Tsangyang Gyatso

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tsangyang Gyatso
Image illustrative de l'article Tsangyang Gyatso

Nom de naissance
Nom de réincarnation Tsangyang Gyatso
Date de naissance 1er mars 1683
Lieu de naissance Urgelling près de Mon Tawang, l'actuel Arunachal Pradesh (Inde)
Date de décès 15 novembre 1706 (à 23 ans)
Lieu de décès inconnu
Successions
Précédent Lobsang Gyatso Kelzang Gyatso Suivant

Tsangyang Gyatso (tibétain : ཚངས་དབྱངས་རྒྱ་མཚོ, Wylie : Tshang dbyang Rgya mtsho ) (1er mars 1683 Mon Tawang, Inde- 15 novembre 1706) est le 6e dalaï-lama. Il est le seul dalaï-lama à avoir refusé une vie de moine ordonné.

Biographie[modifier | modifier le code]

Monastère d'Urgelling, lieu de naissance de Tsangyang Gyatso près de Tawang dans l'actuel État indien de l'Arunachal Pradesh

Tsangyang Gyatso, d'origine Monba, est né en 1682 à Urgelling près de Mon Tawang, dans l'actuel Arunachal Pradesh en Inde, au sud du Tibet. Son père s'appelait Tashi Tenzin et sa mère, Tsewang Lhamo[1].

Sangyé Gyatso, le régent du Tibet ne divulgua pas la mort du 5e dalaï-lama, pour pouvoir terminer la construction du palais du Potala, selon les souhaits du précédent dalaï-lama. Quand des visiteurs demandaient une audience, comme des princes mongols, Depa Deyrab, un vieux moine du monastère de Namgyal ressemblant au dalaï-lama, figurait à sa place[1]. Quand Sangyé Gyatso entendit parler d'un garçon de Mon Tawang aux qualités remarquables, il envoya en 1685 2 moines à la recherche de la réincarnation[2]. Le lieu de naissance étant situé près de la frontière du Bhoutan dont les relations avec le Tibet étaient instables, les 2 lamas demandèrent à la famille de placer l'enfant en lieu sûr à Sha Woog. Sur leur route, les voyageurs furent invités à s'arrêter au dzong de Tsona. Informé de leur position, Sangyé Gyatso consulta l'oracle de Néchung qui répondit que l'heure d'officialiser la mort du 5e dalaï-lama et sa renaissance n'était pas venue. Le séjour de l'enfant et sa famille au dzong de Tsona se transforma en une installation dans le centre cultuel lié à l'édifice qui dura 12 ans. Plusieurs tuteurs furent envoyé par Sangyé Gyatso qui veillait à son éducation[3].

L'enfant fut ensuite amené à Nankartsé, près de Lhassa. Sangyé Gyatso envoya alors le ministre Shabdrung Ngawang Shonu, à la cour mandchoue informer l'empereur Kangxi dans le même temps de la mort du 5e et de la découverte du 6e dalaï-lama. Sangyé Gyatso l'annonça également aux habitants du Tibet[1]. Sangyé Gyatso invita à Nankartsé le 5e panchen-lama afin qu'il confère les vœux de moine novice au jeune dalaï-lama. Il lui donna alors le nom bouddhique de Tsangyang Gyatso[1].

À l'âge de 14 ans, en 1697, il fut intronisé en tant que 6e dalaï-lama en présence des représentants du gouvernement tibétain, des trois monastères majeurs – Séra, Ganden et Drépung – des princes mongols, des représentants de l'empereur Kangxi et des habitants de Lhassa[1].

En 1701 survint un conflit entre Sangyé Gyatso et Lhazang Khan qui tua le régent du Tibet, un évènement qui affligea le dalaï-lama âgé de 19 ans[1]. Il décida de renoncer à ses études monastiques et à ses vœux, une requête qu'il présenta au panchen-lama à Shigatse[1].

Bien qu'habitant toujours le Potala, il sortait à Lhassa et dans les villages alentour, passant la journée avec ses amis dans le parc situé derrière le Potala et la nuit dans des tavernes à Lhassa ou au village de Shöl, en contrebas du Potala, buvant de la bière et chantant des chansons. Il est notamment connu pour ses poésies et ses écrits[1]. Au village de Shöl, se trouvait l'auberge censée avoir été fréquentée par Tsangyang Gyatso dont Thomas Laird dit qu'il refusait de prendre ses vœux et « passait ses nuits à boire dans les bordels »[4].

En 1706, sous la pression de Lhazang Khan, il dut se rendre en Chine, et, selon une version de son histoire, il serait mort en voyage la même année[1].

À la suite de sa déposition prononcée par Lhabsang Khan le 27 juin 1706, le dalaï-lama se rendit aux soldats mongols. Une foule de moines et de laïcs l’accompagna alors qu’il était escorté par les soldats depuis le Potala, l’enlevant à proximité de Drepung pour le conduire en triomphe dans son monastère au Norbulingka. Comprenant l’inutilité d’un combat inégal, le dalaï-lama sortit pour se rendre, ce qui n’empêcha pas des représailles[5].

