Un monde sans fin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le roman. Pour la mini-série, voir Un monde sans fin.
Un monde sans fin
Auteur Ken Follett
Genre Roman historique
Version originale
Titre original World Without End
Langue originale Anglais britannique
Pays d'origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Date de parution originale 2007
Version française
Éditeur Robert Laffont
Date de parution 2008
Type de média Livre papier
Nombre de pages 1286
ISBN 978-2-221-09619-2

Un monde sans fin (titre original : World Without End) est un roman historique de Ken Follett, paru en 2007. Il fait suite au roman Les Piliers de la terre (1989), mais les deux romans peuvent être lus indépendamment, les références au premier étant brèves. L'auteur a d'ailleurs expliqué à plusieurs reprises[1] qu'il n'avait pas eu envie de faire une suite et qu'une vraie suite était d'ailleurs impossible: les personnages des Piliers de la terre sont ou vieux ou morts et il fallait trouver un autre thème que celui des bâtisseurs de cathédrales.

Résumé[modifier | modifier le code]

Prologue : "1er novembre 1327"[modifier | modifier le code]

Kingsbridge, imaginée par l'auteur comme une importante ville anglaise de 7000 âmes.

Gwenda, une jeune voleuse de très misérable condition paysanne, dérobe adroitement sa bourse à Gérald Fitzgerald qui venait payer sa dette au prieur Anthony sur l'injonction de Roland, comte de Shiring, son cousin au second degré. Le comte Roland décide de donner les terres seigneuriales de sieur Gérald au prieuré en guise de paiement. Les Fitzgerald, descendants de Tom le Bâtisseur, ne sont donc plus rien.

Merthin et Ralph, les deux jeunes fils de Gérald, font la connaissance de Caris, de la riche famille des Lainier, une jeune fille intelligente et différente. Rejoints par Gwenda, ils jouent ensemble dans la forêt avec un arc très habilement fabriqué par Merthin. Ralph démontre son adresse au tir et révèle son caractère cruel en tuant un innocent petit chien.

Ils assistent soudain à une rixe entre un chevalier, Thomas Langley, et deux soldats de la reine. Ralph et le chevalier tuent ces hommes d'armes. Gravement blessé au bras, Thomas demande à Merthin d'enfouir un parchemin au pied d'un chêne et lui fait promettre de ne jamais rien divulguer car il en va de leur vie. Les quatre enfants se font ensuite serment de ne jamais rien dire de cette aventure.

Le comte Roland décide que Ralph est bâti pour devenir son écuyer, ce qui relève l'honneur perdu de sa famille, alors que son frère aîné, Merthin, n'est jugé bon par lui qu'à devenir charpentier.

Caris et Gwenda se lient d'amitié. Elles retrouvent Edmond, le père aimant de Caris, Pétronille, sa redoutable tante qui prétend que leur famille descend aussi de Tom le Bâtisseur, sa sœur Alice, méchante et envieuse, et Cécilia, la mère prieure. Caris développe effrontément l'idée que le Ciel n'est pas pour grand-chose dans la fortune des hommes et annonce qu'elle veut devenir médecin, ce qui est impossible à une femme.

Au prieuré, frère Godwyn, fils de Pétronille, n'obtient pas du prieur Anthony, qui est aussi son oncle, qu'il finance ses études à Oxford. Son ambition de lui succéder un jour se heurte ainsi à la pauvreté du prieuré. Mère Cécilia, qu'il sollicite parce que son monastère est mieux géré et plus riche, lui préfère un autre candidat, Saül Tête-Blanche. Pétronille décide alors de sacrifier ses biens à la carrière de son fils.

L'apparition de Thomas Langley provoque une querelle entre les moines-médecins, au savoir livresque mais sacré, et le Matthieu le Barbier, au savoir basé sur l'observation et non sur les écrits antiques. Le prêtre Richard, fils cadet du comte de Shiring, fait irruption. Le chevalier lui arrache à voix basse de pouvoir se cacher désormais au prieuré en y devenant moine.

La mère de Caris et Alicia meurt, vaincue par la maladie.

Brève analyse:

5 séquences

Contraste entre les deux frères et entre les deux sœurs, attirance entre les 2 pôles positifs (Merthin et Caris).'

Les 3 ordres de la société médiévale s'incarnent dans 3 destins naissants : la chevalerie guerrière en Ralph - honneur et violence -, l'artisanat roturier en Merthin -art, travail et raison - et, de manière ambiguë, le clergé en Caris puisqu'elle aspire au savoir réservé aux clercs tout en doutant de la religion - c'est déjà le personnage le moins linéaire, celui qui n'a sa place nulle part.

Les antagonismes futurs sont suggérés: Alice/Caris, Ralph/Merthin, Godwyn/Anthony, prieur/prieure, hommes/femmes, religion/science, bourgeoisie/paysannerie.

L'intrigue du parchemin mystérieux ne ressurgira qu'au dénouement final qu'elle accélère. Le lecteur croit à tort qu'il tient l'élément déclencheur du récit. Il sert plutôt à rassembler les personnages principaux dont il révèle les caractères. C'est un procédé narratif efficace pour perturber le lecteur et donc l'intéresser

Première période : juin 1337- mai 1339[modifier | modifier le code]

Une folle semaine de féconds effondrements: "8-14 juin 1337"[modifier | modifier le code]

Dix ans plus tard. Incapable de ravir à sa sœur Caris le cœur de Merthin, Alice a épousé maître Elfric le Bâtisseur qui a une fille d'un premier mariage, Griselda. Merthin approche de la fin de son apprentissage: libéré de la bêtise et de l'hostilité d'Elfric qui le forme et le loge, il pourra entrer dans la guilde des charpentiers et se marier avec Caris. Godwyn est maintenant le sacristain du prieuré. Philémon, le grand frère de Gwenda, se destine au clergé. Thomas, qui a perdu son bras blessé, est bien devenu frère Thomas. Saül Tête-Blanche est le prieur d'un ermitage qui dépend du prieuré. Edmond le Lainier est le prévôt des marchands de la ville. Enfin, Ralph est un des écuyers du comte Roland de Shiring et s'impatiente de ne pas être encore adoubé chevalier. La ville de Kingsbridge appartient toujours au prieuré qui en est le seigneur.

Merthin impressionne par son savoir le richissime marchand lainier florentin, Buonaventura Caroli, venu à Kingsbridge pour ses affaires. Une partie de la cathédrale s'étant soudainement effondrée, Merthin propose à Godwyn et à frère Thomas une méthode astucieuse et économique qu'ils retiennent, au grand dam d'Elfric son patron. Griselda parvient à séduire Merthin qui ignore qu'elle est enceinte. Elle, Elfric et Alice exigent qu'il l'épouse.

Buonaventura Caroli révèle à Edmond que les grands acheteurs vont préférer la foire voisine de Shiring à celle de Kingsbridge, défavorisée par l'étroitesse de son pont d'accès. Si Shiring est une ville libre où la guilde est souveraine, à l'inverse Kingsbridge dépend du prieur Anthony qui se montre un gestionnaire médiocre et conservateur. Edmond, qui est aussi son frère, tente en vain de le convaincre de bâtir un nouveau pont. Il rejette aussi la proposition de Caris de faire financer les travaux par la ville contre une juste compensation.

Ralph aime en secret la bru du comte, la belle Philippa. Il irrite le comte par des remarques sur le passé de frère Thomas. Il s'en prend grossièrement à Annet, promise au très séduisant manant Wulfric, lequel ose le frapper et lui infliger une blessure humiliante. Merthin et Philippa, témoins de la scène, désapprouvent le comportement de Ralph. Ce dernier prend Wulfric en haine. Gwenda est en secret amoureuse de Wulfric qui l'ignore. Elle obtient un philtre d'amour de Mattie la sage, une guérisseuse qu'admire Caris.

Godwyn désapprouve le laxisme du prieur Anthony: il laisserait en particulier trop cohabiter les moines et les religieuses. Conseillé par sa mère Pétronille, Godwyn sape l'autorité d'Anthony en vue de son éventuelle élection comme prieur. Il s'adjoint Philémon qui est sans morale. Par le chantage, il s'assure aussi le soutien de Richard, fils cadet du comte Roland et évêque de Shiring, qu'il a surpris au lit avec sa noble cousine alors qu'elle devait bientôt être mariée.

Caris prend dangereusement et en vain la défense de Nell la Folle, accusée de sorcellerie par le frère lai Murdo, prêcheur fanatique et démagogue. Ralph fait l'erreur d'une allusion au mystérieux et dangereux passé de frère Thomas en présence des Shiring.

Le père de Gwenda l'a échangée contre une vache avec Sim le Colporteur qui compte la prostituer à la bande des renégats de Tam l'Insaisissable. Rusée, elle tue son gardien et parvient à s'enfuir en direction de Kingsbridge, Sim sur ses talons. Au moment d'être rejointe sur le pont, celui-ci, dont Merthin avait repéré les fissures, bascule dans la rivière, faisant de nombreuses victimes. La catastrophe modifie les destins: Gwenda noie Sim ; Ralph sauve de la noyade le comte Roland gravement blessé et Matthieu le Barbier impose son expérience pour l'opérer d'une fracture du crâne ; Caris improvise remarquablement les secours ; Wulfric perd tous les siens ; le prieur Anthony meurt après avoir transmis son secret (à propos du parchemin ? de frère Thomas ?) à mère Cécilia.

Brève analyse:

8 séquences

Des configurations d'attirances et d'antagonismes:

  • le duo amoureux Caris/Merthin, perturbé par Alice et Griselda
  • le duo Wulfric/Annet, perturbé par Gwenda et Ralph
  • Ralph en attente des faveurs des Shiring (Roland et Philippa)
  • le duel haineux Ralph/Wulfric
  • Merthin/Edmond/Thomas face à Anthony/Elfric
  • le duel Anthony/Godwyn ; autour gravitent Richard et Philémon
  • l'opposition Caris/clercs (Anthony, Godwyn, Cécilia); autour gravitent Murdo, Mattie et Matthieu
  • la sourde opposition Thomas/les Shiring

Deux catastrophes (ici, au sens premier de renversement puisqu'il s'agit de l'effondrement en miroir de deux édifices, l'un sacré et vertical, l'autre profane et horizontal, sapés par les eaux), à la fois fins et commencements, bouleversent les destinées, servent de catalyseurs et aiguisent les potentiels, principalement ceux de Merthin, Ralph et Godwyn. En cela, cette première période constitue bien le véritable démarrage du récit avec tous ses ressorts dynamiques: un Merthin trop doué, un Ralph trop violent, une Caris trop émancipée, un Godwyn trop ambitieux, une Gwenda trop marginale, un Wulfric trop beau.

