Tuerie de Nanterre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tuerie de Nanterre

Localisation Nanterre, Drapeau de la France France
Cible Maire et élus
Coordonnées 48° 53′ 32″ N 2° 12′ 21″ E / 48.892293, 2.2057369 ()48° 53′ 32″ Nord 2° 12′ 21″ Est / 48.892293, 2.2057369 ()  
Date
h 15 (CEST)
Type Tuerie de masse
Arme(s) Armes à feu
Mort(s) 8
Blessé(s) 19
Auteur(s) Richard Durn

La tuerie de Nanterre est une tuerie survenue le à la mairie de Nanterre, au terme d'une séance du conseil municipal.

Déroulement des faits[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 26 au à h 15, à l'Hôtel de ville de Nanterre, au terme d'une séance du conseil municipal présidée par le maire Jacqueline Fraysse, un homme installé dans le public, Richard Durn, se lève et fait usage d'armes à feu préalablement dissimulées sous sa veste.

Il tire sur les élus, un à un, se déplaçant de pupitre en pupitre. Dans la fusillade qui dure cinquante secondes, il fait feu à 37 reprises[1], tue huit élus et en blesse dix-neuf autres (dont quatorze grièvement), avant d'être maîtrisé par Gérard Perreau-Bezouille, sept autres élus et un agent communal. Une fois maîtrisé, le tireur demande en hurlant « Tuez-moi ! »[2].

Cette tuerie survient juste 6 mois après un drame semblable (en) survenu dans le Parlement de Zoug, en Suisse[3], qui a fait 14 morts (11 députés et 3 membres du gouvernement) et 15 blessés.

Lors de son interrogatoire, le , Richard Durn se suicide en se défenestrant du quatrième étage de l'immeuble de la brigade criminelle, 36, quai des Orfèvres à Paris, après être passé aux aveux. Ceux-ci sont confirmés par une lettre-testament envoyée à une amie avant son passage à l'acte[2] dans laquelle il décrit son projet : « …puisque j’étais devenu un mort-vivant par ma seule volonté, je décidais d’en finir en tuant une mini élite locale qui était le symbole et qui étaient les leaders et décideurs dans une ville que j’ai toujours exécrée… » Il explique vouloir tuer le maire, puis « le plus de personnes possibles » avant de se tuer ou d'être tué. « Je vais devenir un serial killer, un forcené qui tue. Pourquoi ? Parce que le frustré que je suis ne veut pas mourir seul, alors que j’ai eu une vie de merde, je veux me sentir une fois puissant et libre ».

Des polémiques, rapidement éteintes, éclatent après le suicide du mis en cause. D'une part, il n'a pas été examiné par un psychiatre avant l'interrogatoire, d'autre part il était démenotté et a pu sauter à travers un vasistas situé en hauteur[2].

Un hommage officiel est rendu aux victimes le 2 avril suivant, en présence du président de la République Jacques Chirac, du premier ministre Lionel Jospin et du ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant.

Un dossier de l'émission "toute une histoire" est consacré par France 2 à ces événements.

Parcours de l'auteur des faits[modifier | modifier le code]

Français d'origine slovène, Richard Durn était titulaire d'une maîtrise de sciences politiques et d'une licence d'histoire, et a participé à des actions humanitaires en ex-Yougoslavie, ainsi qu'à diverses manifestations altermondialistes.

Selon la police, ainsi que plusieurs sources de presse[4], Richard Durn était un militant écologiste, ancien membre du PS avant de rejoindre les Verts. Il était également militant de la Ligue des droits de l'homme (il était trésorier de la Ligue des droits de l'homme de Nanterre depuis la fin de l'année 2001[5]).

Impact sur la campagne présidentielle[modifier | modifier le code]

L'événement qui a lieu en pleine campagne des élections présidentielles de 2002 marque celle-ci. Au delà des hommages unanimes de la classe politique, une déclaration de Jacques Chirac sur l'insécurité apparait à ses opposants comme une tentative de récupération politique condamnée par le PS. La campagne reprend son cours mais est à nouveau marquée par le thème de l'insécurité par l'Affaire Paul Voise. Dix ans plus tard, les médias font le parallèle avec les attentats de mars 2012 à Toulouse et Montauban[6],[7].

Les victimes[modifier | modifier le code]

Liste des élus tués[modifier | modifier le code]

Huit élus sont tués sur le coup ou sont très rapidement morts de blessures fatales[8]. Parmi eux, trois élus de droite (sur les huit élus de droite du conseil, soit 38 % des élus de droite tués), et cinq élus de gauche (sur les 43 élus de gauche du conseil, soit 12 % des élus de gauche tués)[réf. nécessaire].

