudre l'Assemblée nationale, à majorité gaulliste, et nomme au poste de Premier ministre Jacques Chirac, qui forme un gouvernement composé de 15 ministres, dont les titres sont simplifiés, à l'instar de ceux de leurs grands homologues internationaux[47], et dont la moyenne d'âge est de 52 ans seulement[48]. La plupart sont giscardiens, avec Michel Poniatowski à l'Intérieur, Jean Lecanuet à la Justice ou Michel d'Ornano à l'Industrie, le reste des ministres étant des gaullistes, comme Robert Galley à l'Équipement, et des personnes issues de la société civile, comme Simone Veil à la Santé ou René Haby à l'Éducation nationale. Le nouveau président s'entoure d'un cabinet plus resserré que ceux de ses prédécesseurs, avec Claude Pierre-Brossolette comme secrétaire général de l'Élysée, fonction qui sera ensuite assurée par Jean François-Poncet, de 1976 à 1978, et par Jacques Wahl, de 1978 à 1981[49]. Le gouvernement Chirac est remanié dès le 9 juin, avec la nomination des secrétaires d'État et la démission du ministre des Réformes, Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui protestait contre le début de la huitième campagne française d'essais nucléaires. Le 16 juillet, un secrétaire d'État à la Condition féminine est créé et confié à la journaliste Françoise Giroud.

Le début de sa présidence est marqué par une grande volonté de jeunesse et de modernisation. Il innove avec une photo officielle tirée en largeur et non plus en hauteur et sur laquelle il ne pose pas avec le grand cordon de la Légion d'honneur, rajeunit quelques symboles nationaux - le bleu drapeau de l'étendard français est remplacé par un bleu cobalt plus clair, jugé moins agressif, La Marseillaise est jouée sur un ton moins fort et un rythme plus lent. Il donne des interviews en anglais, simplifie le protocole de l'Élysée et, cherchant à se rapprocher des Français, multiplie les occasions de se montrer à leurs côtés, notamment lors de dîners dans des familles[50]. La première journée « portes ouvertes » au palais de l'Élysée est inaugurée par Valéry Giscard d'Estaing en 1977[51] et les premières Journées du patrimoine sont organisées en septembre 1980[52],[53],

Il se démarque par ailleurs de l'ancien pouvoir gaulliste en annonçant, lors du premier Conseil des ministres de sa présidence, la fin des saisies de presse et des écoutes téléphoniques[54]. Afin de dépolitiser le secteur audiovisuel, l'Office de radiodiffusion télévision française (ORTF), qui était en situation de monopole, est démantelée. Sur le plan institutionnel, la révision constitutionnelle du 29 octobre 1974 élargit la possibilité de saisine du Conseil constitutionnel aux parlementaires (60 députés ou 60 sénateurs), permettant ainsi à l'opposition de veiller au respect de la Constitution ; qualifiée de « réformette » lors de son vote par le Congrès, cette mesure a eu un impact important sur le paysage politique et juridique français[55].

Sujets de société[modifier | modifier le code]

Simone Veil, qui a défendu la loi dépénalisant l'avortement devant le Parlement.

Rapidement après son ascension à la présidence de la République, Valéry Giscard d'Estaing met en œuvre d'importantes réformes législatives, avec pour objectif d'adapter la législation à l'évolution des mœurs et des réalités sociales, bien qu'une partie de son électorat y soit défavorable[56].

Il fait ainsi voter la loi instaurant le divorce par consentement mutuel et pour rupture de la vie commune. Largement adoptée par le Parlement et publiée au Journal officiel le , elle met fin à une situation dans laquelle seule une faute de la part d'un des deux conjoints rendait le divorce possible.

Valéry Giscard d'Estaing confie le soin de faire voter la loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et autorisant l'interruption médicale de grossesse (IMG) sous conditions à la ministre de la Santé, Simone Veil, et non au ministre de la Justice, Jean Lecanuet, plus conservateur[57]. La loi Veil du 17 janvier 1975 rencontre une forte opposition, notamment de la part d'une grande partie de la droite, et est finalement adoptée grâce au vote des députés de gauche et du centre. Le spécialiste des sondages Michel Pinton estime que cette mesure lui a « fait perdre 300 000 à 400 000 voix qu'il ne retrouvera jamais »[58]. L'abaissement de la majorité civile et électorale de 21 à 18 ans est également perçue comme une prise de risque sur le plan électoral pour Giscard, cette frange de la population lui étant plutôt hostile[54].

La période des réformes sociales et sociétales s'achève à l'automne 1976, la priorité étant donnée aux questions économiques. Plusieurs mesures jugées plus conservatrices sont adoptées à la fin du septennat. Valéry Giscard d'Estaing, qui nie avoir effectué un tournant conservateur, déclare « qu'après un certain seuil de transformation de la société, il est nécessaire de faire une pause et de souffler » et met en avant l'opposition des gaullistes à ce type de réformes[59]. L'Université est reformée avec pour objectif de mettre fin à l'« utopie totalitaire » d'après-Mai 68, selon les termes de la ministre Alice Saunier-Seité. La loi « sécurité et liberté », adoptée trois mois avant l'élection présidentielle de 1981 et qualifiée de liberticide par ses opposants, accroît la répression à l'égard des délinquants. Le garde des Sceaux, Alain Peyrefitte, avait initialement envisagé d'introduire l'abolition de la peine de mort dans cette loi, mais y avait renoncé face à l'opposition des députés gaullistes[60]. Alors qu'il déclare ressentir une « aversion profonde » pour la peine capitale, Valéry Giscard d'Estaing ne la fait pas abolir pendant son mandat. Il accorde sa grâce à quatre condamnés à mort et la refuse à trois reprises (Christian Ranucci en 1976, puis Jérôme Carrein et Hamida Djandoubi en 1977), estimant que la peine de mort a un effet dissuasif lorsque « les victimes sont des enfants ou des femmes faibles, maltraitées, torturées ». Ce seront les dernières exécutions en France[61].

Immigration et sécurité[modifier | modifier le code]

La politique de Valéry Giscard d'Estaing en matière d'immigration se caractérise principalement par la fin de la politique d'incitation à l'immigration et par le renforcement du contrôle des entrées et des séjours sur le territoire national.

Fait symbolique, un secrétariat d'État aux Travailleurs immigrés, confié à André Postel-Vinay, est créé. C'est sous son impulsion que le gouvernement suspend, en , l'immigration des travailleurs et des familles désireuses de rejoindre un de leurs membres en France, à l'exception notable des ressortissants de la Communauté européenne. Le droit au regroupement familial des immigrés reprend néanmoins à partir du et un décret, signé le par Jacques Chirac, détermine les conditions dans lesquelles un travailleur étranger séjournant régulièrement en France peut être rejoint par les membres de sa famille. Par un décret en date du , le gouvernement suspend pour trois ans l'application du décret du , et, dans un contexte de hausse du chômage, réserve le droit au regroupement familial aux seuls membres de la famille qui ne demandent pas l'accès au marché du travail. Mais le Conseil d'État, dans un arrêt du , annule le décret et érige le « droit de mener une vie familiale normale » en principe général du droit. Cette institutionnalisation du regroupement familial a des conséquences déterminantes sur le long terme et « ouvre la voie à une immigration de peuplement »[62].

