Utilisateur:Rama/Observations d'Antandrus sur la conduite wikipédienne

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Quelques observations sur des comportements sur le wiki, avec des recommandations sur la façon d'y répondre.


1. Quand quelqu'un se plaint à grand bruit de la CENSURE, on peut être sûr qu'il n'y a rien de bon à en tirer.


2. Bien des gens, lorsqu'ils quittent le projet, en rejettent la faute sur le projet ou sur les gens qui y travaillent, plutôt que d'accepter qu'il est normal au cours d'une vie que l'enthousiasme se fane. Il en est ainsi pour tout ce qu'on a un jour trouvé passionnant. Cela n'est ni sombre ni tragique : il est nécessaire de trouver sans cesse de nouveaux domaines d'intérêt. Tout dans une vie change et prend fin, et c'est vrai aussi de l'implication de quelqu'un dans Wikipédia. « Celui qui embrasse la joie comme elle vient vit un éternel lever de soleil » (William Blake, Éternité). Profitez-en tant que ça dure, et profitez de ce que vous ferez après être parti.


3. Les contributeurs problématiques gâchent plus de temps de la communauté que les vandales. Quelqu'un qui fait de temps en temps de bonnes contributions, mais qui par ailleurs se complaît en provocations, insultes, jérémiades, et qui se fait finalement mettre à la porte, aura gaspillé des centaines d'heures d'autres utilisateurs qui auraient été mieux consacrées à construire l'encyclopédie. C'est une conséquence de la fascination de certains pour la controverse. Gérer efficacement les contributeurs problématiques est l'une des meilleures façons d'améliorer le projet, mais aussi l'une des plus difficiles.


4. Ceux qui doivent absolument se venger à chaque fois qu'ils s'imaginent offensés devraient être retirés du projet aussi vite et avec autant de douceur que possible.


5. Depuis la seconde moitié de 2005, il y a eu de plus en plus d'intérêt de la part des wikipédiens, en particulier des nouveaux, à la réalisation de jolies pages utilisateur, de boites, de signatures et autres gadgets, plutôt qu'à contribuer au matériau encylopédique. Ça n'est sans doute pas une bonne tendance, mais il est peu probable que cela change. Les meilleurs contributeurs de matériau encylopédique négligent ces choses, et réciproquement.


6. Tout utilisateur enregistré dont la première contribution est un vandalisme de page utilisateur, ou une attaque personnelle sur une page de discussion, devrait être bloqué immédiatement Ad vitam æternam, sans commentaire.


7. Si un nouvel utilisateur commence par se créer une page utilisateur et une page de discussion blanches, ses contributions suivantes seront du vandalisme, des attaques personnelles ou une autre forme de troll. Ceux qui défendent ces utilisateurs quand ils se font bloquer ne sont ni mauvais ni complices, mais juste inexpérimentés.


8. Se connecter sous IP ou avec un faux-nez pour vandaliser une page utilisateur ou lancer des attaques personnelles est une forme particulièrement méprisable de lâcheté. Quand on a un problème avec quelqu'un, on le règle face à face.


9. Les utilisateurs contribuant à un seul sujet ont rarement, voire jamais, la volonté ou la capacité d'écrire de façon neutre. De plus, à l'examen, on trouve souvent un conflit d'intérêt.


10. Plus un point de vue est extrémiste et non encyclopédique, plus il est probable qu'il s'attire la sympathie de faux-nez.


11. Si un contributeur écrit vraiment de façon neutre, il est impossible de déterminer si ses contributions reflètent ou non ses opinions. C'est particulièrement patent dans les articles politiques, mais s'applique partout[1].


12. Wikipedia est une encyclopédie. La tâche première des wikipédiens est de l'écrire. Tout le reste est secondaire.


13. Comme la tâche première des wikipédiens est d'écrire l'encyclopédie, tout utilisateur dont l'activité principale est d'interférer avec l'écriture devrait être amené à quitter le projet, de la façon la plus indolore possible. La meilleure façon est de le persuader qu'il sera plus heureux ailleurs, et de lui souhaiter tout le bonheur du monde. La pire est de lui taper dessus et de l'énerver. Mais quelle que soit la façon dont cela se fait, cela doit être fait.


