Un secret (roman)

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Un Secret
Auteur Philippe Grimbert
Genre Roman autobiographique, Shoah
Version originale
Langue originale Français
Pays d'origine France
Version française
Éditeur Éditions Grasset
Date de parution 2004
Type de média Imprimé (broché)
Nombre de pages 183
ISBN 224667011X

Un secret est un roman autobiographique de Philippe Grimbert paru le 5 mai 2004 aux éditions Grasset et Fasquelle. Il a remporté le prix Goncourt des lycéens en 2004 et celui des lectrices de Elle en 2005.

Résumé de l'histoire[modifier | modifier le code]

Prélude[modifier | modifier le code]

Le narrateur est né dans la France de l'après-guerre en 1948. Chétif et de santé fragile, affligé d'un creux thoracique sous le plexus, il souffre de son physique, nécessitant des soins permanents de son infirmière et confidente Louise, 60 ans, vieille et boiteuse, dont le cabinet est installé à côté du magasin d'articles de sport tenu par ses parents, Maxime et Tania, tous deux grands athlètes passionnés.

Fils unique, il s'invente un grand frère plus grand, plus fort, et protecteur pour lui servir de modèle et le consoler lors de ses chagrins. Cependant, ce frère devient lui aussi oppressant, tyrannique et invincible avec le temps.
Baptisé inhabituellement tard, sa circoncision a été effectuée « pour des raisons chirurgicales » que l'on ignore totalement. Son nom lui-même, Grimbert, porte des « cicatrices » : le « n » a fait place au « m » et le « g» a été substitué par le « t » (Grinberg) bien que son père démente furieusement qu'il ait jamais pu en être autrement à ceux qui le demandent. Cependant, la vérité affleure ça et là, sous forme d'azymes trempés dans les œufs, d'un chandelier caché dans une armoire ou surtout d'un chien en peluche aux yeux de bakélite dans une vieille malle, qu'il adopte et appelle Sim (ressemblance avec Simon : voir second récit). Pour une mystérieuse raison, ses parents semblent troublés par la peluche. Surtout Maxime qui réagit très mal à cette découverte.

L'enfant grandit, complexé par son corps, torturé par son frère, développant une imagination morbide, noircissant des pages entières dont le contenu, trempé de larmes, est à l'avenant. c'est l'histoire d'un enfant qui s'imagine un frère plus fort pour avoir un exemple.

Premier récit[modifier | modifier le code]

Sur base des bribes de confidences fortement fragmentaires arrachées à ses parents, le narrateur qui vit une vie rangée et bizarrement pesante parmi des personnages divers et variés semblant pourtant partager un même malaise, se construit un premier récit de la vie de ses parents avant lui.

Maxime, fils d'un émigré roumain, aurait voulu faire des études, mais est contraint, faute de moyens, d'intégrer l'affaire familiale de bonnèterie. Par revanche, il devient lutteur et gymnaste accompli, développant son corps en même temps que son charme. Il connaît une brève aventure avant de rencontrer au gymnase Tania : plongeuse émérite, mannequin et styliste à ses moments perdus, qui vit avec sa mère couturière.
Ses parents se marient avant la guerre, mais ne veulent pas encore d'enfants.
En 1942, fuyant les privations et réquisitions, ils se réfugient en zone non occupée dans l'Indre, où ils connaissent une période insouciante et sublime de deux ans, en marge de l'Histoire.
Rentrés après la Libération, retrouvant des voisins enrichis en même temps que leur commerce confié à la vigilance de la fidèle Louise, ils doivent faire face aux privations mais parviennent à relancer les affaires. Leur enfant naît à ce moment.

Le masque craquèle avec les premiers films sur cette période. Bien qu'il s'agisse de fictions avec des figurants, Maxime quitte la pièce, en entendant parler allemand. Le moment décisif survient peu après le quinzième anniversaire du narrateur, lors d'une projection scolaire de documents sur les camps d'extermination. Assis à côté d'un grand costaud, le narrateur, écœuré par les images, commence par rire des blagues sur les Juifs de son voisin puis, n'y tenant plus, se jette sur lui, se battant pour la première fois de sa vie. S'il parvient à tromper ses parents sur l'origine de ses ecchymoses, il l'avoue à son amie Louise. C'est le signe qu'elle attendait pour lui livrer un secret, malgré le serment fait à Tania et Maxime il y a quinze ans.

Second récit[modifier | modifier le code]

Le narrateur, s'il avait vécu à l'époque de ces faits, aurait été marqué de l'étoile jaune. Comme le furent Louise, comme ses parents, grands-parents et proches, ainsi que trois personnes dont il entend le nom pour la première fois : Hannah, première épouse de Maxime ; Robert, frère de Hannah et premier époux de Tania ; et Simon, fils de Maxime et Hannah.

