Vaccin contre la varicelle

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La varicelle est un virus à ADN faisant partie de la famille des Herpesviridae. Une infection primaire par le virus varicelle-zona (VVZ ou VZV selon l'auteur) cause la varicelle et une réactivation du virus entraîne le zona. La varicelle est surtout retrouvée chez les jeunes enfants alors que le zona est plus fréquent chez les gens plus âgés[1]. Contracter la varicelle à l’âge adulte constitue un danger plus grand que chez l’enfant.

Historique[modifier | modifier le code]

La mise en place du vaccin contre la varicelle constitue un point marquant en virologie. D’ailleurs, c’est le seul vaccin conçu contre un virus de l’herpès de nos jours. Il s’agit également du premier vaccin à avoir été administré à un patient immunodéprimé avec succès[2].

La souche de vaccin atténué a été faite à partir d’un jeune garçon de trois ans atteint de varicelle. Le virus VVZ a subi 11 passages dans des cellules pulmonaires humaines, 6 à 7 passages dans les embryons de cochon d’Inde et finalement, de 2 à 6 passages dans des cellules diploïdes humaines[3].

Type de vaccin[modifier | modifier le code]

La vaccination est possible afin de prévenir l’infection par le VVZ. Il s’agit d’un vaccin à virus atténué contre la varicelle[4]. Les avantages du fait que ce soit un vaccin atténué sont l’administration d’une dose unique, la durée de l’immunité ainsi que la présence de réponses humorale et cellulaire. Toutefois, il est possible que le virus retrouve une certaine virulence, surtout chez les personnes immunodéprimées[5].

Au Canada, le vaccin utilisé est Varivax III. Il s’agit d’un vaccin atténué de la souche Oka/Merck. Il a été précédé de deux autres vaccins, Varivax et Varivax II[6].

Efficacité[modifier | modifier le code]

Des études démontrent que le vaccin, lorsqu’il est administré en une seule dose chez des enfants en santé, permet une immunisation durant environ sept ans. L’efficacité de l’immunisation a été mesurée grâce aux anticorps anti-VVZ présents dans le sérum. Le pourcentage trouvé variait entre 96 et 100 % sur la période de l’étude[4].

Chez les adolescents et les adultes, eux aussi en bonne santé, les données ont démontré que l’immunisation était efficace après 6 ans[4].

Il est admis que la durée de la protection vaccinale diminue avec le temps[7]. Selon ce schéma, il existe un report évident de la maladie, d'un âge où elle est bénigne, vers un âge où elle peut être dangereuse.

Le risque de zona n'a pas été démontré comme diminué.

Effets indésirables[modifier | modifier le code]

Les réactions fréquemment observées sont généralement bénignes[8] : douleur ou œdème au site d’injection (environ 20 % des enfants vaccinés et 33 % des adolescents et adultes vaccinés). Une fébricule de faible intensité survient dans 15 % des cas. Un faible nombre de vaccinés (environ 5,5 % après la première injection et 0,9 % après la seconde injection) présenteront une éruption ailleurs qu’au point d’injection, caractérisée par un petit nombre de papules ou vésicules varicelliformes. Les lésions apparaissent habituellement dans les cinq à vingt-six jours suivant l’injection (moins de 10 %) et un léger rash pseudo-varicelleux dans le mois suivant l’injection (moins de 5 %).

La survenue de convulsions d’intensité modérée consécutives à une poussée fébrile est peu fréquente (1 cas sur 1 000 vaccinés). Les effets indésirables doivent être déclarés au centre régional de pharmacovigilance correspondant au lieu d’exercice du médecin traitant/spécialiste du patient.

La transmission du virus vaccinal (qui est un virus vivant) d'une personne vaccinée à une personne non vaccinée a été observée[9].

Le matériel génétique résiduel provenant des divers milieux de culture successifs nécessaires à la préparation du produit final place ce vaccin en première position avec 2 mg par dose. Aucun autre vaccin ne possède un tel matériel génétique résiduel et les conséquences à long terme (mutations génétiques ? développement de maladie auto-immune ?) ne sont pas connues[9].

Population cible[modifier | modifier le code]

Au Canada, la population ciblée par le vaccin est surtout les enfants âgés de plus de 12 mois et en bonne santé. Par ailleurs, les personnes placées dans des situations jugées à risque peuvent également être vaccinées contre le VVZ. La société canadienne de pédiatrie décrit trois situations[10] :

  • lorsqu’une personne atteinte du virus vit dans la même habitation ;
  • lorsqu’un jeune joue à l’intérieur pendant plus d’une heure avec une personne contagieuse ;
  • lorsqu’une chambre d’hôpital est partagée avec un individu contagieux.

