Trouble de la personnalité multiple

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Le trouble de la personnalité multiple est un trouble psychiatrique décrit pour la première fois en Amérique du Nord dans les années 1980. Les patients atteints présentent des alternances de personnalité (ou d'états de personnalité) différentes, et peuvent passer de l'un à l'autre sans pouvoir le contrôler : par exemple une femme adulte peut subitement parler avec la voix d'une fillette de cinq ans et s'exprimer comme telle, puis « devenir » un homme de cinquante ans, etc. De tels troubles, quoique rares, avaient été décrits depuis des temps anciens, et puis plus particulièrement à la charnière entre le XIXe et le XXe en France à partir des travaux notamment de Pierre Janet. Ces cas restaient rares, mais dans les années 1980 on a assisté à une véritable explosion de ces troubles, si bien que certains ont parlé d'« épidémie ». Cela s'est accompagné de nombreuses dérives, alors qu'une large partie de la communauté scientifique restait sceptique. Il est frappant de voir qu'après un apogée, ce diagnostic a de nouveau quasiment disparu. Il a d'ailleurs été renommé dans le DSM-IV en trouble dissociatif de l'identité.

Définition[modifier | modifier le code]

La personne victime du trouble de la personnalité multiple est, au niveau conscient, persuadée d'être tour à tour telle personne. On peut produire expérimentalement et transitoirement un phénomène de personnalité multiple a minima par utilisation de l'hypnose : on suggère à la personne, sous état de transe hypnotique, qu'elle a telle ou telle caractéristique et on peut constater qu'elle se plie à cette suggestion et se donne le rôle proposé. On a montré que si la suggestion est contraire à des choix profonds du sujet, il refuse d'entrer dans le personnage et - éventuellement, sort même de son état de conscience modifiée. Il ne s'agit pas de simulation, les changements d'états n'étant pas placés sous le contrôle de la volonté. Contrairement à ce qu'on pense parfois, ce trouble n'a rien à voir avec la schizophrénie, maladie au cours de laquelle le sujet présente une dissociation, une désagrégation de sa personnalité, et non pas plusieurs identités successives définies.

Histoire du concept[modifier | modifier le code]

La préhistoire[modifier | modifier le code]

Du XIXe au XXe siècle : une première épidémie[modifier | modifier le code]

Fin du XXe siècle: une explosive épidémie nord-américaine[modifier | modifier le code]

L'évolution de la situation[modifier | modifier le code]

Depuis le cas spectaculaire de Sally Beauchamp présenté par Morton Prince en 1906, la question des personnalités multiples avait sombré dans un relatif oubli. C'est surtout après la publication de l'ouvrage Sybil, en 1973, qui a été un immense succès en termes de diffusion, que des cas ont été à nouveau décrits. Parallèlement, la figure de la multiple commençait à apparaître dans des films de fiction, dans les talk-shows ; une thématique exploitée dans le roman de Mary Higgins Clark Nous n'irons plus au bois (1992) et dans la série américaine United States of Tara (2008). Ce regain d'intérêt a conduit les concepteurs du Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux, classification américaine des maladies mentales de référence, à introduire ce trouble dans la troisième version de leur manuel : le DSM-III.

De nouveaux critères diagnostiques[modifier | modifier le code]

Les causes avancées[modifier | modifier le code]

Les excès[modifier | modifier le code]

  • L'utilisation du diagnostic par des criminels dans le système judiciaire pour tenter de se disculper.
  • Épidémie de « découverte d'abus sexuels » dont le souvenir avait été retrouvé lors de thérapies par les patientes. Ces abus étaient décrits comme horribles, sadiques, et des batailles juridiques s'engageaient entre parents et enfants, pour des abus commis à l'âge de 2 ou 3 ans, et dont il n'avait jamais été question, mais qui avaient été « retrouvés en thérapie ». Les parents attaqués en justice, sans moyen de prouver leur innocence, finissaient généralement par répondre favorablement aux exigences financières de leurs enfants qui acceptaient ce règlement à l'amiable et le retrait de leur plainte. Le terme de syndrome des faux souvenirs a été proposé par la psychologue Elizabeth Loftus pour rendre compte des « souvenirs » sans bases réelles, retrouvés (on devrait dire reconstruits) au cours de thérapies menées par des thérapeutes peu scrupuleux… Une association des victimes des faux souvenirs a même vu le jour[1] », et l'Association Américaine de médecine, de même que le Collège Royal des Psychiatres au Royaume-uni ont émis des mises en garde[2].
  • Les origines du syndrome des faux souvenirs se trouvent dans l’idée de souvenirs refoulés et dans les théories successives de Freud, théorie de la séduction et théorie du complexe d’Œdipe. La propagation de ce « syndrome » dans la dernière décennie du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui s’explique par les effets de ces deux théories qui alimentèrent le mouvement féministe aux États-Unis et inspirèrent quantité de psychiatres, psychanalystes, psychologues et thérapeutes autoproclamés. Ceci est analysé dans l’article « Les origines du “syndrome des faux souvenirs”[3] », publié le 31 août 2008 et consultable en ligne.
  • Faux souvenirs et manipulation mentale évoque le cas parmi d'autres de Sheri Storm, qui a développé des personnalités multiples à l'occasion d'une psychothérapie déviante. L'article, publié le 13 décembre 2008, est consultable en ligne.
  • Faux souvenirs induits et personnalité multiple. Si la « mémoire retrouvée » s’est étendue des États-Unis aux autres pays d’Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Japon, en Israël, etc. Il semble que la « personnalité multiple » s’est cantonnée aux États-Unis et aux Pays-Bas. « La personnalité multiple, écrit Hacking, offre le meilleur cadre disponible pour la mémoire retrouvée. »

Les critiques[modifier | modifier le code]

Certains auteurs ont critiqué la pertinence de cette catégorie. Elaine Showalter, critique littéraire et féministe américaine estime par exemple que le TPM, de même que le syndrome de fatigue chronique (une maladie neurologique), le syndrome de la guerre du Golfe ou encore les enlèvements par les extraterrestres, représentent des formes contemporaines d'hystérie[4].

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Association des victimes des faux-souvenirs et des souvenirs induits
  2. (en) The British False Memory Society reviews the key issues in the « False Memory » debate Mise en garde du Collège royal des psychiatres sur les faux souvenirs en thérapie
  3. [1] Les origines du « Syndrome des faux souvenirs »
  4. (en) Showalter, Elaine. Hystories: hysterical epidemics and modern media. New York: Columbia University Press, 1997.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Morton Prince. La dissociation d'une personnalité. Étude biographique de psychologie pathologique. Le cas Miss Beauchamp (1906 - 1911), Ed. L'Harmattan, 2005, (ISBN 2-7475-8809-2)
  • Sybil par Flora Rheta Schreiber (1973)
  • Billy Milligan, l'homme aux 24 personnalités par Daniel Keyes (1982)
  • Joan par Joan Frances Casey et Lynn Wilson (1992)
  • Mary Higgins Clark Nous n'irons plus au bois, roman traduit de l'anglais par Anne Damour, Albin Michel (1992)
  • Identity, film de James Magold, 2002.
  • Franck Thilliez, Fractures, roman (2010)
  • Matt Ruff « La proie des âmes » - roman -