Trouble de stress post-traumatique après un viol

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Le trouble de stress post-traumatique après un viol, en anglais : rape trauma syndrome, est un type de trouble de stress post-traumatique causé par un viol consistant en dysfonctionnements physiques, émotionnels, cognitifs, comportementaux et de la personnalité. Le trouble a été défini pour la première fois par le psychiatre Ann Wolbert Burgess et le sociologue Lynda Lytle Holmstrom en 1974[1].

Le trouble définit un canevas commun de symptômes psychologiques et physiques communs à la plupart des victimes de viol durant, immédiatement après et pendant des mois et des années après le viol[2].

La plupart des recherches se sont focalisées sur des victimes de sexe féminin mais des victimes masculines ont également révélé des symptômes semblables, qu'ils aient été sexuellement abusés par des hommes ou des femmes[3],[4]. La définition de ce trouble a également permis de dessiner les contours du trouble de stress post-traumatique complexe, qui décrit plus précisément les conséquences d'un traumatisme que ne le fait le trouble de stress post-traumatique[5].

Phase aiguë[modifier | modifier le code]

La phase aiguë se produit durant les jours ou semaines après le viol, la durée varie et peut se chevaucher avec la phase d'ajustement.

Selon Scarse[6] il n'y a pas de réponse typique parmi les victimes de viol. Par contre, le centre américain U.S. Rape Abuse and Incest National Network (en)[7] (RAINN) affirme que, dans la plupart des cas, la phase aiguë chez une victime peut, dans la plupart des cas, être classifiée en réactions : expressive (« Il ou elle peut apparaître agitée ou hystérique et peut souffrir de crises de larmes ou d'attaques d'anxiété ») ; contrôlée (« la victime parait ne pas ressentir d'émotions et se comporte comme si rien n'était arrivé et comme si tout allait bien ») ; ou choqué/déni (« la victime se comporte de manière désorientée. Elle peut avoir des difficultés à se concentrer, à prendre des décisions, à accomplir des tâches quotidiennes. Elle peut également n'avoir qu'un souvenir diffus de l'agression. »). Les victimes n'expriment pas forcément leurs émotions. Certaines peuvent rester calmes et sans affectation particulière après l'agression[8].

Parmi les comportements présents dans la phase aiguë :

  • vigilance diminuée ;
  • vacuité ;
  • pensée désordonnée ;
  • vomissements[9] ;
  • nausée ;
  • anxiété paralysante ;
  • terreur persistante ;
  • obsession de se laver ;
  • hystérie, confusion, larmes ;
  • sensibilité accrue aux réactions d'autres personnes.
  • le sentiment de ne plus rien avoir à perdre

La phase d'ajustement vers l'extérieur[modifier | modifier le code]

Les victimes ayant atteint ce stade semblent avoir retrouvé leurs habitudes de vie normale. Par contre, elles souffrent d'un profond traumatisme intérieur, qui peut se manifester de manière variée. En 1976, Burgess et Holmstrom[10] notent qu'un sujet sur 92 a montré un symptôme de mauvaise adaptation. Cette phase peut durer de quelques mois à quelque années après le viol.

RAINN[7] identifie 5 stratégies majeures qui se manifestent chez la victime durant cette phase :

  • Minimisation (prétend que tout va bien)
  • Dramatisation (ne peut pas s'arrêter de parler de l'agression)
  • Déni (refuse de parler du viol)
  • Explication (analyse ce qui s'est passé)
  • Fuite (déménage dans une nouvelle maison ou ville, change son apparence)

D'autres mécanismes d'adaptation peuvent apparaître durant la phase d'ajustement, par exemple :

  • mauvaise santé en général[11].
  • anxiété continuelle
  • sentiment d'abandon
  • peur persistante ou dépression, à des taux bien plus élevés que la population[12]
  • sautes d'humeur, de joie relative à la dépression ou l'agressivité
  • agressivité extrême et hostilité (se rencontre plus chez les victimes masculines[13])
  • troubles du sommeil comme des réveils en sursaut ou des cauchemars récurrents
  • insomnie, rêves éveillés, terreurs nocturnes[14]
  • Flashback
  • Dissociation (sentiment de ne plus être rattaché à son corps)
  • Attaques de panique
  • Confiance dans des mécanismes d'ajustement dont certains peuvent être bénéfiques (philosophie, support familial) et d'autres qui peuvent être contre-productifs (automutilation, abus de médicaments ou d'alcool[15],[16])

Manière de vivre[modifier | modifier le code]

Les victimes dans cette phase peuvent avoir leur manière de vivre affectée dans quelques-uns des cas suivants :

  • Leur conscience de la sécurité personnelle est affectée.
  • Ils hésitent à s'engager dans de nouvelles relations.
  • Ils s'interrogent sur leur identité, voire leur orientation sexuelle (cas que l'on rencontre plus fréquemment chez des hommes violés par d'autres hommes[17],[18]).
  • Les relations sexuelles deviennent problématiques[19]. De nombreuses victimes ont témoigné qu'elles étaient incapables de rétablir des relations sexuelles normales et fuyaient l'interaction sexuelle durant un laps de temps après l'agression. Certains témoignages faisaient état de réponse sexuelle inhibée et de rétroaction (flashbacks) du viol durant l'acte. Couramment, des victimes deviennent hyper-sexualisées et entreprenantes après un viol, comme une façon de se réapproprier leur sexualité.

