United States Colored Troops

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Formés pour la 1er fois pendant la guerre de Sécession, les U.S.C.T. (United States Colored Troops) sont des régiments de l'Union Army composés d'Afro-Américains : Noirs libres, ou affranchis, ou esclaves (ayant fui leurs maître ou libérés par les Unionistes) qui pensaient que la conscription était la voie vers l'émancipation et l'intégration sociale.

Après 1863, les U.S.C.T. se développeront considérablement et réuniront début 1865 (avant la fin de la guerre) jusqu'à 180 000 hommes (près de 10 % des troupes de l'Union).

Les U.S.C.T. ont perdu pendant la guerre 70 929 hommes : 2 751 tués au combat ou morts ultérieurement de leurs blessures — et 68 178 morts d'autres causes (essentiellement de maladie)[1].

Des hommes du 4e Régiment U.S.C.T., Compagnie E, en garnison à Fort Lincoln sont préposés à la garde de Washington DC (photo au collodion humide de William Morris Smith, prise entre 1863 et 1865).

Formation[modifier | modifier le code]

George Luther Stearns (1809-1867), riche négociant et figure particulièrement active du mouvement abolitionniste, fut un de ceux qui militèrent pour l'émancipation des Noirs. Il aida en particulier Robert Gould Shaw à lever des volontaires Noirs pour former le 54e régiment d'infanterie du Massachusetts (en mars 1863, juste après la formation en septembre 1862 des Louisiana Native Guards, qui deviendront bientôt les Corps d'Afrique).

Quelques unités réunissant des Afro-américains ont été formées dès 1862 à la suite d'initiatives locales, mais c'est début janvier 1863 (après le 2e des décrets promulgués par Abraham Lincoln lui-même, décret qui complète la proclamation d'émancipation des Noirs) que l'enrôlement des anciens esclaves ou hommes libres d'origine africaine commence officiellement.

Le War Department (Ministère de la Guerre) édicte le 22 mai 1863 son General Order N° 143, par lequel est formé un Bureau of Colored Troops, qui devra prendre toutes mesures destinées à faciliter l'enrôlement des Noirs (esclaves, anciens esclaves ou hommes libres) dans l' Union Army [2].

William N. Reed, gravement blessé lors de la bataille d'Olustee, meurt le 26 avril 1864. Grâce à son expérience militaire acquise en Europe du Nord, il était devenu (cas exceptionnel dans l'armée de l'Union) lieutenant-colonel du 1st North Carolina Colored Volunteer Regiment (Martin Delany ne sera nommé par Abraham Lincoln qu'au grade de major, et peu de temps avant la fin de la guerre).

Les régiments U.S.C.T. étaient encadrés par des officiers de race blanche. Une Académie Militaire formant les cadres des régiments U.S.C.T. ouvrit à Philadelphie fin 1863[3]. Les Afro-américains ne pouvaient (à part quelques cas exceptionnels) être promus au-delà du rang de sous-officier[4].

Certains soldats Afro-américains parvinrent à dépasser le grade de sous-officier : James Monroe Trotter fut nommé sous-lieutenant — Martin Delany fut nommé major par Lincoln lui-même juste avant la fin de la guerre — William N. Reed fut même brièvement lieutenant-colonel avant d'être tué au combat en avril 1864. Frederick Douglass (qui avait plus de 40 ans en 1961) ne s'enrôla pas, mais ses fils rejoignirent les U.S.C.T.

De plus la solde des soldats Noirs était inférieure (presque de moitié) à celle des soldats de race blanche. Les hommes des U.S.C.T. (en particulier ceux du 54e régiment d'infanterie du Massachusetts) refusèrent de toucher leur solde jusqu'à ce que la même somme mensuelle que celle des soldats de race blanche leur soit versée[5].

Des régiments de volontaires[modifier | modifier le code]

Des régiments de volontaires formés de Noirs libres apparurent avant la création des U.S.C.T : ainsi la 1er Company of North Carolina Colored Volunteers réunissait des membres de la communauté de Noirs libres établis sur Roanoke Island (Caroline du Nord)[6].

