U Saw

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U Saw est un nom birman ; les principes des noms et prénoms ne s'appliquent pas ; U et Daw sont des titres de respect.


U Saw, ou Galon U Saw (birman ဦးစော, ou ဂဠုန်ဦးစော, ɡəlòuɴ ʔú sɔ́ ; 1900-8 mai 1948) est un important homme politique birman. Premier ministre avant la Seconde Guerre mondiale, il est surtout connu pour son rôle dans l'assassinat du héros national Aung San et de plusieurs autres leaders indépendantistes le 19 juillet 1947, quelques mois à peine avant l'indépendance du pays en janvier 1948.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Juriste de formation, U Saw commença à se faire connaître en défendant Saya San, un ancien moine et guérisseur devenu le chef de la révolte paysanne Galon (1930–31), lors de son procès par le gouvernement colonial britannique. Il y gagna le nom de Galon U Saw[1]. En 1935, il acheta le quotidien Thuriya (Soleil), qu'il transforma en organe de promotion pour ses intérêts politiques et lui-même. De 1940 et 1942, il fut le troisième Premier Ministre de la Birmanie coloniale. En novembre 1941, il se rendit à Londres pour essayer d'obtenir de Winston Churchill la promesse que la Birmanie aurait le statut de Dominion après la Seconde Guerre mondiale, sans succès. En même temps, il était en contact avec les Japonais pour assurer son avenir politique si jamais ceux-ci devaient envahir le pays. Les britanniques découvrirent des papiers en rapport avec ces contacts et l'emprisonnèrent quatre ans en Ouganda.

U Saw ne revint en Birmanie qu'après la guerre. Il participa en mars 1946 avec Thakin Nu à la première Conférence de Panglong, organisée par le saopha (prince) de Yawnghwe Sao Shwe Thaik pour débattre du futur des États Shan ; des représentants des minorités Kachins, Chins et Karens étaient aussi invités. La conférence n'eut aucun impact sur l'administration britannique des zones frontières, bien qu'une Société culturelle birmane unie soit crée, avec Sao Shwe Thaik comme président et U Saw comme secrétaire[1].

L'ancien gouverneur britannique Sir Reginald Dorman-Smith avait semblé favoriser les politiciens d'avant-guerre, comme U Saw et Sir Paw Tun, dont la popularité était au plus bas[1]. Le nouveau gouverneur Sir Hubert Rance décida pour sa part, en accord avec Lord Mountbatten, de soutenir Aung San et la Ligue anti-fasciste pour la liberté du peuple (AFPFL), en le nommant en septembre 1946 vice-président du Conseil exécutif birman pour calmer le désordre politique d'après-guerre[1].

En janvier 1947, U Saw et le leader socialiste Thakin Ba Sein furent les seuls membres de la délégation dirigée par Aung San à Londres à refuser de signer l'accord Aung San-Attlee[1]. En 1947, les partis politiques avaient mis sur pied leurs propres milices, comme la Pyithu Yèbaw Tat (Organisation des volontaires du peuple, ပြည်သူ့ရဲဘော်တပ်) d'Aung San, et U Saw fonda lui aussi son armée de poche, nommée Galon tat (Milice du Garuda, ဂဠုန်တပ်) pour rappeler sa défense des rebelles du Galon prisonniers[1].

À son retour à Rangoon après la guerre, U Saw s'était considéré comme un candidat au poste de premier Premier ministre de la Birmanie indépendante. Mais les premières élections d'après-guerre, en avril 1947, virent une victoire éclatante de l'organisation d'Aung San, la Ligue anti-fasciste pour la liberté du peuple (AFPFL). Cette victoire fut interprétée comme un plébiscite en faveur d'Aung San, ce qui était loin d'être le cas. L'AFPFL était une coalition de partis politiques très divers, réunissant principalement des communistes, des socialistes et l'armée nationale birmane d'Aung San, et comme le montra la guerre civile qui suivit, aucun groupe ou individu ne pouvait véritablement prétendre le diriger. Beaucoup jusqu'à aujourd'hui croient cependant que si Aung San avait vécu, il aurait été capable d'unir les multiples minorités ethniques et les factions politiques. Quoi qu'il en soit, la victoire de l'AFPFL aux élections lui permit de prendre la direction du Conseil de Gouvernement exécutif.

Crime et châtiment[modifier | modifier le code]

Le 19 juillet 1947, un groupe de paramilitaires entra dans le bâtiment du secrétariat du Conseil exécutif au cours d'une de ses réunions et assassina Aung San et six de ses ministres. Un secrétaire et un garde du corps furent aussi tués. Les preuves impliquaient clairement U Saw, qui fut jugé et condamné à la peine capitale. Il fut pendu à la prison d'Insein le 8 mai 1948. Selon un gardien présent lors de l'exécution, il refusa d'être cagoulé. Il fut enterré, selon la tradition, dans une tombe anonyme dans l'enceinte de la prison.

De nombreux mystères entourent encore cet assassinat. Il y eut des rumeurs de conspiration impliquant les Britanniques — une variation de cette théorie a été présentée par un documentaire diffusé par la BBC pour le cinquantième anniversaire de l'événement en 1997. Ce qui émergea de l'enquête à l'époque fut que plusieurs officiers britanniques subalternes avaient vendu des armes à des politiciens birmans, dont U Saw. Peu après la condamnation d'U Saw, le capitaine David Vivian, un officier de l'Armée de terre britannique, fut condamné à cinq ans de prison pour lui avoir fourni des armes. Il s'échappa de prison au cours du soulèvement des Karens à Insein au début de 1949. Peu d'informations sur ses motifs filtrèrent durant ou après son procès[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Martin Smith, Burma - Insurgency and the Politics of Ethnicity, London and New Jersey, Zed Books,‎ 1991, p. 91,73–74,77,92,65,69
  2. (en) « Who Killed Aung San? - an interview with Gen. Kyaw Zaw », The Irrawaddy,‎ août 1997 (consulté le 2006-11-04)
  • Maung Maung, A Trial in Burma: the assassination of Aung San

Liens externes[modifier | modifier le code]