Certaines victimes vont réduire ou placer des restrictions dans leur vie sociale, parfois à un point tel que leurs activités habituelles pourront en être interrompues. Elles peuvent par exemple résilier leurs abonnements dans des sociétés, groupes ou clubs, voire restreindre par peur l'accès de leurs proches (enfants) à leur propre vie sociale.

Réponses physiologiques[modifier | modifier le code]

Qu'elles aient été blessées ou pas durant leur agression, les victimes de viol montrent des taux plus élevés de mauvaise santé dans les mois et années après une agression[11], incluant le trouble somatoforme (symptômes physiques sans cause identifiable)[1]. Des réactions physiologiques comme les maux de tête, la fatigue, des sentiments généraux de douleur ou plus localisée dans la poitrine, la gorge, les bras ou les jambes. Des symptômes spécifiques peuvent apparaître dans les zones du corps agressées. Les victimes d'un viol oral peuvent ressentir une variété de troubles liés à la gorge et la bouche tandis que celles victimes d'un viol anal ou vaginal peuvent avoir des réactions en relation avec ces zones.

Nature de l'assaut[modifier | modifier le code]

  • La nature de l'acte, la relation avec l'agresseur, le genre et l'intensité de la force utilisée et les circonstances de l'agression influencent l'impact qu'a produit l'agression sur la victime.
  • Quand l'agression est commise par un étranger, la peur est l'émotion la plus difficile à gérer pour la plupart des gens, un sentiment de vulnérabilité apparait.
  • Communément, les agressions sont commises par quelqu'un que la victime connaît et en qui elle a confiance. Cela entraîne des sentiments de culpabilité et d'auto-critique.

Phase souterraine[modifier | modifier le code]

  • Les victimes tentent de revenir à leur vie comme si rien ne s'était passé.
  • La victime peut bloquer les pensées résultant de l'agression et peut ne pas vouloir parler de l'incident ou de faits s'y rapportant. (Elles ne veulent pas y penser).
  • Les victimes peuvent avoir de la difficulté à se concentrer et se retrouver en dépression.
  • Dissociation et tentative de revenir à leur vie d'avant l'agression.
  • La phase souterraine peut durer des années et la victime peut considérer qu'elle a surmonté l'épreuve, malgré le fait que des éléments émotionnels ne sont pas résolus.

Phase de réorganisation[modifier | modifier le code]

  • La victime peut revenir à des perturbations émotionnelles.
  • Il peut être extrêmement effrayant pour une personne à ce stade de se retrouver encore dans la même douleur émotionnelle.
  • Peurs et phobies peuvent se développer. Elles peuvent être en relation spécifique avec l'assaillant ou les circonstances de l'attaque ou revêtir un caractère plus général.
  • Des perturbations de l'appétit comme les nausées et les vomissements peuvent apparaître. Les victimes sont sujettes au développement de troubles des conduites alimentaires comme l'anorexie mentale ou la boulimie.
  • Cauchemars et terreurs nocturnes peuvent tourmenter la victime.
  • De violents fantasmes de vengeance peuvent apparaître.

Phobies[modifier | modifier le code]

Une défense psychologique commune qui est constatée chez les victimes du viol est le développement de peurs et phobies spécifiques liées aux circonstances du viol, par exemple :

  • Peur de la foule
  • Peur d'être laissé seul quelque part
  • Peur des hommes
  • Peur des femmes
  • Peur de sortir en public (agoraphobe)
  • Peur d'être touchée (haptophobe)
  • Peurs spécifiques en relation avec certaines caractéristiques de l'assaillant, par exemple la moustache, les cheveux bouclés, l'odeur d'alcool ou de cigarette, un type spécifique d'habillement ou de voiture
  • Certains développent une véritable suspicion paranoïaque à l'égard d'étrangers.
  • Certains ressentent une peur permanente envers la plupart des autres personnes.

La phase de normalisation[modifier | modifier le code]

Dans cette phase, la victime commence à reconnaître leur phase d'ajustement. Il est particulièrement important de reconnaître l'impact du viol pour les victimes qui étaient dans une phase de déni et reconnaître tout type de dommage secondaire auto-infligé comme étant une tactique contreproductive (par exemple reconnaître un abus de médicament comme étant peu adapté pour se positionner face aux conséquences du viol).

Un comportement typique d'une victime masculine est d'attendre un long intervalle de temps entre l'agression sexuelle et la recherche d'une aide psychothérapeutique. Selon Lacey et Roberts[20], moins de la moitié des hommes victimes d'agression sexuelle recherchaient une thérapie dans les 6 mois et l'intervalle moyen entre l'agression et la recherche de thérapie était de 2,5 ans. Selon King et Woollett's[21] une étude sur 100 hommes victimes de viol a mis en relief que l'intervalle entre l'agression et la thérapie s'élevait à 16,4 ans.