Presque tous les régiments de volontaires noirs ont été, après un délai variable, versés dans les U.S.C.T., sauf 4 d'entre eux qui, étant formés de Noirs originaires des états du Nord de l'Union et s'étant notablement signalés par leurs états de service, demandèrent à garder la dénomination Volunteers associée au nom de leur état. Ce sont les :

Les Corps d'Afrique de Louisiane[modifier | modifier le code]

Article connexe : Corps d'Afrique.

Les corps d'Afrique de Louisiane ont une certaine originalité : ils ont été précédés par une milice Noire Confédérée francophone — ils avaient des officiers Noirs, qui, peu à peu découragés par une discrimination ordonnée par la hiérarchie de l'US Army, ont cédé la place à des officiers blancs.

Un de ces officiers de sang Noir, le capitaine André Cailloux, lui, a été tué pendant le 1° assaut lors du siège de Port Hudson, le 27 mai 1863, et son héroïsme a entrainé l'enrôlement de nombreux Afro-américains.

Les Corps d'Afrique ont été versés dans les U.S.C.T. début 1864.

Les forces U.S.C.T. comprenaient[modifier | modifier le code]

Andrew Jackson Smith, caporal du 55e Massachusetts Colored Volunteers, avait 20 ans lorsqu'il se distingua à la bataille de Honey Hill (30 novembre 1864). La Medal of Honor (la plus haute décoration militaire des États-Unispour bravoure au combat) qu'il avait méritée en 1864 fut remise à ses descendants en 2001 (137 ans plus tard) par le président Bill Clinton. Il y a plusieurs exemples de ce genre de discrimination vis-à-vis des soldats Afro-américains .
  • 6 régiments de Cavalerie, du 1st au 6th USC Cavalry
  • 1 régiment d'Artillerie légère (le 2nd USC (Light) Artillery) ;
  • 1 batterie indépendante d'artillerie lourde (USC Heavy Artillery Battery) ;
  • 13 régiments d'artillerie lourde ( les 1st, et 3rd à 14th USC (Heavy) Artillery) ;
  • 1 compagnie « non assignée » d'infanterie (la Company A, US Colored Infantry) ;
  • 1 compagnie « indépendante » d'infanterie ( la Southard's Company, Pennsylvania (Colored) Infantry") ;
  • 1 régiment « indépendant » d'infanterie ( le Powell's Regiment, US Colored Infantry) ;
  • 135 régiments d'infanterie (du 1st au 138th USC Infantry).

Les 94th, 105th, et 126th USC Infantry ne furent jamais complètement formés.

États de service des U.S.C.T.[modifier | modifier le code]

Début 1865 les U.S.C.T. recherchent les morts tombés en juin 1864 sur le champ de bataille de Cold Harbor. Photo de J. Reekie, restaurée par Hal Jespersen
  • Les troupes noires servirent souvent de garnison à l'arrière du front, dans les villes occupées, et furent souvent occupées aux travaux de terrassement et de sépulture.

Ainsi le Stones River National Cemetery (Tennessee) fut créé sur ordre du maj. gen. George Henry Thomas en 1864 : pendant 2 ans le 111th Regiment U.S.C.T. fouilla les champs de la bataille de Murfreesboro, de la bataille de Stones River, de la bataille de Franklin, ainsi que Shelbyville, Cowan et Hoover's Gap, et enterra décemment 6 850 corps [7].

En considération des services rendus par les U.S.C.T., elles furent les premières à entrer à Richmond après la chute de la capitale confédérée, en mars 1865, et à assister à la signature de l'armistice à Appomatox.

Les soldats Afro-américains et la Medal of Honor pendant la guerre de Sécession[modifier | modifier le code]

[8]

Crée en octobre 1864 par le maj. gen. Benjamin Franklin Butler, la Butler Medal (ou Colored Troops Medal) était destinée à récompenser les sacrifices des U.S.C.T. lors de la conquête de Petersburg et de Richmond. Elle fut décernée à environ 200 soldats Afro-américains ayant fait preuve d'un grand courage dans l'Army of the James[9]. Elle porte la devise "Ferro iis libertas perveniet" (« La liberté leur vient par le fer ») et montre 2 soldats attaquant des fortins.