Maxime, juif assimilé, a cédé aux demandes de sa belle-famille et se marie religieusement. Son regard tombe sur celui de Tania et son cœur s'enflamme, malgré lui. Cependant, cette passion, à peine devinée par Tania elle-même, est provisoirement mise en veilleuse par la naissance de Simon. Celui-ci est, à l'image du frère que s'est construit le narrateur, la fierté de son père. Cependant, lors d'une rencontre familiale au stade sportif, où Tania effectue un plongeon, la vérité sur les sentiments de Maxime envers elle apparaît clairement à Hannah.

La guerre et son cortège de manifestations antisémites se rapprochent de la France, mais Maxime, en dépit du pessimisme de son père et des premières mesures antisémites comme l'expulsion des Juifs apatrides, se refuse à les voir. Les décrets imposant le port de l'étoile jaune aux Juifs sont pour lui une claque. Il refuse de s'y soumettre : il n'a pas le type juif qu'ont dressé les antisémites. La situation est cependant dangereuse, et la famille décide de fuir en zone dite libre. Une cousine de Louise travaillant à la mairie de Saint-Gaultier, localité de l'Indre, parvient à leur trouver une adresse, auprès d'un colonel à la retraite. Les hommes, plus exposés, iront d'abord, et y parviendront sans trop de difficultés ; le charme de Maxime fait une fois de plus son effet auprès de la fille du colonel. Les femmes, restées à Paris, attendent désormais un feu vert, échappant de peu à une grande rafle qui emporte les parents de Hannah.

Tania est d'abord restée seule à Lyon. Robert, mobilisé au front de l'est, ne lui écrit plus, et elle est bientôt contrainte de céder son magasin lors du processus d'aryanisation. Elle revient à Paris auprès de sa mère puis, ayant appris par Esther, belle-sœur de Hannah, l'adresse du refuge, s'y rend. Hannah, l'ayant appris dans la lettre qui leur donnait le feu vert pour passer en zone libre, sombre dans le chagrin et la détresse.

Dans le café où le contact est établi avec le passeur, le drame se joue. Lors d'un contrôle improvisé de la Gestapo, Hannah leur tend ses véritables papiers, et désigne Simon comme son fils. Louise et Esther passent, tandis que Simon et Hannah disparaissent dans la nuit.

Maxime, apprenant la nouvelle, est terrassé par la douleur. Cependant, après un long deuil, il se laisse aller à sa passion pour Tania. La guerre finie, les disparus ne reviennent pas. Robert est mort du typhus dans un stalag. Hannah et Simon ne sont pas parmi les déportés revenant de « là-bas ». L'amour coupable des parents du narrateur peut s'exprimer sans contrainte, et ce dernier est conçu peu après.

Le narrateur apprend cela de Louise et, en la sollicitant, est convaincu que Hannah n'a pas réagi en état d'égarement, mais en « véritable Médée, se sacrifiant, elle et son enfant, sur l'autel de l'amour blessé ». De plus, son mystère, son frère... ont acquis un nom.

Ce sont les discussions avec Louise - elle l'a écouté, lui a parlé et l'a rendu fort - qui font découvrir au narrateur sa vocation pour la psychanalyse. Malgré un redoublement de sa terminale, pour être tombé sur une question portant sur le président Laval, le même qui avait décrété la déportation des enfants « afin de ne pas séparer les familles », il démontre une grande aptitude aux études. Il apprend, dans les archives réunies par Serge Klarsfeld, le devenir de son frère et de Hannah, gazés au lendemain de leur arrivée à Auschwitz.

Lorsque, peu après, le chien adopté par son père meurt dans un accident de voiture, le narrateur lui apprend la destinée de son fils, le délivrant de ce poids-là.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Maxime, incapable de supporter la déchéance de Tania, frappée d'une hémorragie cérébrale, se suicidera avec elle. Conformément aux volontés exprimées de son vivant, il sera incinéré, tandis que Tania est enterrée dans le carré juif du Père Lachaise.

Des années plus tard, le narrateur et sa fille Rose, explorant un parc près de leur résidence, découvrent le cimetière des chiens de Josée de Chambrun, ambassadrice et fille de Pierre Laval. À la pensée de cette tombe dont bénéficient ces chiens, à laquelle n'a même pas eu droit un enfant de sept ans, l'auteur est submergé par une émotion intense, mais refuse de laisser sortir sa colère. En lieu et place, il envoie la photo de Simon à la fondation Klarsfeld. Le livre qui en résulte est sa tombe.

Articles connexes[modifier | modifier le code]