Utendi wa Tambuka

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L’Utendi wa Tambuka ou Utenzi wa Tambuka[1] (qui signifie en swahili L'histoire de Tambuka, c'est-à-dire la ville de Tabuk dans l'actuelle Arabie saoudite), aussi connu sous le nom de Kyuo kya Hereḳali (Le Livre d'Héraclius), est un poème épique swahili. Daté de 1728, c'est l'un des plus vieux documents connus écrits en swahili.

Date et contexte de composition[modifier | modifier le code]

Le plus vieux manuscrit de l'épopée est daté de 1141 après l'Hégire selon le calendrier musulman, soit 1728 après J.-C. dans le calendrier grégorien. L'épopée a été composée dans à Yunga, palais royal de l'île de Pate, dans l'archipel de Lamu au Kenya. Dans la strophe 1124-1125, l'auteur indique que le roi de Yung (autrement dit le roi de Pate) lui a demandé de composer une épopée relatant les exploits guerriers des premiers fidèles de Mahomet. Dans la strophe 1146, l'auteur se nomme : Mwengo, fils d'Athumani ou Osman. On ne sait pas grand-chose de plus à son sujet, sinon qu'il vivait à la cour du roi de Pate, qu'il n'était déjà plus un jeune homme en 1728 et que quelques autres poèmes lui sont attribués[2]. Mwengo avait aussi un fils, Abu Bakr bin Mwengo, qui composa une imitation de l'épopée de son père quelque part au milieu du XVIIIe siècle[3].

Comme d'autres manuscrits en swahili écrits pendant cette période, celui de l’Utendi wa Tambuka est écrit en écriture arabe. La langue employée par Mwengo est un dialecte swahili du nord appelé le kiamu. D'autres manuscrits montrent toutefois une influence d'un autre dialecte du nord, le kigunya, tandis que d'autres encore montrent des traces du kiunguja, dialecté parlé à Zanzibar[4].

Forme poétique[modifier | modifier le code]

L’Utendi wa Tambuka est l'un des représentants les plus connus de la forme poétique swahilie appelée l'utenzi (ou utendi). L'utenzi est un poème en vers composé de quatrains d'octosyllabes, c'est-à-dire de strophes de quatre vers, chaque vers comptant huit syllabes. Dans un utenzi, les dernières syllabes des trois premiers vers d'un quatrain riment entre elles, tandis que le quatrième vers du quatrain présente une rime différente qui reste identique pendant tout le poème et sert donc à relier entre eux les quatrains successifs qui forment le poème. La plupart des mots swahilis sont accentués sur la syllabe pénultième (c'est-à-dire l'avant-dernière), de sorte que chaque vers contient au moins un accent sur l'avant-dernière syllabe du vers. L'utenzi n'impose pas d'autres contraintes métriques dans le cadre du vers de huit syllabes[5]. Cette forme peut être illustrée par le premier quatrain de l'épopée[6] :

« Bisimillahi kut̠ubu
yina la Mola Wahhabu
Arraḥamani eribu
na Arraḥimu ukyowa »

Les trois premiers vers du quatrain se terminent tous par la rime -bu. La dernière syllabe du quatrième vers se termine par la voyelle a, et ce son se retrouve à la fin de chaque strophe du poème. Lors d'une lecture à haute voix, la voyelle est tenue pendant plus longtemps et porte l'emphase.

Résumé[modifier | modifier le code]

L'épopée relate les péripéties des guerres arabo-byzantines et des guerres turco-byzantines entre les musulmans menés d'abord par Mahomet et les Byzantins sur lesquels règne Héraclius. Elle couvre une longue période de temps allant de la bataille de Mu'tah en 628 jusqu'à la chute de Constantinople le 29 mai 1453[7]. Elle se concentre toutefois sur l'affrontement entre Mahomet, prophète de l'islam, et l'empereur byzantin Héraclius au VIIe siècle. L'épopée adopte le point de vue de Mahomet et de ses compagnons, et les Byzantins sont appelés « Romains ».