Un microcosme médiéval: des hommes et des ordres: "Juin-décembre 1337"[modifier | modifier le code]

Les sœurs et les frères aidés de Mattie la Sage, de Matthieu le Barbier et de Caris, tous savoirs médicaux confondus, œuvrent auprès des nombreux blessés.

Malgré les suppliques de Caris qu'il aime, Merthin décide d'être responsable: il entrera dans la famille d'Elfric et liera son sort au sien. Mais il découvre, avec l'aide de Caris, qu'il ne peut avoir mis Griselda enceinte. Après une violente dispute avec Elfric, Merthin quitte définitivement son maître d'apprentissage. Caris encore l'aide à rebondir: Merthin se fait engager pour conduire la réfection d'une église et propose d'utiliser une ingénieuse grue de son invention.

Merthin explique à Edmond qu'il faut bâtir un nouveau pont en pierre et non en bois, même si cela prendra trois ans au détriment du commerce et des taxes de Kingsbridge, et qu'on peut installer un ingénieux système de bac en attendant. Mais, le refus du prieuré n'a pas disparu avec Anthony: le sous-prieur Carlus, qui s'est avec faveur déclaré pour lui succéder, ne veut rien entendre.

Secrètement, Godwyn brigue aussi la succession. Il enquête sur le secret de frère Thomas pour mieux s'en débarrasser et découvre que c'est la reine-mère elle-même qui avait forcé son entrée dans les ordres. Godwyn négocie avec Thomas un prétendu ticket gagnant: Thomas prieur et lui sous-prieur, plus la promesse d'édifier le pont afin d'avoir l'appui de la ville et ainsi emporter la validation de l'élection par l'évêque Richard et le comte Roland. Puis, manœuvrant Carlus, il le pousse à renoncer à l'élection. Mais le comte Roland intervient: c'est son neveu Saül Tête-Blanche et non pas Thomas qui sera prieur.

Mais cette hypothèse pourrait permettre au comte de s'opposer à la construction d'un pont qui défavoriserait la foire de sa ville de Shiring. Que faire ? Convaincre Saül de refuser à se présenter et persuader le comte de soutenir l'élection d'un candidat impossible, Murdo, le prêcheur ivrogne. Il ne reste plus qu'à obliger Thomas à se retirer à son tour en arguant de son secret si dangereux pour tous. Godwyn est élu prieur. Pour obtenir sa validation, il fait chanter le comte en révélant la défloration de sa nièce par son fils Richard alors qu'elle est promise à une riche et utile alliance.

Caris et Merthin apprennent par hasard que Thomas avait une famille avant de devenir moine pour sa survie. Caris, qui se veut libre, objecte contre le mariage et contre mère Cécilia qui la voudrait religieuse. Elle se donne à Merthin.

Gwenda obtient de Mattie un philtre d'amour pour séduire Wulfric. Elle s'attache à ses pas, d'autant qu'elle refuse de revenir près de son père, prêt à la vendre à nouveau. Pour se voir attribuer les terres de son père, Wulfric doit attendre la nomination d'un nouveau seigneur par le comte Roland. Il est cependant autorisé à les travailler. Gwenda, en dépit de la jalousie d'Annet, aide seule Wulfric à qui on a volé son unique cheval de labour et ils se tuent ensemble à la tâche. Merthin décide de construire deux ponts appuyés sur une île de la rivière. Mais Elfric détruit ses plans. En vain: Merthin, soutenu par Thomas et Edmond, explique et démontre son projet, et remporte la commande au détriment d'Elfric. Berné par Caris, Godwyn autorise finalement la construction. Philémon, en récompense de ses services, accède au noviciat.

Le comte fulmine contre ce pont qui va l'appauvrir. Mandaté par lui pour convaincre Merthin d'abandonner le projet, Ralph échoue. Pour se racheter, Ralph propose d'entraver l'avancée des travaux et y parvient au prix d'un assassinat et de l'amour de Merthin pour lui. Pour le récompenser, Roland lui donne la seigneurie de Wigleigh à laquelle sont rattachées les terres de Wulfric. Ralph, de plein droit, lui retire son héritage. Annett, déçue, rejette Wulfric et en épouse un autre. Wulfric a tout perdu: désorienté, il couche avec Gwenda. Celle-ci se donne inutilement à Ralph pour qu'il rende ses terres à Wulfric.

Pour contrer les entraves du comte à l'avancée des travaux du pont, la ville, épaulée par l'avocat Gregory Longfellow, en appelle à la justice du roi et gagne. Merthin emploie tout son génie à rattraper le temps perdu.

Coup sur coup, Gwenda tombe enceinte de Wulfric et Caris de Merthin. Caris refuse de porter l'enfant et avorte avec l'aide de Mattie la Sage.Sa soif de liberté (n'être ni épouse ni mère) l'éloigne de Merthin.

Brève analyse:

16 séquences

Trois dynamiques en 6 mois: l'élection d'un nouveau prieur (Godwyn contre les Shiring), la construction d'un nouveau pont (Merthin, Edmond, Caris et Kingsbridge contre le prieuré, le comte et Elfric), le sort de Wulfric (Gwenda contre Ralph et le système seigneurial).

Le système économique des seigneuries (rurales ou urbaines, personnelles - un noble - ou collectives - une abbaye) est largement exposé: taxes, bans, servage, tenures, privilèges, prérogatives paroissiales et communales, bailliage, etc.

Ralph, Godwyn (avec Philémon dans son ombre) et Merthin ont confirmé le potentiel de leurs jeunes personnages, selon le schéma de la société des 3 ordres (noblesse, clergé et tiers). Les figures féminines ont été malmenées: Caris (avec Cécilia derrière elle) et Gwenda (avec Wulfric dans son ombre). Le personnage de Caris est bloqué dans l'impasse de tous ses refus (mariage, maternité, religion): cette tension prépare une nouvelle dynamique.

Le triomphe des clercs: Godwyn : "Juin 1338 - mai 1339"[modifier | modifier le code]

6 mois plus tard

En 1338, Kingsbridge, handicapé par la perte de son pont d'accès, connaît une foire à la laine catastrophique. Edmond le Lainier est acculé à la ruine et sa santé mentale s'en trouve affectée. Le financement du nouveau pont n'est maintenant plus possible.

Gwenda est mariée à Wulfric. Sauvée lors de l'accouchement par Mattie la Sage, elle donne vie à un garçon, Samuel. Caris note sa ressemblance avec les frères Fitzgerald et soupçonne avec effroi la paternité de Ralph.

Godwyn a achevé de réorganiser le prieuré selon les strictes règles de sa misogynie. Soucieux de sa gloire, il veut faire bâtir une nouvelle maison de prieur qui soit un palais de pierre. Comment le financer ? Philémon, devenu enfin novice, lui suggère de pressurer les serfs du prieuré, ce dont Godwyn le charge. Une demande de fonds auprès de mère Cécilia se heurte à une fin de non-recevoir railleuse. Philémon a une autre bonne idée: rétablir les anciens bans sur les moulins, sur les foulons à laine et sur les élevages de poissons et de lapins.

Caris, pour conjurer la faillite des lainiers en gros, propose qu'ils se fassent aussi teinturiers et tisserands, contrôlant ainsi toute la filière, du produit brut - la laine - au produit fini - le tissu teint. Elle parvient, seule et longuement, à percer les secrets de l'alun qui fixe les couleurs. Caris et Merthin ouvrent un atelier de foulage hors de la juridiction de Godwyn sur les terres de Ralph.

Les bourgeois de Kingsbridge sont déboutés par le juge du roi de leur plainte contre les abus de droit du prieuré. Seule l'obtention d'une charte royale sauverait leurs deux projets en cours: la prospère filière de tissage imaginée par Caris et le pont novateur imaginé par Merthin. Pire, ce dernier en est soudainement écarté par Godwyn au profit d'Elfric. Menaçant alors de partir pour Florence en abandonnant à elles-mêmes ses deux amoureuses - Caris qui ne veut pas se marier et Elisabeth Leclerc qu'il ne veut pas épouser -, Merthin arrache le consentement ultime de Caris. Perdante haineuse, Elisabeth entre au couvent.

Après une partie de chasse perdue, furieux, Ralph, qu'assiste son écuyer Alan Fougère, se venge sur Annet en la violant. L'affaire est du ressort du seigneur William car le crime a eu lieu sur ses terres: Ralph risque la pendaison. Merthin tente vainement de financer un accord à l'amiable avec Annet. Mais Ralph, grâce aux complicités du comte Roland, échappe à la justice. Lui et Alan vivent alors en proscrits, volant et assassinant, puis intègrent la bande cruelle des hors-la-loi de Tam l'Insaisissable. Repris par une milice de Kingsbridge à laquelle Merthin, désespéré mais responsable, a révélé sa cachette, Ralph est pardonné et libéré à condition de partir en Normandie où le roi fait la guerre.

La demande d'une charte royale est en bonne voie. L 'influence de Caris sur la guilde des marchands grandit. Mais, diminué par une attaque cérébrale, Edmond abandonne la prévôté des marchands. Son gendre Elfric, qu'enrichira encore plus la part d'héritage d'Alice au décès de son père, est le plus à même de l'emporter sur Caris pour lui succéder. Godwyn et Philémon, désormais son âme damnée, montent un procès en hérésie contre elle et Mattie la Sage. Le départ secret et précipité de cette dernière fait comprendre à Caris qu'elle est désormais l'unique dépositaire de ses savoirs d'herboriste. Le procès en sorcellerie contre Caris voit témoigner contre elle Elisabeth, Elfric et le frère lai Murdo. Elle se défend avec intelligence mais ne peut rien contre ce grain de beauté qu'elle porte près du sexe et qui passe pour être la marque du diable. Mère Cécilia et l'évêque Richard trouvent une parade terrible: le procès et la sentence de mort seront ajournés tant que Caris sera religieuse.

Désespéré de ne jamais plus la revoir, Merthin quitte l'Angleterre pour Florence.