Wikipédien au crâne, Frans Hals.

14. « On ne saurait compter toutes les espèces de vanité » (La Rochefoucauld, Maximes fournies par le manuscrit de Liancourt)


15. Les pires ennemis de Wikipédia sont ceux dont la vanité est froissée. Ce peut être des gens moyennement notables qui ont essayé d'éditer l'article qui leur est consacré, et qui n'ont pas pu en prendre le contrôle ; ou des gens qui ont travaillé dur sur un article consacré à un sujet qui leur tient à cœur et qui a été supprimé par la communauté ; ou encore des gens qui veulent promouvoir un point de vue rejeté par la communauté. D'ordinaire, ils invoqueront un principe moral supérieur à la rescousse de leur croisade contre le projet, comme la Censure, la Liberté d'expression, une conspiration pour les persécuter, ou tout autre chose, parce que leur propre orgueil les empêche de voir que c'est cette vanité même qui cause leurs tracas.


16. Les trolls et les polémistes se combattent mieux avec un petit délai. Laissez-les éditer, et corrigez une heure ou deux plus tard, ou même le lendemain. Les trolls se lassent facilement, et partiront probablement si vous retenez votre feu un moment (il va de soi que le vandalisme trivial se revert immédiatement). Cette tactique est particulièrement efficace contre le type Stormfront ou Free Republic, ou contre tous les groupes qui promeuvent un point de vue en cherchant la bagarre.


17. Il EXISTE une cabale. C'est un noyau de contributeurs unis par la conviction que l'encyclopédie doit se protéger des imbéciles et des gens qui écrivent des sornettes.


18. Lorsque quelqu'un attaque la communauté ou une de ses parties dans une diatribe sur sa page utilisateur, c'est que l'Acte V de sa Wiki-tragédie personnelle débute. Il se conclura, inévitablement, par son départ ou son expulsion du projet.


19. Les appels à commentaires, les arbitrages, et, de plus en plus, le Bulletin des Administrateurs, sont comme une série d'accidents d'autoroute spectaculaires qui ralentissent le trafic dans les deux sens parce que tout le monde se dévisse la tête en passant devant pour mieux regarder. Les contributions à l'encyclopédie diminuent à chaque nouveau carambolage.


20. L'une des raisons les plus méconnues pour l'accroissement des conflits sur l'ensemble du projet est que presque tous les articles sur les sujets importants sont écrits. Le travail qui reste à faire est moins glamour que d'écrire de fond en comble un article sur un sujet important, et les conflits constituent la première source d'excitation de substitution. L'encyclopédie est sortie du berceau et, comme en amour, c'est quand l'excitation des débuts s'éloigne que le vrai travail commence.


21. « Il n'y a point de sots si incommodes que ceux qui ont de l'esprit. » La Rochefoucauld, Maximes, n° 451


22. Ceux qui déclarent tôt leur ambition de devenir administrateur ne devraient probablement pas l'être. Être administrateur est plus une tâche endossée par un wikipédien établi qu'un trophée à épingler sur un néophyte. Les meilleurs administrateurs sont ceux qui se font recruter, pas ceux qui attendent en trépignant une limite de trois mois ou un certain nombre de contributions. Être administrateur n'est pas un trophée, et gare à ceux qui veulent se l'épingler comme une médaille.


23. Toutes les vertus et tous les vices de l'humanité se trouvent sur Wikipédia. Ceux qui quittent la communauté parce qu'ils ne peuvent pas tolérer ses vices, ses divisions et sa politique, se retrouveront devant les mêmes vices, divisions et politique ailleurs dans la vie.


24. Les modifications anonymes sur les sujets encyclopédiques traditionnels, particulièrement pendant les heures d'école, sont bien plus susceptibles d'être du vandalisme que celles sur des sujets de culture populaire.


25. Le vandalisme de type troll et attaques personnelles a son pic les vendredis et samedis soirs. Prenons le bon côté des choses : au moins, ils ne sont pas en train de conduire soûls.


