Umm Qeis

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Umm Qeis
Gadara, أم قيس
Image illustrative de l'article Umm Qeis
Administration
Pays Drapeau de la Jordanie Jordanie
Province Irbid
Démographie
Population 5 058 hab. (2009)
Géographie
Coordonnées 32° 39′ 21″ N 35° 40′ 47″ E / 32.655716, 35.67965532° 39′ 21″ Nord 35° 40′ 47″ Est / 32.655716, 35.679655  
Altitude 349 m
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Jordanie (administrative)

Voir sur la carte Jordanie administrative
City locator 14.svg
Umm Qeis
Sources
« Jordan Department of Statistics »
« Index Mundi »
Carte de la Décapole permettant de situer Gadara

Umm Qeis[1] est une ville de Jordanie, dans la province jordanienne d'Irbid à 20 km au nord-ouest de la capitale provinciale Irbid et à 3 km au sud du Yarmouk.

Elle est construite à l'emplacement de l'antique ville de Gadara[2]. La ville s'est aussi appelée Antioche ou Antiochia Sémiramis[3] et Séleucie, et faisait partie des cités de la Décapole.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le nom de Gadara est vraisemblablement sémitique. Il est probablement dérivé de l'hébreu gader[4] qui signifie "confins" ou "frontière". La ville est prise par Antiochos III lors de sa première invasion de la Palestine en 218 av. J.-C.[5]. La ville est renommée Antiochia Semiramis (ou Antioche) et Séleucie[6]. En 102 av. J.-C., Alexandre Jannée l'investit et la prend après un siège de dix mois[7]. Pompée l'aurait restaurée vers 63 av. J.-C., pour plaire à Démétrius son affranchi, originaire de la ville[8], qu'il avait acheté sur le marché aux esclaves de Rome[9]. Démétrius s'était exilé à la suite des guerres menées par Alexandre Jannée et sa politique de judaïsation[10]. Démétrius, devenu plus riche que son ancien maître[11], aurait fait construire à Rome le théâtre attribué à Pompée[12] et aurait consacré une partie de sa fortune à la reconstruction de sa ville natale[13].

En 57 av. J.-C., Gabinius est nommé proconsul en Syrie. Il sort vainqueur d'un affrontement avec le roi des juifs Aristobule qu'il remplace par Hyrcan II dont la fonction se réduit à diriger le temple de Jérusalem[14]. Il dote cinq cités de sénat[15] de notables. Les villes ainsi gouvernées sont Jérusalem, Gadara[16], Amathonte, Jéricho et Sepphoris. Les Juifs, plus soumis à un monarque, accueillent favorablement ce mode gouvernement[17].

Il semble que la ville décline ensuite sous la domination des Juifs. C'est de cette date que l'ère de la ville débute. Elle est donnée par Auguste à Hérode le Grand en 30 av. J.-C.[18]. L'empereur ne prêta pas attention aux habitants accusant Hérode de cruauté[19].

À la mort d'Hérode, la ville est réunie à la province de Syrie en av. J.-C.[20]. Au début de la révolte des Juifs, la région est dévastée[21]. Une partie de la cité se rend à Vespasien, qui y place une garnison[22]. Elle reste une ville importante, et devient le siège d'un évêché[23].

Monnaie frappée en la cité de Gadara

Elle tombe aux mains des Arabes dès 636, après la défaite des Byzantins à la bataille du Yarmouk (20 août 636), puis est en grande partie détruite par un séisme en 747, et abandonnée.

Description[modifier | modifier le code]

Gadara est l'une des dix villes semi-autonomes de la Décapole.

Umm Qeis correspond à la description que les auteurs anciens font de Gadara. C'est une puissante forteresse[24], proche du Hiéromax (actuelle rivière Yarmouk)[25], à l'est de Tibériade et de Scythopolis, au sommet d'une colline, à trois miles romains au sud de sources d'eau chaude et de bains à Amatha[26]. La ville se trouve sur une arête étroite qui s'amenuise des montagnes de Gilead vers le Jourdain.

L'arête descend en pente douce à l'est, qui forme le seul accès : des trois autres côtés, la ville est séparée de la vallée par un escarpement. Les murs ont une longueur de plus de trois kilomètres. Une importante voie romaine conduit vers l'est à Darʿā.

