Utilitarisme

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L'utilitarisme est une doctrine éthique qui prescrit d'agir (ou ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être global de l'ensemble des êtres sensibles. L'utilitarisme est donc une forme de conséquentialisme, théorie évaluant une action (ou une règle) uniquement en fonction des conséquences escomptées, qui se distingue de la morale rationnelle et notamment kantienne.

Explication[modifier | modifier le code]

L'utilitarisme est une forme de conséquentialisme : il évalue une action (ou une règle, voire une disposition ou un désir) uniquement en fonction de ses conséquences, ce qui l'oppose à une morale idéaliste plaçant la raison à la source des actions.

L'utilitarisme définit classiquement le bien-être par le bonheur. On peut résumer le cœur de la doctrine utilitariste par la phrase : Agis toujours de manière à ce qu'il en résulte la plus grande quantité de bonheur (principe du bonheur maximum). Il s'agit donc d'une morale eudémoniste, mais qui, à l'opposé de l'égoïsme, insiste sur le fait qu'il faut considérer le bien-être de tous et non le bien-être du seul agent acteur.

L'utilitarisme est donc un conséquentialisme eudémoniste.

Cependant cette définition minimale du principe d'utilité ne doit pas masquer les nombreuses différences existantes entre les systèmes utilitaristes: utilitarisme hédoniste, utilitarisme indirect, utilitarisme de l'acte contre utilitarisme des préférences, etc.

Ce sont avant tout Jeremy Bentham (1748-1832) et John Stuart Mill (1806-1873) qui ont donné une forme systématique au principe d'utilité et ont entrepris de l'appliquer à des questions concrètes — système politique, législation, justice, politique économique (où il a fait florès, non sans subir de lourdes déformations), liberté sexuelle, émancipation des femmes, etc.. Bentham expose le concept central d'utilité dans le premier chapitre de son Introduction to the Principles of Morals and Legislation dont la première édition date de 1789, de la manière suivante :

Par principe d'utilité, on entend le principe selon lequel toute action, quelle qu'elle soit, doit être approuvée ou désavouée en fonction de sa tendance à augmenter ou à réduire le bonheur des parties affectées par l'action. [...] On désigne par utilité la tendance de quelque chose à engendrer bien-être, avantages, joie, biens ou bonheur.

Il convient donc de ne pas réduire le concept d'utilité à son sens courant de moyen en vue d'une fin immédiate donnée.

L'Utilité utilitariste[modifier | modifier le code]

La notion d'utilité n'a pas chez les utilitaristes le sens qu'on lui attribue couramment. Ce qui est « utile » désigne ce qui contribue à maximiser le bien-être d'une population. C'est en ce sens particulier qu'on peut parler du calcul de l'utilité d'un acte, ou qu'on peut comparer les utilités de différentes actions ou règles. La pensée utilitariste consiste donc à peser le pour et le contre d'une décision et comparer cette dernière aux avantages et désavantages de la décision inverse.

Histoire[modifier | modifier le code]

Bien qu'on puisse en voir des prémices dans l'antiquité, l'utilitarisme n'est réellement mis en place qu'à la fin du XVIIIe siècle. Le père de cette philosophie est alors Jeremy Bentham, qui s'inspire notamment de Hume et Helvétius. Bentham propose une première forme d'utilitarisme, plus tard caractérisée d'utilitarisme hédoniste. Sa théorie est le point de départ des nombreuses versions de l'utilitarisme qui se développeront au XIXe et au XXe siècle. C'est toutefois avec l'apport de John Stuart Mill que l'utilitarisme devient une philosophie véritablement élaborée.

Bentham[modifier | modifier le code]

C'est Jeremy Bentham qui introduisit le vocable en 1781 et qui tira de ce principe les implications théoriques et pratiques les plus abouties. Le principe éthique à partir duquel il jugeait les comportements individuels ou publics était l'utilité sociale. Pour reprendre la formule bien connue, « le plus grand bonheur du plus grand nombre ».

Le postulat de départ de sa théorie utilitariste est que le bien éthique constitue une réalité constatable et démontrable. On peut le définir à partir des seules motivations élémentaires de la nature humaine : son penchant « naturel » à rechercher le bonheur, c'est-à-dire un maximum de plaisir et un minimum de souffrance. Ce principe est formulé ainsi par Bentham « La nature a placé l'humanité sous l'empire de deux maîtres, la peine et le plaisir. C'est à eux seuls qu'il appartient de nous indiquer ce que nous devons faire comme de déterminer ce que nous ferons. D'un côté, le critère du bien et du mal, de l'autre, la chaîne des causes et des effets sont attachés à leur trône. » (Principes de la morale et de la législation, 1789).

L'utilitarisme benthamien, comme nombre de ses suivants, prétendait régler des problèmes sociaux très anciens :

  • Quels principes guident les comportements des individus ?
  • Quelles sont les tâches du gouvernement ?
  • Comment les intérêts individuels peuvent-ils être conciliés entre eux ?
  • Comment les intérêts individuels s'accordent-ils avec ceux de la communauté ?