L'ancienne résidence du 6e dalaï-lama existe toujours dans le comté de Tsona, dans la préfecture de Lhoka. Construite pour lui par le régent Sangyé Gyatso, elle comportait à l'origine un rez-de-chaussée et un étage. Laissée sans entretien, elle est réduite au seul rez-de-chaussée mais bénéficie depuis février 2014 de la protection du gouvernement du comté en tant que site historique et culturel[6]. Cette résidence fut proposée à la visite par les autorités tibétaines lors d'un festival qu'elles avaient organisé en septembre 2013[7].

Citations[modifier | modifier le code]

« Si l’on est blessé par une flèche empoisonnée, l’important est d’abord de la retirer, ce n’est pas le moment de s’interroger d’où elle vient, qui l’a tirée, de quel poison il s’agit ».

« Oiseau blanc (grue blanche) prête-moi tes ailes, Je n'irai pas loin. Ayant fait le tour de Litang Je reviendrai bientôt »[8].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Oeuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Poèmes du sixième Dalai Lama, édition Tribu, 1985, préface de Serge Pey, traduction Yves Codet
  • Vie et chants d'amour, traduit du tibétain par K. Dhondup, Claire Lumière, Eguilles, 1987, (ISBN 2-905998-05-9)
  • La raison de l'oiseau. Poèmes de Tshanyang Gyatsho, sixième Dalaï-Lama, trad. Bénédicte Vilgrain, Fata Morgana, 1986, 89 p.

Études[modifier | modifier le code]

  • Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lamas. Quatorze reflets sur le Lac des Visions, Albin Michel, 2002, 369 p.
  • Alain Fromaget, Océan de Pure Mélodie. Vie et chants du sixième Dalaï-Lama, Dervy, 1998, 274 p.
  • Martin Brauen, Les Dalaï-Lamas. Les 14 réincarnations du bodhisattva Avalokiteshvara (2005), trad. de l'all., Favre, 2005, 303 p.
  • (en) Ngawang Lhundrup Dargye (Ngag dbang lhun grub dar rgyas), The Hidden Life of the Sixth Dalai Lama (1757),trad. Simon Wickham-Smith, Lexington Books, 2011.
  • (en) Simon Wickham-Smith, The Hidden Life of the Sixth Dalai Lama, Lexington Books, 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Tsangyang Gyatso, site du 14e dalaï-lama.
  2. Glenn H. Mullin, Les Quatorze Dalaï-lamas, préface du 14e dalaï-lama, traduction Philippe Beaudoin, éditions du Rocher, 2004, (ISBN 2268050300), p. 290
  3. Glenn H. Mullin, op. cit. p. 293-294
  4. (en) Thomas Laird, « The Story of Tibet. Conversation with the Dalai Lama, Grove Press, 2007, p. 182, (ISBN 0-8021-4327-X et 9780802143273) : « The teenager (...) went drinking in the brothels ».
  5. Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lama, Quatorze reflets sur le Lac des Visions, édition Albin Michel, 1993. Réédité en 2002 chez Albin Michel. (ISBN 2-226-13317-8), p. 163 : « Le 27 juin 1706, Lhabsang Khan prononça la déposition du sixième Dalaï-Lama et lui fit remettre l'ordre impérial par les envoyés de K'ang Hsi. Le jeune Dalaï-Lama se résigna à suivre les soldats mongols devenus ses geôliers. Lorsqu'il quitta le Potala, une foule énorme de moines et de laïcs s'était rassemblée; silencieusement d'abord, elle accompagna sa marche. Arrivée près du Drepung et grossie de tous les paysans des environs, elle devint agressive à l'égard de l'escorte mongole. Celle-ci essaya de disperser les manifestants. Poussé par la colère autant que le désespoir, le peuple, avec des pierres et des bâtons rompit le barrage des gardes, s'empara du Dalaï-Lama et le conduisit triomphalement jusqu'à son Palais d'été à l'intérieur du monastère. Dans la nuit, les moines se concertèrent, consultèrent les oracles; le lendemain, ils firent savoir que Tsangyang Gyatso était bien la réincarnation du cinquième Dalaï-Lama […] Le Dalaï-Lama comprit le caractère inégal et inutile du combat. Suivi de quelques fidèles, il sortit du monastère et s'avança vers les Mongols. Malgré sa reddition, plusieurs moines furent tués et le monastère pillé en représailles de la protection qu'il avait accordée au fugitif. »
  6. (en) Tsangyang Gyatso's former residence to be protected, site chinatibetnews.com, 21 février 2014 : « The former residence of Tsangyang Gyatso, the 6th Dalai Lama, has been approved to be the Tibet's historical and cultural site under government protection. [...] Tsangyang's former residence is located in Tsona county, Lhoka prefecture. The residence was built by Sangye Gyatso, another historical figure in Tibet, after he found the 6th Dalai Lama. / The old home of Tsangyang was a two-story house originally. It was owned by local government of the county before liberation, but became privately owned and started rotting for lack of upkeep after liberation. Having been severely corroded by rain, only the ground story survived with tumbledown timbers. »
  7. (en) Claude Arpi, A Dalai Lama popular in China, 20 septembre 2013.
  8. Alexandra David-Néel, Textes tibétains inédits, Éditions Pygmalion, 1977, p. 96, (poésie attribuée à Tsangyang Gyatso).
  9. Chants traditionnels et chants sacrés du Tibet : Loten Namling (12 déc.), Buddhaline

Source[modifier | modifier le code]