La loi relative à la prévention de l'immigration clandestine, dite loi « Bonnet », du nom du ministre de l'Intérieur, est promulguée le . Elle renforce les conditions d'entrée sur le territoire, permet l'éloignement des immigrés en situation irrégulière et leur détention dans un établissement pénitentiaire pendant un délai pouvant aller jusqu'à sept jours s'ils ne peuvent quitter immédiatement le territoire. Le , Lionel Stoléru, secrétaire d'État auprès du ministre du Travail et de la Participation (Travailleurs manuels et Immigrés), affirme qu'« il n'est plus question d'accueillir un seul étranger en France »[63].

En matière d'insertion, le gouvernement tente de résoudre les problèmes d'accueil et de logement, de scolarisation et de formation professionnelle, tandis que le principe d'égalité dans l'accès aux soins et aux prestations sociales est admis. La politique d'immigration de Valéry Giscard d'Estaing est également marquée par l'encouragement aux retours volontaires des immigrés dans leur pays d'origine avec la mise en place, en 1977, d'une aide financière au retour de 10 000 francs et, en 1978, d'un système de retours forcés d'une partie de la main d'œuvre étrangère installée parfois depuis longtemps en France. Mais l'objectif du gouvernement de faire retourner dans leurs pays d'origine, grâce à l'« aide au retour », 500 000 étrangers, principalement issus du Maghreb, n'est pas atteint.

En , un pasteur protestant, un prêtre catholique et un immigré algérien menacé d'expulsion se lancent dans une grève de la faim pour protester contre les expulsions de travailleurs immigrés et des jeunes de la seconde génération ; ils cessent leur action après l'annonce, par le ministre de l'Intérieur, de la suspension pour trois mois des expulsions de jeunes immigrés, sauf en cas de délits graves. Le 10 mai suivant, à un an de l'élection présidentielle, le Parti socialiste, le PSU, la LCR, la CFDT et la Ligue des droits de l'homme participent à une marche de protestation contre le projet de loi Stoléru sur le renouvellement des cartes de séjour et de travail et contre le projet d'Ornano codifiant l'accès aux foyers collectifs. Ils critiquent également une circulaire rendant plus difficile l'inscription des étudiants étrangers dans les universités françaises ; cette circulaire est défendue par le Premier ministre, Raymond Barre, qui dénonce, le , à la tribune de l'Assemblée nationale, « l'afflux d'étudiants étrangers fantômes qui ne sont là que pour mener une action publique orientée contre leurs pays d'origine »[64].

Difficultés économiques et sociales[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing, en octobre 1979.

Les débuts de sa présidence sont marquées par quelques mesures sociales : le minimum vieillesse est majoré de 21 % à partir du , l'âge légal de départ à la retraite est abaissé à 60 ans pour deux millions de personnes au métier pénible et une allocation supplémentaire d'attente (ASA), permettant aux individus licenciés pour motif économique de percevoir 90 % de leur salaire pendant un an, est créée[65]. Sur le plan économique, son projet de taxation des plus-values du capital est dénaturé par le Parlement, tandis que son intention de modifier l'organisation du travail dans les entreprises n'aboutit pas. Néanmoins, les mesures « Giroud », sur l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, et « Stoléru », sur la revalorisation du travail manuel, sont adoptées[66].

Le septennat de Valéry Giscard d'Estaing est marqué par les conséquences des deux chocs pétroliers, qui brisent la dynamique des Trente Glorieuses.

En réponse à la nouvelle situation économique, il opte d'abord pour un plan de lutte contre l'inflation, qui s'élève à 16,8 % en 1974. Les mesures prises par le ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Jean-Pierre Fourcade, parmi lesquelles des réductions de dépenses publiques, la mise en place de nouvelles taxes, principalement sur les entreprises, et une politique monétaire restrictive, accroissent la dépression et favorisent l'apparition du phénomène de stagflation, situation dans laquelle la croissance est faible, tandis que le niveau général des prix et le chômage augmentent[67]. Le Premier ministre, Jacques Chirac, est alors favorable à un plan de relance, ce à quoi s'oppose le ministre des Finances. Le président tranche finalement en faveur d'un plan de soutien à l'économie de 30 milliards de francs.

Lorsque Raymond Barre est nommé Premier ministre, le relance proposée par Jacques Chirac a favorisé une reprise de l'activité, mais l'inflation et le déficit extérieur se sont accrus, et le franc, mis en difficulté, a dû quitter le Serpent monétaire européen en , huit mois après l'avoir réintégré[68]. Valéry Giscard d'Estaing, guidé par son ambition européenne, charge alors le nouveau chef du gouvernement de rétablir les grands équilibres économiques. Celui-ci, qui a pour objectif affiché de combattre l'inflation et de maintenir la stabilité de la monnaie, décide de mettre un terme à toute politique de stop and go (politique restrictive avec baisse de l'inflation, puis politique de relance afin de réduire l'augmentation du chômage provoquée par la politique précédente, puis à nouveau politique restrictive afin de diminuer l'inflation, et ainsi de suite)[69]. Il restera fidèle à ces principes jusqu'à la fin du septennat.

Le « plan Barre » du prévoit la limitation des hausses des salaires, le gel des prix à la consommation pour trois mois et des tarifs publics pour six mois, l'abaissement du taux de TVA sur certains produits de 20 % à 17,6 %, l'augmentation de l'impôt sur le revenu de 4 % à 8 % pour les ménages les plus aisés, ainsi que des prix de l'alcool et de l'essence. Ces mesures visent à lutter contre le chômage et à assurer une meilleure compétitivité des entreprises françaises ; le gouvernement mise sur l'appui du patronat pour maintenir le pouvoir d'achat moyen des ménages. Un deuxième plan austérité est lancé en . Il met en place plusieurs mesures sociales pour accompagner la restructuration de l'industrie et l'assouplissement du marché du travail. Cette politique de rigueur est attachée à l'image du Premier ministre, qui n'hésite pas à déclarer que la faible productivité de la sidérurgie dans le bassin lorrain doit se traduire par la baisse du nombre d'emplois ou encore que « la politique du gouvernement ne se détermine pas en fonction de la longueur d'un cortège » de manifestants[70].

Les politiques économiques menées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale étaient jusque-là marquées par un indéniable dirigisme, auquel Valéry Giscard d'Estaing a participé en tant que ministre des Finances, l'État contrôlant le crédit, la masse monétaire, les prix, les salaires. La donne change en 1978, à la suite de la formation du troisième gouvernement Barre, dans lequel le Premier ministre laisse ses fonctions de ministre de l'Économie et des Finances à René Monory. Le , Raymond Barre, inspiré par les résultats de l'économie ouest-allemande, se prononce en faveur d'« un libéralisme social » et des « règles de l'économie de marché »[71]. La concurrence et la liberté des prix sont alors privilégiées : les prix industriels sont libérés dès cette année 1978, suivis de ceux des services l'année suivante. Cette politique libérale, critiquée par les syndicats, se différencie du Programme commun et de l'interventionnisme gaulliste[72].