Le principe de l'antagonisme du plaisir et de la peine répond ainsi à l'ensemble de cette problématique. Bentham affirme qu'il ne peut y avoir de conflit entre l'intérêt de l'individu et celui de la communauté, car si l'un et l'autre fondent leur action sur l'« utilité », leurs intérêts seront identiques. Cette démarche joue sur tous les plans de la vie sociétale : religieux, économique, éducatif, dans l'administration, dans la justice ainsi que dans les relations internationales.

Bentham insère l'animal dans cette communauté, en tant qu'il est un être capable de souffrir et donc participant aux intérêts de la communauté : « La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ? », An Introduction to the Principles of Morals and Legislation.

John Stuart Mill[modifier | modifier le code]

Fils de James Mill, filleul et disciple de Bentham, John Stuart Mill est le successeur immédiat de l'utilitarisme benthamien. Il s'en écarte toutefois en développant un utilitarisme indirect.

Là où Bentham identifie welfare ( = bien être ) et plaisir, Mill définit le welfare comme bonheur. Ce faisant il s'écarte de l'utilitarisme hédoniste et propose un utilitarisme indirect. Le plaisir n'y est plus la fin de la moralité, il ne joue un rôle qu'indirectement, dans la mesure où il contribue au bonheur (du plus grand nombre).

On doit aussi à Mill la reconnaissance de la dimension qualitative des plaisirs. Contrairement à Bentham, qui ne hiérarchise pas les plaisirs et s'intéresse uniquement à la quantité de ceux-ci, John Stuart Mill défend une différence de qualité entre les plaisirs. On peut ainsi préférer une quantité moindre d'un plaisir de plus grande qualité à une quantité supérieure d'un plaisir de qualité plus médiocre.

La pensée moderne[modifier | modifier le code]

À la suite des fondateurs (Bentham, John Stuart Mill), de nombreux philosophes, généralement anglo-saxons, ont développé et enrichi la pensée utilitariste : Henry Sidgwick, Richard Hare, Peter Singer parmi beaucoup d'autres.

Perspective morale et politique[modifier | modifier le code]

Caractéristiques générales[modifier | modifier le code]

L'utilitarisme se conçoit comme un critère général de moralité pouvant et devant être appliqué tant aux actions individuelles qu'aux décisions politiques, tant dans le domaine économique que dans les domaines sociaux ou judiciaires.

Principes fondamentaux[modifier | modifier le code]

Cinq principes fondamentaux sont communs à toutes les versions de l'utilitarisme :

  • Principe de bien-être (the Greatest Happiness Principle en anglais).
    Le bien est défini comme étant le bien-être. C'est-à-dire que le but recherché dans toute action morale est constitué par le welfare, le bien-être (physique, moral, intellectuel).
  • Conséquentialisme.
    Les conséquences d'une action sont la seule base permettant de juger de la moralité de l'action.
    L'utilitarisme ne s'intéresse pas à des agents moraux mais à des actions : les qualités morales de l'agent n'interviennent pas dans le calcul de la moralité d'une action. Il est donc indifférent que l'agent soit généreux, intéressé, ou sadique, ce sont les conséquences de l'acte qui sont morales. Il y a une dissociation de la cause (l'agent) et des conséquences de l'acte.
    L'utilitarisme ne s'intéresse pas non plus au type d'acte : dans des circonstances différentes, un même acte peut être moral ou immoral selon que ses conséquences sont bonnes ou mauvaises.
  • Principe d'agrégation.
    Ce qui est pris en compte dans le calcul est le solde net (de bien-être, en l'occurrence) de tous les individus affectés par l'action, indépendamment de la distribution de ce solde. Ce qui compte c'est la quantité globale de bien-être produit, quelle que soit la répartition de cette quantité. Il est dès lors envisageable de sacrifier une minorité, dont le bien-être sera diminué, afin d'augmenter le bien-être général. Cette possibilité de sacrifice est fondée sur l'idée de compensation : le malheur des uns est compensé par le bien-être des autres. S'il est surcompensé, l'action est jugée moralement bonne. L'aspect dit sacrificiel est l'un des plus critiqués par les adversaires de l'utilitarisme.
  • Principe de maximisation.
    L'utilitarisme demande de maximiser le bien-être général. Maximiser le bien-être n'est pas facultatif, il s'agit d'un devoir.
  • Impartialité et universalisme.
    Les plaisirs et souffrances ont la même importance, quel que soit l'individu qu'ils affectent. Le bien-être de chacun a le même poids dans le calcul du bien-être général.
    Ce principe est compatible avec la possibilité de sacrifice : ce principe affirme seulement que tous les individus valent autant dans le calcul. Il n'y a ni privilégié ni lésé a priori : le bonheur d'un roi ou d'un simple citoyen sont pris en compte de la même manière.
    L'aspect universaliste consiste en ce que l'évaluation du bien-être vaut indépendamment des cultures et des particularismes régionaux. Comme l'universalisme de Kant, l'utilitarisme prétend définir une morale valant universellement.

