Imposture

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Une imposture consiste en l'action délibérée de se faire passer pour ce qu'on n'est pas (quand on est un imposteur), ou de faire passer une chose pour ce qu'elle n'est pas (supercherie, mystification, escroquerie). La nature d'une chose ou d'une personne se révèle en définitive différente de ce qu'elle laissait paraître ou croire.

Ce mot provient du latin imponere : « abuser quelqu'un »[1].

Son utilisation en tant que mode de manipulation peut être anodine et limitée, mais obéit aussi dans certains cas à des desseins d'escroquerie ou de propagande.

L'imposture soulève de nombreuses problématiques : sociologique (comédie humaine), psychologique (crise identitaire, sentiment d'imposture), philosophique, politique, etc.

Elle caractérise de façon quasi anthropologique la plupart des faits ou actions humaines : les simulacres mis en place (masques, télétransmissions, phénomènes illusifs, discours invérifiables, etc.) participent d'un jeu continuel, celui de la représentation, un jeu organisé et parfois inconscient, qui oppose ou confond vérité et mensonge, profane et sacré (voir les analyses de René Girard et Jean Baudrillard).

D'autres penseurs comme Guy Debord, constatant que puisque « tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans la représentation », à l'heure de la « société du spectacle généralisé », il convient désormais de rassembler les « conditions du vrai »[2]. La vision « postmoderne » du monde actuel renverrait donc notre système à une vaste imposture, vision en définitive assez proche de celle des gnostiques aux premiers siècles de notre ère, par exemple.

Mais l'imposture, en tant que discours construit ou scénario prémédité, peut aussi être vue comme un mensonge parfois nécessaire, voire indispensable, lorsqu'elle permet de maintenir la cohésion sociale d'un groupe, ou simplement la survie d'un individu en tant qu'acteur social.

Certains psychologues (Donald Winnicott) suggèrent la nécessité de « l'invention de soi » : se constituer en tant qu'individu relève d'une conviction progressive à géométrie variable, d'une fictionalisation du Moi, tant que le regard des autres valide ou accrédite nos actes. L'imposteur n'existe que parce que les autres ferment les yeux, se taisent ou en jouent.

Dénoncer une imposture permet, hormis les cas d'escroqueries manifestes, et dans certains cas précis, de rétablir ce que l'on appelle « la vérité », notion des plus relatives s'il en est, puisqu'elle fait appel parfois dans l'argumentation à la morale dominante ou à des formes de dogmatisme, comme on peut le découvrir dans les exemples ci-dessous.[non neutre]


Imposture et Histoire[modifier | modifier le code]

  • On appelle « imposture historique », tel événement ou période enseigné par l'Histoire (récit officiel) et qui s'avère après un temps donné, de recherche ou de témoignage validé, ou suivant les circonstances, totalement ou en partie fausse. Les exemples de manipulations de faits et documents historiques sont nombreux et parfois contemporains (situation politique de type dictatorial ou simplement autoritaire).
  • Le cas des « prétendants » : au cours des époques passées, de nombreux individus sont apparus sur la scène publique, prétendant être une personnalité connue et que l'on pensait décédée. Il y eut ainsi de nombreux Louis XVII à l'issue de la Révolution française, mais aussi de faux Dimitri à la mort du tsar Ivan IV dit le Terrible, sans parler des nombreuses prétendues « princesses Anastasia ».
  • Le cas des « substitutions » : de nombreuses personnalités ayant marquée l'Histoire sont entourée d'un halo de mystères quant à leur parcours biographique, plus précisément au moment où leur notoriété s'affirme ou à l'instant de leur mort. Citons le « Masque de fer » (un héritier de Louis XIII écarté par Mazarin ?), ou plus près de nous, Paul McCartney[3]. Cette ambiguïté repose sur des lacunes documentaires, des rumeurs ou légendes, des coïncidences, des faits troublants ou des témoignages contradictoires, et bien souvent le résultat d'imposture (récits fabriqués). La question de l'identité de Jeanne d'Arc, dont bien des détails de la vie restent nécessairement obscurs (par exemple, son entretien avec Charles VII de France), pose problème pour certains historiens. Les conditions particulières de son exécution (visage voilé, corps placé en hauteur et à distance de la foule) suggèrent entre autres qu'elle ne serait pas montée sur le bûcher mais remplacée par une autre victime[4].