  • Louisa Benakli, 40 ans, avocate, membre du PCF, adjointe déléguée à l'enfance. Elle était mariée religieusement avec le député algérien Abdelkamel Benbara, tué en 2003 par la famille Benakli[9].
  • Christian Bouthier, 46 ans, membre du PCF, conseiller municipal depuis 1998 : élève au lycée Joliot-Curie puis étudiant à l'université Paris X de Nanterre, c'est dans cette même commune qu'il effectue sa carrière de professeur d'histoire, d'abord au collège Victor-Hugo en 1981 puis au collège André-Doucet à partir de 1982 ; il s'engage contre la violence et l'échec scolaire et construit, avec ses élèves du collège André-Doucet, une école au Burkina Faso. Il reçoit les Palmes académiques pour son action contre la violence.
  • Jacotte Duplenne, 48 ans, institutrice spécialisée auprès d'enfants handicapés, militante du PCF, adjointe déléguée à la jeunesse et à l'enseignement secondaire et supérieur[10] : elle s'engage rapidement au sein des Jeunesses communistes, entre au conseil municipal de Nanterre en 1995 et devient adjointe chargée de la jeunesse en 1997, puis chargée de l'enseignement secondaire et supérieur en 2001. Elle est à l'origine de grands projets de la commune de Nanterre en matière d'équipement et de dispositifs pour la jeunesse. Elle était par ailleurs mariée et mère de deux enfants. Elle est inhumée au cimetière-parc du mont Valérien.
  • Monique Leroy-Sauter, 43 ans, expert-comptable, membre du groupe Union pour Nanterre (droite, opposition municipale).
  • Olivier Mazotti, 38 ans, enseignant, membre du groupe Union pour Nanterre.
  • Valérie Méot, 40 ans, institutrice, membre du PCF dont elle est secrétaire de la section locale.
  • Michel Raoult, 58 ans, cadre à EADS, membre du groupe Union pour Nanterre et proche de Christine Boutin. Engagé contre l'avortement de longue date, il milite dans les rangs de l'association Laissez-les vivre et fonde le l'Association pour l'objection de conscience à toute participation à l'avortement (AOCPA) qu'il dirige jusqu'à sa mort[11].
  • Pascal Sternberg, 30 ans, membre du parti les Verts, conseiller régional et chargé de mission.

Les huit élus morts, à titre posthume, et les neuf personnes qui contribuent à arrêter Durn sont faits Chevalier de la Légion d'honneur le 14 septembre 2002. Un certain nombre d'élus protestent, regrettant que le conseil municipal dans son entier ne soit pas honoré[12].

Liste des élus blessés[modifier | modifier le code]

Quatorze élus ont reçu des blessures par balles particulièrement graves [13], cinq autres ont été plus légèrement blessés, 22 sont profondément choqués.
Pour les blessés graves, pour certains desquels le pronostic vital des médecins a été réservé, qui ont été opérés, il s’agit de :

  • Jean-Pierre Campos, maire-adjoint, délégué au patrimoine communal, à la coordination des quartiers, aux anciens combattants et aux affaires générales (groupe communiste) ;
  • André Cassou, maire-adjoint, délégué à l’habitat et à la sécurité (groupe républicain et citoyen) ;
  • Pierre Creuzet, conseiller municipal (groupe Union pour Nanterre) ;
  • Abid El Khattabi, conseiller municipal (groupe communiste) ;
  • Patrick Jarry, conseiller municipal chargé du contrat de ville (groupe communiste) ;
  • Philippe Lacroix, maire-adjoint, délégué à la petite enfance (groupe socialiste) ;
  • Estelle Le Touzé, conseillère municipale (groupe vert) ;
  • Marie-Laure Meyer, maire-adjoint, délégué à au développement économique et à l'emploi (groupe socialiste)
  • Bernard Nicaud, fonctionnaire territorial, responsable de la maintenance de l’hôtel de ville ;
  • Gérard Perreau-Bezouille, maire-adjoint, délégué aux finances, aux nouvelles technologies et aux relations internationales (groupe communiste).

12 des 19 élus blessés ont conservé un handicap définitif.