Le calcul utilitariste[modifier | modifier le code]

L'un des traits important de l'utilitarisme est son pragmatisme. La moralité d'un acte est calculée en fonction de ses effets, non des motifs qui le soutendent. Ce calcul prend en compte les conséquences de l'acte sur le bien-être du plus grand nombre. S'il suppose la possibilité pour l'acteur de calculer les conséquences de ses actes et d'évaluer son impact sur le bien-être des autres d'un point de vue rationnel, il ne s'agit pas d'un calcul de la raison au sens kantien car chez Kant, c'est "l'autonomie de la volonté" qui fonde la morale et qui permet d'agir de façon désintéressée, c'est-à-dire hors de toute contingence pratique ou mesurable [1]. Ainsi, l'impératif catégorique kantien qui fonde toute morale s'oppose à l' utilitarisme dans le sens où il ne peut être déterminé par les effets de l'action mais uniquement par la raison c'est-à-dire l' « idée de la volonté de tout être raisonnable conçue comme volonté instituant une législation universelle. » [2] Néanmoins, cela n'empêche pas Kant de penser l'action dans son caractère pragmatique et utile dans la Critique de la raison pratique, mais non selon ses effets dans le réel mais leur conformité avec l'impératif de la raison.

On remarquera que l'utilitarisme inclut dans son calcul non seulement les agents moraux mais aussi les patients moraux : tous les êtres capables d'éprouver du plaisir et de la peine, c’est-à-dire doués de sensibilité. Les animaux sont donc légitimement inclus dans le calcul de la moralité. Le philosophe utilitariste Peter Singer se souviendra de cet aspect dans son opposition au spécisme.

Causes et conséquences d'une action[modifier | modifier le code]

L'utilitarisme a été au cours de l'histoire une théorie morale très émancipatrice. Ce fait est notamment lié à la dissociation de la cause et de la conséquence d'un acte dans l'évaluation de la moralité de celui-ci. Les qualités de l'agent moral ne sont pas prises en compte. L'utilitarisme ne s'inscrit donc pas dans une perspective perfectionniste ; pour « être moral » il suffit d'effectuer des actions ayant de bonnes conséquences, il n'est pas nécessaire de posséder de caractéristique personnelle spécifique ou de suivre un modèle de vie particulier.

Différentes versions de l'utilitarisme[modifier | modifier le code]

Un des aspects les plus frappants de l'utilitarisme est sa capacité à se subdiviser et à se modifier pour répondre à ses critiques. La tradition utilitariste, vaste et très riche, propose donc différentes types d'utilitarismes.

  • Utilitarisme de l'acte et de la règle
  • Utilitarisme hédoniste de Bentham
  • Utilitarisme indirect de Mill
  • Utilitarisme à deux niveaux de Hare
  • Utilitarisme négatif
  • Utilitarisme idéal de Moore

Utilitarisme de l'acte et utilitarisme de la règle[modifier | modifier le code]

Bien que la distinction stricte entre utilitarisme de l'acte et de la règle soit sujette à caution, une partie des critiques différencie ces deux tendances. Si l'hétérogénéité radicale entre ces deux types d'utilitarismes est douteuse, on peut cependant exposer leurs différences.

Les termes d'utilitarismes de l'acte ou de la règle renvoient au calcul des conséquences. Pour l'utilitarisme de l'acte, ce qui doit être pris en compte sont les conséquences de l'acte particulier que fait l'agent. Pour l'utilitarisme de la règle ce qui compte sont les conséquences de l'adoption d'une règle d'action.

La question du premier est « l'acte de sauver cette personne qui se noie, dans ce contexte précis, a-t-il des conséquences positives ? », celle du second « l'adoption de la règle il faut sauver une personne qui est en train de se noyer a-t-elle des conséquences positives ? ».

L'utilitarisme de l'acte est un contextualisme : il évalue toujours la moralité d'un acte unique, qui s'inscrit dans un contexte particulier. L'évaluation de la moralité de l'acte après l'effectuation de celui-ci est plus flagrante dans ce type d'utilitarisme qu'ailleurs. Avant de faire l'acte l'agent peut supposer des conséquences positives ; mais si les conséquences réelles s'avèrent négatives l'acte sera immoral. Cette vision de l'évaluation morale est opposée de façon classique à l'optique déontologique, qui propose des principes pour évaluer la moralité de l'action avant qu'elle ait lieu.

Du côté de l'utilitarisme de la règle il ne s'agit plus des conséquences particulières d'un acte unique qui sont prises en compte, mais des conséquences globales de l'adoption d'une règle. Les conséquences positives de l'adoption d'une règle justifient son adoption et le fait de suivre cette règle. On peut désormais faire appel à des maximes générales et évaluer la moralité de l'action avant de la réaliser. Peut-être que l'acte de sauver cette personne précise n'a pas de conséquences positives (s'il s'agit d'un tyran), mais l'adoption de la règle il faut sauver les personnes qui se noient a des conséquences positives. Faute de savoir si l'acte particulier en question a bien des conséquences positives, il faut suivre la règle.