Durant la phase de normalisation, la victime intègre l'agression dans sa vie de façon qu'elle n'en constitue plus le point focal. Durant cette phase, des sentiments négatifs comme la culpabilité et la honte se résorbent et la victime ne se blâme plus pour l'agression.

Phrases typiques qu'expriment des victimes de viol[modifier | modifier le code]

  • « Je deviens folle. »
  • « Je n'arrive pas à me souvenir de ce que je voulais faire. »
  • « Je veux boire tous le temps, je veux juste oublier. »
  • « Je ne puis aller travailler ou respecter de simples engagements. »
  • « J'ai des cauchemars et des rétroactions (flashbacks) tout le temps. »
  • « Je ne peux ni manger ni dormir. »
  • « Tout ce que je veux c'est manger. »
  • « Je ne ferai plus jamais confiance à personne. »
  • « Tout ce que je veux, c'est dormir. »
  • « Tout va bien. Les gens en font une montagne à ce sujet. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Burgess, Holstrom, Rape Trauma Syndrome, Boston, Mass, American Psychiatric Association,‎ 1978

Liens et références externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Burgess, Ann Wolbert and Lynda Lytle Holmstrom. "Rape Trauma Syndrome". Am J Psychiatry 131:981-986, September 1974 doi: 10.1176/appi.ajp.131.9.981
  2. (en) Handbook of crisis counseling ... - Google Books Sandoval, Johnathan. Handbook of Crisis Counseling, Intervention, and Prevention in the Schools.
  3. (en) Philip M. Sarrel1 and William H. Masters. (1982). Sexual molestation of men by women. Archives of Sexual Behavior, 11:2.
  4. (en) Tewksbury, Richard. « Effects of Sexual Assaults on Men: Physical, Mental and Sexual Consequences. » International Journal of Men’s Health, Vol. 6, no 1, printemps 2007.
  5. (en) Bessel A. van der Kolk, Susan Roth, David Pelcovitz, Susanne Sunday, and Joseph Spinazzola1. « Disorders of Extreme Stress: The Empirical Foundation of a Complex Adaptation to Trauma. » Journal of Traumatic Stress, Vol. 18, no 5, octobre 2005, pp. 389–399.
  6. (en) Scarce, M. (1997). « Male on male rape: The toll of stigma and Shame. » New York: Insight Books.
  7. a et b (en) http://www.rainn.org/get-information/effects-of-sexual-assault/rape-trauma-syndrome
  8. (en) Handbook of crisis counseling ... - Google Books Handbook of Crisis Counseling, Intervention, and Prevention in the Schools By Jonathan Sandoval
  9. (en) What is Rape Trauma Syndrome?
  10. (en) http://ajp.psychiatryonline.org/cgi/content/abstract/133/4/413
  11. a et b Tewksbury, 2007.
  12. (en) King, M., Coxell, A., & Mezey, G. (2002). « Sexual molestation of males: Associations with psychological disturbance. » British Journal of Psychiatry, 181, 153-157.
  13. (en) Groth, N., & Burgess, A. W. (1980). « Male rape: Offenders and victims. » American Journal of Psychiatry, 137, 806-810.
  14. (en) Choquet, M., Darves-Bornoz, J. M., Ledoux, S., Manfredi, R., & Hassler, C. (1997). « Selfreported health and behavioral problems among adolescent victims of rape in France: Results of a cross-sectional survey. » Child Abuse and Neglect, 21, 823-832.
  15. (en) Burnam, M. A., Stein, J. A., Golding, J. M, Siegel, J. M., Sorenson, S. B., Forsythe, A. B., et al. (1988). « Sexual assault and mental disorders in a community population. » Journal of Consulting and Clinical Psychology, 56, 843-850.
  16. (en) Choquet, M., Darves-Bornoz, J. M., Ledoux, S., Manfredi, R., & Hassler, C. (1997). « Self-reported health and behavioral problems among adolescent victims of rape in France: Results of a cross-sectional survey. » Child Abuse and Neglect, 21, 823-832.
  17. (en) Garnets, L., & Herek, G. (1990). « Violence and victimization of lesbians and gay men: Mental health consequences. » Journal of Interpersonal Violence, 5, 366-383.
  18. (en) Struckman-Johnson, C., & Struckman-Johnson, D. (1994). « Men pressured and forced into sexual experience. » Archives of Sexual Behavior, 23, 93-114.
  19. (en) deVisser, R. O., Smith, A. M., Rissel, C. E., Richters, J., & Grulich, A. E. (2003). « Sex in Australia: Experiences of sexual coercion among a representative sample of adults. » Australian and New Zealand Journal of Public Health, 27, 198-203.
  20. (en) Lacey, H. G., & Roberts, R. (1991). « Sexual assault on men. » International Journal of STD and AIDS, 2, 258-260.
  21. (en) King, M., & Woollett, E. (1997). « Sexually assaulted males: 115 men consulting a counseling service. » Archives of Sexual Behavior, 26, 579-588.