Védutisme

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Le védutisme (de l'italien vedutismo, de veduta qui signifie « vue ») est un genre pictural qui prospère en Italie et principalement à Venise au XVIIIe siècle, basé sur la représentation perspective de paysages urbains.

La Tamise vue de la terrasse de Somerset : une veduta classique de Canaletto, 1747

L'origine du terme veduta[modifier | modifier le code]

La veduta (vedute au pluriel, qui signifie « ce qui se voit » et donc « comment on le voit »), s'apparente à la scénographie (puisque l'artiste met en scène une vue extérieure) et présente des problèmes de recherche spatiale. Les deux genres se développent simultanément et s'influencent réciproquement. La pratique de la perspective est très utilisée dans les vedute, ce mot est aussi un terme d'optique qui désigne autrefois la « perspective naturelle », il est relié au langage de la perspective artificielle ou géométrique, la « prospettiva pingendi » entre autres : qui varient selon le « point de vue ».

Ce terme apparaît dans l’histoire de l’art au XVIIIe siècle chez des peintres italiens. Canaletto, Bernardo Bellotto et Francesco Guardi sont les peintres les plus représentatifs du genre. Ils s'aidaient d'un dispositif optique : la chambre noire (camera obscura), placée à l’intérieur de la scène d’un tableau pour préparer leurs cadrages ouvrant la perception optique de la réalité sur un paysage naturel ou suburbain. Ces peintures sont réalisées avec précision et réalisme de détails, et sont en général de grand format.

Venise est considérée comme la capitale des peintres védutistes (vedutisti) au XVIIIe siècle, même si la représentation réaliste des paysages est la spécialité des peintres flamands. Étant un archétype de la veduta, la « Vue de Delft » de Vermeer reste l'une des vedute les plus célèbres.

Historique[modifier | modifier le code]

Ce style de paysage urbains est apparu dans la peinture flamande en Europe du Nord, où des artistes tels que Paul Bril peignent des vedute dès le XVIe siècle. Au XVIIe siècle, les peintres néerlandais font de leur spécialité des vues détaillées et précises de villes reconnaissables ce qui flatte la fierté des riches hollandais, la Vue de Delft de Vermeer (1660-1661) étant un exemple. La Hollande a ainsi pu influencer les premiers védutistes vénitiens par l'intermédiaire des bambochades, petits tableaux de genre, décrivant des saynètes dans un décor urbain, connus par les précurseurs du védutisme que sont Gaspar van Wittel et Luca Carlevarijs[1].

C'est le goût pour les souvenirs de voyages induits par la pratique du « Grand Tour » devenant l'itinéraire de plus en plus formalisé de lieux bien connus, tels que le Forum romain ou le Grand Canal qui rappelle aux aristocrates européens leurs voyages de jeunesse et qui permet le développement des vedute. Les premiers védutistes utilisent des méthodes proches de celles de la cartographie et des projections axonométriques ou obliques dans un but topographique. L'artiste procède par prises de vues panoramiques. Vers le milieu du XVIIIe siècle, Venise devient le centre de l'activité des « vedutistes ». Les plus grands artistes qui pratiquent ce genre s'apparentent aux familles Canal et Guardi de Venise. D'autres artistes apparentés vont travailler dans les capitales européennes, tels qu'Giovanni Antonio Canal dit Canaletto à Londres et son neveu Bernardo Bellotto à Dresde et Varsovie.

Dans d'autres parties de l'Italie du XVIIIe siècle, des variantes du genre veduta apparaissent comme à Naples avec l'école du Pausilippe et les gouaches napolitaines dont le succès sera lancé par la publication en 1776 par Lord Hamilton des Campi Phlegraei : Observations sur les volcans des Deux Siciles avec des illustrations de Pietro Fabris (en).

Giovanni Pannini est le premier vedutiste à s'intéresser à la peinture de ruines. Plus tard, son style évolua vers des scènes partiellement ou totalement imaginaires connues sous le nom de capricci ou vedute ideate (vue composée)[2]. Giovanni Battista Piranesi (« le Piranèse ») est le plus important graveur de vedute ideate. Ses séries topographiques Vedute di Roma furent reproduites en grand nombre.

À la fin du XIXe siècle, des visions plus personnelles des paysages urbains se substituèrent au désir de précision topographique, qui sera par ailleurs satisfait plus tard grâce à la photographie.

Ce mouvement décline à la fin du XVIIIe siècle, à la mort de Francesco Guardi, contemporain de la fin de la mode du Grand Tour et la chute de la République de Venise[3].

Références d'œuvres[modifier | modifier le code]

Les védutistes les plus illustres sont vénitiens mais il y a aussi des romains et des napolitains ou d'origine étrangère, comme le hollandais Gaspar van Wittel ou le suédois Johan Richter qui font l'essentiel de leur carrière en Italie. D'autres védutistes italiens peignent des vues d'autres grandes villes européennes (Canaletto à Londres en Angleterre, Belloto en Europe centrale et orientale).

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippon C., l'influence de la peinture hollandaise et des bambochades sur le védutisme italien, Dossier de l'art, no 179, novembre 2010, p. 30-31
  2. Philippon C, Paysage, caprice ou veduta ?, Dossier de l'art, no 179, novembre 2010, p. 13
  3. Beddington Charles, Canaletto et ses rivaux, Dossier de l'art, no 179, novembre 2010, p. 3-11

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roberto Longhi, Viviano Codazzi e l’invenzione della veduta realistica