Aussi, ce type d'utilitarisme ne peut être confondu avec le principe d'universalisation kantien qui fonde l'universalité de la morale dans la raison et non dans la matière ou les effets de l'action[2].

L'une des raisons de douter de l'hétérogénéité de l'utilitarisme de l'acte et de la règle est que prise chacune indépendamment, ces doctrines sont très facilement exposées à des critiques destructrices. Par exemple l'incalculabilité des conséquences pour l'utilitarisme de l'acte, ou le désintérêt pour les cas particuliers pour l'utilitarisme de la règle. Cette situation les rend peu soutenables prises comme strictement dissociées. On peut cependant les voir comme des tendances au sein de l'utilitarisme, et ne pas les considérer comme totalement dissociables.

Utilitarisme et déontologie[modifier | modifier le code]

L'utilitarisme à deux niveaux développé par Hare repose sur la constatation du caractère artificiel de la dichotomie entre déontologisme et conséquentialisme. Les règles morales très générales, comme la règle de non-nuisance, sont la plupart du temps utiles et suffisantes pour vivre heureux en groupe en faisant les bons choix, mais, quand elles sont prises en défaut dans un cas particulier, il faut leur préférer le calcul des coûts et des bénéfices de telle action contre telle autre. L'utilitarisme de la règle et l'utilitarisme conséquentialiste du felicific calculus benthamien sont donc complémentaires et non opposés. Le premier posera par exemple le principe de non-nuisance et le deuxième permettra de le nuancer en hiérarchisant les nuisances grâce au calcul de leurs coûts respectifs.

Or, à y regarder de plus près, il ne s'agit en fait que d'un seul et même principe conséquentialiste. En effet, nous n'acceptons les règles morales que parce que leurs conséquences heureuses sont, en moyenne et jusqu'à plus ample informé, supérieures à leurs conséquences malheureuses. Mais, quand elles sont insuffisantes pour guider une action donnée, nous passons à l'examen plus précis des conséquences probables de cette action. On ne voit pas sinon quelle pourrait être l'utilité de règles morales très générales.

Aussi, l'opposition entre utilitarisme et déontologie (δέον, déon (« ce qui convient, ce qui est convenable ») avec le suffixe -logy (« -logie »)) est commune bien que non fondée puisque Bentham lui-même emploie la notion de déontologie comme « connaissance de ce qui est juste ou convenable. Ce terme est ici appliqué à la morale, c'est-à-dire, à cette partie du domaine des actions qui ne tombe pas sous l'empire de la législation publique. Comme art, c'est faire ce qu'il est convenable de faire ; comme science, c'est connaître ce qu'il convient de faire en toute occasion.»[3]

Ainsi, il s'oppose à l'idée d'« opinion publique » dans le sens où l'opinion n'est pas le bonheur, ce dernier restant lié au plaisir et non à la loi morale. La loi, dans le droit positif, est bien ce qui fonde le discours du prêtre, du moraliste, ou du politique, c'est-à-dire un ensemble d'injonctions visant à déterminer une action normale hors des contingences individuelles. Or nous dit Bentham, la « législation n'a que trop empiété sur un territoire qui ne lui appartient pas. Il ne lui est arrivé que trop souvent d'intervenir dans des actes où son intervention n'a produit que du mal ; et ce qui est pire, elle est intervenue dans les opinions, et spécialement dans les opinions religieuses où son intervention a été on ne peut plus pernicieuse. »[3] Et en effet, toute sanction prise en tant que telle est une action qui entraîne d'abord de la peine, de la souffrance, de la douleur, et qui s'oppose à l'utilitarisme fondant l'action sur le bonheur.

« La base de la Déontologie, c'est donc le principe de l'utilité, c'est-à-dire, en d'autres termes, qu'une action est bonne ou mauvaise, digne ou indigne, qu'elle mérite l'approbation ou le blâme, en proportion de sa tendance à accroître ou à diminuer la somme du bonheur public. Et il serait inutile de chercher à prouver que la sanction publique, en tant que la question sera comprise, s'attachera à la ligne de conduite qui contribue le plus au bonheur public. »[3]

Il est intéressant de noter que Bentham oppose Déontologie et morale publique et introduit l'expression « morale privée », considérée comme « la science du bonheur fondé sur des motifs extra-législatifs, tandis que la jurisprudence est la science par laquelle la loi est appliquée à la production du bonheur. »[3]

Ici, alors même que l'utilitarisme s'oppose strictement à la pensée kantienne, on peut questionner si d'un point de vue déontologique, ils ne se retrouvent pas. Lorsque Kant interroge l'usage « privé » ou « public » de la raison dans Qu'est-ce que les Lumières ? [4], ce qui fonde l'expression publique de toute pensée est sa liberté et son universalité. Or chez Bentham, si ces deux notions ne relèvent pas des définitions kantiennes mais plutôt du plaisir et de la douleur ressentis par tous les hommes, l'expression d'une autorité nécessaire à la conduite de toute morale est commune aux deux auteurs dans le sens où elle doit partir d'une origine individuelle plutôt qu'une opinion commune mais néanmoins paraître universelle et s'imposer à tous. Dans les deux cas, l'état de tutelle exercé par l'état est problématique puisqu'il exerce une répression individuelle[5].