Le vaccin est toutefois contre-indiqué pour les personnes ayant une hypersensibilité à l’une des composantes du vaccin. Les personnes immunodéprimées ne devraient également pas recevoir le vaccin puisqu’étant fait à partir de virus atténué, il pourrait causer une réaction chez le patient. Il est également non recommandé pour les femmes enceintes. Une grossesse est à éviter pour les trois mois suivant la vaccination[6].

Aux États-Unis, la vaccination se fait systématiquement chez les enfants en santé. À cet égard, une diminution de l’incidence, de la morbidité et de la mortalité a été observée[10].

Immunité engendrée[modifier | modifier le code]

La vaccination contre la varicelle de souche Oka/Merck chez l’adulte entraîne la production d’anticorps ainsi qu’une réponse immunitaire à médiation cellulaire dans les trois mois suivant l’injection. La réponse à médiation cellulaire est supérieure à la réponse humorale surtout parce que le système immunitaire réagit dans le but de protéger l’organisme d’une seconde infection, c’est-à-dire d’une réactivation du virus. Contrairement à l’enfant, l’adulte a besoin de deux doses du vaccin pour mettre en place une réponse à médiation cellulaire similaire[3].

Vaccination des immunosupprimés[modifier | modifier le code]

La vaccination contre le VVZ chez les immunosupprimés vise surtout une protection contre le zona[11]. Les types de vaccins administrés sont différents de celui utilisé pour la varicelle. Le vaccin contre la varicelle administré chez les personnes en santé peut être donné dans le cas où le patient n’est pas encore dans un état d’immunosuppression, c’est-à-dire avant une thérapie immunosuppressive, par exemple[11].

L’utilisation du virus inactivé est également faite[11]. Il est plus sécuritaire que le vaccin atténué puisque la souche virale a été traitée à la chaleur. Toutefois, il s’avère que ce type de vaccin est moins efficace étant donné que la présentation d’antigène dans le contexte du complexe majeur d’histocompatibilité de type I est plus faible[11]. La réponse des cellules T spécifiques au virus est alors inférieure comparativement à celle obtenue avec un vaccin élaboré à partir d’une souche virale atténuée.

D’autres approches peuvent permettre la protection des gens immunodéprimés contre le VVZ. Dans certains cas, la personne reçoit une première dose de vaccin inactivé avant de recevoir le vaccin atténué[11]. Cela a pour effet de créer une première réponse immunitaire qui sera capable d’empêcher l’infection par le virus atténué. Des vaccins préparés à l’aide de protéines virales peuvent également être injectés de façon sécuritaire aux patients plus à risque. Les régions qui vont activer une réponse par les cellules T cytotoxiques sont les zones codant pour les protéines 4, 62 et 63 en plus des glycoprotéines C, E et I. L’ajout d’adjuvant pourrait être bénéfique puisqu’il permettrait à la réponse immunitaire d’être augmentée vu qu’aucune réplication n’est présente dans ce type de vaccin[11].

Il serait possible de modifier génétiquement la souche sauvage Oka en lui enlevant les gènes essentiels à sa réplication[11]. Théoriquement, le virus devrait être apte à infecter une cellule, activer le système immunitaire sans se répliquer, causant ainsi une varicelle ou un zona, selon le cas.

Situations dans différents pays[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Depuis septembre 2004, le vaccin est disponible en France. Il n’est pas recommandé pour les enfants en raison de la bénignité de la maladie et du risque de déplacer la maladie vers l'âge adulte, donc vers des formes bien plus graves. Elle est recommandée (et remboursée) seulement dans quatre cas :

  1. vaccination post-exposition dans les trois jours suivant l’exposition à un patient avec éruption, chez les adultes immunocompétents sans antécédents de varicelle.
  2. entrée en 1re année des études médicales et paramédicales, pour les étudiants sans antécédents de varicelle et dont la sérologie est négative.
  3. toute personne sans antécédents de varicelle et dont la sérologie est négative, en contact étroit avec des personnes immunodéprimées.
  4. enfants sans antécédents de varicelle et dont la sérologie est négative, candidats receveurs à une greffe d’organe solide, dans les six mois précédant l’intervention.