Dans la ville se trouvent les ruines de deux théâtres, d'une basilique, d'un temple et de nombreux autres bâtiments importants, ce qui démontre l'existence d'une grande ville. Une rue pavée bordée d'une double colonnade, traverse la ville d'est en ouest. Un aqueduc apportait l'eau depuis le mont Hermon et passait à Abila, c'était un des plus longs de l'Empire romain[27].

Théâtre ouest de Gadara

Personnalités liées à la ville[modifier | modifier le code]

Personnalités citées par Strabon[28]

Le miracle raconté dans les évangiles synoptiques[modifier | modifier le code]

Le miracle des pourceaux est raconté dans les trois évangiles synoptiques[30]. Dans les trois récits il s’agit d’un ou deux hommes possédés par des démons. Jésus le(s) délivre et les démons demandent à se réfugier dans le corps de pourceaux qui vont ensuite se jeter dans le lac de Tibériade. Ces trois récits comportent quelques divergences[31].

  • Dans l’évangile selon Matthieu, Jésus arrive au « pays des Gadaréniens[32] » faisant clairement référence à Gadara. Cet évangile parle de deux possédés et d’un troupeau de pourceaux. C’est le récit le plus concis des trois.
  • L’évangile selon Marc ne cite qu’un seul individu portant des fers aux pieds qu’il a rompus. Celui-ci est possédé par un démon qui dit s’appeler Légion et qui entre dans les pourceaux au nombre de deux milles. La région est appelée le « pays des Geraséniens[33] » qui se réfère à Gérasa (Jerash) plutôt qu’à Gadara. Dans la traduction de Louis Segond, on trouve « Gadaréniens » comme dans l’évangile selon Matthieu. Après sa guérison, le possédé « s'en alla et se mit à publier dans la Décapole quelles grandes choses Jésus lui avait faites[34]. »
  • Dans sa traduction de l’évangile selon Luc, Louis Segond écrit cette fois « pays des Géraséniens » bien que le texte grec contienne « pays des Gergéséniens[35]. C’est une référence à la ville de Gergésa (Kursi[36]) » au bord du lac de Tibériade souvent citée comme lieu de ce miracle. Le possédé est nu au moment de la rencontre avec Jésus, puis après sa guérison il est revêtu.

Les trois récits situent le miracle sur la rive est du lac de Tibériade, en pays où vivent des païens puisqu’on y élève des porcs ce qui serait impensable en pays juif. Gergésa est sur la rive du lac, le troupeau de porcs est dans la montagne aux environs dans les évangiles selon Marc et selon Luc[37]. Les porcs se « précipitent sur les pentes escarpées » jusque dans la mer (le lac) dans les trois récits[38]. Enfin la distance de Gadara au lac de Tibériade est de 9 km alors que les pentes des collines voisines de Gergésa ne sont qu’à un km, ce qui peut accréditer l’opinion que Gergésa est le lieu de ce miracle et non Gadara. Autres traits communs aux trois récits, aucune allusion n’est faite au propriétaire de ce troupeau et les habitants de la ville demandent à Jésus de quitter leur territoire.