Valéry Giscard d'Estaing décide de poursuivre et d'intensifier le programme de développement de l'énergie nucléaire civile engagé par son prédécesseur. En 1976, la construction du supergénérateur nucléaire nommé Superphénix est décidée, et la Compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) et l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) sont créés. En matière industrielle, il engage la modernisation du transport ferroviaire en lançant l'étude sur le train à grande vitesse. En 1974, débute la modernisation du réseau téléphonique avec le triplement des lignes sur sept ans. Devant la nécessité d'économiser l'énergie, le gouvernement restaure, en 1976, l'ancien changement d'heure pendant les mois d'été, mesure permettant une économie d'électricité pour l'éclairage du soir.

La politique d'austérité du gouvernement Barre est menacée par le deuxième choc pétrolier, qui se traduit par la multiplication du prix du pétrole par 2,7 entre 1978 et 1981. Valéry Giscard d'Estaing privilégie, en , l'adoption de nouvelles mesures de rigueur à l'hypothèse d'un plan de refroidissement de l'économie repoussé après l'élection présidentielle de 1981. Cette décision affecte directement la popularité du président et, plus encore, celle du Premier ministre. La croissance annuelle de la France, qui dépasse les 3 %, est alors l'une des plus élevées au monde, tandis que le pouvoir d'achat des Français continue à croître[73]. L'historien Jean-Charles Asselain souligne que « l'ensemble des indicateurs témoigne d'une diminution effective des inégalités », principalement en raison de l'« alourdissement de la fiscalité sur les tranches supérieures de revenu et sur les successions importantes »[74]. Les déficits budgétaires sont maîtrisés et la dette publique de la France, qui oscille autour de 21 % du produit intérieur brut, est sensiblement la même à la fin qu'au début du septennat. Mais la politique de lutte contre l'inflation ne produit pas les effets escomptés, en particulier avec les effets du deuxième choc pétrolier, et le chômage de masse apparaît. C'est pendant le mandat présidentiel de Valéry Giscard d'Estaing que le cap du million de chômeurs est franchi. À l'instar des autres pays européens, la désindustrialisation touche la France, ce qui conduit des dizaines de sidérurgistes à manifester dans les rues de Paris. Pour faire face à cette hausse du chômage, qui s'explique en partie par les gains de productivité et l'accroissement de la population active, le gouvernement prend des mesures, comme l'instauration du contrat de travail à durée déterminée en France (CDD), qui sont jugées insuffisantes par une partie grandissante de la population.

Divisions de la majorité et législatives de 1978[modifier | modifier le code]

Les relations entre le président et le Premier ministre Jacques Chirac se tendent au fil des mois. Celui-ci, conseillé par Pierre Juillet et Marie-France Garaud, est élu, à la fin de l'année 1974, secrétaire général de l'UDR, sur laquelle il affirme progressivement son emprise, notamment grâce aux fonds spéciaux de Matignon[75]. Alors que le président comptait sur lui pour « giscardiser » le parti gaulliste, Chirac en prône l'indépendance. Il démissionne le , estimant ne pas disposer « des moyens qu'[il] estime nécessaires pour assumer efficacement les fonctions de Premier ministre ». Dans le même temps, la volonté de « décrispation » de la société française voulue par Giscard se heurte au refus de François Mitterrand d'entamer tout dialogue avec la majorité, contrairement aux usages établis dans les pays étrangers[76].

Jacques Chirac est remplacé par le « technicien » Raymond Barre, jusque-là ministre du Commerce extérieur et présenté comme le « meilleur économiste français, en tout cas un des premiers » par Valéry Giscard d'Estaing[77]. À l'instar de Raymond Poincaré ou Antoine Pinay par le passé, le Premier ministre cumule ses fonctions de chef de gouvernement avec celle de ministre de l'Économie. Son gouvernement compte trois figures principales, élevées au rang de ministres d'État : le gaulliste Olivier Guichard, le giscardien Michel Poniatowski et le centriste Jean Lecanuet. À partir de ce moment, le président revient à une lecture plus classique de la Constitution et laisse le Premier ministre exercer ses prérogatives sur les questions intérieures ; les analystes politiques estiment qu'il sera perçu comme s'éloignant de plus en plus des Français[43]. La situation de la majorité sur le plan électoral devient difficile. Les élections cantonales de 1976 avaient déjà été remportées par la gauche, qui était ainsi pour la première fois majoritaire dans le pays, bien que la droite conserve la plupart des départements. Les élections municipales de 1977 constituent également un succès pour l'opposition de gauche, qui prend le contrôle de 155 villes de plus de 30 000 habitants, soit 57 de plus qu'auparavant. Jacques Chirac, qui a créé trois mois auparavant le Rassemblement pour la République (RPR), est élu maire de Paris contre Michel d'Ornano, soutenu par les giscardiens, ce qui accentue les tensions à droite[78]. À la suite de ces élections, le Premier ministre remet sa démission et un gouvernement Barre II, marqué par le départ des trois ministres d'État et l'arrivée des gaullistes Robert Boulin et Alain Peyrefitte ainsi que de l'ancien garagiste René Monory, est formé le [79].

Composition de l'Assemblée nationale à l'issue des élections législatives de 1978.

Soucieux de rajeunir son parti, dont la notoriété et la popularité sont faibles, Valéry Giscard d'Estaing soutient la transformation, en , de la FNRI en Parti républicain (PR), dont Jean-Pierre Soisson devient le secrétaire général. Le , alors que les sondages prédisent une victoire de la gauche aux élections législatives à venir, Valéry Giscard d'Estaing prononce un discours, à Verdun-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire), dans lequel il appelle les Français à faire « le bon choix pour la France » et les met en garde contre les blocages politiques et les conséquences économiques (hausse du chômage, aggravation du déficit budgétaire, baisse de la valeur de la monnaie) que provoquerait une victoire de la gauche aux élections législatives du mois de mars[80],[81],[82]. Il déclare qu'il ne démissionnera pas dans cette hypothèse, mais qu'il n'aura pas les moyens d'empêcher une majorité de gauche d'appliquer le Programme commun. Valéry Giscard d'Estaing, qui a consulté de nombreux constitutionnalistes, évoque ainsi la possibilité d'une cohabitation. Cette hypothèse est inenvisageable pour les gaullistes, pour qui une victoire de la gauche ne peut déboucher que sur une crise institutionnelle[83].