26. Qu'un vandale vous insulte est un bon indice que vous faites quelque chose de bien. « Écoutez les reproches de l'imbécile ! C'est un titre de roi ! » (William Blake, Proverbs of Hell)


27. L'une des sortes de vandalisme les plus courantes est l'affirmation que quelqu'un, quelque chose ou un endroit est « pédé ». C'est le reflet de l'angoisse sexuelle courante, et même inévitable, des adolescents masculins qui constituent le gros des vandales de Wikipédia. Cela fait partie de la puberté, tout comme l'acné juvénile. Révoquez et oubliez-le.


28. Tout nouvel article qui porte le même nom que son créateur peut presque invariablement s'effacer par le critère de notoriété. « Utilisateur-ifier » (i.e. déplacer l'article vers une page utilisateur) est une approche légèrement plus charitable, mais qui ne fonctionne pas aussi bien qu'elle devrait.


29. Il y a des gens bien qui quittent le projet tout le temps. Heureusement, il y a des gens bien qui rejoignent le projet tout le temps, aussi. Les gens pas bien vont et viennent également. Le projet survit à ces départs et ces arrivées.


30. Beaucoup de nos contributeurs les plus précieux ont commencé avec quelques contributions discutables. Soyez gentil avec les débutants, même si c'est une longue patience que de voir sans cesse la même erreur se répéter des centaines de fois pendant plusieurs années. La patience est l'une des vertus les plus sous-estimées, et dans notre époque de trouble déficitaire de l'attention, c'est l'une des plus rares.


31. Ceux qui accusent à grand bruit la communauté d'un vice particulier sont presque invariablement eux-mêmes frappés d'une forme ou l'autre du même vice à laquelle ils sont aveugles.


32. Si vous vous faites bloquer, c'est que vous avez fait quelque chose de mal. Au lieu de vous plaindre d'abus de pouvoir, de censure ou de Dieu sait quoi, conduisez-vous simplement d'une façon qui ne vous fasse pas bloquer. Il y a des milliers de contributeurs qui ont contribué énormément à Wikipédia sans jamais se faire bloquer. Ça n'est pas si difficile.


33. Quand la première contribution d'un nouveau contributeur se fait reverter et que cela l'énerve au point qu'il répond par plusieurs pages d'invectives sur une page du discussion, il est fort improbable qu'il soit apte à devenir contributeur de Wikipédia. Si dur cela soit-il, il faut laisser son ego au vestiaire, ou à tout le moins autant de son ego que l'on peut. Non seulement tout le monde peut modifier, mais tout le monde modifie effectivement, et l'annulation de modifications perpétrées de bonne foi est notre pain quotidien ici.


34. À chaque fois qu'un groupe de personnes, tout particulièrement d'administrateurs, se rassemble et s'accorde sur quelque chose, il va inévitablement se trouver une poignée de détracteurs bruyants qui s'y opposeront par principe parce qu'ils trouvent quelque chose d'inquiétant dans tout groupe dont les membres sont en accord - surtout s'ils perçoivent ce groupe comme détenant un pouvoir sur eux. Voir Il n'y a pas de cabale.


35. C'est une bonne chose de se laisser dégonfler l'ego de temps en temps. La plupart d'entre nous, après plusieurs années et des dizaines de milliers de modifications, finissent par mettre dans ce travail beaucoup plus de leur ego qu'ils ne l'avaient voulu ou prévu au départ. Quoiqu'il soit naturel que cela arrive, cela a des conséquences indésirables comme le sentiment de posséder ses contributions et une tendance à réagir avec une bonne foi relative, voire avec arrogance. Quelqu'un annule vos contributions avec un commentaire sarcastique ? Laissez filer ! Quelqu'un vous fait mauvaise presse ? Ne répliquez pas. Laissez couler. Cela peut bien faire mal au début de laisser faire, mais en être capable est une vraie preuve de force et de maturité. On y gagne à long terme. Se venger apporte non seulement le discrédit mais aussi la colère, et accroît le risque de répondre hors de proportions au fur et à mesure que les provocations s'accumulent.