Brève analyse:

13 séquences

Un élément moteur et transversal, l'argent:

  • lutte de la ville médiévale pour s'affranchir de la tutelle seigneuriale du prieuré: Godwyn contre Caris
  • concurrence commerciale et technique entre l'Angleterre et l'Italie, entre Kingsbridge et Shiring  : Caris incarne cette nécessité précapitaliste de contrôler toute la filière de fabrication de l'étoffe pour augmenter ses marges
  • guerre sourde et riche de menaces entre le prieuré et le couvent: Godwyn contre mère Cécilia
  • besoin financier du roi pour financer ses guerres de France: un avantage pour l'obtention d'une charte d'émancipation seigneuriale en faveur de Kingsbridge, un miracle pour l'impunité de Ralph.

Le duo amoureux Caris/Merthin génère un constant effet de suspens, malgré une complicité professionnelle sans faille: Caris souffle le froid puis le chaud sur leur projet de mariage, avant que la mainmise de l'Eglise sur elle n'abolisse tout. La victoire de Godwyn sur Caris est à la fin totale mais aucun personnage n'égale en complexité et en potentialité la figure de cette jeune femme: sincère et contestataire jusqu'à la témérité, fidèle à elle-même jusqu'au sacrifice, indécise dans ses vocations successives, contradictoire et généreuse.

Philémon, fragile novice devenu éminence grise, et Ralph, matamore devenu criminel, confirment leur capacité de nuisance et montent en puissance mais ils restent encore au second plan. C'est, paradoxalement, la sortie de scène et d'Angleterre des frères Fitgerald, contraints et complètement défaits - Ralph par la Justice, Merthin par l'Eglise -, qui ouvre de fertiles perspectives car ce sont les seules issues pratiquées dans la forteresse qui scelle les destins de tous les autres personnages.

À la fin de cette période, la trajectoire des deux protagonistes positifs (Caris et Merthin) a atteint son point le plus bas.

Seconde période : mars 1346 - janvier 1351[modifier | modifier le code]

Les combats de Caris: "Mars 1346 - décembre 1348"[modifier | modifier le code]

Presque 7 années plus tard. Caris a prononcé ses voeux perpétuels de religieuse et a en charge l'hospice, ainsi que l'école où enseigne la sœur Mair. Parmi les élèves, la jeune Matilda (ou Tilly) de Shiring, riche orpheline et nièce du Comte. Philémon est devenu sous-prieur. Godwyn a vu ses ambitions ternir: malgré une gestion sévère - ou à cause d'elle-, il n'a jamais pu enrichir le prieuré ni financer son palais. Au décès d'Edmond, Elfric est devenu prévôt des marchands. Le comte Roland, l'évêque Richard, William et Ralph guerroient toujours en France. Ralph espère en vain le titre de chevalier.

Une forte donation au couvent incite Mère Cécilia à faire aménager à ses frais une salle du trésor pour laquelle elle doit avoir l'assentiment de Godwyn. Elle rejoint ainsi sans le savoir le vœu secret du prieur: faire un jour main basse sur la fortune du couvent. En attendant, il s'octroie l'accès aux précieuses chartes des deux ordres mais promet d'en faire faire des copies publiques. Lui et Philémon volent sans aucun scrupule une partie de la donation au couvent afin de lancer la construction du palais qui magnifiera le prieuré.

Ils entrevoient le moyen de s'attirer le soutien d'Elisabeth contre le couvent: favoriser injustement sa famille dans l'attribution d'une terre. Bien vu car, grâce à son avertissement, ils déjouent in extremis le recomptage imprévu du trésor du couvent, que Caris, toujours soupçonneuse, a exigé.

Caris, bouleversé, apprend que Merthin a épousé Silvia Christi, la fille d'un des grands notables de Florence, juste après qu'elle eut prononcé ses vœux, qu'il a une petite fille, Lolla, et qu'il est un architecte prospère et bien en vue.

En observant les progrès d'une épidémie qui affecte la région, Caris comprend qu'elle se transmet par la proximité des malades et des bien portants. Cécilia soutient alors son projet de construction d'un nouvel hospice pour bien séparer l'hôpital et l'hôtellerie. Mais, devant le refus étrange et obstiné de Godwyn à leur céder un terrain, Caris en devine le pourquoi : les religieuses vont découvrir le vol de leur trésor. Accusé publiquement et confondu par Caris, Godwyn rétorque qu'il s'agissait de l'argent de Dieu et non d'un prétendu don fait au couvent par testament - il a préventivement détruit le document. Pour obtenir justice et réparation, Caris décide d'en référer directement à l'évêque Richard qui bataille en Normandie.

Elle entreprend ce voyage avec Mair, amoureuse d'elle et aux avances desquelles, sans y être insensible, elle ne répond pas. Elles traversent la Manche, découvrent un pays désolé par la guerre. Au spectacle d'un couvent massacré par les troupes anglaises, elles se déguisent, pour plus de sûreté, en pages. Elles se retrouvent brièvement enrôlées par le chirurgien du roi de France et assistent près de Crécy à la déroute de la chevalerie française face aux arbalétriers anglais. Elles finissent par rejoindre les leurs mais c'est pour apprendre la mort au combat du comte Roland et de son fils Richard. Caris échoue finalement à obtenir justice du roi qui se déclare incompétent. Le nouvel évêque nommé, Henri de Mons, refuse d'intervenir dans ce conflit qui lui est antérieur.

Ralph, qui s'est fait remarquer par son courage au combat, est enfin fait chevalier. Le roi lui donne en mariage la jeune Tilly avec le manoir et la seigneurie de Tench. Mais le nouveau comte William s'oppose à son anoblissement.

A Wigleigh, Wulfric et Gwenda qui se débattent dans la misère arrachent l'exploitation d'une terre en déshérence mais il leur faudra l'accord final de leur seigneur, Ralph. Celui-ci, rentré de France, défend ses prérogatives face à ses suzerains, William et Philippa, quant au choix d'un bailli et à la date de son mariage avec Tilly.

La grande mort de la peste s'est abattue sur l'Italie. A Florence, Merthin et Lolla en ont réchappé - se trouvant ainsi immunisés - mais Silvia et ses parents en sont morts. Merthin, que plus rien ne retient en Italie, met ses affaires en ordre et retourne avec sa fille à Kingsbridge. Il y constate avec tristesse que ses ennemis ont pris le pouvoir pour ne rien changer. Caris et lui se revoient: il la presse de rompre ses vœux mais Caris ne se sent pas assez libre pour renoncer à la richesse de sa nouvelle vie. Et elle est toujours menacée d'une sentence de mort pour sorcellerie.

Merthin démontre à tous face à Elfric la justesse de ses plans initiaux concernant le nouveau pont, plan qu'Elfric n'a pas respecté: l'édifice est gravement fragilisé. C'est aussi le cas de la tour de la cathédrale qu'il n'a pas su consolider et qui penche et se fissure de plus en plus. Merthin est officiellement chargé des piles du pont et Jérémie, son ancien élève, de sonder les fondations de la tour: il s'avère qu'il faudra la démonter pour en bâtir une nouvelle. À la demande de Caris, Merthin intercède en vain en faveur de Wulfric auprès de son frère toujours obsédé par la vengeance et par la volonté d'être craint. Ralph a épousé la très jeune Tilly et en a un garçon.

Elfric, déconsidéré en tant que bâtisseur, est menacé de perdre la prévôté face à la candidature de Marc le Tisserand. Mais la peste, qui a traversé la France, entre en Angleterre. Marc, Mair, Mère Cécilia font partie des nombreuses victimes. Caris met en place des règles sanitaires strictes et novatrices: hygiène des mains, port d'un masque, périmètre d'isolement.

Avant de mourir, Cécilia lui a demandé de lui succéder et lui a transmis le secret reçu du père Anthony: la reine-mère et son amant avaient assassiné l'ancien roi. Godwyn, Philémon et sœur Elisabeth qui veut devenir la prieure s'emploient à former une opposition à Caris parmi les religieuses: ses conseils d'hygiène seraient inutiles et relèveraient de la sorcellerie. Mais la peste tue sans appel les sœurs qui ont refusé de porter le masque: Caris avait raison, elle est élue révérende. Encore faut-il que l'évêque ratifie son élection.

Quant à Elfric, sans concurrent, il est réélu prévôt. Godwyn lui confie le projet de reconstruire la tour de la cathédrale, écartant ainsi le projet révolutionnaire du plus haut édifice du royaume auquel Merthin s'attelait avec passion.

La peste progresse: on ne sait où enterrer les morts. À la mort de sa mère, Godwyn, affolé et désemparé, ordonne aux moines survivants de fuir lâchement le prieuré - mais en emportant toutes ses richesses -, et d'abandonner la ville et tous ses habitants à la maladie que leur statut leur commandait pourtant de combattre: ce que ne peut que constater l'évêque, furieux, venu pour circonscrire Caris et reprendre le couvent en main après une dénonciation de Godwyn lui-même.

Brève analyse:

20 séquences

Le personnage de Caris s'impose dans le cadre de plusieurs antagonismes structurants:

  • économique et seigneurial: la ville de Kingsbridge contre le prieuré
  • statutaire et doctrinal : Caris, religieuse et femme, contre le privilège des moines, médecins et hommes
  • religieux: le prieuré des hommes contre le couvent des femmes
  • amoureux: son amour pour Merthin face à son amour du prochain - malade (les pestiférés, par exemple) ou humilié (Wulfric)

À la fin - à l'inverse de la partie précédente - c'est elle qui l'emporte par abandon sur Godwyn: courage contre lâcheté, sincérité contre dissimulation, vérité contre mensonge ; mais chez tous les deux, le même entêtement, qui est d'ailleurs le carburant du récit.

Les obsessions de certains personnages deviennent récurrentes et prennent une valeur d'épithètes homériques qui les identifient (trop ?) et les motivent: Merthin à la plus haute tour, Ralph à la vengeance, Philémon au palais orgueilleux, Wulfric aux terres perdues.

Ralph, Godwyn, Philémon et Elisabeth s'affirment comme des délinquants - voire des criminels -, le premier de la Guerre et les derniers de Dieu., bénéficiant tous de l'impunité de leurs ordres respectifs.

Ralph, Godwyn, Philémon et Elfric restent figés dans leur rôle d'opposants délétères, .Merthin, Wilfric et Gwenda dans celui de victimes impuissantes.