Quelques jours plus tard, le , il fonde l'UDF, qui regroupe les différentes composantes centristes et giscardiennes de la majorité (Parti républicain, Centre des démocrates sociaux, Parti radical, Centre national des indépendants et paysans, Mouvement démocrate socialiste de France) et permet ainsi de limiter les candidatures à droite lors du scrutin législatif. Le nouveau parti présente 405 candidats pour 491 circonscriptions. Au premier tour des élections législatives, la gauche arrive en tête, mais avec une avance moindre que prévu. Dans l'entre-deux tours des élections législatives, conformément à un accord conclu l'année précédente, en cas d'absence de candidat unique de la majorité, le candidat de droite le moins bien placé dans une circonscription se retire en faveur de celui arrivé en tête[84]. Le , à la surprise générale, le RPR et l'UDF remportent une majorité nette à l'Assemblée nationale (290 sièges). Dans un contexte de déliquescence de l'Union de la gauche et de mauvais report de voix des socialistes sur les candidats communistes, le discours du « bon choix » et l'alliance de la droite semblent avoir porté leurs fruits[85]. Le nouveau parti du président réalise un score honorable en obtenant sensiblement moins de sièges que le parti gaulliste, qui perd de son côté 39 députés. Le , lors de l'élection du président de l'Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas est préféré au sortant Edgar Faure, soutenu par Jacques Chirac et une grande partie des députés gaullistes ; ce résultat est considéré comme étant une victoire politique pour le président de la République[86].

Les premières élections européennes se tiennent en 1979, au scrutin proportionnel à un tour. Simone Veil, rescapée du camp de concentration nazi d'Auschwitz et connue pour avoir porté la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, est choisie pour être tête de liste de l'UDF, tandis que Jacques Chirac est celle du RPR. Le , celui-ci, hospitalisé à la suite d'un grave accident de voiture, signe l'appel de Cochin, sur les conseils de Marie-France Garaud et Pierre Juillet, dont il se séparera après cet épisode. Dans ce communiqué, il critique le projet européen, parlant de « politique d'asservissement », et critique l'UDF pour ses prises de position pro-européennes : « Comme toujours quand il s'agit de l'abaissement de la France, le parti de l'étranger est à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l'écoutez pas. C'est l'engourdissement qui précède la paix de la mort. » Ces propos sont vus comme une charge violente à l'égard du président de la République et sont considérés comme excessifs, y compris au sein du RPR[87]. Le , l'UDF arrive en tête du scrutin avec 27,6 % (25 élus), contre 23,5 % pour le PS (22 élus), 20,5 % pour le PCF (19 élus) et seulement 16,3 % pour le RPR (15 élus). Simone Veil est ensuite élue présidente du Parlement européen, malgré l'opposition des députés européens français issus du RPR, qui présentent un candidat contre elle[87].

Les dissensions au sein de la majorité conduisent le Premier ministre à utiliser, à plusieurs reprises, l'article 49.3 de la Constitution, qui permet de faire passer des textes sans vote si aucune motion de censure n'est adoptée. Après l'utilisation de l'article 49.3 lors du vote du budget 1980, auquel s'opposait le RPR, le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas, saisit le Conseil constitutionnel, qui annule le vote de la loi, ce qui conduit à la convocation d'une session extraordinaire à la fin de l'année 1979[88].

Le septennat de Valéry Giscard d'Estaing est marqué par la mort de trois figures politiques de droite. Le député Jean de Broglie (Républicain indépendant) est assassiné le , vraisemblablement victime d'un règlement de comptes alors que les autorités le savaient menacé. Le , l'ancien ministre gaulliste Joseph Fontanet est également tué. Ce meurtre reste non élucidé. Le , le ministre du Travail, Robert Boulin (RPR), accusé par des lettres anonymes, publiées par Le Canard enchaîné, d'avoir acquis de manière illégale une garrigue, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet. L'enquête n'a pas permis d'aboutir à des conclusions définitives et la thèse de l'assassinat est régulièrement évoquée alors qu'il était un temps pressenti pour succéder à Raymond Barre à la tête du gouvernement. Des personnalités du RPR proches de Valéry Giscard d'Estaing accusent alors les gaullistes d'avoir mené une campagne de déstabilisation à l'encontre de Robert Boulin pour qu'il ne soit pas nommé à Matignon à l'approche de l'élection présidentielle de 1981[89].

Politique internationale et européenne[modifier | modifier le code]

De gauche à droite : Giulio Andreotti, Takeo Fukuda, Jimmy Carter, Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing, lors du sommet économique du G7, le , à Bonn.

Dans un contexte de guerre froide, Valéry Giscard d'Estaing multiplie les rencontres avec les chefs d'État étrangers et cherche à « dédramatiser » la situation internationale[90]. Il tente de dépasser les conflits idéologiques et prône une direction mondiale des grands pays industrialisés. C'est sur son initiative que se tient la première réunion des cinq pays les plus industrialisés de la planète (États-Unis, Japon, France, Allemagne de l'Ouest, Royaume-Uni), au château de Rambouillet, du 15 au . Ce « G5 », qui devient par la suite « G7 » avec la participation de l'Italie et du Canada, se réunira tous les ans afin que les chefs d'État puissent aborder les questions économiques et financières d'actualité.

Dans le but notamment d'assurer les approvisionnements de la France en pétrole, il mène une politique jugée proarabe. En 1975, il refuse de s'allier aux États-Unis contre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)[91].

Attaché à l'Afrique, il lance plusieurs actions sur ce continent. En , il est le premier président français à se rendre en Algérie depuis l'indépendance de ce pays, en 1962 ; les relations entre les deux États se tendent néanmoins quand la France apporte son soutien à la Mauritanie dans la guerre du Sahara occidental. En 1980, lors des événements de Gafsa, après avoir tenté d'établir de bonnes relations avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, le président français apporte son aide à la Tunisie, ce qui provoque l'incendie de l'ambassade de France à Tripoli et l'attaque du centre culturel français de Benghazi. C'est l'action au Zaïre, qui ne fait pas partie de la zone d'influence française, qui marque la politique africaine du septennat. En , Valéry Giscard d'Estaing déclenche l'opération « Léopard » en envoyant des troupes parachutistes du 2e REP à Kolwezi pour libérer les 3 000 Européens pris en otage par des rebelles au gouvernement zaïrois et éliminer la menace qui pèse sur le pays africain. Le président français prend cette décision après d'intenses négociations avec la Belgique et les États-Unis et alors que l'envoi de parachutistes sur un sol contrôlé par des rebelles est jugé périlleux[92]. Les otages sont finalement libérés, les rebelles défaits, et les parachutistes français quittent le Zaïre le .

Le parcours politique de Valéry Giscard d'Estaing est marqué, dès ses débuts, par son engagement européen : son premier grand discours à l'Assemblée nationale était ainsi consacré à la défense du traité de Rome[93]. Pendant sa présidence, il consacre une grande importance à la construction européenne. Après avoir défendu l'idée d'États-Unis d'Europe dans sa jeunesse, il s'affirme par la suite partisan d'une « troisième voie », entre une Europe supranationale et une Europe des États. Grâce au soutien du chancelier fédéral allemand, Helmut Schmidt, il est à l'origine de la création du Conseil européen en , ce qui est vu comme le prolongement de l'action gaulliste, qui privilégiait la coopération entre les États à l'intégration communautaire[94]. En contrepartie, la France est pressée d'accepter l'élection du Parlement européen au suffrage universel direct, mesure prévue dans le traité de Rome, mais à laquelle s'étaient successivement opposés Charles de Gaulle et Georges Pompidou. Les gaullistes, notamment Michel Debré, s'y opposent et réclament pour certains une renégociation du traité de Rome. Valéry Giscard d'Estaing sollicite l'avis du Conseil constitutionnel, qui estime que l'élection du Parlement européen au suffrage universel est conforme à la Constitution. La loi entérinant cette mesure est adoptée en , le gouvernement ayant eu recours à l'article 49.3 de la Constitution. Les élections européennes de 1979 sont les premières élections du Parlement européen au suffrage universel. Il en résulte une augmentation des pouvoirs du Parlement européen, en particulier en matière budgétaire. Avec le chancelier Helmut Schmidt, Giscard resserre les liens entre la France et l'Allemagne.