36. Sous l'effet de la colère, il est extrêmement difficile de reconnaître les modifications de bonne foi apportées par d'autres. Remettez la décision à un moment où vous ne serez plus en colère. On ne peut pas prédire les conséquences d'annuler une contribution faite de bonne foi avec un outil anti-vandalisme ou un commentaire « rvv », mais il est peu probable que cela vous attire la confiance ou la sympathie. En règle générale, ne révoquez rien quand vous êtes en colère. Attendez que l'émotion passe et d'être redevenu vous-même.


37. Quand quelqu'un hurle à la « tyrannie des administrateurs », c'est en général vrai : il est probablement encore en train de tyranniser un administrateur. S'il y a un blocage dans l'histoire, attendez-vous à bref délai à voir un bataillon de faux-nez dénoncer à hauts cris les turpitudes des administrateurs.


38. Essayez d'être aussi tolérant que possible aux modifications d'utilisateurs établis. S'il faut en reverter une, donnez-en une explication aussi courtoise que possible, laissant place au compromis. Et s'ils ont simplement tort, ne leur mettez pas le nez dedans. Le risque de perdre des contributeurs bien établis pour des broutilles est l'un des pires auxquels notre projet doive faire face. Ceux qui contribuent depuis un an ou plus et qui ont fait des milliers de contributions sont le plus grand atout du projet, et on ne le dira jamais assez.


39. Tout désagréable qu'il soit de se faire agresser par un troll obsessionnel, vicieux et persistant, rappelons-nous que ces gens-là sont profondément misérables. Ils souffrent pour de vrai. La vie est un enfer pour eux : ils sont souvent sans emprise sur leurs propres pulsions, pas complètement sains d'esprit. Un peu de compassion peut les aider, même si le réflexe serait de riposter. Ne le faites pas. S'abstenir de riposter est un signe de force, et une réponse pacifique pourrait en fait faire du bien.


40. Les contributeurs « à la retraite » quittent parfois le projet pour de bon, particulièrement lorsqu'ils partent par lassitude, ou parce que le projet a cessé d'être neuf, amusant ou gratifiant pour eux. Mais s'ils partent sur un coup de colère, ils partent rarement pour toujours. Attendez-vous à les voir revenir pour exercer leur « vengeance » sur ceux dont ils croient qu'ils leur ont fait du tort. Et leurs actions à leur retour sont parmi les plus viles qu'on voit dans le projet, et les plus contraires à son objectif. On peut voir une abondance de ces conduites dans les commentaires, les problèmes, les requêtes aux CAr, les bulletins et les journaux. Certains de ces utilisateurs dégoutés reviennent sous de faux-nez, mais les plus courageux reviennent sous leur vrai nom. Mais, comme dans toute vendetta, ils se font plus de mal à eux-mêmes qu'ils n'en font à leurs victimes, car ils ne font que s'enfoncer dans la fange et le déshonneur. Il n'est pas de conduite plus méprisable que d'infliger la souffrance pour s'en repaître, mais c'est hélas une motivation bien courante.


41. Tout comme la saison sèche fait les incendiaires, les épisodes de controverse sur Wikipédia attirent certains utilisateurs qui tentent d'attiser les conflits afin de jouir des dégâts qu'ils provoquent. On peut reconnaitre les mêmes noms qui réapparaissent encore et toujours dans ces circonstances. Comme dit plus haut, il est de plus en plus difficile de travailler sur les articles ces dernières années, et il est bien plus facile et plus amusant pour certains de sentir l'excitation et la fierté d'humilier un adversaire, que d'écrire, sourcer, nettoyer ou référencer un article que personne n'ira immédiatement lire. La controverse est aussi addictive que la cocaïne et les règles de politesse de Wikipédia ne restreignent hélas l'incivilité que chez ceux qui les respectent de toute manière, et qui ont la force morale de ne pas répliquer. L'anonymat est à la couardise ce que le Viagra est à l'impuissance.


42. Une proportion importante des wikipédiens est constituée de gens qui ont des problèmes avec la notion d'autorité. C'est la raison pour laquelle beaucoup de gens sont d'abord attirés par Wikipédia. Gardez cela à l'esprit si vous devenez un administrateur, parce qu'alors, sans même vous en douter, vous serez devenu ce que ces gens détestent ; et aussi bon votre travail soit-il, ils trouveront toujours une erreur, et vous persécuteront avec. Autant simplement accepter cette population comme la réalité qu'elle est. Ce sont souvent les meilleurs contributeurs, et tant que Wikipédia restera ouverte à tous, la situation perdurera.