La peste et la guerre agissent comme des catalyseurs de destinées:

  • en accélérant le turn-over des rôles: Cécilia/Caris, Roland/William
  • en déplaçant les personnages: Caris en France, Merthin de retour en Angleterre, Richard/Henri
  • en permettant des ascensions sociales (Ralph) ou des neutralisations (Godwyn peut-être, Pétronille à jamais, Elisabeth pour l'instant).

La perception de la peste révèle les superstitions et les terreurs de l'époque, ses tâtonnements féconds aussi. L'auteur a souligné combien ce fléau constituait le grand thème de son roman: cette calamité démographique a, selon lui, modifié l’histoire intellectuelle de l’Europe, ainsi que la foi non pas en Dieu mais en l’Eglise (http://www.youtube.com/watch?v=ja6xTUDYiwI) 

Le thème de l'homosexualité (Caris/Mair) est abordé clairement avec l'indifférence sans préjugé de l'époque comme un aspect de l'affection légitime entre deux êtres.

Le voyage en Normandie et la bataille de Crécy fonctionnent comme deux longs reportages historiques en chemin. À l'opposé de la parenthèse florentine de Merthin, très elliptique et conçue pour nous imposer des faits conséquents : Merthin et Lolla sont immunisés contre la peste, Merthin est riche et il est un architecte expérimenté reconnu. La pré-Renaissance toscane du Trecento est à peine suggérée. L'allusion de Merthin au dôme architectural semble anachronique car en avance d'un siècle.

Le malheur d'être femme : "Janvier 1349 - janvier 1351"[modifier | modifier le code]

L'évêque Henri et l'archidiacre Lloyd sont outrés par la désertion et le vol commis par les moines. Sœur Élisabeth tente en vain de les justifier. Caris est confirmée dans ses fonctions de prieure et arrache même la promesse que son procès en sorcellerie sera révisé. Caris constate que la peste s'attaque aussi au lien social et aux âmes (prostitution, vols, bagarres, ivresse): elle obtient de l'évêque d'agir aussi en tant que prieure du prieuré et suzeraine de la ville par délégation. L'opposition frontale d'Elfric tombe à plat et le déconsidère définitivement aux yeux des habitants.

Godwyn et les quelque trente religieux encore vivants se sont réfugiés à l'ermitage de Saint-Jean-des-Bois, toujours dirigé par Saül Tête-Blanche. Celui-ci, outré par le vol du trésor de l'abbaye et par l'arrogance de Godwyn, conteste son autorité. Godwyn et Philémon enterrent en secret le trésor dans l'église. L'irruption de la bande de Tam l'Insaisissable touchée par la peste oppose Saül soucieux de sa mission sacrée de secourir les faibles à Godwyn obsédé par la peur de mourir: l'ermitage reste fermé. Mais la peste est déjà entrée, transportée par les moines de Kingsbridge.

Elfric succombe à son tour, permettant ainsi à Merthin d'être élu prévôt de la guilde. Caris et lui s'emploient à maintenir l'ordre social. Caris ouvre un orphelinat. La peste tue un habitant sur sept et près de la moitié des religieuses. Caris est maintenant beaucoup secondée par une nouvelle sœur, Joan.

Tam, malade, s'en vient mourir à l'hospice et révèle à Caris la cachette de Godwyn. Caris, mandatée par l'évêque Henri, et Merthin se rendent à l'ermitage qu'il trouve ravagé par la peste. Frère Thomas et Godwyn sont parmi les survivants, Philémon s'est enfui. Godwyn, isolé, l'âme rongée, se justifie et annonce qu'il va lui-même restituer le trésor à l'évêque pour se réhabiliter à ses yeux. Mais la peste l'a touché. Tandis qu'il délire atrocement, Caris, Merthin et Thomas cherchent le trésor et finissent par comprendre que Godwyn et Philémon, au prix d'un sacrilège, l'ont substitué au corps d'un moine. Ils récupèrent ainsi les précieux objets de culte, les saintes reliques et les chartes du prieuré. Godwyn connaît une fin hallucinée, basculant de lui-même dans la fosse.

Caris et Merthin renouent clandestinement des relations amoureuses.

En bonne administratrice, Caris relance ses exploitations agricoles, distribue aux paysans survivants les bonnes terres en jachère, les libère des servitudes féodales et augmente les salaires des journaliers. Ralph, furieux de cette concurrence qui le prive de main d'oeuvre et de ces manquements aux traditions, la menace.

Caris fait recopier toutes les chartes par sécurité. Elle découvre ainsi que la reine Isabelle avait donné une ferme au prieuré pour que Thomas Langley y soit admis comme novice. Thomas la met en garde. Merthin et Caris devinent que le document est lié à la mort suspecte d'Edouard II et qu'il accuse la reine Isabelle.

Attirés par les avantages qu'octroie le prieuré à ses paysans, Gwenda et les siens quittent clandestinement la seigneurie de Wigleigh. Ralph tente de les récupérer par la force mais les paysans s'y opposent. Un décret royal, espéré par les propriétaires, vient alors stipuler que tout homme doit travailler pour son seigneur d'origine: Ralph, dans son droit, ramène Wulfric, la corde au cou, ainsi que Gwenda et leurs deux fils, à Wighley.

William et ses deux fils, Rollo et Rick, sont emportés par la peste, laissant Philippa à la disposition du roi. Ralph comprend les avantages de la situation. À condition d'écarter le seul obstacle à ses ambitions et à son désir: son mariage avec Tilly. Une entrevue avec Longfellow lui laisse entrevoir que le roi lui donnera Philippa s'il parvient à récupérer le parchemin que l'avocat croit caché au couvent. Tilly, qui se sent menacée de mort par Ralph, se réfugie au couvent. Sous prétexte de la récupérer, Ralph vient au prieuré avec l'intention de trouver le parchemin. Merthin et Thomas déjouent ses plans. Il organise alors un véritable assaut nocturne du prieuré, ce qui est un crime: encagoulé, il fait main basse sur l'ensemble des parchemins et poignarde à mort Tilly, satisfaisant ainsi aux deux conditions qui lui livreront Philippa et le titre de comte.

La peste s'amplifie, corrompant les corps et les cœurs, fauchant de nombreuses vies malgré les mesures préventives prises par Merthin et Caris. La ville s'abandonne au chaos et à la débauche. Caris pense qu'il lui faut la réanimer et la mobiliser avec des projets neufs: un nouveau mur d'enceinte, un hôtel-Dieu moderne et la plus haute tour de cathédrale d'Angleterre. Le prieuré et le couvent sont riches : nombreux legs apportés par la peste, nomination de jeunes baillis progressistes, fermages sans obligations coutumières, développement des pâturages. L'évêque la soutient, y compris pour l'obtention du statut de ville franche, lequel dopera le commerce et favorisera l'émergence d'un vrai pouvoir communal.

Philémon resurgit et justifie habilement son absence et sa réapparition. Il exige en vain de Caris d'avoir accès à l'argent du prieuré. Caris sait qu'elle a là un ennemi implacable qui ignore le sens du bien et du mal, la honte et le remords. Elle fait expulser de la ville Murdo et sa troupe de flagellants qui faisaient la quête pour le compte de Philémon. L'évêque nomme Philémon, par défaut et par force, prieur provisoire sans aucun pouvoir de gestion et il lui interdit l'accès au palais du prieur. Il confie à frère Thomas le trésor du prieuré avec mission de financer l'érection de la tour imaginée et bâtie par Merthin. Enfin, il interdit à Caris toutes relations - a fortiori sexuelles - avec Merthin.

Longfellow contraint Philippa au mariage avec Ralph sous la menace que ce soit Odila qu'il épouse si elle refuse. Philippa se contente de jouer à l'épouse parfaite, Ralph ne la désire plus. Elle lui propose une séparation honorable: elle se retire du monde dans un couvent. Elle devient l'amante adultère et cachée de Merthin.

Merthin entretient une relation amoureuse avec Philippa. Elle tombe enceinte et parvient à faire endosser la paternité à Ralph en couchant avec lui une ultime fois et malgré le dégoût qu'il lui inspire. Elle et Merthin conviennent de mettre un terme définitif à leur relation.

Caris, dont les connaissances médicales - qu'elle a consignées dans un ouvrage novateur qui fait autorité - gênent l'Église, se voit retirer la charge de l'hôtel-Dieu au profit d'un nouvel arrivant, Frère Sime. En représailles, elle se met en retrait. Les habitants de Kingsbridge, qui l'adorent, n'approuvent pas la situation: ils désertent l'hospice et menacent de ne plus financer la nouvelle tour de la cathédrale. Philémon et l'évêque interviennent. Caris menace de rompre ses voeux. Merthin obtient finalement de l'évêque - qui veut sa tour - que soit bâti un nouvel hospice dont la directrice laïque sera Caris, relevée de ses voeux.

Brève analyse:

18 séquences

Un monde disparaît avec Elfric, Godwyn, Tam, Saül, William, tous emportés par la peste. Une nouvelle génération monte : Odila, Samuel (Sam) et David (lui, encore en retrait), sœur Joan, frère Sime.

L'opposition manichéenne prieuré/couvent poursuit Caris et Merthin. De Godwyn à Philémon, c'est la même filiation maléfique pour le plus grand malheur de Kingsbridge.

Un fil conducteur : la femelle, plus que la femme. Ce sont Tilly et Philippa, toutes deux dont le corps n'est que le viatique pour le pouvoir et le prestige du mâle qu'incarne Ralph. C'est surtout Caris, en qui luttent la femme, le médecin et la religieuse, trois figures incompatibles.