Valéry Giscard d'Estaing met l'accent sur le volet économique de la construction européenne. En 1978, deux ans après la nouvelle sortie du franc du Serpent monétaire européen, est lancé, sous l'impulsion de la France et de l'Allemagne, le Système monétaire européen (SME), qui établit un système de taux de change stable et ajustable entre les pays membres de la Communauté économique européenne. Valéry Giscard d'Estaing cherche ainsi à stabiliser et à renforcer la monnaie nationale, afin d'affirmer la position de la France au niveau international. L'ECU, unité de compte européenne, est créé l'année suivante, en 1979 ; le président français a milité pour ce nom, acronyme de European Currency Unit, qui rappelle l'écu, monnaie française utilisée au Moyen-Âge. Ces mesures sont considérées comme des préalables à l'instauration d'une union économique et monétaire en Europe.

Élection présidentielle de 1981[modifier | modifier le code]

Un président sortant favori[modifier | modifier le code]

Un an avant l'élection présidentielle, dans une interview accordée à l'hebdomadaire L'Express le , le président de la République estime avoir réalisé les trois quarts de ce qu'il souhaitait faire[95]. Un sondage publié le mois précédent dans Le Point le donne vainqueur avec 57 % des voix face à Michel Rocard et 61 % face à François Mitterrand[96]. C'est finalement ce dernier qui est désigné candidat du Parti socialiste en .

Rassuré par la victoire surprise de son camp aux élections législatives de 1978 et par les sondages, Valéry Giscard d'Estaing s'est peu à peu désintéressé des stratégies politiques au profit des questions économiques[97]. Il annonce sa candidature à un second mandat, depuis le palais de l'Élysée, le . À quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, la stratégie et l'organisation de sa campagne ne sont pas définies.

Une campagne difficile[modifier | modifier le code]

La campagne est notamment marquée par l'affaire des diamants, qui éclate en . Le Canard enchaîné, puis Le Monde l'accusent d'avoir reçu, alors qu'il était ministre des Finances, des diamants en guise de cadeaux de Jean Bédel Bokassa, alors président de la République centrafricaine. Notamment informé par Bokassa, dont Valéry Giscard d'Estaing a contribué à la chute en 1979, Le Canard enchaîné estime la valeur de ces diamants à un million de francs. Présenté par ses opposants comme un monarque républicain, le président de la République traite avec mépris ces accusations, ce qui va accréditer les affirmations des journaux et avoir une influence négative sur sa campagne de réélection. Par la suite, on apprendra que la valeur de ces diamants, qui ont été remis à plusieurs organisations caritatives, a été largement surestimée[43]. La probité de Valéry Giscard d'Estaing pendant son septennat n'a pu être remise en cause : il se montre en particulier soucieux des dépenses publiques, s'opposant notamment à l'affrètement d'avions à des membres du gouvernement et à ses collaborateurs[98]. D'autres facteurs, comme son silence pendant les jours suivants l'attentat de la rue Copernic ou son entretien avec le dirigeant soviétique Léonid Brejnev à Varsovie le , en dépit de la condamnation internationale de l'intervention soviétique en Afghanistan, ont un impact négatif sur sa campagne.

Le candidat socialiste, François Mitterrand, devient, au fil des mois, le favori de l'élection.

Le 26 avril 1981, il arrive en tête du premier tour de l'élection présidentielle avec 28,32 % des voix, devant François Mitterrand (25,85 %) et Jacques Chirac (18,00 %). Le président du RPR, qui a rencontré secrètement le candidat socialiste au domicile d'Édith Cresson en , refuse d'appeler ses partisans à soutenir Valéry Giscard d'Estaing pour le second tour et ne se prononce en sa faveur qu'à titre personnel ; les permanences du RPR donnent alors pour consigne de voter pour François Mitterrand[43]. Entre les deux tours, Le Canard enchaîné publie des documents montrant, pour la première fois, que le ministre du Budget, Maurice Papon, a été, sous le régime de Vichy, responsable de la déportation de Juifs ; Valéry Giscard d'Estaing dénonce une manipulation politique et nie avoir connu le passé de Papon.

Lors du débat télévisé de l'entre-deux tours, le , François Mitterrand qualifie Valéry Giscard d'Estaing d'« homme du passif », en réaction à « l'homme du passé » ou « vous n'avez pas le monopole du cœur » dont Giscard l'avait crédité sept ans plus tôt lors du débat télévisé de la présidentielle de 1974. À l'issue de cette confrontation, la comparaison entre les points forts et les points faibles des deux candidats est néanmoins favorable au président sortant[99].

Le , Valéry Giscard d'Estaing perd le second tour de l'élection en recueillant 14 642 306 voix et 48,24 % des suffrages exprimés. Neuf jours plus tard, il prononce un discours de fin de mandat diffusé au journal télévisé d'Antenne 2, qu'il conclut par la locution « Au revoir », dans une mise en scène demeurée célèbre. Le 21 mai, après un entretien d'une heure avec François Mitterrand, il quitte à pied l'Élysée et se fait huer par des partisans du nouveau président, massés devant le palais[43].

Dans Le Pouvoir et la Vie, Valéry Giscard d'Estaing écrit : « Pourquoi ai-je échoué ? En raison du chômage ? d'une lassitude des Français ? J'étais crédité de 60 % de bonnes opinions et puis tout à coup une tornade s'est levée. C'est un phénomène étrange »[100]. À l'occasion du trentième anniversaire de sa défaite, en 2011, il déclare que sa campagne était « mauvaise », « bâclée »[101]. Sa campagne, la fin des Trente Glorieuses, l'attitude de Jacques Chirac et la large préférence pour François Mitterrand des électeurs de 18 à 21 ans, à qui Valéry Giscard d'Estaing a donné le droit de vote, semblent avoir été déterminants dans sa défaite[102].

Après la présidence de la République[modifier | modifier le code]

Retour en politique[modifier | modifier le code]

À la suite de sa défaite, Valéry Giscard d'Estaing est membre de droit du Conseil constitutionnel en tant qu'ancien président de la République, mais il refuse d'y siéger.