43. Un corollaire est que Wikipédia est souvent accusée d'être biaisée en faveur des libéraux[2]. En fait son seul biais vient de l'auto-sélection de ses membres : les gens sont ici parce qu'ils veulent contribuer à un projet à contenu ouvert. On trouve beaucoup de « gauchistes libertaires » sur le projet par sa nature même.


44. Quand vous vous faites agresser par un troll, souvenez-vous que le choix de leurs insultes en dit plus long sur eux que sur vous, et c'est l'occasion de les prendre en pitié. Ils vous disent ce qui les blesse, et probablement, de façon oblique, ce qui les a blessés par le passé. Harper Lee le décrit bien dans Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur : « Ça n'est jamais une insulte de se faire traiter de ce que quelqu'un pense être une insulte. Cela vous montre à quel point cette personne est pauvre, ça ne vous fait pas mal... ». Si j'avais une objection à formuler, je dirais : cela fait bien mal, mais cela ne blesse pas.


45. « La jalousie est plus implacable que la haine ». Une raison sous-estimée à la persécution est que le troll veut quelque chose que vous avez : la considération, la passion, l'éducation, les capacités, la connaissance - quelque chose. Cela se dissimule en général sous des histoires de mauvaise conduite de votre part, mais ce déguisement laisse souvent entrevoir que ce que le troll veut en réalité, c'est être reconnu comme un égal. Plus le troll persiste, plus il laisse voir son angoisse.


46. Petit test à deux questions à appliquer aux comptes utilisateurs suspects qui semblent causer des remous :

  • Est-ce que cette personne aide vraiment à construire une encyclopédie ?
  • Dans la négative, est-ce que cette personne interfère activement avec ceux qui y aident ?

Si les réponses sont respectivement « non » et « oui », bloquez immédiatement et passez à autre chose.


47. « Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. » (Genèse 11:3, Segond). Chaque endroit de la terre a ses nationalistes. Ce sont les dupes des démagogues, les jouets des conquérants, et une grande peste sur Wikipédia. Écrivez un millier de mots sur un personnage important mais négligé, et un nationaliste apparaîtra pour contester l'orthographe de son nom, son lieu de naissance, sa généalogie, ou sa catégorie, sur le ton de la morale outragée. Voyez le « bon » côté des choses : ils donnent des emplois à nos amis qui travaillent dans l'armement. Un jour, quand la Terre sera recouverte de son dernier manteau de poussière radioactive, leurs fantômes péroreront: « ça n'est pas si mal, ils ont eu ce qu'ils méritaient ». Que les sains d'esprit les ignorent et soient de bons citoyens de l'humanité toute entière, plutôt que d'un de ses morceaux.


48. Ceux qui font des listes de gens qu'ils n'aiment pas sur leur page utilisateur ne restent pas longtemps. Voir le point 18, qui est intimement lié.


49. La plus haute distinction que peut vous accorder un troll est de vous consacrer une page haineuse ailleurs sur Internet. C'est ce que vous obtiendrez de plus proche d'une capitulation, en plus de vous prouver que ce que vous avez fait était bien juste. Comme pour le troll intra-wiki, les insultes qu'ils choisiront en diront plus sur eux que sur vous. Envisagez ce genre de pages comme des monuments à la valeur de votre travail, et à part ça ignorez-les.


50. Wikipédia n'est pas plus un endroit pour les gens incapables de se contrôler que l'exploitation minière n'est une carrière pour un claustrophobe. Que l'on trouve autant de ces gens ici est un exemple poignant de cette tendance trop humaine qu'ont les névrotiques chroniques à chercher les environnements qui les remplissent de colère et de désespoir.