Utilitarisme hédoniste et utilitarisme des préférences[modifier | modifier le code]

L'utilitarisme hédoniste se donne pour objectif de maximiser le bien-être des individus, tandis que l'utilitarisme des préférences a pour objectif de maximiser la satisfaction des préférences des individus. Ne comptent que les préférences de l'individu qui le concernent lui-même. Il faut aussi qu'elles soient bien informées; si dans mon verre de vin un poison a été introduit à mon insu, l'utilitariste des préférences se permettra de m'empêcher de le boire, car si j'étais bien informé ma préférence serait de ne pas le boire.

Cette forme d'utilitarisme, introduite par R.M. Hare et reprise par Peter Singer, a l'avantage d'éviter de déduire le prescriptif du descriptif: les préférences individuelles préétablies étant par nature déjà d'ordre prescriptif, l'éthique se ramène à une opération d'universalisation.

Un autre avantage est le respect qui en découle de l'autonomie individuelle: l'utilitarisme laisse l'individu libre du choix de ses propres préférences, sans lui imposer de devoir préférer la maximisation de son propre bonheur. À l'inverse, il peut sembler étrange de devoir respecter les préférences d'un individu qui veut se rendre malheureux.

C'est sur la base de l'utilitarisme des préférences que Peter Singer accorde une importance plus grande à la préservation de la vie de certains êtres sensibles — ceux qui sont capables de former des projets pour leur avenir et donc de préférer rester en vie — qu'à celle d'autres — ceux qui n'ont pas cette capacité, et dont les préférences se résument à la recherche à court terme de plaisir et à l'évitement de la souffrance. Il apparaît ainsi moins grave de tuer une souris qu'un humain adulte typique, même s'il reste aussi grave de faire souffrir la première que le second, les deux ayant une préférence aussi forte pour ne pas souffrir. Cependant, certains êtres humains — les fœtus, les nouveau-nés, les handicapés mentaux profonds et les personnes séniles — ne possèdent pas ou plus la capacité à former des projets et à préférer continuer à vivre, ce qui les met sur le même plan, du point de vue du mal qu'il y a à les tuer, que beaucoup d'animaux non humains.

Utilitarisme négatif[modifier | modifier le code]

Comme le souligne John Stuart Mill, il y a deux fins que la doctrine demande de poursuivre :

  1. la maximisation du bien-être
  2. la minimisation de la souffrance

L'utilitarisme négatif propose de poursuivre uniquement la seconde. Il implique de tenir compte du bien-être des individus seulement lorsque celui-ci est négatif, c'est-à-dire qu'il est un mal-être. Le but fondamental est de minimiser la souffrance; le bonheur, par contre, ne compte pas, ou en tout cas pas sur la même balance. On pourra infliger (ou laisser subsister) une souffrance pour pouvoir en soulager une autre, plus grande; mais on ne pourra le faire pour pouvoir créer un bonheur aussi grand soit-il.

Utilitarisme et économie[modifier | modifier le code]

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On retrouve parmi les théoriciens de l'économie quelques disciples de l'utilitarisme, en particulier John Austin (qui n'est pas économiste), James Mill, Herbert Spencer (qui n'est pas économiste non plus) et John Stuart Mill qui ont marqué durablement l'histoire de la pensée économique.

Mais, contrairement à une idée répandue en France, l'utilitarisme n'a que peu de rapports avec la théorie économique et n'est en rien à la base de la théorie micro-économique du consommateur. Celle-ci est une théorie descriptive égoïste, et non pas une théorie normative utilitariste. Elle prétend qu'un individu essaie toujours d'obtenir le maximum de satisfaction de sa consommation. Il va donc optimiser, compte tenu de sa contrainte budgétaire, l'utilité personnelle qu'il retire de sa consommation, et non pas l'utilité générale. Le dilemme du prisonnier, formalisé en 1950, illustre par ailleurs le fait qu'utilitarisme et égoïsme peuvent être incompatibles.

En économie prescriptive, comme le souligne Walras, l'économiste n'entend pas porter un jugement moral sur tel ou tel acte de consommation, c'est-à-dire refuse d'emblée toute position éthique dans le domaine.

Par contre, certains auteurs de l'économie du bien-être et de la théorie des choix collectifs s'inspirent de l'utilitarisme. (entre autres, Alfred Marshall, Arthur Cecil Pigou et John Harsanyi).