Il effectue son retour en politique lors des élections cantonales de mars 1982, lors desquelles il est élu conseiller général du Puy-de-Dôme dans le tout nouveau canton de Chamalières, avec 72 % des suffrages au premier tour, un score jugé exceptionnel sur ce territoire[103],[104]. Le , il intervient à la télévision pour la première fois depuis sa défaite à l'élection présidentielle, dans L'Heure de vérité, émission lors de laquelle les trois quarts des téléspectateurs le jugent convaincant d'après une étude BVA, qui indique aussi que les Français sont plus partagés sur ses chances de revenir au pouvoir[105]. Pendant la présidence de François Mitterrand, il est, aux côtés de Jacques Chirac, la principale figure de l'opposition.

Député et président de l'UDF[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing à Deauville, en septembre 1986.

Le , il est élu député UDF de la 2e circonscription du Puy-de-Dôme lors du premier tour d'une élection législative partielle, avec 63,2 % des voix[106],[107]. Il est réélu député du département du Puy-de-Dôme, au scrutin proportionnel, le 16 mars 1986, puis pour la 3e circonscription de ce département en 1988, 1993 et 1997. Il préside la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale de 1987 à 1989, étant le seul président de droite d'une commission à conserver ses fonctions à la suite des élections législatives de 1988[108],[109]. Après avoir quitté l'Assemblée nationale pour siéger au Parlement européen en application de la règle sur le non-cumul des mandats, il occupe de nouveau la présidence de cette commission de 1993 à 1997.

Partisan de l'union de l'opposition face à la majorité socialiste, il émet le vœu de réunir « deux Français sur trois », selon le titre de l'ouvrage qu'il publie en 1984, soit bien au-delà de l'électorat traditionnel de la droite. Pressenti pour être candidat à l'élection présidentielle de 1988, il y renonce le , déclarant : « J'ai déjà servi. C'est à d’autres de servir à leur tour et je souhaite qu'ils réussissent. »[110] Il annonce par la suite son soutien à la candidature de son ancien Premier ministre Raymond Barre, puis se rallie, au second tour, à celle de Jacques Chirac, qu'il soutiendra également en 1995 et 2002. À la suite de la réélection de François Mitterrand, c'est Valéry Giscard d'Estaing qui mène la campagne nationale de la droite aux élections législatives anticipées, qui voient le Parti socialiste l'emporter sans majorité absolue, tandis que, pour la première fois, les centristes (UDF et UDC) obtiennent plus d'élus que le RPR. Les médias soulignent les divergences de vue qui opposent Valéry Giscard d'Estaing à Raymond Barre, ce dernier étant considéré comme plus conciliant avec les socialistes et le gouvernement d'« ouverture » de Michel Rocard, qui comprend des personnalités de centre-droit[111].

Le , Valéry Giscard d'Estaing succède à Jean Lecanuet à la tête de l'UDF, qu'il a fondée dix ans plus tôt[112]. Il tente alors de restructurer le parti et d'en concilier les différentes composantes. Comme Jacques Chirac, il doit faire face à la montée en puissance de jeunes personnalités politiques (François Léotard, Charles Millon, Dominique Baudis, François Bayrou, Philippe de Villiers) qui contestent son autorité et prônent le renouvellement de la droite[113]. Mais ceux-ci se divisent et ne parviennent pas à présenter une liste aux élections européennes de 1989, lors desquelles la liste conduite par Valéry Giscard d'Estaing arrive largement en tête, ce qui renforce la position de chef de l'opposition parlementaire de celui-ci. L'ancien président de la République, qui propose l'idée d'une fusion du RPR et de l'UDF, est alors considéré comme le candidat probable de la droite à l'élection présidentielle de 1995, mais il renonce à se présenter le , face aux candidatures de Jacques Chirac et du Premier ministre Édouard Balladur, qui a les faveurs de beaucoup de centristes. Lorsqu'il quitte la présidence de l'UDF, le , il met à son crédit le score du parti centriste aux élections législatives de 1993, qui, avec 213 députés, a fait quasiment jeu égal avec le RPR, et l'absence de tout scandale touchant à la probité de l'UDF dans un contexte de révélations sur le financement occulte des partis politiques[114],[115].

Sur la question de l'immigration, Valéry Giscard d'Estaing se montre aussi ferme que les autres dirigeants de la droite. Dénonçant un sentiment grandissant de « francophobie », il se prononce notamment pour la limitation du droit d'asile et du regroupement familial, et la reconduction rapide des clandestins à la frontière[116]. Le , il déclare : « le type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l'immigration (“arrivée d’étrangers désireux de s'installer dans le pays”) vers celui de l'invasion (“action d’entrer, de se répandre soudainement”, selon la définition donnée par Littré) ». Il propose ainsi d'abandonner le droit du sol au profit du droit du sang en matière d'acquisition de la nationalité française[117].

En 1999, il presse publiquement le président de la République, Jacques Chirac, de ramener la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans, mesure qu'il soutient de longue date[110]. Le , Valéry Giscard d'Estaing dépose une proposition de loi en ce sens. Jacques Chirac s'y rallie finalement et annonce la tenue d'un référendum sur cette question (l'idée d'un mandat renouvelable une fois n'est toutefois pas retenue). Le quinquennat est adopté le , par 73,21 % des suffrages exprimés.

Il décide de ne pas se représenter aux élections législatives de 2002, s'estimant trop âgé[118]. Son fils, Louis Giscard d'Estaing, est élu dans sa circonscription.

Engagement européen[modifier | modifier le code]

Lors des élections européennes de 1989, il conduit la liste d'union UDF-RPR qui arrive en tête du scrutin avec 28,88 % des suffrages et 26 élus, tandis que la liste centriste de Simone Veil obtient 8,43 % et 7 élus[119]. Il entre alors au Parlement européen et démissionne de l'Assemblée nationale.

Valéry Giscard d'Estaing préside le groupe libéral, démocratique et réformateur (LDR) au Parlement européen de 1989 à 1991 et le Mouvement européen de 1989 à 1997. Il est élu président du Conseil des communes et régions d'Europe (CCRE - CEMR) en 1997, fonction qu'il conserve jusqu'en 2004[120]. En 2001, il reçoit la médaille d’or de la Fondation Jean-Monnet pour l'Europe, et en 2002 le prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle.

Valéry Giscard d'Estaing en février 2004, lors du congrès du Parti populaire européen (PPE), à Bruxelles.

Au moment de l'adhésion de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède à l'Union européenne, en 1995, il est l'une des rares personnalités politiques à émettre des réserves sur les élargissements successifs de l'UE, considérant qu'un approfondissement préalable de ses institutions est nécessaire. Lors d'un débat parlementaire, en décembre 1994, il déclare ainsi que ce nouvel « élargissement, sans réforme des institutions communautaires ni approfondissement du contenu, change la nature du projet d'union de l'Europe »[121].