L'épopée commence lorsque Mahomet mène pendant sept jours le deuil de trois de ses guerriers, Jaafari Mwana Amuye Bashiri, Abdalla Shururi, et Zaidi, des messagers morts à la guerre. Jibril ( autre nom de Gabriel dans le Coran ) rend alors visite à Mahomet pour lui transmettre les ordres d'Allah, à lui et à ses compagnons : il doit prendre la cité de Tabuk. Mahomet confie à Ali ibn Abi Talib la tâche de mettre par écrit les événements à venir afin qu'ils soient conservés. Mahomet envoie alors une lettre (écrite par Ali) à l'empereur byzantin Héraclius pour contester sa croyance dans le statut de fils de Dieu de Jésus. Omar ibn al-Khattâb est chargé de transmettre la lettre : il se prépare puis voyage jusqu'à Tabuk et remet la lettre au ministre d'Héraclius. Le ministre répond par la même voie en persistant dans sa foi chrétienne dont il indique que les Byzantins l'ont héritée de leurs ancêtres. La lettre est alors envoyée à Héraclius en personne, qui réside à Damas ; mais la réponse de l'empereur est également négative. Chacun de leur côté, Mahomet et Héraclius se préparent à la guerre ; des milliers de musulmans viennent se rassembler à Médine pour soutenir Mahomet. L'armée menée par Mahomet attaque Tabuk et la bataille de Tabouk est relatée en détail. L'armée de Mahomet est victorieuse. Le ministre d'Héraclius et ses associés sont faits prisonniers et se voient donner le choix entre se convertir à l'islam ou être condamnés à mort ; ils refusent de se convertir et sont passés au fil de l'épée.

L'une des principales figures héroïques de l'épopée est Ali ibn Abi Talib, neveu de Mahomet dont il épouse la fille, Fatimah ; il est notamment surnommé « Haidar », « le lion ». Un autre héros important mis en scène dans l'épopée est Omar ibn al-Khattâb, autre compagnon de Mahomet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le symbole d̠ est une translittération employée dans l'écriture arabe (voyez à Alphabet arabe) pour rendre le son swahili dh ([ð]). Ce son est souvent translittéré simplement par un « z » en alphabet latin, d'où les différentes orthographes du titre.
  2. Knappert (1977), p. 15–16.
  3. Knappert (1969), p. 81.
  4. Knappert (1977), p. 9.
  5. Knappert (1977), p. 30–32.
  6. Ce quatrain est donné ici dans la transcription latine employée par Jan Knapper à partir du manuscrit arabe identifié par la lettre U dans la tradition manuscrite de l'épopée.
  7. Knappert (1977), p. 8.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions et traductions du texte[modifier | modifier le code]

  • (nl) Jan Knappert, Het Epos Van Heraklios, een proeve van Swahili poëzie, Alkmaar, Druck N. J. Hofman, 1958. (Édition néerlandaise et traduction littérale.)
  • (nl) Jan Knappert, Het Epos van Heraklios. Uit het Swahili vertaald in het oorspronkelijke metrum, Amsterdam, Meulenhoff, 1977. (Traduction néerlandaise respectant le mètre d'origine.)

Études savantes[modifier | modifier le code]

  • (en) Mohammad Abou Egl, The life and works of Muhamadi Kijuma, thèse de doctorat (PhD), SOAS, Université de Londres, 1983, p. 240-242.
  • (en) Jan Knappert, « The Utenzi wa Katirifu or Ghazwa ya Sesebani », dans Afrika und Übersee, 1969, LII, 3-4, p. 81-104.
  • (en) Jan Knappert, A survey of Swahili islamic epic sagas, Lewiston (New York), the Edwin Mellen press, coll. Studies in Swahili language and literature, cop. 1999.
  • (en) Yaganami Karta, « Wakar Tabuka, the Kayawar and Utenzi wa Tambuka: A Comparison of Three Popular African Islamic Epic Traditions », dans Annals of Borno, n°15/16, 1998/99, p. 20-27. (Hausa, kanuri, swahili.)

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) Fiche du poème avec résumé sur le site Swahili Manuscripts Project (page conservée sur Archive.org dans son état du 30 septembre 2007)