Listes des décorés[modifier | modifier le code]

Le 23 juillet 2002 sont nommés au grade de Chevalier de la Légion d'honneur, avec effet au 23 avril 2002 [14]:

Décorés à titre posthume
  • Louiza Benakli, adjointe au maire de Nanterre. Tuée dans l'exercice de ses fonctions électives.
  • Christian Bouthier, conseiller municipal de Nanterre. Tué dans l'exercice de ses fonctions électives.
  • Jacotte Duplenne, adjointe au maire de Nanterre. Tuée dans l'exercice de ses fonctions électives.
  • Monique Leroy-Sauter, conseillère municipale de Nanterre. Tuée dans l'exercice de ses fonctions électives.
  • Olivier Mazzotti, conseiller municipal de Nanterre. Tué dans l'exercice de ses fonctions électives.
  • Valérie Meot, conseillère municipale de Nanterre. Tuée dans l'exercice de ses fonctions électives.
  • Michel Raoult, conseiller municipal de Nanterre. Tué dans l'exercice de ses fonctions électives.
  • Pascal Sternberg, conseiller régional d'Île-de-France, conseiller municipal de Nanterre. Tué dans l'exercice de ses fonctions électives.


Décoré pour acte de courage lors de la tuerie par le Président de la République, Jacques Chirac [15]
  • René Amand, adjoint au maire de Nanterre.
  • Laurent El Ghozi, adjoint au maire de Nanterre.
  • André Goutal, conseiller municipal de Nanterre.
  • Stéphane Jaffray, fonctionnaire territorial à Nanterre.
  • Patrick Jarry, conseiller municipal de Nanterre (grièvement blessé).
  • Philippe Lacroix, adjoint au maire de Nanterre (grièvement blessé).
  • Patrice Marchal, conseiller municipal de Nanterre.
  • Gérard Perreau-Bezouille, adjoint au maire de Nanterre (grièvement blessé).
  • Vincent Soulage, conseiller municipal à Nanterre.

Docu-fiction[modifier | modifier le code]

Le 10 mars 2005, sous la pression des familles et des proches, TF1 renonce à diffuser, dans le cadre de l'émission Le Droit de savoir, un docu-fiction sur la tuerie qui aurait mêlé interviews et reconstitutions de la scène[16].

Polar[modifier | modifier le code]

Ces faits sont repris dans une fiction intitulée French Tabloids écrite par Jean-Hugues Oppel et publiée par Rivages en 2005. La tuerie y est présentée comme un élément d'une machination visant à installer en France, avant l'élection du 21 avril 2002, un climat de peur liée à l'insécurité.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Marie-Laure Meyer, Qui veut tuer la démocratie, Denoêl, 2003
  • Jean-Pierre Lebrun, Richard Durn, les morts pour le dire, L'Harmattan, 2004.
  • Thomas Roussot, Ombre Portée, autopsie d'un tueur de masse, Amalthée, 2008.
  • Nathalie Koubbi, Pourquoi eux et pas moi ?, L'Harmattan, 2004

Articles[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Thibaudat, « Richard Durn, détruit par sa folie », Libération,‎ 16 avril 2002 (lire en ligne)
  • Alain Brossat, « De Pierre Rivière à Richard Durn : folie furieuse et véridiction », Le Passant ordinaire,‎ 2002 (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marine Lamoureux, « En 2002, la « tuerie de Nanterre » avait marqué la campagne présidentielle », sur La Croix,‎ 19 mars 2012
  2. a, b et c Serge Garde, « La tuerie de Nanterre - La très résistible dérive d'un paumé », humanite.fr (consulté le 26 novembre 2007)
  3. http://www.tsr.ch/info/suisse/3421504-drame-de-zoug-10-ans-apres-la-securite-renforcee.html
  4. Transcription d'un article du Nouvel Observateur « Le forcené se suicide », france-mail-forum.de (consulté le 26 novembre 2007)
  5. Jean-Claude Michéa, L'Empire du moindre mal, 2007, p. 189
  6. En 2002, la présidentielle déjà marquée par un fait divers, le JDD, 19/3/2012
  7. Tuerie de Nanterre: dix ans déjà, Pais-Match, 26/3/2012
  8. « Nanterre les huit victimes de la tuerie », humanite.fr (consulté le 26 novembre 2007)
  9. http://www.algerie-dz.com/article1273.html
  10. Alain Bony, Christine Philip, Jean-Pierre Garel Jacotte Duplenne (1954-2002) in La Nouvelle Revue de l'AIS N°17 p. 7-10.
  11. « En hommage à Michel Raoult », choisirlavie.org (consulté le 26 novembre 2007)
  12. [1]
  13. [2]
  14. ORDRE DE LA LÉGION D'HONNEUR Par décret du Président de la République en date du 22 juillet 2002
  15. [3]
  16. « TF1 annule la diffusion d’un documentaire sur la tuerie de Nanterre », mediabb.com (consulté en 26 novembre)

Voir aussi[modifier | modifier le code]