Critiques[modifier | modifier le code]

Les critiques traversent de nombreux courants de pensées, des mouvements écologistes, aux théoriciens de l'anti-utilitarisme et aux mouvements alter-mondialistes.

Les tenants de l'utilitarisme sont accusés de prôner une société sans justification supérieure, ou de soutenir une « loi de la jungle » en économie. La science économique utilitariste réduirait l'individu à un objet rationnel autarcique[réf. nécessaire], niant ainsi son inter-dépendance avec autrui.

En France, le Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales (MAUSS) (voir Revue du MAUSS) a critiqué l'utilitarisme, comme porteur de présupposés libéraux. Cependant, ils désignaient ainsi, uniquement, l'instrumentalisme en théorie économique, et non la théorie morale. Cette homonymie a produit, dans le contexte français où l'utilitarisme moral reste mal connu, de nombreuses confusions [réf. nécessaire] [interprétation personnelle].

Incalculabilité des conséquences[modifier | modifier le code]

L'utilitarisme fait tenir la moralité dans les conséquences, ce qui pose plusieurs problèmes aux yeux de certains de ses adversaires.

  • Incertitude.
    Les conséquences d'un acte ne sont pas déterminables avant qu'il ait lieu. On n'est jamais certain que les conséquences supposées de l'acte seront bien ses conséquences réelles. Un acte apparemment innocent peut alors s'avérer immoral au vu de ses conséquences, comme un acte supposé mauvais se révéler moral.
  • Infinité.
    Les conséquences forment une chaîne : si l'acte A est cause de B, et que B cause C, l'acte A cause C indirectement. Évaluer les conséquences de l'acte pose dès lors un problème d'identification de ces conséquences : quand dire qu'un acte n'est plus cause? où arrêter la chaîne des conséquences? Il existe par exemple une célèbre parabole chinoise, « est-ce une chance, est-ce une malchance ? », longue histoire où les événements heureux et malheureux s'enchaînent alternativement comme conséquences les uns des autres, sans fin.

Relativisme moral[modifier | modifier le code]

Si l'utilitarisme pose le bonheur ressenti comme critère de l'évaluation morale, n'importe quelle sensation de plaisir qui résulterait de telle ou telle action pourrait justifier cette action. C'est pourquoi certains utilitaristes conscients du problème, notamment les représentants du réalisme de Cornell et en particulier David Owen Brink dans son ouvrage Moral Realism and The Foundation Of Ethics (Cambridge University Press, Cambridge UK, 2001) ont tenté d'élaborer une version objective de l'utilitarisme où la définition du bonheur ne dépend pas des sensations de l'agent.

La question des comparaisons interpersonnelles d’utilité[modifier | modifier le code]

Maximiser le bien-être agrégé d’un groupe d’individus implique, en toute rigueur, de pouvoir mesurer le bien-être de chacun, de les additionner, et de choisir l’action qui conduit au résultat le plus grand.

Or selon tout un courant de pensée[réf. nécessaire], il serait impossible de comparer des niveaux de bien-être différents, car il s’agit d’états mentaux subjectifs.

Les utilitaristes admettent en général qu’un calcul utilitariste parfaitement rigoureux est effectivement irréaliste. Cela ne rend toutefois pas l’utilitarisme inapplicable pour autant, car on peut utiliser des « variables par substitution » qui permettent de mesurer le bien-être de façon indirecte (taux de chômage, taux de criminalité, etc.).

La question de l'agrégation des utilités individuelles[modifier | modifier le code]

Derek Parfit a soulevé un problème classique qui se pose à l'utilitarisme lorsqu'il entend agréger les utilités individuelles[6]: si seule leur somme compte, alors peu importe qu'un nombre très élevé de personnes bénéficie d'un bonheur individuel très limité ou qu'un nombre très réduit de personnes bénéficie d'un bonheur individuel très étendu, la somme des utilités sera la même et le résultat indifférent pour l'utilitariste, ce qui est contre-intuitif et donc moralement inacceptable ; si, en revanche, on prend comme critère la moyenne des utilités par individu, alors il est rationnel de réduire le nombre d'individus et d'augmenter la moyenne de leurs utilités individuelles, en promouvant par exemple une politique eugéniste qui élimine les individus dont la capacité à atteindre une utilité correcte est réduite, ce qui est là aussi moralement inacceptable.

Une première échappatoire a été proposée avec l'utilitarisme à seuil: on détermine un seuil, un niveau d'utilité en deçà duquel c'est la moyenne des utilités individuelles qui est prise en compte et au-delà leur somme. Cela permet d'éviter les « conclusions absurdes ou répugnantes » que dénonçait Parfit. Mais où fixer le seuil ?

De plus, la question de la mesure et de la comparaison des utilités individuelles reste entièrement posée, sauf à prendre des « variables par substitution » (comme le PIB en parité de pouvoir d'achat, l'IDH ou l'espérance de vie) pour les calculer et les comparer.

