United States Radium Corporation

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L’United States Radium Corporation (US Radium) est une entreprise qui avait pignon sur rue entre 1917 et 1926 à Orange, dans le New Jersey, aux États-Unis. Après un premier succès dans le développement d'une peinture radioactive fluorescente, la société fut obligée de fermer à la fin des années 1920 à la suite de maladies graves survenues chez ses salariées et du décès de travailleuses qui avaient ingéré des matières radioactives en humectant avec leurs lèvres les pinceaux qui leur servaient à peindre de fines lignes lumineuses sur les cadrans des montres[1]. On leur avait dit que la peinture était inoffensive[1]. Durant la Première Guerre mondiale, la compagnie avait vendu beaucoup de ses montres à l’US Army pour ses soldats[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

La société a été fondée en 1914 à Newark, au New Jersey par le Dr Arnold von Sochocky Sabin et le Dr George S. Willis, et était à l'origine appelé la Radium Luminous Material Corporation (compagnie des matériaux lumineux au radium). La société produisait initialement de l'uranium à partir du minerai de carnotite, puis s’orientée vers la fabrication de peintures luminescentes. La société a ensuite déménagé à Orange en 1917 et, quatre ans plus tard, prend le nom de Compagnie américaine du radium en 1921. En 1926 elle cessa le traitement du minerai de carnotite et de la société se nomma elle-même la Safety Light Corporation (compagnie de l’éclairage de sécurité), en référence aux signaux de sécurité fluorescents, les cadrans et d'autres produits utilisant la peinture lumineuse que l'entreprise a produit jusqu'en 1927.

La peinture luminescente utilisée par les femmes, un produit appelé Undark, utilisait le radium, comme principal ingrédient. Les travailleurs ont reçu pour instruction d’« effiler » les pinceaux en les suçant à la bouche[3]

Sans que les femmes en soient informées, le produit était hautement radioactif et donc cancérigène. La peinture qui était ingérée par les femmes, en suçant les pinceaux a provoqué une affection appelée le « radium jaw » (ostéonécrose du maxillaire), un gonflement douloureux et une nécrose de la mâchoire supérieure et de la mâchoire inférieure, et finalement entraîné la mort de plusieurs de ces femmes.

La nécrose du radium était connue mais sa cause première était contestée par les responsables de la compagnie et les scientifiques travaillant pour l’'US Radium. C'est pourquoi une action en justice a été intenté contre l'entreprise par un groupe d’ouvrières surnommé les « 'Radium Girls ». La contre-publicité suscitée par la révélation des maladies et des décès survenus chez les premiers peintres de cadran a provoqué des difficultés de recrutement de nouvelles ouvrières. Ce fut la raison invoquée par l'entreprise pour justifier sa fermeture.

Vers 1920, une entreprise semblable de peinture de cadrans lumineux, une division de la standard Chemical Company basée à Chicago, connue sous le nom de Radium Dial Company a ouvert à Chicago, mais a très vite transféré son activité de peinture de cadrans à Perou, dans l’Illinois pour se rapprocher de son plus grand client, la Westclox Clock Company. Même si plusieurs travailleurs ont trouvé la mort et bien que les risques pour la santé associés au radium soient déjà connus, cette société a continué son activité de peinture jusqu'en 1940, date à laquelle les ateliers ont été déménagés à New York.

Suites immédiates[modifier | modifier le code]

Le médecin-chef du comté d’Essex County, dans le New Jersey, a publié un rapport en 1925 qui identifiait les matières radioactives que les femmes avaient ingéré comme étant la cause de leur maladie osseuse et de l’anémie aplastique, et à un stade ultime de leur mort[2].

La maladie et les décès résultant de l'ingestion de la peinture au radium et les poursuites judiciaires engagées par les femmes ont contraint l'entreprise à la fermeture en 1927. L'affaire a été jugée en 1928 et les victimes indemnisées, mais un grand nombre de plaignantes ont été gravement malades et sont décédées d'un cancer des os ou d’une autre maladie liée au rayonnement avant la conclusion du procès[4]. L'entreprise a été accusée d’avoir fait durer la procédure dans le but d’attendre d’autres décès.

En novembre 1928, le Dr von Sochocky, l'inventeur de la peinture à base de radium, est décédé d'une anémie aplastique consécutive à son exposition à des matières radioactives, victime de sa propre invention[5].

En 2011, le niveau de radioactivité des victimes est suffisant élevé pour être détecté sur leur tombe par un compteur Geiger[3].

« Superfund Site »[modifier | modifier le code]

La société, pendant sa durée d’activité, a transformé environ 1 000 tonnes de minerai qui ont été déversées sur le site. Le radon et le rayonnement résultant des 1 600 tonnes de matériaux de l'usine désaffectée ont abouti à l’inscription du site au « Superfund » (site pollué à réhabiliter) par l’Environmental Protection Agency en 1983[6]. De 1997 à 2005, l'EPA a remis en état le site à l’issue d'un processus qui a impliqué l'excavation et l'élimination du site de matières contaminées par le radium sur site de l'ancienne usine, et sur 250 résidences et établissements commerciaux qui avaient été contaminés au cours des décennies[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Paul Frame, « Radioluminescent Paint », Oak Ridge Associated Universities. Consulté le 17 septembre 2007.
  2. a et b (en) University Libraries Special Collections: U.S. Radium Corporation, University of Medicine and Dentistry of New Jersey. Consulté le 20 septembre 2007.
  3. a et b (en) « Radium: From Wonder Drug to Hazard », The New York Times, 4 octobre 1987. Consulté le 20 octobre 2007.

    « Il a fallu attendre le début des années 1920, après le premier décès par cancer d’un peintre de cadran à la Compagnie américaine du radium à East Orange, NJ, pour que les autorités médicales commencent à se rendre compte que le radium, et même en infimes quantités, est extrêmement dangereux avec un effet persistant à long terme.

    Les travailleurs avaient reçu l'instruction de faire tourner les pinceaux dans la bouche pour obtenir une pointe fine. De ce fait, certaines victimes ont ingéré tant de radium que leurs tombes affolent encore les aiguilles du compteur Geiger. »

  4. (en) Radium dial painters, 1920-1926, Johnston's Archive. Consulté le 17 septembre 2007.
  5. Radium Paint Takes Its Inventor's Life; Dr. Sabin A. von Sochocky Ill a Long Time, Poisoned by Watch Dial Luminant. 13 Blood Transfusions Death Due to Aplastic Anemia-- Women Workers Who Were Stricken Sued Company., The New York Times, 15 novembre 1928.
  6. [PDF] (en) NPL Site Narrative for U.S. Radium Corp, United States Environmental Protection Agency notice, 8 septembre 1983.
  7. [PDF] (en) U.S. Radium Corp., United States Environmental Protection Agency notice, 8 septembre 1983. Consulté le 20 septembre 2007.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]