L'intrigue se resserre et se complexifie autour de plusieurs enjeux à contrôler :

  • Philippa veuve : un enjeu patrimonial / ses acteurs : Philippa, Ralph, le roi Edouard III relayé par Gregory Longfellow, Tilly, Odila, Caris.
  • le parchemin enterré: un enjeu politique / ses acteurs : le roi Edouard III relayé par Gregory Longfellow, Caris involontairement, Ralph (avec Alan et ses sbires), Thomas.
  • Merthin: un enjeu amoureux / ses acteurs: Bessie la Cloche (à la marge), Caris, Philippa
  • le prieuré: un enjeu seigneurial et religieux / ses acteurs : Caris, Henri de Mons entouré du chanoine Claude et de l'archidiacre Lloyd, Philémon.
  • la force de travail des paysans : un enjeu économique / ses acteurs : Ralph, Caris, Gwenda avec Wulfric et leurs fils, Nathan et les autres baillis, les paysans, les propriétaires, Londres.
  • la médecine : un enjeu spirituel et social / ses acteurs : la peste, Merthin en tant que bâtisseur (hôtel-Dieu, hospice), Philémon, Frère Sime, Caris, sœur Joan, Henri de Mons (avec Lloyd et Claude), Kingsbridge.
  • Kingsbridge : le pouvoir municipal / la charte de ville libre et donc le roi, Caris, la guilde et Merthin en tant que prévôt, Henri de Mons, le prieuré et le couvent.
  • la tour de la cathédrale : un enjeu de prestige / ses acteurs : Merthin, Henri de Mons, Caris, la guilde, Kingsbridge, Philémon.

Le récit s'ouvre davantage à l'histoire de l'époque et élargit son espace géographique : interventions du pouvoir royal, guerre économique entre les seigneuries, inégalités de la condition paysanne, techniques agricoles et artisanales (le métier à tisser à pédale).

La fiction aussi s'amplifie, livrant des scènes hallucinantes, quasi cinématographiques: l'agonie de Godwyn et sa mort spectaculaire, les scènes de bacchanales à Kingsbridge. La sexualité (indifféremment hétéro- ou homosexuelle) est beaucoup plus présente et agit comme une force vitale et transgressive. On couche beaucoup de manière plus ou moins explicite (Merthin avec Caris, Merthin avec Philippa, Ralph avec Philippa, Henri de Mons avec le chanoine Claude, Thomas avec Matthias) ; et on fornique jusqu'à l'orgie lors des dérèglements de la ville. Eros rejoint souvent Thanatos.

Epilogue : "Mars - novembre 1361"[modifier | modifier le code]

Dix années plus tard. Wulfric a 40 ans ; David, son fils, et Sam (qu'il ignore être de Ralph) sont devenus des hommes. Caris et Merthin se sont mariés. Philémon préside toujours aux destinées de l'abbaye. Merthin a achevé la tour de la cathédrale. Reste a ériger sa flèche octogonale. Caris dirige l'hospice Saint-Elisabeth et c'est Joan, devenue Mère, qui dirige le prieuré.

Sam a disparu. Gwenda apprend qu'au mépris de la loi, il a fui Wigleigh pour Outhenby afin d'y être engagé à meilleur prix. Elle part vite le rejoindre, suivie par Jonno, le rusé fils du bailli et l'ennemi juré de Sam, Pour échapper à son arrestation, Sam tue Jonno avec sauvagerie. Finalement rattrapé, il est jugé et condamné à la pendaison. Merthin intervient en vain auprès de son frère. Gwenda révèle alors à Ralph qu'il est le père de Sam à qui il a légué son instinct meurtrier : Sam est gracié.

Lolla disparaît à son tour après une dispute avec son père, mécontent qu'elle fréquente la bande de Jake Riley, un séduisant voyou, voleur de chevaux. Elle réapparaît après une fugue de quinze jours mais, maladroitement accueillie par Merthin, se volatilise à nouveau.

L'ambitieux Philémon flatte les hautes autorités du clergé: il s'attaque en prêche à la dissection des cadavres - une pratique interdite mais tolérée car nécessaire aux progrès de la médecine - ; il décide de faire bâtir, au lieu de la flèche, une chapelle vouée à la Vierge, un culte très en vogue. Il flatte le Roi en se déclarant favorable à la taxation du clergé. Or, la mort de l'archevêque de Monmouth va le servir: l'élection quasi-certaine d'Henri de Mons laissera vacant l'évêché de Kingsbridge et Shiring qu'il convoite. Mais le pouvoir royal tient à contrôler ces deux élections par l'entremise de Gregory Longfellow. Ce dernier, opposé à l'élection probable de Philémon, demande à Merthin d'intervenir en tant que prévôt. Caris et Merthin proposent alors une contre-candidature, celle du chanoine Claude, l'ami d'Henri, qui à son tour, suggère d'éloigner Philémon en le faisant nommer ambassadeur d'Angleterre auprès du pape à Avignon.

Malin, David a patiemment entrepris de cultiver illégalement de la garance avec laquelle on produit la précieuse teinture rouge. Mais Nathan le Bailli, haineux, découvre la plantation clandestine. Le comte Ralph inflige trois punitions à la famille de Gwenda: il saccage la plantation, il convainc Sam de quitter Wigleigh pour devenir son écuyer, il ne consent pas au mariage de David avec Amabel, la fille d'Annet. Cependant, David relance sa culture et écoule la teinture.

La peste est soudain de retour. Caris et Merthin organisent une sévère mise en quarantaine de la ville pour freiner l'épidémie dont les malades seront strictement isolés. Tous les moines s'enfuient à Saint-Jean-des-Bois. La peste vide les campagnes, ce qui force Ralph à des concessions pour l'exploitation de ses terres à l'abandon: il accepte ainsi que David épouse Amabel, cultive la garance et reprenne en libre métayage - et non en fermage coutumier - les terres de sa belle-mère mais exige que sa mère, Gwenda, vienne au château chercher le contrat écrit. C'est qu'il l'a forcée à coucher à nouveau avec lui sous la menace de révéler à Wulfric qu'il n'est pas le père de Sam.

Frère Thomas, devenu sénile, s'éteint. Ce décès lie Merthin à une promesse faite 34 ans plus tôt au chevalier Thomas Langley: déterrer la lettre et la confier à un prêtre. Il la lit : le roi précédent, Edouard II, écrit à son fils, l'actuel Edouard III, que la reine et son amant ont décidé sa perte, qu'il est pourchassé par leurs sbires, le comte Roland de Shiring et ses fils, et qu'il a feint de disparaître à jamais pour leur échapper et quitter l'Angleterre. Merthin décide d'enterrer à nouveau cette lettre dont l'intérêt et le risque appartiennent à un passé révolu.

Gwenda rêve de le tuer Ralph quand il lui impose un rendez-vous secret dans une chaumière écartée. Mais Sam s'inquiète pour sa mère et la suit. Il surgit juste avant le viol. Ralph, qui ne veut pas tuer son fils, est blessé à mort par lui, tandis que Gwenda poignarde l'écuyer Alan Fougère. Puis elle tranche la gorge de Ralph juste avant qu'il ne révèle leur secret à Sam. Gwenda maquille les crimes pour faire croire à une querelle entre les deux hommes qui aurait mal tourné.

Après six mois, la peste est vaincue. Kingsbridge, rouvert, fête Caris. L'étoffe écarlate fait désormais la renommée de la ville. Gerry, tout jeune fils de Ralph et Tilly, est fait comte de Shiring. Lolla, seule de la bande de Jake Riley à avoir réchappé de la peste, rentre enfin de sa longue fugue et demande à Caris de lui enseigner l'art de guérir. Survient un dernier double coup de théâtre: contre toute attente, le Roi a décidé de nommer Philémon évêque, mais Merthin offre à Gregory Longfellow de récupérer la lettre - entre temps volée par Philémon pour se prémunir contre les caprices du Roi - contre la promesse de nommer le chanoine Claude.

Philémon part pour Avignon, tandis que Merthin et Caris montent dans les échafaudages de la flèche maintenant achevée. La surmonte une immense croix au pied de laquelle est agenouillé un ange qui a le visage de Caris.

Brève analyse:

11 séquences

Deux éléments de résolution dont la mécanique est le chantage:

  • le secret de la naissance de Sam: Gwenda et Ralph savent mais ne disent rien, elle pour préserver l'ignorance de Wulfric et lui pour la forcer à coucher

> Cette résolution concerne le sang et sa force. Il s'agit d'un crime aux accents oedipiens : Ralph, finalement humanisé, meurt de ne pouvoir tuer son propre fils et la mort lui est donnée par ce fils qui ignorera toujours qu'il était son père.

  • la lettre enfouie : non pour ce qu'elle révèle - qui est devenu beaucoup moins dangereux - mais pour ce qu'elle permet de modification par la grâce de chantages successifs exercés sur la volonté royale

> Cette résolution concerne le pouvoir et sa farce. La lettre fait d'un chevalier menacé un moine tranquille, elle assoit insidieusement la prospérité d'une abbaye et la puissance d'une famille noble, elle permet une pirouette finale, la promotion-sanction de Philémon.

L'épilogue est animé par le moteur de la jeunesse, une jeunesse rebelle:

  • Sam, en tant que paysan, défie la loi de son seigneur Ralph ; puis leur parenté cachée le fait se vouer à lui en tant qu'écuyer ; enfin, il s'arme contre lui pour défendre sa mère
  • David, son frère, défie les droits seigneuriaux et arrache à Ralph sa liberté de paysan métayer qui peut décider de ses cultures contre paiement d'un loyer en espèces - un énorme progrès de condition
  • Lolla fugue par deux fois pour les beaux yeux d'un voleur avant de se réconcilier avec son père et avec Caris, sa belle-mère

Toutefois, les figures de David et Lolla semblent plus précises que celle de Sam, un peu abandonné à son atavisme. Toutes les deux continuent les vocations successives de Caris : David sera l'entrepreneur, Lolla la soignante.

Le projet de la plus haute tour d'Angleterre trouve son dénouement qui clôt le récit. L'énergie des bâtisseurs courait déjà dans Les Piliers de la terre, elle traverse "Un Monde sans fin" : histoire de ne pas oublier que l'architecture de pierre est la colonne vertébrale de cette fresque en deux romans.

Personnages[modifier | modifier le code]

Protagonistes[modifier | modifier le code]

Caris[modifier | modifier le code]

Seconde fille d'Edmond Le Lainier et de Rose, lointaine descendante de Tom le Bâtisseur (aux dires de sa tante Pétronille, pourtant Tom n'a a priori pas eu de descendance, sa fille Martha ne s'étant pas mariée, son fils Alfred étant mort sans enfant, et son autre fils Jonathan étant moine). Elle est impulsive mais méthodique, libre d'esprit mais loyale, entêtée mais généreuse.