Imposture et autorité[modifier | modifier le code]

Des écrivains comme Maurras ou Bernanos ont fait remarquer que l'imposture est souvent utilisée pour masquer ce qui apparaîtrait sinon comme une illégitimité, surtout dans un cadre politique. L'exemple qu'ils donnaient était celui du sacre de Napoléon, dont la pompe était censée faire oublier les origines modestes de l'Empereur. Au XXe siècle, le Shah d'Iran organisera les prestigieuses fêtes de Persépolis célébrant 2 500 ans de monarchie ininterrompue alors que sa propre dynastie se limite à deux générations. Le conte de Perrault Le Chat botté enseigne aux enfants qu'un titre imaginaire (ici, celui de marquis de Carabas) peut s'avérer utile même quand rien ne le fonde. La pièce de Jules Romains, Knock reprendra cette idée, tandis que celle de Molière, Le Tartuffe, démontrait déjà que « l'habit ne fait pas le moine ».

Imposture et techniques de communication[modifier | modifier le code]

  • L'imposture est parfois liée à l'utilisation biaisée de certaines méthodes de communication. Le développement des techniques actuelles en ce domaine est ambivalent, comme l'était déjà la langue d'Ésope, il multiplie les possibilités de créer et diffuser des impostures, mais aussi celles de les détecter et de les dénoncer. Ainsi, Internet permet de créer le hoax ou canular informatique qui possède une valeur véridictoire parfois supérieure au canular strictement oral (« c'est écrit, c'est donc que c'est vrai »).
  • L'apparition de la télévision, et d'une manière générale à chaque fois qu'une technologie de communication surgit, a généré une série de mise en garde (voir 1984 de G. Orwell) et un sentiment de défiance tant du côté du pouvoir que du public, la télévision pouvant devenir le lieu d'imposture relevant de la manipulation.
  • Les techniques publicitaires : bien qu'ils souscrivent à une forme de déontologie, les publicitaires accordent à leurs discours un statut véridictoire dans la forme, la question du fond (ce produit fait-il des miracles ou non ? rend-il heureux ou non ?) tend, elle, à relever parfois de l'imposture, voire du mensonge assumé.

Imposture et mise en scène[modifier | modifier le code]

Plus généralement, le théâtre, et plus précisément la scène, est le lieu d'une représentation parfaitement codée pour un public : ce dernier se laisse mystifier par les artifices (comme le maquillage, les costumes, les décors tournants, les éclairages, etc.) et la dramaturgie (situations, mort simulée, scène d'amour ou de colère, etc.). Pirandello fut l'un des premiers à repenser la scène théâtrale par delà les frontières scène/publics, créant ainsi une illusion de confusion entre « le jeu » et « la vie réelle », faisant même croire à une forme d'improvisation.

En revanche, des compagnies professionnelles d'improvisation théâtrale[5] se sont spécialisées dans la mise en scène d'impostures. Lors d'un repas dans un restaurant, vous pouvez très bien être servi par de faux-serveurs. « L'impro-sture » permet alors de surprendre et de tester les réactions des convives dans des situations souvent rocambolesques.

L'imposture a donc ici à voir avec le canular ou la blague, dûment préparé : si la fameuse caméra invisible inventée à la fin des années 1950 considère la rue en tant que scène comique destinée à la télévision comme plus tard les impostures de Jean-Yves Lafesse (qui se sert aussi du téléphone, de l'annuaire et de la radiophonie), c'est pour produire un résultat comique : la confusion de la personne dupée, les mécanismes pour la tromper (scénario et improvisation).

Ces mécanismes étaient déjà largement connus et utilisés aux temps des foires et des marchés, et ce depuis le Moyen Âge où se formaient de multiples scènes occupées, outre par les comédiens, par les bonimenteurs, les charlatans, les montreurs d'ombres chinoises, les dompteurs, les illusionnistes, et plus tard dans le cadre des fantasmagories et des autres artifices illusionnistes : une partie du public savait distinguer le faux du vrai, une autre servait de « gogo », une autre enfin était complice avec le producteur du spectacle.

