Uriel da Costa

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Uriel da Costa, également connu sous son nom chrétien Gabriel da Costa, est un philosophe portugais du XVIIe siècle (Porto, 1585 – Amsterdam, 1640).

D’ascendance marrane, il émigre à Amsterdam pour s’y convertir au judaïsme qu’il se figure être conforme à sa lecture littérale de la Bible. Il y découvre cependant des croyances heurtant son entendement issues de la tradition orale, qu’il passera sa vie à combattre avant de se suicider par balle. Il est souvent considéré, tant par son histoire personnelle que par ses croyances rationalistes, comme préfigurant Baruch Spinoza.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gabriel da Costa, natif de Porto, est le fils d'un fervent chrétien, Bento da Costa, et d'une marrane pratiquant secrètement le judaïsme. Lui-même reçoit une éducation chrétienne et étudie le droit canon à l’université de Coimbre, avant de devenir trésorier d’une église collégiale. À 22 ans, selon son propre récit, des doutes relatifs à l’immortalité de l’âme commencent à l’habiter. Ses réflexions l’amènent à lire la Torah et à se convertir au judaïsme. En raison des persécutions espagnoles et portugaises contre les Juifs, il doit alors quitter son pays, avec sa mère et ses frères. Ils s'installent en 1612 à Amsterdam, où les Juifs peuvent librement exercer leur culte. Lors de la conversion, il change son prénom pour celui d'« Uriel ».

Il est rapidement déçu de constater que le judaïsme ressemble peu au « biblisme » qu'il a secrètement cultivé, et en conçoit une vive répugnance pour les traditions rabbiniques, qui lui apparaissent figées dans d'inutiles cérémonials, étrangers à la loi mosaïque. En 1616, il part à Hambourg et y publie Propostas contra a tradiçao (Propositions contre la tradition), s’élevant contre le Talmud et la culture rabbinique, et refusant de mettre sur un pied d'égalité la parole des hommes (loi orale) et la parole de Dieu (Torah). Ce livre est composé de 10 thèses constituant une critique du Talmud et affirmant « la vanité et l'invalidité des traditions et commandements des pharisiens[1] ». En réponse, un herem (mesure d’exclusion de la communauté juive) est prononcé contre lui en 1618 par la congrégation juive de Venise. Chassé de Hambourg, il revient à Amsterdam, continuant à professer les mêmes théories. La communauté d'Amsterdam confirme le herem en 1623.

Le rabbin Samuel da Silva, un contemporain de da Costa, écrit que ce dernier croyait que « la loi orale (du Talmud) était des mensonges et faussetés, que la loi écrite n'a pas besoin d'explications de la sorte et que lui et d'autres pouvaient le prouver. Il affirme que les lois qui gouvernent Israël et le gouvernent lui-même encore n'étaient qu'une invention d'hommes ambitieux et méchants. Il affirme également qu'Israël pratique un culte étranger qu'il a l'intention de détruire[2] ». Da Silva a également prétendu que da Costa rejetait la circoncision, le téfiline, le Tallit et le mezuzot[3].

Outre les rites et la loi orale, Uriel da Costa nie également l'immortalité de l'âme, question qui n'a cessé de le hanter. Pour lui, l'âme est aussi périssable que le corps, il n'y a ni vie post mortem, ni jugement. Il dénonce également les espérances et superstitions liées à cette illusion. Il expose ses thèses – en les fondant sur la loi mosaïque – dans Exame das tradições farisaicas (Examen des traditions pharisiennes), publié en 1624. Offensant la communauté juive, mais aussi les chrétiens, le livre lui vaut d'être arrêté par les autorités de la ville, emprisonné une dizaine de jours et condamné à une amende. Son œuvre est brûlée.

La pensée de da Costa se radicalise encore par la suite. Il en vient à douter de la nature divine, ou au moins révélée de la loi mosaïque, celle-ci étant selon lui trop contraire à la loi naturelle pour procéder de Dieu. Ainsi considère-t-il que toute religion est une invention humaine. Aux rites vides de sens, il préfère une religion basée sur des lois naturelles. Dans le même temps, il tente de se réconcilier avec la communauté juive, pour rompre son isolement, acceptant de « faire [...] le singe entre les singes[4] ». Il lui est cependant impossible de se plier longtemps à l'orthodoxie. De nouveau convaincu d'hérésie, il est victime d'un second herem en 1633, qui rompt ses fiançailles, et n'accepte pas immédiatement la peine permettant l'annulation de la mesure, à savoir la flagellation. Il s'y soumet sept ans plus tard, pour remédier à la pauvreté et à la solitude. Cependant, il ne supporte pas l'humiliation de la flagellation publique et du cérémonial, à la sortie de la synagogue, qui consiste pour chaque personne présente, à enjamber son corps. Après avoir achevé son autobiographie, Exemplar humanae vitae (Exemple d'une vie humaine), il se suicide.

Il est souvent considéré comme l'un des précurseurs de Spinoza[5].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Propositions contre la tradition (portugais : Propostas contra a tradição), ca. 1616
  • Examen des traditions pharisiennes (portugais : Exame das tradições farisaicas), 1623
  • Exemple d'une vie humaine (latin : Exemplar humanae vitae), 1640 (Disponible en ligne)
  • Une vie humaine, intro. et tr. A.-B. Duff et Pierre Kaan, F. Rieder et cie éditeurs, coll. « Judaïsme » (no 3), Paris, 1926 (Disponible en ligne)
  • (en) Examination of Pharisaic traditions, supplemented by Semuel da Silva's Treatise on the Immortality of the Soul, E. J. Brill, intro. et tr. H.P. Salomon et I.S.D. Sassoon, coll. « Brill's studies in intellectual history » (vol. 44), Leiden, 1996 (ISBN 90-04-09923-9) (ISSN 0920-8607) (Aperçu sur Google Books)
  • Image d'une vie humaine : Exemplar Humanae vitae, préf. Daniel Bensaid, Climats, Paris, 2006 (ISBN 9782841581917) (Présentation en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Steven Nadler, Spinoza: a life, Cambridge University Press, 2001, pp. 67-68
  2. Da Silva, cité par Steven Nadler, Spinoza: a life, Cambridge University Press, 2001, pp. 68-69
  3. Da Silva, cité par Nadler, op. cit., pp. 68-69
  4. Une vie humaine, 1926, p. 110
  5. cf. J.-P. Osier, D'Uriel da Costa à Spinoza, Paris, Berg International, 1983

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Albiac, La Synagogue vide, Paris, PUF, 1994
  • Daniel Lacerda, « Nouvelles données sur la vie du libre-penseur Uriel da Costa », Latitudes, vol. 17, no 26, avril 2006, pp. 120-122
  • J.-P. Osier, D'Uriel da Costa à Spinoza, Paris, Berg International, 1983
  • Israël Salvator Révah, « La religion d'Uriel da Costa, marrane de Porto », in Revue d'histoire des religions, no 161, 1962, pp. 45-76
  • Israël Salvator Révah, Des Marranes à Spinoza, textes réunis par Henry Méchoulan, Pierre-François Moreau et Carsten Lorenz Wilke, Paris, Vrin, 1995
  • Israël Salvator Révah et Carsten Lorenz Wilke (éds.), Uriel da Costa et les marranes de Porto : Cours au Collège de France, 1966-1972, Centre culturel Calouste Gulbenkian, 2004 (ISBN 978-9728462376)

Ouvrages utilisés pour la rédaction de cet article :

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