Personnage écartelé entre la tentation pour la médecine - un savoir réservé aux moines - et le talent pour les affaires familiales. La médecine, elle l'apprend de l'herboriste Mattie la Sage dont elle est l'amie, de Mère Cécilia qu'elle admire et sur le terrain grâce à un fort don d'observation et d'analyse. C'est elle qui développe l'hôpital du couvent et combat intelligemment la peste. Les affaires, c'est auprès de son père qu'elle s'y initie et c'est son aptitude à s'informer de tout avec curiosité et son incroyable propension à ne douter de rien qui la conduise à développer une filière textile qui sauve sa famille et la ville de la ruine.

Son grand oeuvre est paradoxalement ce qu'elle n'a pas choisi: la vie religieuse. Elle y fait merveille et parvient au sommet de la hiérarchie du couvent par ses seuls mérites.

Elle est moins heureuse en amour. Elle aime Merthin, l'apprenti de son beau-frère, mais ne consent pas à perdre sa liberté de femme en l'épousant. Ce n'est qu'à la fin du roman, ayant tout réalisé de son extraordinaire potentiel, qu'elle rejoint Merthin pour l'épouser, après l'avoir, tout du long, soutenu sans relâche dans ses projets.

Eprise de liberté jusqu'à se mettre en danger et faire souffrir ceux qu'elle aime, elle affronte courageusement un procès en sorcellerie, fait d'Elfric, son beau-frère, et des prieurs Anthony et Godwyn ses adversaires personnels. Elle se revendique femme plus qu'épouse ou mère. Totalement investie dans la vie et l'histoire de son époque, elle est paradoxalement aussi solitaire que l'ange au sommet de la haute tour de la cathédrale à qui Merthin a prêté ses traits.

Merthin (le Pontier)[modifier | modifier le code]

Lui et son frère cadet Ralph sont les enfants de petits nobles vite déchus, Maud et Gérald Fitzgerald, lequel descend d'Aliena de Shiring et de Jack le Bâtisseur, la grande figure des Piliers de la terre.

Enfant, il rêve de devenir chevalier mais le comte Roland, qui le trouve chétif, lui préfère comme écuyer son frère Ralph: lui sera apprenti charpentier. Il se révèle excellent dans ce métier au point de surpasser et d'agacer ses maîtres, trop conservateurs et moins doués. Empêché d'accéder à la reconnaissance de ses pairs, empêché d'épouser Caris, l'amour de sa vie, il part pour l'Italie opulente de la pré-Renaissance.

Il y fonde une famille, devient un architecte reconnu et riche. Mais la Grande Peste lui enlève sa femme et le prive de clients. Il revient avec sa petite fille à Kingsbridge en Angleterre. Déjouant patiemment les embûches de la nature et l'hostilité méprisante des clercs, il parvient peu à peu à affirmer son autorité professionnelle et morale, devient prévôt des marchands, embellit et renforce sa ville. Il épouse finalement Caris.

En possession d'un secret royal, il l'utilise habilement pour écarter son dernier adversaire. Il réalise finalement son rêve initial, celui qui traverse toute l'œuvre: édifier la plus haute tour du royaume.

Caris et lui se ressemblent par leur volonté de s'affranchir des règles. Pourtant, sa conception de la femme et de l'épouse reste conventionnelle et son réalisme le conduit souvent à accepter trop facilement l'adversité, surtout si elle est le fait des hommes.

C'est un personnage rationnel, observateur et curieux, délié des préjugés techniques de son temps, avide de comprendre par lui-même. Il est à la fois intelligent et doté d'un grand sens artistique. Il annonce déjà l'humanisme du siècle suivant. C'est un homme qui se raisonne, calme sans être faible, fort dans ses décisions, courageux dans ses oppositions, déterminé jusqu'à l'entêtement. Par son pragmatisme tranquille, il est l'élément modérateur de toutes les intrigues et de tous les bouleversements de l'histoire.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Godwyn[modifier | modifier le code]

Cousin de Caris et d'Alice, fils de Pétronille, neveu du prieur Anthony et d'Edmond le Lainier.

Sa mère, qui l'écrase, lui dicte son destin: faire une carrière ecclésiastique.

C'est en tant que réformateur qu'il complote pour succéder à son oncle prieur mais ce parvenu vaniteux et fragile se révèle à ce poste mesquin, opposé aux progrès, jaloux de ses prérogatives, faible face aux menées illégales de Philémon, terriblement misogyne, piètre gestionnaire, intrigant inlassable, voleur, menteur et lâche. Il gâche ainsi toutes ces missions : le respect des règles monastiques, l'embellissement du prieuré, les soins aux malades, la prospérité de sa seigneurie.

Figure sombre du roman, il s'enfonce dans la noirceur et augmente en nuisance aux dépens de sa famille, de Kingsbrige, de l'Église même. Il forme avec Philémon un duo négatif qui incarne tous les préjugés du temps à l'endroit des clercs, inutiles, bornés, orgueilleux, intrigants et méchants.

La mort de sa mère lui fait perdre la tête. Il connaît une fin piteuse de bête apeurée et terrée. Sa mort est un fort élément de résolution du récit en faveur d'une fin heureuse.

Gwenda[modifier | modifier le code]

Fille de Joby et Ethna, des paysans sans terre, et sœur de Philémon.

Elle vole pour subvenir aux besoins des siens et scelle ainsi le destin de Ralph et de Merthin, placé l'un comme écuyer et l'autre comme apprenti parce que leur père ne peut plus à cause d'elle rembourser ses dettes.

Amie de Caris, elle lui ressemble: rebelle et indépendante ; mais elle est plus animale et plus violente.

C'est une victime des hommes: de son père qui la vend comme une marchandise, du désir des mâles qui convoitent son corps libre, de Ralph qu'elle obsède, des seigneurs auxquels elle appartient et qui l'exploitent.

Elle est souvent en fuite: elle fuit sa famille, elle fuit Ralph, elle fuit la seigneurie à laquelle elle est enchaînée, elle fuit la misère. En vain.

De Ralph elle a Samuel (Sam), de Wulfric elle a David, deux fils à l'image de leurs pères. La génétique est la malédiction de Gwenda qui reproduit la misère de ses parents, la violence impulsive de Ralph, la beauté et la douceur de Wulfric.

Si elle n'est pas belle, elle est intelligente et redoutablement déterminée: il suffit de voir comment elle échappe aux bandits prêts à la violer puis se débarrasse de Sam le Colporteur, ou encore comment elle conquiert le cœur de Wulfric, ou encore comment elle empêche Ralph de révéler à Sam le secret de sa naissance. C'est une tigresse acculée par la vie. Désespérée et attachante, elle incarne la condition faite aux femmes et aux miséreux dans la société médiévale.

Ralph[modifier | modifier le code]

Frère cadet de Merthin et son complet opposé manichéen : il incarne parfaitement les nuisances de la chevalerie féodale, égoïste, violente, parasite et arrogante, pour qui la guerre est à la fois une source de revenus, un moyen vers l'honneur et la gloire, une affirmation de la virilité, un loisir et un métier. Il est indéniablement pour ses pairs un bon guerrier, brave et efficace.

Il gravit aussi les échelons grâce aux femmes: les alliances sont le second souci de la noblesse. Matilda et Philippa, hormis qu'elle sont aussi des objets sexuels à sa libre disposition, lui apportent terres et titres, et tout ce qui les accompagne. C'est même cela qui légitime, aux yeux de Ralph, la substitution de l'une à l'autre par le crime. Remarquable parcours qui fait d'un écuyer pauvre et sans atouts familiaux un comte riche et puissant.

Ce délinquant criminel et caractériel se soumet cependant aux règles de son clan (pour devenir seigneur puis chevalier) et recherche toujours l'approbation de Merthin que ses écarts déstabilisent. Il reste un enfant avide de reconnaissance - de la part de son père, de son frère, du comte Roland, de Philippa - et ce besoin est sa seule marque d'humanité. Car, avec les faibles, il est impitoyable, surtout s'ils ont le front de ne pas le craindre: Wulfric est ainsi poursuivi par sa haine tout au long du roman (il viole Annet sa promise, il le prive de terres, il le tient en servage).

Sa sexualité se résume au désir et elle est dénuée d'amour: la femme est convoitée pour le plaisir qu'elle donne puis conquise pour les résistances qu'elle oppose ; ce sont Annet, Gwenda, Tilly, Philippa et toutes ses victimes lors des campagnes guerrières. Il baisse une seule fois la garde: pour sauver Samuel (Sam), le fils caché qu'il a eu de Gwenda et qui, de ses deux fils, est celui qui lui ressemble le plus ; ce sera sa perte.

Personnage tragique, il incarne l'hybris, la démesure: il s'élève immodérément au-dessus de sa condition, il a un appétit sexuel destructeur, il a recours à la force violente. Logiquement, il rencontre en son propre fils sa némésis, le châtiment mérité: Samuel le tue sans jamais savoir qu'il est le fruit du viol de sa mère par Ralph.

Autres personnages importants[modifier | modifier le code]

Cécilia[modifier | modifier le code]

Prieure du couvent jusqu'à sa mort provoquée par la première épidémie de peste.

Au service des pauvres et des malades, réactive, intelligente, réfléchie. Bonne infirmière. Pour tout cela, sa réputation est grande à Kingsbridge. Mais elle reste consciente d'être une femme dans un monde dominé par les hommes, lesquels lui semblent bien vains.

Excellente gestionnaire des biens du couvent, elle agit dans l'intérêt de toute la communauté et de tous les habitants: sa longue résistance aux menées de Godwyn en témoigne.

Son jugement sur les autres est clairvoyant (sur Élisabeth par exemple). Mais elle se trompe sur Godwyn, plus malhonnête qu'elle ne le croyait, et se laisse voler. Elle ne se trompe pas sur Caris qu'elle réconcilie peu à peu avec elle-même.

Pragmatique, mesurant fort bien les rapports de forces, elle sauve habilement Caris d'une condamnation pour sorcellerie grâce à un tour de passe-passe: lui offrir l'impunité du voile.

Edmond Le Lainier[modifier | modifier le code]

Marchand de laine riche et influent, il domine la ville et la guilde en tant que prévôt.

Veuf, il a deux filles, Caris et Alice.

Frère de Pétronille et du prieur Anthony, oncle de Godwyn, il privilégie l'intérêt communal et peut affronter sa famille, le comte de Shiring et les prieurs de Kingsbridge. Il est rusé mais (trop) respectueux des règles et des fonctions. C'est un entrepreneur avisé qui donne leur chance à Merthin avec son projet d'un nouveau pont, et à Caris quand elle fonde une filière de tissage.

