Usine élévatoire de Trilbardou

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L'usine de relevage de Trilbardou

48° 56′ 55″ N 2° 47′ 51″ E / 48.9485, 2.7975 L’usine élévatoire de Trilbardou est une machine hydraulique situé à Trilbardou, qui permet d'alimenter le Canal de l'Ourcq en eau de la Marne. Elle se trouve en contrebas du canal, à 39 km du bassin de la Villette.

Cette machine, datant de 1865 et classée monument historique en 1989, est toujours en état de fonctionnement, mais l'alimentation en eau du canal est désormais essentiellement assurée par des pompes électriques installées dans un bâtiment à l'entrée du site.

La télésurveillance du Canal de l'Ourcq et de ses installations techniques est assurée depuis un poste de commande installée dans l'usine.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le barrage sur la Marne fournissait l'énergie à l'usine élévatoire, avant que la roue Sagebien soit relayée par des pompes électriques

Le Canal de l'Ourcq, mis en service en 1821, est essentiellement alimenté en eau par la rivière d'Ourcq, la Beuvronne et la Thérouanne et d'autres affluents mineurs de l'Ourcq.

Toutefois, les étés 1858 et 1865 furent des périodes de sécheresse durant lesquels la navigation sur le canal fut pratiquement paralysée. La Ville de Paris obtint deux décrets du 14 avril 1866 l'autorisant à puiser de l'eau de la Marne sur deux sites situés, l'un à Isles-les-Meldeuses et l'autre à Trilbardou, là où le canal était établi à proximité de la rivière.

La ville fait installer en 1865, dans l'urgence, des machines à vapeur système Farcot, dont la puissance, modeste, permettait de puiser 40 l/s d'eau dans la Marne[1], et entreprend la construction de l'usine élévatoire de Trilbardou qui sera équipée entre autres de pompes et moteur hydraulique système Sagebien ainsi que l'usine élévatoire de Villers-lès-Rigault avec une machine à roues turbines de Girard.

Après le choc pétrolier de 1973, la restauration des installations d'Alphonse Sagebien fut entreprise. Le chef d'atelier de l'usine de Trilbardou, en assura la mise en œuvre.

Description[modifier | modifier le code]

La roue système Sagebien de l'usine de Trilbardou
Elle entraine quatre pompes foulantes/refoulantes. On voit ici deux de ces pompes, ainsi que la transmission de l'énergie produite par la roue hydraulique

L'usine de Trilbardou est édifiée à l'emplacement d'une ancienne usine de tréfilerie et de laminage, les établissements Languenard, qui puisaient leur force motrice dans une chute de la Marne de 80 cm. La Ville de Paris racheta les installations et les droits d'eau après un incendie, ainsi que le moulin de Mareuil-lès-Meaux, dont elle supprima le barrage, portant ainsi la chute de Trilbardou à 1,20 m.

Compte tenu de cette faible hauteur de chute, mais de l'importance du débit de la Marne, une usine élévatoire alimentée par une roue hydraulique système Sagebien était parfaitement adaptée aux besoins, et cette technique, bien maîtrisée à l'époque, permettait d'obtenir un rendement énergétique de 85 % à 90 %.

Ce type de roues a comme particularité de posséder des aubes non radiales, de manière à ce qu'elles soient inclinées à 45 degrés lorsqu'elles pénètrent l'eau, évitant ainsi de provoquer des chocs et des tourbillons qui réduiraient le rendement du système tout en nécessitant plus d'entretien du dispositif. Les pertes d'énergie sont donc réduites et l'eau travaille plus par son poids que par sa vitesse.

La roue Sagebien mise en œuvre, de 11 mètres de diamètre et 6 mètres de largeur, est la plus importante jamais construite, les roues de moulin habituelles ayant un diamètre de 4 à 8 mètres. Elle comprend 70 aubes en sapin de Lorraine, soit 28 m³ de bois, ainsi qu'un arbre métallique en fer forgé de 17 T, long de 11,50 m. reposant sur trois paliers suiffés et tournant à 1,5 tours par minute[2].

Sur l'axe de l'arbre moteur se trouve un pignon de 100 dents, engrenant deux roues plus petites tournant, elles, à 5 tours par minute et qui entrainent par l'intermédiaire de quatre bielles quatre pompes foulantes/refoulantes conçues également par Sagebien.

La puissance de ce moteur hydraulique n'est que de 150 CV, ce qui semble faible aujourd'hui, mais suffit pour animer les quatre pompes, capables de déverser ensemble dans le canal, situé 15 m plus haut que la Marne, environ 320 l/s dans de bonnes conditions de chute.


Eugène Belgrand, alors chef du service des eaux et des égouts de la Ville de Paris, estimait de cette machine que «  son rendement en eau montée, lorsque la chute est bonne est égal à 70 % de la puissance théorique de cette chute[3]. C'est certainement le meilleur moteur que la Ville possède »[4]

Toutefois, si cette installation était bien adaptée au site, elle était lourde et lente, ce qui impliquait transmissions complexes et onéreuses pour générer un mouvement plus rapide adapté à la vitesse de travail des pompes[5]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brochure sous la direction de Barozzi, op.cité, page36
  2. Daniel Combalbert, « Une journée au bord de l'eau, promenade photographique le long du canal de l'Ourcq »,‎ 2008 (consulté le 30 septembre 2008)
  3. Il s'agit du rendement cumulé de la roue Sagebien, de la transmission et du système de pompes. Il est donc normal que cet ensemble ait un rendement inférieur à celui de la seule roue Sagebien
  4. Eugène Belgrand, Les eaux nouvelles (cité par Claude Gaudin dans les actes du colloque de l'Aflo, op. cité
  5. Claude Gaudin, Le Canal de l'Ourcq, in actes du colloque organisé par l'AFLO, op. cité

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Mérille, Le Canal de l'Ourcq - Vie et anecdotes, Amarco éditions,‎ 1996, 359 p. (ISBN 2-950957-10-2)
  • Les Canaux de Paris, ed. Ville de Paris,‎ 2007, 46 p.
  • Le Canal de l'Ourcq, hier, aujourd'hui, demain (actes du colloque des 14 et 15 décembre 2002 organisé par l'AFLO), ed. Au fil de l'Ourcq (AFLO) (ISBN 2-9521497-1-2)
  • J. F. Belhoste et C. Cartier, « La roue Sagebien, histoire d'une invention », Cahiers d'histoire et de philosophie des sciences, ENS Éditions, Lyon,‎ 1990 (N°29), p. 119-149 (ISSN 0753-6712)