51. Prenez garde à vous mettre à aimer bloquer les vandales, écraser les trolls et bannir les enquiquineurs ; si vous passez trop de temps à éradiquer les monstres du projet, vous risquez d'en prendre les caractéristiques. Trop de combats contre les trolls est mauvais pour la concentration, la sensibilité et le bon goût. Il n'est pas étonnant que les chasseurs de trolls les plus expérimentés aient souvent les plus susceptibles des caractères. Le meilleur antidote à cette tendance est de faire régulièrement autre chose, comme par exemple avoir une vie hors de Wikipédia.


52. Les trolls, les utilisateurs bannis et les déficients mentaux vont essayer de vous pourrir la vie si vous contribuez activement. Faites du bon travail tout de même. Vengez-vous de vos ennemis en ne devenant pas comme eux[3].


53. Tout comme le sarcasme est la protestation des faibles[4], le site haineux est la jérémiade des incompétents, de ceux qui n'arrivent pas à éditer Wikipédia. Ils sont insignifiants. Continuez à créer des choses utiles et belles, et répandez la bonne volonté par le monde. Si d'autres se consument de haine et de rancœur, prenez-les en pitié, et soyez heureux de ne pas être dans leur état.


54. Rien n'est plus difficile à surmonter que l'agacement d'un bon exemple[5]. Si vous voulez vous faire aimer, foirez un bon coup de temps en temps, et présentez des excuses.


55. Tout le monde pense qu'il est juste de résister aux brutes. Non seulement c'est plus difficile à faire qu'à dire quand on n'est pas sous l'influence de la testostérone ou de votre stimulant à colère préféré, mais ce faisant, on risque de devenir soi-même une brute. Je cite le Dalai Lama : « quand vous rencontrez l'injustice, soyez fort - mais sans faire le mal ».


56. Comme l'observait Freud, on n'est jamais aussi courageux que lorsqu'on se sent aimé. A contrario, les solitaires sont souvent les plus lâches, et leur colère est vindicative. Wikipédia est pleine de solitaires.


57. « Le ver que coupe la charrue, lui pardonne »[6]. Les trolls et les utilisateurs bannis peuvent bien vous harceler constamment et essayer de provoquer une réaction. Laissez couler. Ils passeront bien par-dessus. La charrue l'a déjà fait.


58. Méfiez-vous des utilisateurs tellement infatués de leurs propres vertus qu'ils sont incapables de reconnaître quand elles deviennent des vices ; et qui aiment tellement leur propre éloquence qu'ils ne voient pas qu'elle devient de la tartufferie. Les premiers sont ceux qui n'admettent jamais avoir tort, mais qui exigent des excuses des autres pour des erreurs de jugement que tout le monde fait à l'occasion ; et les derniers sont les plus aveuglés et les plus butés des propagandistes[7]. L'habileté avec les mots n'est gage ni de vertu, ni de sagesse.


59. Quand un utilisateur cesse de contribuer aux articles pour ne plus écrire que dans l'espace méta, sur les pages de discussion et sur les arbitrages, et lorsque plus de la moitié de ses contributions sont des polémiques, que ce soit pour les commencer ou pour les raviver : alors ce contributeur est proche du départ. Comme les étoiles de la séquence principale[8], certains départs se contractent en naines blanches, avec des contributions qui diminuent, peu de lumière, et un refroidissement lent ; et les autres sont des explosions de supernovae, qui projettent des déchets et des gaz chauds dans toutes les directions.


60. On est plus vite remercié pour avoir reverté « t'es kun PEDE » d'une page utilisateur que pour avoir écrit un article érudit, complet et référencé sur un sujet encyclopédique. La meilleure façon de persister comme wikipédien « écrivain » pendant plusieurs années est d'être, selon les recommandations du Bouddha, « indifférent aux compliments comme aux blâmes ». L'indifférence aux compliments est une dure tâche pour de simples mortels, mais des millions de lecteurs anonymes potentiels l'exigent de vous, car si vous demandez des éloges, vous vous brûlerez les ailes comme ceux du no 59. Rappelez-vous : vous pouvez prendre au sérieux le travail que vous faites ici, et avoir vos efforts à cœur. Mais n'en parlez pas.