Une deuxième manière d'échapper au dilemme soulevé par Parfit est de développer des utilitarismes objectifs où la mesure du bonheur ne dépend pas de celle d'utilités mesurées subjectivement (cf. supra). Mais, là encore, pourquoi prendre telle variable par substitution plutôt que telle autre ? L'utilitarisme objectif défendu par David Brink liste plusieurs variables possibles, mais n'en choisit aucune clairement (cf. opus cité supra, p. 255).

Notons enfin que, si l'on adopte l'utilitarisme à seuil en prenant le revenu par tête comme variable (objective) substituée à l'utilité subjective, alors on retrouve à peu près la théorie de la justice distributive proposée par Raymond Boudon [7] pour pallier les défauts du maximin de John Rawls : une maximisation de la moyenne des revenus sous contrainte de plancher.

Aspect « sacrificiel »[modifier | modifier le code]

L'utilitarisme permet, et éventuellement promeut, le sacrifice de certains au profit du plus grand nombre. Il s'agit là d'un des points les plus critiqués de la théorie. Le philosophe américain John Rawls s'est particulièrement attaqué à cette possibilité de sacrifice dans son ouvrage Théorie de la justice.

Sur cette question, on distinguera la position de William Godwin de celle des utilitaristes réels : contrairement à eux, Godwin ne remplit pas le critère d'impartialité du calcul, ce qui l'amène à défendre un sacrifice partial où la maxime « un compte pour un » n'est pas respectée. Il faut donc faire la part entre le point de vue pseudo-utilitariste de Godwin et celui de l'utilitarisme.

L'aspect dit « sacrificiel » est lié à la logique de la compensation et au prescriptivisme utilitariste. Dans l'évaluation globale de la moralité, les bonnes et les mauvaises conséquences se compensent. Si pour augmenter la satisfaction du plus grand nombre on doit sacrifier une personne, l'utilitarisme soutient que c'est ce qu'il faut faire.

L'exemple classique est celui des naufragés : un groupe de naufragés est sur un radeau de fortune, mais celui-ci va couler car ils sont trop nombreux. En abandonnant un des membres du groupe on évitera au radeau de couler, mais celui qui sera sacrifié mourra. L'utilitarisme conduit à sacrifier un des membres pour sauver les autres : l'acte de l'abandonner a une conséquence négative pour lui, mais elle est compensée par les conséquences positives pour les autres membres.

Dans un tel cas, l'appellation « sacrifice » est relative. Les anti-utilitaristes parleront de sacrifice, mais les utilitaristes préféreront sauvetage. Selon qu'on se place du point de vue de l'individu sacrifié ou des individus sauvés, le vocabulaire peut changer.

Cependant l'accusation de sacrifice peut porter sur des cas où le « sauvetage » est moins flagrant. Dans le choix d'un modèle de société, l'utilitariste défendra le modèle qui permet le bonheur du plus grand nombre, indépendamment de la répartition de ce bonheur. Opprimer un groupe social au profit des autres semble donc possible dans une perspective utilitariste. Il faut toutefois faire justice aux utilitaristes en rappelant qu'aucun ne soutient positivement le sacrifice : sacrifier n'est un devoir que lorsqu'il n'y a pas d'autre solution.

Utilitarisme et "mérite"[modifier | modifier le code]

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On remarquera néanmoins que l'utilitarisme ne commande pas de sacrifier systématiquement son bonheur à celui de ses semblables. Ce reproche que l'on fait souvent à l'utilitarisme de Mill est un faux procès.

Si, en effet, je vis dans une société juste et que j'y occupe la place que je mérite, on ne voit pas pourquoi je devrais brimer mon bonheur pour satisfaire les désirs d'autrui. Si, par exemple, j'ai réussi un concours auquel mon voisin a échoué, il ne serait ni rationnel ni juste que je lui cédasse ma place uniquement pour augmenter son bonheur car il vaut mieux vivre dans une société qui frustre certains de ses membres mais réserve quand même à chacun la place qu'il mérite. Une telle société n'éliminera jamais la frustration, mais maximisera tout de même le bonheur agrégé.

C'est pourquoi on peut estimer, à l'instar de David Brink (opus cité supra, pp. 273-283), que la planification de sa propre carrière professionnelle, qui est un élément important du bonheur individuel, ne s'oppose pas à l'altruisme dans une société juste. Car il est juste de donner aux plus méritants, dans une telle société, la place qu'ils méritent. L'effort pour vivre et travailler consciencieusement dans une société juste qui récompense le mérite ne s'oppose pas à l'altruisme puisqu'un tel effort profite à tout le monde et place ceux qui le méritent à la place qu'ils méritent. En faisant l'effort de donner le meilleur de moi-même dans la poursuite de ma carrière personnelle, je sers l'ensemble de ma société.