Au cours de la guerre de Sécession, 25 Afro-Américains (7 marins, 15 soldats des U.S.C.T. et 3 soldats d'unités diverses) furent jugés dignes de recevoir la plus haute distinction militaire nord-américaine, la Medal of Honor.

14 Medal of Honor furent attribuées à des fantassins après la bataille de Chaffin's Farm, et 4 médailles le furent à des marins après la bataille de la baie de Mobile.

Une de ces médailles, celle de William Harvey Carney fut décernée en 1900, 36 ans après son fait d'armes — et une autre, celle de Andrew Jackson Smith (voir son portrait en pied supra) en 2001[10].

Crimes de guerre[modifier | modifier le code]

(voir aussi Histoire militaire des Afro-américains pendant la guerre de Sécession, chapitre 9)


La loi sudiste assimilait un noir (même en uniforme nordiste) à un esclave révolté, qui devait être renvoyé à son propriétaire pour être puni de la peine capitale[11].

Les soldats des U.S.C.T. (blessés ou venant de se rendre, et désarmés) furent souvent victimes d'exécutions sommaires par des Confédérés [12].

Le cas le plus connu (et qui est encore aujourd'hui le sujet de vives controverses) est le massacre d'environ 250 soldats noirs après la bataille de Fort Pillow (Tennessee, 12 avril 1864).

La différence de traitement entre les prisonniers de guerre unionistes blancs et les afro-américains fut une des causes qui poussèrent Ulysses S. Grant à mettre un terme aux échanges de prisonniers que le cartel Dix-Hill avait tant bien que mal mis en route. Le sort des soldats prisonniers de guerre, tant au Sud qu'au Nord, resta lamentable, voire s'aggrava[13].

Après la guerre[modifier | modifier le code]

(voir aussi : Histoire militaire des Afro-américains pendant la guerre de Sécession, chapitre 15)

Les U.S.C.T. sont démobilisées fin 1865-début 1866.

En 1867 le Congrès fixe les effectifs de l'US Army à 10 régiments de cavalerie et 47 régiments d'infanterie. Sont composés d'Afro-Américains (essentiellement des vétérans de la guerre de Sécession) 2 régiments de cavalerie ( le 9e et le 10e) et 4 régiments d'infanterie (les 38e, 39e, 40e, 41e).

En 1869 les effectifs de l'US Army sont drastiquement réduits: elle conserve 10 régiments de cavalerie, mais ne garde que 25 régiments d'infanterie. Les 2 régiments de cavalerie U.S.C.T. ne sont pas concernés mais seulement 2 régiments d'infanterie U.S.C.T. subsistent, le 24e et le 25e.

Les unités d'USCT s'illustrèrent pendant les Guerres Indiennes et furent surnommés Buffalo Soldiers par les Amérindiens.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Un monument élaboré par le sculpteur Augustus Saint-Gaudens en l'honneur du 54ème régiment d'infanterie du Massachusetts et de son colonel Robert Gould Shaw a été élevé à Boston Commons en 1898.

Après la guerre de nombreux vétérans des U.S.C.T. durent lutter pour faire reconnaître leurs droits : le gouvernement fédéral considérait les U.S.C.T. comme des troupes auxiliaires, et donc « ils n'étaient pas censés toucher de pension ... ». Cette injustice fut corrigée en 1890, mais ce n'est qu'au début du XXe siècle que les survivants commencèrent à percevoir leurs pensions.

L'histoire des U.S.C.T. a été conservée par de nombreux historiens, et en particulier par W.E.B. Du Bois.

Au début du XXe siècle, le site du St-Gaudens Memorial a inspiré au musicien américain Charles Ives le 1° mouvement (lent) de sa suite pour orchestre, Three Places in New England : il exalte les soldats Noirs du 54ème régiment d'infanterie du Massachusetts et leur colonel.

Le St-Gaudens Memorial et son environnement urbain ont aussi inspiré en 1960 au poète Robert Lowell son poème For the Union Dead.