Il est à l'origine d'une réflexion sur un projet d'organisation européenne avec un groupe d'experts vers le milieu des années 1990. Lors du Conseil européen de Laeken, en , il est nommé à la tête de la Convention sur l'avenir de l'Europe, qui a pour but de simplifier les différents traités européens en rédigeant un projet de traité constitutionnel[122]. Toutes les sessions de travail de la Commission sont ouvertes et retransmises par les moyens audiovisuels[123]. Le , Valéry Giscard d'Estaing présente la Constitution européenne, qui est signée par les 25 membres de l'Union européenne le . Il prend dès lors une part active, en avril et , à la campagne pour le « oui » au référendum à propos du traité constitutionnel européen. Alors qu'il prévoit son adoption, le référendum est repoussé avec 54,68 % de « non »[124]. Après cet échec, suivi du même résultat aux Pays-Bas quelques jours plus tard, le traité constitutionnel est en partie abandonné pour laisser place au traité de Lisbonne, signé le .

Président du conseil régional d'Auvergne[modifier | modifier le code]

En 1986, il devient président du conseil régional d'Auvergne. Il est réélu en 1992 puis en 1998.

Ses mandats sont marqués par le désenclavement de l'Auvergne. Il favorise ainsi le réseau routier auvergnat en obtenant la construction de quatre autoroutes (dont l'A89), du Zénith d'Auvergne, de la Grande Halle d'Auvergne, ainsi que la création de l'Institut français de mécanique avancée. Souhaitant développer un pôle de notoriété internationale dans la région, il lance la construction de Vulcania, plus grand centre volcanique d'Europe, qui ouvre ses portes le , à Saint-Ours-les-Roches[118]. Il contribue également à l'implantation d'un second musée des volcans[125] et préside le Parc naturel régional des Volcans d'Auvergne de 1986 à 2004. Pendant ses mandats, de nombreux lycées sont construits ou restaurés par des architectes qu'il choisit lui-même et dont les travaux sont salués[126],[127]. Pour faire face aux coûts de telles réalisations, il réduit les frais de fonctionnement de la région et s'oppose au projet de reconstruire le bâtiment du conseil régional[128].

Lors des élections municipales de 1995, il échoue de peu dans la conquête de la mairie de Clermont-Ferrand, détenue par la gauche depuis 1935, recueillant 49,10 % des voix au second tour[129].

Alors qu'il brigue un quatrième mandat aux élections régionales de mars 2004 à la tête d'une liste d'union UMP-UDF et au titre de la section départementale du Puy-de-Dôme, sa liste est devancée au second tour par celle de Pierre-Joël Bonté (PS), emportée par la vague qui fait basculer la quasi-totalité des régions à gauche.

Membre du Conseil constitutionnel[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing à la 50e conférence internationale sur la sécurité, le 1er février 2014.

Après avoir quitté ses fonctions de président de région qu'il occupait depuis 1986, il décide d'abandonner la vie politique active pour siéger au Conseil constitutionnel, dont il est membre de droit depuis son départ de l'Élysée.

Sortant de son devoir de réserve, Valéry Giscard d’Estaing annonce, le , son soutien à Nicolas Sarkozy en vue de l'élection présidentielle, et désavoue le candidat de l'UDF, François Bayrou, qu'il accuse « d'entretenir l'incertitude, de flotter dans le vide entre des politiques évidemment différentes »[130]. Le , il apporte à nouveau son soutien à Nicolas Sarkozy, qui est selon lui « le plus crédible pour redresser le pays »[131]. Il continue à prendre part au débat public, notamment en publiant, dans l'hebdomadaire Le Point, des chroniques, dans lesquelles il traite des questions économiques et de la politique de l'Union européenne, dont il critique le mode de gouvernance. Il exprime également son soutien au mariage entre couples de personnes de même sexe[132] et ses réticences quant à une participation de la France à une intervention militaire en Syrie, en 2013[133].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Au gouvernement[modifier | modifier le code]

À l'Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

Il est élu sous l'étiquette CNIP en 1956, 1958 et 1962, puis RI en 1967, 1968 et 1973, et enfin sous l'étiquette UDF en 1984, 1986, 1988 (démissionnaire en 1989 pour siéger au Parlement européen), 1993 et 1997. Il ne se représente pas en 2002.

Au niveau européen[modifier | modifier le code]

Au niveau local[modifier | modifier le code]

Au sein de partis politiques[modifier | modifier le code]

Le château d'Estaing[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing et son frère Olivier Giscard d'Estaing ont acheté à la commune d'Estaing le château d'Estaing, dans la haute vallée du Lot, en . Selon eux, l'achat répondait à une logique de mécénat pour sa restauration et l'ouverture de plusieurs salles au public. Valéry Giscard d'Estaing a précisé qu'il envisage « la programmation de concerts, de rencontres et de conférences » et souhaite également « faire une place pour [ses] archives personnelles de président de la Convention européenne ». Un certain nombre de médias européens ont exprimé leur scepticisme devant ces affirmations, notamment Le Monde[134], Le Figaro[135], Neue Zürcher Zeitung[136], The Sunday Times[137], et Canal+. Le débat rappelle l'absence de lien familial réel entre les Giscard et les d'Estaing. Certains déploraient le caractère peu « républicain » de cette installation aux connotations féodales. D'autres regrettaient un circuit de vente inélégant[138]. En effet, la congrégation des religieuses de Saint-Joseph avait vendu le château à la commune en dessous du prix du marché[139], afin que celui-ci redevienne patrimoine public et aussi pour empêcher qu'il ne tombe entre les mains d'un acheteur étranger. Or, la commune d'Estaing dont Olivier Giscard d'Estaing a été maire, l'a rapidement rétrocédé à l'ancien président, arguant qu'« on avait un faible pour la famille Giscard »[140], et sans consultation de la population. Selon le maire d'Estaing, Jean Pradalier, la municipalité serait satisfaite de ne plus avoir à gérer ce monument, espérant accroître son rayonnement par la célébrité de son propriétaire[141].

Littérature[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing publie, au cours de son septennat, Démocratie française, essai qui se vend à plus d'un million d'exemplaires. Après sa présidence, il se consacre beaucoup à la littérature. Il publie ses Mémoires, intitulés Le Pouvoir et la Vie, en trois tomes, en 1988, 1991 et 2006. Son premier roman, Le Passage, paru en 1994, est un texte sentimental racontant l'aventure d'un notaire avec une jeune auto-stoppeuse.

L'ancien président de la République est élu à l'Académie française au premier tour de scrutin, le , au fauteuil numéro 16, laissé vacant par la mort de Léopold Sédar Senghor et précédemment occupé par Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu, Alexandre Ribot ou encore Charles Maurras. Valéry Giscard d'Estaing a obtenu 19 voix sur 34, Michel Tack ayant recueilli deux voix et Robert Pioche une seule. Il est reçu sous la Coupole le [142],[143].

En septembre 2009, Valéry Giscard d'Estaing fait paraître un nouveau roman, La Princesse et le Président, mettant en scène une relation sentimentale de deux personnages, qui rappellent Lady Diana et lui-même[144]. L'opinion britannique relayée par la presse hésite entre « hilarité et curiosité » selon les termes du journal The Guardian[145]. Face aux interrogations, l'ancien président de la République affirme avoir « inventé les faits ». Le Times explique la parution de ce roman par une volonté d'éclipser la publication des mémoires de Jacques Chirac, son éternel rival politique à l'intérieur de la droite française[146].

