Turcologie

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La turcologie est la science qui s'occupe de l'étude de la langue turque et de sa grammaire, dans un contexte historique et comparatif.
Son champ d'étude s'étend de l'Iakoutie (Est de la Sibérie) aux Gagaouzes (Moldavie). Dans le temps elle commence surtout à la fin du XVe siècle, période à partir de laquelle les archives (dont archives impériales turques) ont été mieux conservées.

Histoire de la turcologie française[modifier | modifier le code]

L'historien turcologue Gilles Veinstein[1] date l'apparition de la turcologie française au XVIe siècle, alors que la Turquie était la première puissance militaire du temps. En effet, Guillaume Postel qui fut l'un des premiers « lecteurs royaux » ( « lettres grecques, hébraïques et arabiques ») de François Ier, dès 1539. G. Postel, homme cultivé et polyglotte a à cette époque deux fois visité les États du Grand Turc, en 1535 (avec la suite de l'ambassadeur de François Ier, Jean de la Forest) puis en 1549, ce qui l'a amené à publier une partie de ce qu'il avait vu en Turquie dans un livre intitulé De la République des Turcs (1560). Passionné de langues, il a appris le turc et a ajouté à l'édition de 1575 de son libre, onze pages de lexique turco-franc-latin, et neuf pages à un essai de grammaire (le seul connu en français au XVIe siècle)[1].

  • Les États d'Europe de l'Ouest collectent à partir du milieu du XVIIe siècle des manuscrits turcs ; pour des raisons a priori surtout pratiques (diplomatie, défense de la chrétienté pour les uns, commerce florissant au XVIIIe siècle avec les « échelles du Levant, via le Sud de la France et Marseille en particulier). En particulier en France, à Venise, dans l’Empire des Habsbourg ou en Pologne, des truchements ou drogmans (terme venant de terceman ou tercüman ; mot ottoman venant de l’arabe, signifiant interprète) se forment à la maîtrise de la langue turque. Ces traducteurs devaient idéalement comprendre le turc, mais aussi l'arabe et le persan qui étaient tous trois parlés dans les zones sous influence turque[1].
  • Dès 1551 et fondée à Istanbul, la Scuola dei Giovani di Lingua, école d'apprentis-interprètes alors nommés « jeunes de langues » (d'une traduction italienne littérale du turc « dil oğlanı » en « giovani di lingua »)[1].
  • En 1669, Colbert crée à Istanbul une école française,
  • À partir de 1700, le royaume de France invite à Paris (au collège Louis-le-Grand) de jeunes boursiers orientaux
  • En 1721, la Régence donne sa forme définitive (jusqu'à la Révolution française) à l’école qui devient exclusivement réservée à de jeunes Français (de métropole ou originaires soit du Levant). Ils suivent une scolarité au collège Louis-le-Grand (latin, turc, arabe et plus tardivement persan) et doivent effectuer un temps d'immersion en étant accueilli par le couvent des Capucins d'Istanbul[1].
  • En 1795, la Convention crée une « école publique destinée à l’enseignement des langues orientales vivantes d’une utilité reconnue pour la politique et le commerce » qui devait remplacer la précédente. Lakanal y impose initialement un triple enseignements (arabe littéraire et vulgaire ; turc et tartare de Crimée ; persan et malais), mais peu après, avec l'avènement du Consulat, Bonaparte connaissant les bons résultats de l'ancienne « École des jeunes de langues » la proroge sous un autre nom (École des langues orientales, qui sera plus « savante » et orientée vers la philologie, grammaire turque). Durant tout le XIXe siècle, les deux établissements coexisteront, bénéficiant de l'édition depuis la fin du XVIIIe siècle de dictionnaires, grammaires, manuels de conversation, vocabulaires, lexiques turco-français. Ces deux établissements travailleront plus ou moins de concert, L'« école des langues O », située rue de Lille à Paris, donnant notamment plusieurs enseignants à l'école qui l'avait précédé[1].
  • 1873 : L'école des langues orientales intègre par fusion l'autre école. Les « drogmans des Affaires étrangères » qui continuent à y faire leurs études persanes et turques, seront alors dénommés « secrétaires d’Orient », après avoir gravi les échelles du drogmanat.
    Une « chaire de langue et littérature turques » perdure au Collège de France jusqu'à la mort de Pavet de Courteille en 1889, puis durant plus d'un siècle, la turcologie s'élargit à l'étude de tous les peuples turcs d’Asie de l'Est s'enseigne au travers des langues, mais aussi de l'histoire, de l'archéologie de l’Asie centrale (avec notamment Paul Pelliot)[1].
  • En 1894, on commence à déchiffrer les inscriptions turques dites « runiques » antérieurement relevées en Haute-Asie par les missions russes dès 1889, par le Danois Thomsen et le Russe Radloff[1].
  • Louis Hambis enseigne l’histoire et les civilisations de l’Asie centrale au Collège de France jusqu'en 1977, alors que dans sa chaire d’histoire des arts de l’Orient musulman, de 1941 à 1953, Albert Gabriel développe la connaissance de l'architecture ottomane.
  • En 1971, l’École des langues orientales devient l'INALCO,