61. Les wikipédiens qui passent trop de temps sur les bulletins, sur les pages du comité d'arbitrage ou sur les pages de discussions d'articles conflictuels ont une probabilité élevée d'arriver à la conclusion que Wikipédia est dysfonctionnelle, incompétente, et condamnée à l'échec. Quand un wikipédien parvient à ces conclusions, on peut s'attendre à voir sa page utilisateur proclamer l'échec imminent du projet. La meilleure thérapie est de quitter ces endroits et de lire quelques articles sur des sujets vraiment encyclopédiques, en regardant à quel point ils sont bons. De même, si l'on regarde une table au niveau subatomique, on constate qu'elle se compose principalement de vide, avec quelques particules minuscules qui courent comme des folles dans toutes les directions, chacune avec une position arbitraire et inconnaissable ; et si vous regardez de trop près, elles changeront de place rien que pour vous mettre en rage[9]. Prenez du recul, et l'ensemble redevient une table. Nous sommes une assez bonne encyclopédie, et ça se voit quand on s'éloigne un peu des zones de conflit.


62. Il y aura la paix sur Terre, et le lion s'étendra près de l'agneau, avant que les utilisateurs bannis comprennent qu'ils n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes de leur mise au ban. Toutes les croisades sur les « abus des administrateurs » et les « coteries » viennent de la même inépuisable source de folie : « je ne peux pas avoir tort, ce sont tous les autres qui se trompent ».


63. Que les mauvais contributeurs semblent aussi nombreux et nuisibles est une sorte de biais de sélection proportionnel au temps passé sur les bulletins. C'est comme les mauvais conducteurs que l'on rencontre sur la route : quand on arrive à sa destination, on se souvient des deux ou trois chauffards, mais pas des centaines qui ont échappé à l'attention en se comportant correctement. Ainsi, qu'il y ait 99 bons contributeurs pour chaque mauvais, on ne le remarquerait jamais parce que leurs noms n'apparaissent jamais dans les psychodrames, et leurs messages haineux ne contaminent jamais les pages de discussion.


64. Jouer la victime rend plus petit. C'est quelque chose que les utilisateurs bannis ne comprennent pas lorsque, revenant sur Wikipédia, ils lancent leurs accusations sensationnelles de cabales, de conspirations et de vendettas personnelles : cela ne les rend pas plus importants. Ça les rapetisse, les diminue, les rend plus ridicules et insignifiants à chaque itération. Ça rappelle L'homme qui rétrécit, de Richard Matheson, ce grand film existentialiste dans lequel on peut voir tant de choses. Au lieu d'aider à construire la plus grande encyclopédie de l'histoire de l'humanité, ces trolls finissent leur wiki-carrière à combattre des araignées imaginaires avec des cure-dents.


65. La seule façon totalement sûre de se débarrasser d'un troll est de fermer l'onglet de votre navigateur. Et cela ne prend qu'un clic de souris. Mais... pas si facile à faire, n'est-ce pas ?


66. Toute modification qui améliore l'encyclopédie est un bonne modification. Avant de cliquer « Publier », passez toujours cette question dans votre vérificateur mental ultime : est-ce que ce que je viens de mettre dans cette boîte d'édition améliore l'encyclopédie ?


67. Gardez-vous du moment où vous vous croyez sage, car vous pourriez bien être devenu fou.


Je suis aussi susceptible de vanité que quiconque, et publier ces observations n'est pas une tentative de suggérer que je suis moi-même au-dessus de ces comportements[10].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Ce n'est pas à l'écrivain de tenir des opinions. » (William Butler Yeats)
  2. NDT: donc de la Gauche américaine (le texte original vient de en:). Sur fr:, on crie souvent à la dictature de la Droite, elle aussi, curieusement, libérale.
  3. Marcus Aurelius, Méditations
  4. John Knowles, A Separate Peace
  5. Mark Twain
  6. William Blake, The Marriage of Heaven and Hell
  7. NDT: POV-pushers dans le texte original
  8. NDT: la séquence principale du diagramme de Hertzsprung-Russell, évidemment.
  9. Werner Heisenberg n'était pas à proprement parler un wikipédien, mais si vous l'aviez regardé de trop près, il se serait rebiffé aussi.
  10. NDT : et les traduire, donc !