En Suisse[modifier | modifier le code]

Les indications pour la vaccination contre la varicelle sont les suivantes[12] :

  • Jeunes de 11 à 15 ans n’ayant pas d’anamnèse de varicelle.
  • Sujets dès l’âge de 12 mois non immuns (IgG négatives) présentant des risques de complication suivants :
    • Leucémie ; cancer ; avant une thérapie immunosuppressive ou une transplantation ; enfant infecté par le VIH, avant immunodéficience.
    • Enfants souffrant d’un eczéma grave.
    • Personnes en contact étroit avec les patients susmentionnés (parents, fratrie).
    • Personnel médical et soignant.
    • Rattrapage vaccinal chez les adultes de moins de 40 ans n’ayant pas d’anamnèse de varicelle.

En cas d’anamnèse incertaine, une sérologie peut être obtenue, mais on peut aussi procéder directement à la vaccination. Dans les indications ci-dessus, le coût de la vaccination est pris en charge par les caisses dans le cadre de l’assurance maladie obligatoire.

Autres pays[modifier | modifier le code]

Dans d'autres pays, la vaccination est beaucoup plus systématique (États-Unis, Canada, Taïwan…), entraînant une forte diminution de la maladie et des formes graves de celle-ci ainsi qu'une diminution significative pour ce qui est du coût (médicaments, absentéisme, garde d'enfant…).[réf. nécessaire]

Une étude [13] relate l'expérience de trois comtés des États-Unis : le nombre de cas de varicelle a diminué de près de 80 % entre 1995, date de mise sur le marché du vaccin, et 2000. En l’an 2000 et dans ces trois comtés, 80 % des enfants âgés de 19 à 35 mois sont vaccinés. Cependant, depuis 2004, l’incidence de la varicelle a cessé de diminuer, puis augmente. L’incidence de la varicelle s’accroît à la fois dans les populations vaccinées et non vaccinées : le risque que les enfants vaccinés développent la varicelle s’accentue de manière brutale huit ans après la vaccination.

En Californie, l’âge moyen d’incidence est ainsi passé de 3/6 ans en 1995 à 9/11 ans en 2004. Cela a été interprété comme une insuffisante du schéma vaccinal à une dose. Depuis avril 2007, l’Académie américaine de pédiatrie recommande un schéma vaccinal à deux doses.

Divers[modifier | modifier le code]

Ce vaccin fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en avril 2013)[14]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Agence de la santé publique du Canada, http://www.phac-aspc.gc.ca/im/vpd-mev/varicella-fra.php
  2. (en) Hambleton, S. et Gershon, A.A., 2005, Preventing Varicelle-Zoster Disease, Clinical Microbiology Reviews p. 70-80 PMCID: PMC544176.
  3. a et b (en) Quan, D., Chors, R.J., Mahalingam, R. et Golden, D.H., 2007, Prevention of Shingles : Safety and efficacy of live zoster vaccine, Therapeutics and Clinical Risk Management, p. 633-639, PMCID: PMC2374947.
  4. a, b et c Merck Frosst Canada Ltée, Varivax III, 2007. [PDF].
  5. Huraux, J.M., 2003, Traité de virologie médicale, édition Estem, 699 pages.
  6. a et b Merck Frosst Canada Ltée, Varivax III - Fiche technique, [PDF].
  7. (en) Chaves SS et al. Loss of vaccine-induced immunity to varicella over time, N Engl J Med, 15 mars 2007 ; 356:1121-9.
  8. Vaccination contre la varicelle, édition INPES p. 253[PDF].
  9. a et b Groupe médical de réflexion sur les vaccins.
  10. a et b Société canadienne de pédiatrie, 2005, La prévention de la varicelle chez les enfants et les adolescents, Paediatrics and Child Health, vol. 10, p. 417-420, http://www.cps.ca/francais/enonces/ID/ID05-02.htm
  11. a, b, c, d, e, f et g (en) Cohen, J., 2008, Strategies for Zoster Vaccination in Immunocompromised Patients, J. Infect. Dis., suppl. 2, p. S237-S241, PMCID: PMC2679676.
  12. Extrait de Plan de vaccination suisse 2006 par l’Office fédéral de la santé publique (http://www.bag.admin.ch/themen/medizin/00682/00685/01021/index.html?lang=fr) et de « Recommandations pour la vaccination de base contre la varicelle pour les adolescents » par la Commission Fédérale pour les Vaccinations.
  13. Guide vaccination 2012, p. 252[PDF].
  14. WHO Model List of Essential Medicines, 18th list, avril 2013