Union socialiste arabe

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L'Union socialiste arabe (en arabe : الاتّحاد الاشتراكى العربى, al-Ittiḥād al-Ištirākī 'l-ʿArabī) est le nom utilisé, dans divers pays du monde arabe, par plusieurs partis politiques se réclamant du socialisme arabe nassériste. Le parti fondé en Égypte par Gamal Abdel Nasser constituait une inspiration directe pour l'ensemble de ces partis, avec lesquels il était lié par des alliances plus ou moins étroites.

En Égypte[modifier | modifier le code]

Au moment de l'union de l'Égypte et de la Syrie au sein de la République arabe unie en 1958, le président égyptien Gamal Abdel Nasser tente de consolider son régime en fondant une organisation politique de masse, l'Union nationale. La sécession de la Syrie en 1961 convainc Nasser de remplacer l'Union nationale par un nouveau mouvement, destiné à incarner spécifiquement le socialisme arabe[1]. L'Union socialiste arabe (USA) est fondée en décembre 1962 par le président Gamal Abdel Nasser à partir du mouvement des officiers libres. La création du parti, destiné à être le parti unique de l'Égypte, n'était qu'une partie de la Charte nationale définie par Nasser, laquelle prévoyait un programme de nationalisations, de réforme agraire, et une réforme constitutionnelle. L'orientation politique de l'Union socialiste arabe égyptienne se fonde sur plusieurs bases : le contrôle étatique sur l'économie nationale, le panarabisme, le refus de la lutte des classes perçue comme incompatible avec le socialisme arabe, et la liberté religieuse.

La guerre des Six Jours en 1967 laisse l'Égypte dans un état de tumulte politique, et les demandes de réformes démocratiques se font plus pressantes. Après la mort de Nasser en 1970, son successeur Anouar el-Sadate poursuit une politique réformatrice, qui vise également à renouveler l'Union socialiste arabe. En 1975, les « tribunes » (ou forums) politiques, destinés à exprimer les différentes tendances, sont autorisés au sein de l'USA : l'année suivante, trois tribunes sont officiellement constitués, pour représenter les tendances de droite, de centre-gauche et de gauche. Le 22 novembre 1976, devant le parlement égyptien, Sadate proclame la constitution des tribunes en tant que partis politiques. Une loi du 2 juillet 1977 autorise explicitement le multipartisme en Égypte[2]. Sadate fonde en 1978 le Parti national démocratique, qui remplace l'Union socialiste arabe en tant que parti de gouvernement[3].

En Syrie[modifier | modifier le code]

L'Union socialiste arabe syrienne est fondée en 1964 par la fusion de plusieurs groupes illégaux d'opposants nasséristes, soutenus par l'Égypte et opposés au régime du Parti Baas. Après l'arrivée au pouvoir de Hafez el-Assad en 1971, l'Union socialiste arabe négocie avec le pouvoir, et intègre en 1972 la coalition du Front national progressiste, regroupant les seuls partis autorisés en Syrie. Mais la domination du Parti Baas sur la coalition, et son rôle dirigeant spécifié par la constitution, amènent l'année suivante à la scission de l'Union socialiste arabe syrienne. Le parti continue d'exister en tant que parti d'appoint du Parti Baas au sein du Front national progressiste, tandis que les opposants fondent l'Union socialiste arabe démocratique, parti d'opposition illégal.

En Irak[modifier | modifier le code]

L'Union socialiste arabe irakienne est fondée en 1964 par le président Abdel Salam Aref et s'inspire étroitement du parti égyptien. Les quatre partis existant dans le pays sont fusionnés au sein de l'USA[4]. L'Union socialiste arabe est dissoute lors du renversement du président Abdul Rahman Aref par Ahmad Hasan al-Bakr, et du retour au pouvoir du Parti Baas.

En Libye[modifier | modifier le code]

L'Union socialiste arabe libyenne est fondée en 1971, deux ans après la prise du pouvoir par Mouammar Kadhafi, qui s'inspire alors étroitement de l'exemple de Nasser en Égypte. Le mouvement est conçu moins comme un véritable parti politique que comme un instrument de contrôle social : tout libyen est tenu d'en être membre, par le biais d'un comité local ou provincial[5]. Kadhafi semble avoir conçu le parti avant tout comme un instrument de communication entre lui-même, le Conseil de Commandement de la Révolution (gouvernement de la Libye) et le peuple, en évitant la force d'inertie des élites intermédiaires. Le dirigeant libyen apparaît cependant avoir été déçu des capacités de mobilisation et de contrôle de l'Union socialiste arabe, et avoir craint qu'elle ne renforce le pouvoir des élites locales. En 1975, le parti connaît une brusque transformation, étant déclaré « ouvert à tous », ce qui constitue le prélude à sa dissolution pure et simple[6]. À partir du 2 mars 1977, plus aucun parti politique n'existe en Libye, Kadhafi prônant désormais un gouvernement basé sur une forme officielle de démocratie directe[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rami Ginat, Egypt's Incomplete Revolution: Lutfi Al-Khuli and Nasser's Socialism in the 1960s., Routledge. ISBN 0714647381, 1997, page 149
  2. Jean-Jacques Luthi, Mohamed Anouar Moghira, L'Égypte en république: la vie quotidienne : 1952-2005, L'Harmattan, 2006, pages 31-32
  3. Michael Field, Inside the Arab World, Harvard University Press, 1999, page 284
  4. Tareq Y. Ismael, Jacqueline S. Ismael, Kamel Abu Jaber, Politics and government in the Middle East and North Africa, University Press of Florida, 1991 pages 165-166
  5. René Otayek, La politique africaine de la Libye: 1969-1985, Karthala, 1986, page 19
  6. François Burgat, André Laronde, La Libye, Presses universitaires de France, 2003, page 70
  7. Moncef Djaziri , État et société en Libye : islam, politique et modernité, L'Harmattan, 1996, pages 148-151, 160-163