En novembre 2010 sort en librairie La Victoire de la Grande Armée, dans lequel il imagine Napoléon Ier triompher de l'armée russe, puis se retirer pacifiquement du pouvoir. Dans ce roman, l'empereur donne en septembre 1812 l'ordre à la Grande Armée de se retirer de Moscou pour contraindre à l'offensive le général russe Mikhaïl Koutouzov. À la suite de cette manœuvre, les Russes sont défaits par l'armée française, après quoi Napoléon abdique en faveur de son fils adoptif Eugène de Beauharnais et milite ardemment pour la paix en Europe. Pour Laurent Joffrin, spécialiste de l'empereur des Français, il s'agit d'« une fiction réaliste, une invention vraisemblable qui donne un cours nouveau à l'histoire de France » ; selon lui, Valéry Giscard d'Estaing « connaît bien, de toute évidence, la geste napoléonienne, les mœurs d'une époque […], les souffrances de la campagne de Russie, les pensées de l'Empereur et ses habitudes de vie quotidienne jusque dans les détails »[147].

En octobre 2011 sort le roman Mathilda, qui retrace le destin tragique de Mathilda Schloss, une Allemande vivant en Namibie[148].

Chasse et safaris[modifier | modifier le code]

Grand amateur de chasse, Valéry Giscard d'Estaing participait notamment aux chasses présidentielles quand le général de Gaulle était chef de l'État[149]. Il a pris part à de nombreux safaris en Afrique[150] et sera même cité dans le Rowland Ward, livre des records des grands chasseurs[151],[152]. On estime qu'il a tué une cinquantaine d'éléphants[153].

Drapeau présidentiel[modifier | modifier le code]

Le président Giscard d'Estaing avait choisi comme emblème personnel un faisceau de licteur entouré d'une couronne de lauriers[154],[155].
Le même symbole est reporté sur ses armoiries en tant que chevalier de l'Ordre de l'Éléphant (Danemark)[156] et chevalier de l'Ordre du Séraphin (Suède)[157]

Armoiries de V.G.E. comme Chevalier de l'Ordre du Séraphin

Distinctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Lelièvre, Christian Nique, L'école des présidents. De Charles de Gaulle à François Mitterrand, Odile Jacob,‎ 1995, p. 159
  2. Le 17 juin 1922, Edmond Giscard obtient l'autorisation, par un décret du Conseil d'État, à ajouter à son nom celui de la famille d'Estaing.
  3. Son frère René avait tenté d'acquérir le titre des comtes de la Tour Fondue vers 1920, mais il n'était pas encore tombé en déshérence. Voir Robert Prévost, Mon Tour de Jardin, Éditions du Septentrion,‎ 2002, 211 p. (lire en ligne), p. 97.
  4. « Quel est le point commun entre NKM et les Borgia ? », TF1-LCI, 2 novembre 2011.
  5. Généastar : Ascendants de Valéry GISCARD D'ESTAING
  6. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 68.
  7. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, pp. 76-77.
  8. a et b Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 80.
  9. http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf//jopdf/1948/071/JO194807125.PDF
  10. Robert Prévost, Mon tour de jardin, Septentrion, 2002, p. 96.
  11. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 90.
  12. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 173.
  13. Philippe de Gaulle, De Gaulle… mon père, tome II, Plon, 2004 p. 56.
  14. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 162.
  15. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 155.
  16. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 161.
  17. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 189.
  18. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 187.
  19. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 174.
  20. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 175.
  21. Le Monde, 12 mai 1966.
  22. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 247.
  23. Résumé biographique de Valéry Giscard d'Estaing sur le site du Conseil constitutionnel.
  24. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 255.
  25. http://www.villechamalieres.fr/article.php3?id_article=72
  26. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 260.
  27. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 268.
  28. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 271.
  29. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 281.
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  107. Valéry Giscard d'Estaing (UDF) obtient 63,24 %, le PS 20,24 %, le FN 6,31 %, le PCF 6,15 %, le candidat écologiste 2,76 % et les autres (POE, Défense des libertés, Parti mondialiste) 1,30 %. La participation s'élève à 54,96 % des inscrits.
  108. Il est élu président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale le , puis réélu le et le .
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  157. Armoiries

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de/avec Valéry Giscard d'Estaing
Ouvrages autour de Valéry Giscard d'Estaing
  • Jean-Claude Colliard, Les Républicains indépendants - Valéry Giscard d'Estaing, PUF, 1972
  • François Lancel, Valéry Giscard d'Estaing : de Chamalières à l'Élysée, Belfond, 1974
  • Bernard Lecompte, Christian Sauvage, Les Giscardiens, Albin Michel, 1978
  • Joseph Jonas, Anne Nourry, Giscard de tous les jours, Fayolle, 1978
  • Jean Bothorel, La République mondaine, essai sur le giscardisme, Grasset, 1979
  • Arthur Conte, L'Homme Giscard, Plon, 1981
  • Jean Bothorel, Le Pharaon - Histoire du septennat giscardien, 19 mai 1974 - 22 mars 1978, Grasset, 1983
  • Philippe Reinhard, Le Revenant, Albin Michel, 1990 (prix du Meilleur livre politique en 1991)
  • Arnaud Jacquet, Valéry Giscard d'Estaing, 1974-1981, La Ferté-Saint-Aubin, l'Archer, 1999
  • Agathe Fourgnaud, Valéry Giscard d'Estaing : entretiens, Flammarion, 2001 (ISBN 978-2-08-068125-6)
  • Michèle Weinachter, Valéry Giscard d'Estaing et l'Allemagne : le double rêve inachevé, L'Harmattan, 2004
  • Pascal Geneste, Archives de la présidence de la République. Valéry Giscard d'Estaing, Paris, Archives nationales - Somogy, éditions d'art, 2007
  • Damon Mayaffre, Le Discours présidentiel sous la Ve République. Chirac, Mitterrand, Giscard, Pompidou, de Gaulle, Paris, Presses de Sciences Po, 2012, 384 pages (ISBN 2724612442).
  • Roger Chinaud, De Giscard à Sarkozy : dans les coulisses de la Ve, L'Archipel, 2009
  • Frédéric Abadie, Jean-Pierre Corcelette, Valéry Giscard d'Estaing, Nouveau Monde, 2009
  • Georges Valance, VGE, une vie, Flammarion, 2011
  • Raymond-François Le Bris, Une modernisation interrompue. Regard sur le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, Paris : France-Empire, 2013 (ISBN 978-2-7048-1207-3)
Archives

Les archives de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing (archives du secrétariat particulier, des collaborateurs du président et des services de l’Élysée comme le service photographique et le service du protocole) sont conservées aux Archives nationales dans la série 5/AG(3)[1]. Les archives privées de Valéry Giscard d'Estaing se trouvent aux Archives nationales et forment le fonds 500/AJ[2].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Chronologies[modifier | modifier le code]

Précédé par Valéry Giscard d'Estaing Suivi par
Léopold Sédar Senghor
Fauteuil 16 de l’Académie française
2003 -
Membre actuel