Il meurt épuisé par les revers de fortune, l'esprit égaré.

Elfric le Bâtisseur[modifier | modifier le code]

Plus avide d'argent que de pouvoir, il aime le pouvoir qui enrichit.

Son mariage avec Alice lui assure de capter l'influence, la fortune et la fonction de prévôt de son beau-père, Edmond.

Sans envergure, influençable, il est le pitoyable jouet de sa femme et de sa fille (l'épisode de la fausse paternité), et surtout de Godwyn et de Philémon. Il déteste Merthin dont le talent dénonce sa médiocrité professionnelle et s'acharne à lui nuire, directement ou à travers Caris, même au prix d'un faux témoignage. Il est contre le nouveau pont, contre la nouvelle tour, contre la fermeture de la ville cernée par la peste, contre tout ce qui dérange le train-train des affaires.

C'est l'archétype du bourgeois borné, vaniteux, méchant et égoïste.

Élisabeth Leclerc[modifier | modifier le code]

Fille bâtarde d'un évêque, belle, ambitieuse et intelligente.

Éconduite par Merthin qu'elle aime, elle entre au couvent et se venge sur Caris, sa rivale devenue elle aussi religieuse.

Aveuglée par sa haine de Caris, elle cède facilement aux manipulations de Godwyn: elle facilite le vol du trésor des religieuses, témoigne contre Caris à son procès, tente de justifier la fuite de Godwyn avec tout le trésor et s'oppose à ses préconisations contre la peste. Une dernière nuisance qui lui est fatale car elle emporte dans la mort son rêve de devenir la supérieure du couvent.

Grégory Longfellow[modifier | modifier le code]

Avocat sans états d'âme. Il défend le prieuré à deux reprises.

Parvient au conseil du roi dont il est l'exécuteur des basses œuvres.

Il intervient officieusement pour neutraliser le risque que constitue le parchemin pour la paix du royaume: il charge Ralph de récupérer le document contre la promesse d'un mariage avec Philippa, il négocie avec Merthin la restitution définitive du parchemin contre l'éloignement de Philémon.

Il incarne la raison d'État, ses cynismes et ses libertés.

Henri de Mons[modifier | modifier le code]

Successeur de l'évêque Richard. Le type même du prélat prudent, diplomate et avisé. Son parcours sans faute lui vaut de devenir à la fin archevêque de Monmouth.

Soucieux d'efficacité, il pense et décide vite, il est présent sur le terrain: ainsi quand il soutient Caris dont il reconnaît l'utilité et les compétences.

Il reste cependant un clerc conservateur, respectueux du dogme: pour lui, une femme - fût-elle Caris, ou plutôt, surtout si c'est elle - reste un être inférieur (ni prêtre ni médecin) et dangereux (par sa sexualité).

Ami amant du chanoine Claude.

Mattie la Sage[modifier | modifier le code]

Sage-femme expérimentée (elle sauve Gwenda en couches) et herboriste de Kingsbridge, à la fois crainte et respectée. Les moines-médecins la tolèrent à peine. Elle transmet à Caris une partie de ses connaissances et lui donne ainsi la vocation de soigner.

L'âme humaine n'a pas de secret pour elle et sa clairvoyance sur son époque la rend prudente: sceptique, elle mêle néanmoins toujours Dieu à ses remèdes et, sentant venir la menace d'une accusation de sorcellerie, elle décampe avant et disparaît définitivement.

Pétronille[modifier | modifier le code]

Sœur encombrante d'Edmond et d'Anthony, elle est avant tout la mère ambitieuse et écrasante de Godwyn : elle renonce à son aisance pour financer ses études de moine-médecin, elle intrigue pour qu'il s'élève dans la hiérarchie, elle utilise les sombres talents de Philémon (mais il se révèle un outil bien dangereux), elle s'oppose à tous ceux qui lui font obstacle (Merthin et Caris).

Son moteur secret: fiancée éconduite du comte de Shiring, elle veut pour Godwyn la brillante destinée qu'elle a manquée.

Philémon[modifier | modifier le code]

Fils de Joby et Ethna, frère aîné de Gwenda.

Le prieuré est sa seule arme contre la misère. Novice puis moine, il se voue à Godwyn jusqu'à devenir sous-prieur.

Intelligent dans le mal, sans aucun scrupule, voleur maladif, avide de richesses, il est l'éminence grise, l'inspirateur des mauvais coups, le maître des mots. Sa loyauté à Godwyn repose sur son plaisir de nuire. Il apprend vite et assimile habilement tous les attributs qui caricaturent le religieux : cupidité, arrogance, hypocrisie, inutilité.

Il échappe à la peste qu'il a fuie et qui l'a rattrapée. Devenu prieur par défaut à la mort de Godwyn, intrigant machiavélique, il aurait pu devenir l'évêque de Kingsbridge si Merthin n'était intervenu in extremis. Qu'importe, en Philémon, le mal est récompensé : il est nommé par le roi auprès du pape à Avignon.

L'auteur lui prête allusivement une relation amoureuse avec un ou une inconnue, qui l'humanise.

Philippa[modifier | modifier le code]

Épouse et bru des comtes Roland et William, c'est la gente dame accomplie.

Femme de seigneur, elle est consciente de ses devoirs: elle soutient Wulfric avec mesure dans sa querelle avec Ralph, elle entend la détresse de Gwenda, elle tente de contrer l'ascension sociale de Ralph qu'elle juge dangereux. Mais elle forme, malgré elle, avec ce dernier un duo magnétique de contraires: il la veut (elle est belle, elle est puissante, par elle se transmettent titres et richesses), elle l'exècre.

En elle souffre la condition générale des femmes: la mère et l'épouse quand la peste lui enlève William et ses deux fils, la femme noble quand elle doit se soumettre aux impératifs matrimoniaux qui la donnent à Ralph, la femme désirée par les hommes quand elle tente de se soustraire au désir de Ralph ou, plus indirectement, quand elle essaie de différer le mariage de Ralph avec la trop jeune Tilly.

De Ralph elle se venge deux fois: elle se confisque à lui en se séparant de lui pour se retirer du monde dans un couvent ; elle conçoit un fils, Roland, avec Merthin mais en fait habilement endosser la paternité à Ralph.

Roland de Shiring[modifier | modifier le code]

Le comte - un titre considérable - est le seigneur-chevalier par excellence, rompu aux subtilités de la féodalité (le roi s'il lui ressemble, les liens de domination-soumission au sein de la pyramide vassalique, les privilèges de la noblesse d'armes, le mépris de l'Église mais la crainte de Dieu, l'honneur du clan familial et de la meute guerrière, le jeu des promotions et des nominations, l'importance du sang et de la naissance, l'orgueil mais la sollicitation continue de conseils, la bravoure). Parce que Ralph est de sa trempe, il le protège au mépris de la justice de son propre fils mais, parce qu'il n'est pas de belle extraction, il ralentit sa progression.

Deux garçons, William l'aîné pour lui succéder et Richard le cadet donné à l'Église. Sa bru Philippa exerce une certaine influence sur son esprit.

Il manque mourir lors de l'effondrement du pont et en garde une paralysie de la face.

Il meurt en soldat à la bataille de Crécy, conformément à son rang.

Thomas Langley[modifier | modifier le code]

Un personnage à la fois lumineux et secret.

Chevalier, il perd un bras dans la rixe qui l'oppose à ses poursuivants. Ce handicap et la nécessité de se mettre en sûreté le poussent à tout abandonner (sa carrière, sa famille) pour se mettre sous la protection de Dieu en devenant moine.

Toute sa vie, il reste cependant sous la menace du parchemin qu'il a enterré avec son secret.

Ami de Merthin et de Caris, ce moine-soldat s'oppose à Godwyn au sein du prieuré et capture Ralph pour le livrer à la justice.

L'auteur lui prête allusivement une relation d'amour avec un autre frère, Matthias. Réchappé de la peste, il meurt de vieillesse, sa raison égarée.

William de Shiring[modifier | modifier le code]

Fils aîné du comte Roland, il lui succède logiquement à sa mort.

Epoux épris de son épouse, Philippa.

Le type même du grand seigneur mesuré, ce qui l'oppose naturellement à Ralph, son contraire: il n'hésite pas à le traduire en justice pour viol, il tente de ralentir son accession à la noblesse, il échoue à en reprendre le contrôle (en lui imposant un bailli ou en s'interposant entre lui et la jeune Tilly).

Victime avec ses fils de la seconde peste.

Wulfric[modifier | modifier le code]

Solaire et droit, ce fils de paysans avait tout pour réussir : beauté, force, courage et bonté. Le destin s'acharne à le détruire : il perd ses parents et son frère David lors de l'effondrement du pont, il est dépossédé de tout son héritage, de paysan libre il devient un manouvrier surexploité, la riche Annet qui lui était promise rompt leurs fiançailles.

Sa scène primitive : la fois où il a osé corriger Ralph pour défendre Annet. L'écuyer devenu son seigneur et maître ne lui pardonnera jamais cet affront et s'acharnera à le maintenir dans la misère.

Son tort : refuser de feindre la crainte en présence de Ralph.

Sa force : un abattage surhumain au travail qui force l'admiration et le respect de sa communauté.

Sa chance : la peste qui, en tuant, prive de bras et rend Wulfric indispensable ; on lui rend les terres familiales et, avec elles, l'indépendance économique.

Son regret : Annet. Il a épousé Gwenda par défaut et par désespoir. Deux fils : David et Samuel (mais Gwenda seule sait que Samuel est de Ralph).

Personnages secondaires[modifier | modifier le code]

  • Annet

Jolie, superficielle, héritière aisée, elle est promise à Wulfric. Elle attise le désir de Ralph et est ainsi à l'origine de la haine inextinguible qui oppose les deux hommes. Violée par Ralph, elle rompt ses fiançailles avec Wulfric quand ce dernier est déshérité. Elle épouse Billy Howard dont elle a une fille qui épousera à son tour David, le fils de Gwenda, son ennemie de toujours dans le cœur de Wulfric. La peste lui enlève toute sa famille.

  • Anthony

Frère de Pétronille et d'Edmond, oncle de Godwyn, Alice et Caris. Prieur rétrograde de Kingsbridge au début du roman. Il est tué dans l'effondrement du premier pont.

