Tupaia (navigateur)

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Tupaia ou Tupai'a, né vers 1725 dans l'île de Raiatea (aujourd'hui en Polynésie française) et mort en novembre 1770 à Batavia (actuelle Jakarta), est un navigateur et tahu'a polynésien. Ses talents de navigateur et sa connaissance géographique du Pacifique furent employés par l'explorateur britannique James Cook lors de son premier voyage.

Origines et connaissances[modifier | modifier le code]

Originaire de Raiatea et d'ascendance noble (ari’i)[1], il fut exilé dans l'île voisine de Tahiti. Il était le prince consort de la reine Purea[1]. Comme aristocrate, Tupaia reçut une éducation orale conséquente dans laquelle l'histoire des ancêtres (donc le peuplement des îles de Polynésie) et la généalogie devaient être précisément mémorisées[1] ainsi que l'apprentissage des méthodes de navigation traditionnelles, sans cartes ni instruments, mais basées sur l'observation du ciel[1]. Tupai'a, sans avoir quitté les îles proches de Tahiti, avait ainsi une connaissance historique et géographique du triangle polynésien[1]. Chef de guerre, il avait été blessé plusieurs fois au combat. Cook rapporta qu'il avait été percé de part en part par une javeline à pointe d'os, qui était rentrée par le dos et sortie au dessus de la poitrine[1].

Avant l'arrivée de Cook, Tupa'ia avait déjà eu des contacts avec des Européens lors des passages du navire britannique Dolphin, commandé par Samuel Wallis en 1767[1] et du navire français La Boudeuse de Bougainville en 1768[1]. Il est probable qu'il ai aussi été en contact avec des Espagnols[1].

Embarquement avec l'expédition Cook[modifier | modifier le code]

À la demande de Sir Joseph Banks, Tupaia lors de l'escale à Tahiti du HMB Endeavour en 1769, se joignit à l'expédition. Cook était au départ plutôt réticent à l'embarquement d'un personnage important et qu'il craignait d'être encombrant[1]. Mais il ne pouvait vraiment s'opposer à la volonté de Banks, naturaliste mais aussi sponsor de l'expédition et un très proche de comte de Sandwich, Premier lord de l'Amirauté[1]. Banks s'engagea à couvrir les frais d'embarquement occasionnés. Banks avait pu apprécier Tupai'a lors des 3 mois d'escale de l'Endeavour à Tahiti et celui-ci jouissait déjà auprès des Anglais d'une forte réputation[1].

Tupaia embarqua sur l'Endeavour. Il semble que son but était d'aller jusqu'en Europe[2]. Il était accompagné d'un page, une enfant ou un adolescent dénommé Taaita[2].

Cook établit une carte de la Polynésie à partir des connaissances géographiques de Tupaia[3],[4]. Cette carte était suffisamment précise pour permettre à Cook de « découvrir » plusieurs îles - dont Niue - aux emplacements indiqués par le navigateur polynésien.

Cook écrivit à son propos:

« [Il] sait plus de choses sur la géographie des îles situées dans ces mers, sur la production, les lois religieuses et les coutumes de leurs habitants, que n’importe qui d’autre que nous ayons rencontré[5]. »

Ainsi Tupaia avait en mémoire la position précise de centaines d'îles sur un espace maritime considérable, équivalent de la superficie des États-Unis[1]. Il n'est pas rapporté qu'il est indiqué aux Britanniques la position d'Hawaii, de l'île de Pâques et de la Nouvelle-Zélande, les trois extrémités du triangle polynésien. Mais cela ne signifie pas qu'il n'en avait pas connaissance mais peut simplement marquer la volonté de Cook et de l'Amirauté de ne pas attribuer la gloire de ces découvertes à un « sauvage »[1].

Tupaia impressionnait ainsi les officiers britanniques en étant capable, où que soit le navire, à donner rapidement l'azimut de Tahiti[1], opération qui nécessitait, temps, calculs et utilisation d'instruments pour ces mêmes officiers[1].

Lorsque l'Endevaour arriva en Nouvelle-Zélande, il servit d'interprète entre les Maori et les Britanniques[6]. Il fut horrifié par le cannibalisme des Maori, et tenta de les persuader que cette coutume était mauvaise[7]. Il servit également de diplomate auprès des Aborigènes d'Australie, bien qu'il ne comprît pas leur langue[8].

L'Endeavour fit une escale pour se réapprovisionner et faire des réparations à Batavia (actuelle Jakarta) dans l'île de Java. Atteint du scorbut à bord, Tupaia contracta le paludisme. Lui et son page, ainsi que de nombreux membres d'équipage, y moururent. Cook enregistra le décès de Tupaia dans son journal de bord le 26 décembre 1770, et écrivit: « C’était un homme intelligent, perspicace, ingénieux, mais également fier et obstiné[9] ».

Postérité[modifier | modifier le code]

Tupaia, compagnon de voyage polynésien d'étranges visiteurs blancs, devint apparemment célèbre parmi les Maori; lorsque Cook visita à nouveau la Nouvelle-Zélande en 1773, des peuples maori avec qui ni Cook, ni Tupaia n'avaient eu de contact s'enquirent à son sujet[10]. Cette célébrité semble être due au fait que Tupai'a venait du lieu d'origine des Maoris dont leurs traditions avaient conservé le souvenir de cette terre sacrée[1].

En 1774, lors d'une visite à Raiatea, terre natale de Tupaia, Cook le mentionna de nouveau dans son journal. Il écrivit que Tupaia lui avait été d'une aide précieuse pour comprendre les coutumes religieuses polynésiennes, et que, en son absence, l'équipage britannique ne pouvait que faire des observations et interprétations hasardeuses:

« Nous n’avons plus jamais rencontré un homme qui ait autant de savoir que lui, et en conséquence nous n’avons rien pu ajouter à ce qu’il nous a dit de leur religion [celle de Raiatea], si ce n’est des notions superstitieuses[11]. »

Bien qu'il y est eu plusieurs peintres à bord de l'Endeavour, aucun ne semble avoir fait de portrait de Tupai'a. Le peintre Sydney Parkinson lui avait appris l'aquarelle[1] et la British Library possède quelques aquarelles récemment identifiées comme étant de la main de Tupai'a[1].

Sources[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s Emmanuel Desclèves, « Tupa'ia le grand Navigateur », La Revue maritime, no 498,‎ décembre 2013, p. 12 à 24
  2. a et b (en) Max Quanchi et John Robson, Historical Dictionary of the Discovery and Exploration of the Pacific Islands, Oxford, Scarecrow Press,‎ 2005 (ISBN 0-8108-5395-7, lire en ligne), p. 172
  3. S. Percy Smith, "The Polynesian Sojourn in Fiji", Journal of the Polynesian Society, vol.3, septembre 1894, p.146
  4. La carte de Tupaia
  5. The Journals of Captain Cook, ISBN 0-14-043647-2, p.65
  6. The Journals of Captain Cook, op.cit., pp.70, 94, 108...
  7. The Journals of Captain Cook, op.cit., p.321
  8. The Journals of Captain Cook, op.cit., p.152. Le maori est une langue polynésienne, tout comme le tahitien parlé par Tupaia; les deux langues sont très similaires. En revanche, les langues aborigènes d'Australie ne s'apparentent pas aux langues polynésiennes.
  9. The Journals of Captain Cook, op.cit., pp.189-190
  10. The Journals of Captain Cook, op.cit., pp.274-275
  11. The Journals of Captain Cook, op.cit., p.363