Martin Dibelius classe ce récit comme histoire[39] qu’il distingue d’autres récits comme celui de la passion et qu’il désigne comme légende[40] qu’il faut entendre dans le sens de « récit de la vie d’un saint » qui doit être lue[41]. De son point de vue, la réalité de ce miracle et sa localisation importent finalement peu. En revanche, la leçon qu’il illustre est importante, il ne s’agit que d'illustrer la toute-puissance de Jésus sur les esprits du mal[42].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. arabe : ʾumm qays, أم قيس
  2. hébreu : gad´a-ra, גדרה, grec Gádara, Γάδαρα
  3. grec : Antiocheia tis Sémiramis, Αντιόχεια της Σεμίραμης
  4. hébreu : gader, סְפָר, frontière
  5. Polybe, Histoire générale. (lire en ligne), V, 15.
  6. (en) Umm Qais
  7. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques [lire en ligne], XIII, xiii, 3 ; Guerre des Juifs [lire en ligne], I, iv, 2
  8. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques [lire en ligne], XIV, iv, 4 ; Guerre des Juifs [lire en ligne], I, vii, 7
  9. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], V, lviii
  10. (la) Maurice Sartre, op. cit., « Les transformations de la Syrie hellénistique. », p. 396
  11. Plutarque, Les vies de hommes illustres. (lire en ligne), « Vie de Pompée. XLII. Insolence d'un de ses affranchis nommé Démétrius. »
  12. Dion Cassius, Histoire romaine (lire en ligne), Dédicace du théâtre de Pompée. XXXIX, 38.
  13. (la) Maurice Sartre, op. cit., « La fin de la Syrie séleucide. », p. 45
  14. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs [lire en ligne], XIV, v, 2-5
  15. Le mot employé par Flavius Josèphe est synodos, συνόδος (assemblée) qui, en français, a donné le mot synode. « L’Encyclopédie Catholique anglaise » de 1913, dit que ces assemblées venaient limiter la juridiction du sanhédrin de Jérusalem et qu’elles étaient constituées sur son modèle. (Voir (en) Sanhedrin dans Catholic Encyclopedia (1913)), mais le mot sanhédrin dérive du grec synedrion, συνέδριον.
  16. Dans ce passage Gadara, Γάδαρα est écrit Gazara, Γάζαρά. Voir Flavius Josèphe, Guerre des Juifs [lire en ligne], XIV, (note 90).
  17. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques [lire en ligne], XIV, v, 4 ; Guerre des Juifs [lire en ligne], I, viii, 5
  18. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques [lire en ligne], XV, vii, 3 ; Guerre des Juifs [lire en ligne], I, xx, 3
  19. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques [lire en ligne], XV, x, 2
  20. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques [lire en ligne], XVII, xi, 4 ; Guerre des Juifs [lire en ligne], II, vi, 3
  21. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs [lire en ligne], II, xviii, 1
  22. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs [lire en ligne], IV, vii, 3
  23. (la) Adriaan Reelant, op. cit., vol. II (lire en ligne), « Gadara », p. 778-780
  24. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques [lire en ligne], XIII, xiii, 3
  25. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], V, xvi
  26. Amatha : Actuellement Hamat Gader (en hébreu : חַמַּת גָּדֵר) app station thermale israélienne ou al-Hamma (arabe : الحمّـة, al-ḥamma, la source thermale). Les ruines des bains romains sont visibles. La station est situé dans la « zone démilitarisée » définie en 1949. 32° 40′ 56″ N 35° 39′ 53″ E / 32.682197, 35.664749.
  27. Damien Gazagne, « Un aqueduc de 170 kilomètres », La Recherche, no 431,‎ juin 2009, p. 19 (ISSN 00295671, lire en ligne)
  28. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne]XVI, 2, La Syrie, la Phénicie et la Palestine, §29.
  29. Victor Cucheval, « Histoire de l’éloquence romaine, Chapitre IX, Tibère Orateur », sur « Histoire antique des pays et des hommes de la Méditerranée ».
  30. Mt 8,28-34, Mc 5,1-20 et Lc 8,26-39
  31. Voir la version bilingue grec/français de l’édition de Louis Segond (1910) « Η Καινη Διαθηκη, Nouveau Testament Grec-Français », sur « Soleil d’Orient. ».
  32. Gadaréniens, en grec : Gadarenon, Γαδαρηνῶν.
  33. Geraséniens, en grec : Gerasenon, Γερασηνῶν.
  34. Mc 5,20
  35. Gergéséniens, en grec : Gergesenon, Γεργεσηνῶν.
  36. Gergésa / Kursi 32° 49′ 32″ N 35° 39′ 01″ E / 32.825591, 35.650265.
  37. Mc 5,11 et Lc 8,31
  38. Mt 8,32, Mc 5,13 et Lc 8,33.
  39. Une histoire : en anglais : tale dans le texte original en allemand : Novelle.
  40. Une légende : en anglais : legend dans le texte original en allemand : Legende
  41. Legende vient de legenda gérondif neutre pluriel du verbe latin legere qui signifie (les textes) qui doivent être lus. Voir « TLFi ».
  42. (en) Martin Dibelius (trad. Bertram Lee Woolf), From Tradition to Gospel (Die Formgeschichte des Evangeliums), Cambridge, James Clarke & Co.,‎ 1971, 311 p. (ISBN 978-0-227-67752-0, présentation en ligne, lire en ligne), « Tales », p. 70-103 (aperçu limité)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie. Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C., Fayard,‎ 2001, 1194 p. (ISBN 978-2-213-60921-8, présentation en ligne)
  • (la) Adriaan Reelant, Palaestina ex monumentis veteribus illustrata (2 volumes), vol. II, ex libraria Guilielmi Broedelet,‎ 1714, 1068 p. (présentation en ligne)