  • Griselda

Fille d'Elfric par son premier mariage, belle-fille d'Alice, enceinte poar hasard de Thustan qui l'abandonne, elle séduit Merthin pour lui attribuer l'enfant et le forcer à l'épouser. Elle appelle son fils (Petit) Merthin et épouse Harold Masson dont elle a une fille, Pétronille.

  • Nathan

Efficace bailli de Wigleigh pour le compte de Ralph qu'il craint, retors et corrompu, dur avec les faibles comme Wulfric, mais réaliste sur les méfaits économiques de la peste : c'est ainsi qu'il oblige Ralph à restituer à Wulfric les terres de son père alors qu'il avait contribué à ce qu'elles lui soient retirées. Son fils, Jonathan (Jonno), est tué par celui de Gwenda, Samuel (Sam) - enfant caché de Ralph.

  • Saül Tête-Blanche

Neveu du comte de Shiring. Il devient le très sage et très avisé prieur de l'ermitage de Saint-Jean-des-Bois après avoir été écarté de Kingsbridge par les manipulations de Godwyn. Accueille imprudemment Godwyn et les frères qui ont fui la première peste et en meurt. Un saint homme, l'antithèse de Godwyn.

  • Tilly (Matilda) de Tench

Nièce orpheline du comte Roland, élevée par les nonnes de Kingsbridge, elle est donnée à Ralph en mariage et en a un fils, Gérald (Gerry). Parce qu'elle gêne son ascension sociale en l'empêchant d'épouser Philippa de Shering, veuve, Ralph l'assassine.

D'autres personnages[modifier | modifier le code]

  • Alan Fougère

Fidèle écuyer et complice sans envergure de Ralph qui le domine et qu'il craint. Meurt avec lui, assassiné.

  • Alice

Sœur de Caris et jalouse d'elle. Elle épouse Elfric et le soutient face à sa famille.

  • Buonaventura Caroli

Riche négociant en laine florentin, ami d'Edmond, de Caris et de Merthin. Il conseille Caris pour qu'elle développe l'"écarlate de Kingsbridge".

  • Claude

Chanoine d'origine française. Succède à son ami et amant, Henri de Mons, au siège épiscopal de Shiring et Kingsbridge.

  • David Caerlon

Ecuyer de William de Shiring. Devient comte de Monmouth et épouse Odila, la fille de William et Philippa.

  • Gaspard

Père curé de Wigleigh, homme indépendant et sans ambition, il soutient Merthin en lui confiant un chantier.

  • Gérald et Maud Fitzgerald

Parents de Merthin et de Ralph. Déchus de leur seigneurie et épris de noblesse, ils admirent surtout le parcours de Ralph.

  • Jérémie (Jimmy) le Bâtisseur

Commis de Merthin et son protégé, puis à son compte. Superstitieux jusqu'à la maladresse et jusqu'à nuire involontairement à Merthin.

  • Jérôme

Efficace secrétaire du comte.

  • Joby

Misérable paysan sans terre, bref moins que rien. Père de Gwenda et Philémon. Amputé d'une main pour vol. Il survit d'expédients, triche, vole et oblige ses enfants à voler. Il vend même Gwenda à des hors-la-loi en échange d'une vache.

  • John le Sergent

Responsable de la bonne police de Kingsbridge. Victime de la première épidémie de peste.

  • Jonathan (Jonno)

Fils de Nathan le bailli, il est battu puis tué par Samuel, le fils de Gwenda qui est l'exacte réplique de Ralph, son vrai père.

  • Julie

Religieuse, soignante expérimentée. Du fait de son grand âge, elle est parmi les premières victimes de la première vague de peste.

  • Lolla

Fille de Merthin et de Silvia. Sa rébellion pendant son adolescence consterne Merthin. Après une longue fugue, elle revient et décide finalement de suivre les traces de Caris en apprenant à guérir.

  • Lloyd

Archidiacre habile, clerc du diocèse.

  • Marc et Madge les Tisserands

Pauvres, ils s'enrichissent en soutenant les projets de Caris. Madge survit, seule de sa famille, à la peste et continue à développer son affaire. Elle se remarie plus tard et a une fille, Selma.

  • Mair

Jeune et belle nonne, brève amante de Caris avec qui elle fait le voyage de France, elle meurt de la première épidémie de peste.

  • Mathieu le Barbier

Ses connaissances en chirurgie, acquises sur les champs de bataille, troublent Caris et gênent les moines.

  • Mungo Le Sergent

Fils et successeur de John Le Sergent.

  • Murdo

Frère lai, prêcheur itinérant. Paillard, charismatique, véritable acteur, il exploite sans vergogne la religion des pauvres et les superstitions des humbles. Il témoigne contre Caris à son procès. Il anime une troupe de flagellants pour récolter de l'argent.

  • Odila de Shiring

Seule survivante directe des Shiring, fille de William et de Philippa. Elle épouse David de Caerleon, comte de Monmouth.

  • Pierre le Teinturier

Collabore avec Caris, comme le fait Marc le Tisserand. Victime de la peste avec toute sa famille.

  • Richard de Shiring

Fils cadet du comte Roland, évêque de Kingsbridge. Coureur de jupons et batailleur. Il est tué à la bataille de Crécy.

  • Samuel (Sam)

Fils de Gwenda, il est élevé par Wulfric et en conserve un souci des autres, même s'il est aussi violent que son père naturel, Ralph.

  • Silvia Christi

Première et riche épouse de Merthin et mère de Lolla. Victime de la peste, tout comme ses parents.

  • Sim le Colporteur

Achète Gwenda à son père pour monnayer son corps. Meurt des mains de Gwenda lors de l'effondrement du pont.

  • Siméon

Frère trésorier

  • Tam l'Insaisissable

Chef aristocratique d'une bande de hors-la-lois très organisés qui accueillera Ralph et Alan dans leur fuite. Aide Caris à retrouver Godwyn en fuite. Meurt de la peste noire.

  • D'autres marchands et artisans de Kingsbridge: Betty la Boulangère (victime de la peste), Ben le Rouleur (tué par Ralph), Dick le Brasseur (victime de la peste), Rick l'Argentier (victime de la peste), Christophe le Forgeron, Bessie la Cloche (amie affectueuse et collaboratrice de Merthin au retour d'Angleterre, victime de la peste), Marge la Couturière (victime de la peste), Silas l'Apothicaire.

À propos du titre[modifier | modifier le code]

Le titre fait référence à la phrase latine in saecula saeculorum. Bien que la traduction la plus fréquente soit "pour les siècles des siècles", la version King James retient parfois la phrase "un monde sans fin" ("world without end"). On retrouve notamment cette phrase dans la doxologie "Gloria Patri" chantée par les moines (chap. 64). "Pour l'éternité" aurait tout aussi bien pu convenir.

L'intrigue politique du parchemin[modifier | modifier le code]

Ce moment fort de l'exposition tourne vite à l'habileté d'écriture et est pratiquement oublié ensuite - sauf quelques rappels pour entretenir la mémoire du lecteur - et ne réapparaît qu'à la fin du roman sous la forme un peu artificielle d'un deus ex machina.

L'intrigue reprend un événement historique : la mort suspecte d’Édouard II. On s'accorde aujourd'hui sur le fait que ce roi médiocre et fantasque fut non seulement contraint d'abdiquer par son épouse (et l'amant de celle-ci) mais aussi éliminé sur son ordre. Son fils, Édouard III, le vengea en excluant sa mère de la vie publique et en faisant exécuter l'amant. Il est tout aussi historique que des rumeurs plus ou moins fantaisistes ont couru pendant des siècles, relayées par des historiographes paresseux et des écrivains.

L'auteur épouse ses rumeurs et imagine que la vérité sur la mort d’Édouard III devait rester cachée pour la paix du royaume. C'est une manière un peu laborieuse - le lecteur se trompe de cible - mais efficace d'imposer une communauté de destins entre Caris, Ralph, Merthin et Gwenda, dans le cadre d'une seule journée d'exposition ; et de se débarrasser du dernier des méchants (Philémon) à l'ultime dénouement.

Le personnage de Thomas Langley, généré pour les besoins de l'anecdote en tant que gardien du secret, échappe à la faiblesse de cette construction dès qu'il s'autonomise en moine pour devenir l'allié de Merthin au sein du prieuré.

Premières éditions[modifier | modifier le code]

Éditions imprimées en anglais
Livres audio en anglais
  • Texte intégral : (en) Ken Follett (auteur) et John Lee (narrateur), World Without End, Penguin audio,‎ 9 octobre 2007 (ISBN 978-0-14-314235-5)
    Support : 36 CD audio, durée : environ 45 h 24 min.
  • Texte abrégé : (en) Ken Follett (auteur) et Richard E. Grant (narrateur), World Without End, Penguin audio,‎ 9 octobre 2007 (ISBN 978-0-14-314236-2)
    Support : 12 CD audio, durée : inconnue.
Édition imprimées en français
  • Ken Follett (auteur), Viviane Mikhalkov (traductrice), Leslie Boitelle (traductrice) et Hannah Pascal (traductrice), Un monde sans fin [« World Without End »], Paris, Robert Laffont,‎ 2 octobre 2008, 1285 p. (ISBN 978-2-221-09619-2, notice BnF no FRBNF41370539)
Livre audio en français
  • Ken Follett (auteur), Viviane Mikhalkov (traductrice), Leslie Boitelle (traductrice), Hannah Pascal (traductrice), Jean-Marc Galéra (narrateur) et Véronique Groux de Miéri (narratrice), Les Piliers de la Terre. Tome 3 : Un monde sans fin [« World Without End »], La Roque-sur-Pernes, VDB,‎ 1er mars 2010 (ISBN 978-2-84694-828-9)
    Support du livre audio : 5 CD MP3, durée totale : environ 54 heures. Le titre du livre audio, incluant « Tome 3 », s'explique par le choix des éditions Stock, en 1990, de diviser le roman Les Piliers de la terre en deux tomes intitulés « Ellen » et « Aliena », choix qui avait été répercuté par les éditions VDB lors de la réalisation de la version audio du roman. Les notices du livre audio, dans les catalogues de librairies en ligne, ne créditent pas les traductrices.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vu sur Youtube
  2. World without end sur Allociné