Le film Glory (1989), avec Denzel Washington, Morgan Freeman et Matthew Broderick, montre la formation et les combats du 54e régiment d'infanterie du Massachusetts. Le scénario du film Glory est tiré de 2 livres : One Gallant Rush (« Un courageux élan » ; son auteur, Peter Burchard, s'est inspiré des lettres du colonel Robert Gould Shaw) — et Lay This Laurel (« Dépose ce laurier ») de Lincoln Kirstein. À propos du film, un critique a écrit qu'il magnifie l'héroïsme de ceux que l'histoire a passé sous silence[14].

Une journée nationale de commémoration des U.S.C.T. a eu lieu en septembre 1996.

Le African American Civil War Museum a ouvert à Washington DC tout près du Mémorial, au 1925 Vermont Avenue, dans un quartier animé qui est traditionnellement celui des théâtres et salles de concerts noirs.

En juillet 2011 les 150 ans de la guerre de Sécession et les 50 ans de l'obtention des Droits civiques ont été célébrés par une grande exposition appelée De la Guerre Civile aux Droits Civiques (From the Civil War to Civil Rights).

En 2015 ouvrira à Washington D.C. un grand musée Smithsonien : le National Museum of African American History and Culture, qui existe déjà sur le web.

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cornish, The Sable Arm, p. 288 ; McPherson, The Negro's Civil War, p. 237
  2. Cornish, The Sable Arm, p. 130
  3. Cornish, The Sable Arm, p. 218.
  4. le dogme « pas d'officiers Noirs » appliqué par l'état-major Nordiste en 1861-65 était peut-être une conséquence des conclusions tirées 60 ans plus tôt par les pays voisins d'Haïti : lors de la grande insurrection des esclaves (autour de 1800), les anciens esclaves luttant pour leur liberté sous des généraux improvisés comme Toussaint Louverture et J.J. Dessalines avaient fait reculer la France
  5. McPherson, The Negro's Civil War, Chapter XIV, "The Struggle for Equal Pay," pp. 193-203.
  6. "The Roanoke Island Freedmen's Colony" Carolina Country Magazine, date?, accessed 10 November 2010
  7. Stones River National Cemetery - History
  8. traduction-résumé de l'article de WP en "List of African-American A. C. W. Medal of Honor recipients"
  9. selon l'article de WP en "Butler Medal"
  10. name=Owens>(en) Ron Owens, Medal of Honor: Historical Facts and Figures, Turner Publishing Company,‎ 2004 (ISBN 978-1-56311-995-8, lire en ligne), p. 23. Sur la PDD de l'article de WP en "Military history of African Americans", un utilisateur propose de le fusionner avec un autre article intitulé "African-American discrimination in the U. S. Military" car, écrit-il, "l'histoire militaire des Afro-Américains est une histoire de la discrimination " ( "the African-American military history is a history of discrimination..."). Il est vrai que l'ex-major general Daniel Sickles ne reçut sa Medal of Honor qu'en 1897...Mais on peut dire que 37 ans ont été nécessaires pour que soit oubliée l’énorme faute tactique commise par Sickles lors de la bataille de Gettysburg, faute qui causa l'anéantissement du III° Corps d'Armée Unioniste et faillit donner la victoire aux Confédérés
  11. Williams, George W., History of the Negro Race in America from 1619 to 1880: Negros as Slaves, as Soldiers, and as Citizens, vol. II, New York: G. P. Putnam Son's, 1883, pp. 351-352.
  12. Cornish, The Sable Arm, pp. 173-180.
  13. voir l'article Henry Wirz, directeur du camp de concentration d'Andersonville
  14. It speaks of heroism writ large, from people whom history had made small. Bernardin, Mark (13 February 2001). Glory: Special Edition (2001). Entertainment Weekly. Retrieved 2010-11-07.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dudley Taylor Cornish, The Sable Arm: Negro Troops in the Union Army, 1861-1865' (New York: W. W. Norton, 1965).
  • Jesse J. Johnson, Black Armed Forces Officers 1736-1971 (Hampton Publ., 1971)
  • James M. McPherson, The Negro's Civil War: How American Negroes Felt and Acted During the War for the Union (New York: Pantheon Books, 1965).
  • George W. Williams, A History of the Negro Troops in the War of the Rebellion (New York: Harper & Brothers, 1887).