C'est également, soit dit en passant, la raison pour laquelle la théorie des sentiments moraux chez Adam Smith ne s'oppose pas à sa théorie de la main invisible : on a parfois raison de poursuivre son intérêt personnel s'il s'accorde à l'intérêt général de la société. Et c'est aussi l'intuition de Rawls.

La neutralité impliquée par l'utilitarisme (c'est-à-dire le principe moral de considérer que mon bonheur n'a ni plus ni moins d'importance que celui de mon voisin) ne commande donc pas toujours de sacrifier son bonheur personnel.

Impartialité et délaissement de l'agent[modifier | modifier le code]

Bien que cette critique porte même sur d'autres théories morales, l'utilitarisme a été critiqué pour son impartialité. L'impartialité demandée à l'agent serait en effet délétère pour ce dernier : pour être moral il faudrait ne plus être soi-même. Tous les processus visant à acquérir un point de vue impartial sont en effet des processus dépersonnalisants (essayer de se mettre à la place de l'autre, par exemple).

Cette attaque peut être rapprochée de la critique du délaissement de l'agent moral. Pour l'utilitarisme c'est l'acte qui compte, quel que soit l'agent qui l'accomplisse. Cependant on peut penser qu'il y a une différence lorsque j'accomplis ou non l'action moi-même.

Bernard Williams propose un exemple dans lequel les conséquences restent inchangées quel que soit l'agent. Un scientifique travaillant dans une firme se voit demander de fabriquer une arme qui sera utilisée de façon certaine pour tuer des milliers de personnes : s'il accepte il devra fabriquer l'arme, s'il refuse la firme trouvera quelqu'un d'autre et l'arme sera fabriquée quand même. L'utilitarisme ne permet pas de choisir ce qu'il faut faire, pourtant il semble bien que l'agent soit face à un problème moral. Il se pourrait donc qu'on ne puisse pleinement évacuer l'agent du questionnement sur la moralité.

Cela dit, on comprend mal a) pourquoi le reproche d'une excessive impartialité demandée à l'agent est souvent fait à l'utilitarisme et pas au kantisme, b) comment un tel reproche peut être compatible avec celui, également courant, qui voit dans l'utilitarisme une forme sophistiquée du relativisme moral et de l'égoïsme[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique, Première Partie, Livre I, Chap I, §8, Scolie II
  2. a et b Fondation de la métaphysique des mœurs in Métaphysique des mœurs, I, Fondation, Introduction, trad. Alain Renaut, p. 111.
  3. a, b, c et d Jeremy Bentham, Deontologie, ou Science de la Morale (1834), Tome 1, Chapitre II, "Ce que c'est que la déontologie"
  4. "J’entends par usage public de notre propre raison celui que l’on en fait comme savant devant l’ensemble du public qui lit. J’appelle usage privé celui qu’on a le droit de faire de sa raison dans un poste civil ou une fonction déterminée qui vous sont confiés." (Emmanuel Kant, "Qu'est-ce que les Lumières?", 1784)
  5. "Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité qui est presque devenue pour lui, nature. Il s’y est si bien complu, et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu’on ne l’a jamais laissé en faire l’essai. Institutions (préceptes) et formules, ces instruments mécaniques de l’usage de la parole ou plutôt d’un mauvais usage des dons naturels, (d’un mauvais usage raisonnable) voilà les grelots que l’on a attachés au pied d’une minorité qui persiste. Quiconque même les rejetterait, ne pourrait faire qu’un saut mal assuré par-dessus les fossés les plus étroits, parce qu’il n’est pas habitué à remuer ses jambes en liberté. Aussi sont-ils peu nombreux, ceux qui sont arrivés par leur propre travail de leur esprit à s’arracher à la minorité et à pouvoir marcher d’un pas assuré." (Emmanuel Kant (1784), "Qu'est-ce que les Lumières?"))
  6. Reasons and Persons, Clarendon Press, Oxford, 1986, p. 381-418
  7. Le juste et le vrai : études sur l'objectivité des valeurs et de la connaissance, Fayard, Paris, 1995, p. 405-438
  8. cf. par exemple les critiques du MAUSS

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Boss, John Stuart Mill, Induction et utilité, PUF, Paris, 1990.
  • Anthologie historique et critique de l'utilitarisme, Catherine Audard, Puf, 1999
  • L'Utilitarisme, John Stuart Mill, PUF, 1998, présentation de Catherine Audard
  • L'Utilitarisme, John Stuart Mill, Champs Flammarion, 1988, traduction et présentation de Georges Tanesse
  • Présentation - John Stuart Mill : entre mythes et réalité par Francisco Vergara, dans La Nature, John Stuart Mill, Éditions La Découverte, 2003
  • Revue du Mouvement anti-utilitaire dans les sciences sociales
  • Les fondements philosophiques du libéralisme : libéralisme et éthique, Francisco Vergara, La Découverte, 2002
  • (en) History of Utilitarianism, Julia Driver, Stanford Encyclopedia of Philosophy [1]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]