En raison d'une vogue de l'orientalisme, puis de l'importance stratégique de la région caspienne - productrice de pétrole et foyer des principales nations turques-, et d'une proposition de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, il s'est développé, ces dernières décennies, un intérêt grandissant pour la turcologie.

Turcologues[modifier | modifier le code]

Parmi les éminents savants turcologues ayant apporté des contributions fondamentales, on trouve notamment :

  • Claude Cahen (historien, spécialiste de l’islam médiéval et de l’Anatolie pré-ottomane).

On peut signaler le cas particulier de Denis Dominique Cardonne, devenu traducteur (drugman ou « jeune de langues ») dès l'âge de neuf ans, futur érudit et brillant auteur d'un Dictionnaire français-turc d'une traduction du Kitâb-i Bahriye de Pîrî reɔîs, intitulée Le Flambeau de la Méditerranée, d'un ouvrage intitulé Mélanges de littérature orientale traduits de différents manuscrits turcs, arabes et persans de la Bibliothèque du Roi (édité en 1770, puis plusieurs fois réédité). Il a aussi rédigé un inventaire des « manuscrits et imprimés turcs et arabes de la Bibliothèque de Mgr le marquis de Paulmy, ministre d’État », conservé à la bibliothèque de l’Arsenal[1].
C'est lui qui introduisit l'enseignement du turc au Collège de France après avoir enseigné au collège Louis-le-Grand puis avoir eu en 1716 la responsabilité de la seconde chaire d’arabe du Collège royal, qui sera transformée en « chaire de turc et de persan » en 1773. Il en restera le titulaire. il sera suivi dans ce poste par Pierre Ruffin, traducteur né à Salonique, interprète du roi dans l’Empire ottoman et le khanat tatar de Crimée (et un temps « consul de France » à la cour de « Sa Majesté criméenne » à Bahtche Saray), avant d'être nommé à la chaire de turc et de persan en 1784 (il s'y fait ensuite remplacer par un suppléant, car trop occupé en Turquie à exercer ses fonctions diplomatiques. Sur demande de Talleyrand (à cette époque ministre des Affaires étrangères de l’Empereur), Napoléon crée une chaire de langue turque, dissociée de celle de persan. Elle est attribuée à Daniel Kieffer, « premier secrétaire-interprète du Roi » et second suppléant de Ruffin et élève et ami de ce dernier. Il le remplacera après quelques années[1]. La chaire de persan fut ensuite attribuée par Talleyrand à Silvestre de Sacy, orientaliste réputé.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Leçon inaugurale au Collège de France, pour la chaire d'histoire turque et ottomane, vendredi 3 décembre 1999