Duperie et recherche scientifique[modifier | modifier le code]

Dans le milieu de la recherche scientifique, il existe différentes pratiques :

  • l'escroquerie, comme l'invention des crânes de cristal, l'Homme de Piltdown, Le Cri silencieux...
  • la duperie, que certains chercheurs prétendent valider en psychologie lorsqu'un thème traité est trop sensible pour que les participants à une étude en soient informés, par exemple, le stress. Or, l'éthique et la déontologie exigent que les cobayes soient informés par la suite de la véritable nature de la recherche ou de l'expérience.
  • le canular — en tant que tel — c'est-à-dire une farce visant à leurrer momentanément et à déclencher le rire, mais souvent avec celles-là sont mêlées de véritables tromperies visant à permettre à son ou ses auteurs d'en tirer gloire ou fortune, voire les deux.
  • la falsification de résultats : statistiques détournées ou arrangées, témoignages écartés, faux diplômes ou certificats, pour produire des conclusions orientées ou attendues (dans le cadre d'enjeux financiers et industriels par exemple).

Il existe en cas de conflit ou de risque de conflit, et ce dans la plupart des secteurs de la recherche scientifiques, des comités d'éthique indépendants composés d'experts qui garantissent la probité des résultats.

Cinéma & Télévision[modifier | modifier le code]

L'imposture sert de thème à de nombreux films et séries

Citons par exemple :

  • Un héros très discret (1996), un homme se fait passer pour un héros de la Résistance française.
  • Arrête-moi si tu peux (2002), d'après une histoire vraie, celle de Frank Abagnale Junior.
  • Imposture (2005), l'histoire d'un professeur qui s’approprie le manuscrit d'une de ses élèves.
  • Tromperie, titre québécois du film Manipulation (2008), un homme emprunte l'identité d'un autre suite à un échange accidentel de portable.
  • Mad Men (série), où le publicitaire Don Draper a usurpé, au cours de son service militaire, l'identité de son supérieur, mort au combat. Il vit depuis lors sous le patronyme de ce dernier.
  • Banshee (serie),ou un homme tout juste sorti de prison prends l'identité du tout nouveau sherrif d'une petite ville.
Faux films ou metteurs en scène

Il s'agit là de supercheries. Il ne faut pas confondre avec le « mockumentary » (parodie de documentaire) comme par exemple Borat. Pour citer un cas français de metteur en scène qui n'a jamais existé : Maurice Burnan, dont la filmographie est attestée par la revue Positif en 1960 suite à une remarque d'André Bazin en 1947 (in La Revue du cinéma), laquelle publiera même des photogrammes tirés de ses soi-disant films, créant ainsi un mythe[6].

Imposture en littérature[modifier | modifier le code]

Domaine de la production de textes sous différentes formes, principalement la fiction et l'essai[7].

Il faut distinguer :

  • la supercherie : par exemple une fiction jouant avec les codes de l'essai, les mystifications (qui constitue bien souvent une blague ou une façon de duper un groupe), l'auteur inventé par plusieurs écrivains, la fiction bidonnée par collage avec emprunts de textes écrits par d'autres dans le cadre d'un canular, fiction sous pseudonymeetc.[8].
  • le plagiat pur et simple qui constitue un vol,
  • et l'imposture proprement dite, qui, si elle n'est parfois pas réprimée par la loi, porte atteinte sur le plan moral, aux usages littéraires, au contrat tacite qui lie un auteur à son public.

Supercherie et imposture se dénoncent. La première tient plus du jeu littéraire, de la blague, la deuxième prend une dimension souvent scandaleuse et péjorative.

Une supercherie qui ne saurait cesser de l'être peut se voir qualifier a fortiori d'imposture : la supercherie c'est le processus, la construction littéraire et intellectuelle qui mène au résultat, un texte, bien souvent une œuvre de création à part entière. L'imposture, sans nier la part créative qui la sous-tend, met en jeu la tromperie à des fins pécuniaires et/ou idéologico-politiques aux conséquences parfois dramatiques d'un point de vue social et économique, qui déborde largement le domaine littéraire[9].

Enfin, il faut distinguer l'imposture (l'acte vicié, le fait constaté), du sentiment d'imposture : très ténu, ce sentiment affecte toute personne en proie au doute quant à ses fonctions (son statut), son rôle, son humanité même. De très nombreux personnages de fictions se caractérisent par un « sentiment d'imposture », comme le scribe Bartleby d'Herman Melville, Joseph K. dans Le Procès de Kafka ou l'avocat dans La Chute d'Albert Camus par exemple[10].

Faux témoignages[modifier | modifier le code]

  • En Allemagne
    • En 1983, Konrad Kujau a réussi à vendre les faux Carnets d'Hitler.
  • Aux États-Unis
    • Le livre Mille morceaux fut présenté comme témoignage autobiographique d'un toxicomane mais ce révéla être une fiction signée James Frey après que 3 millions d'exemplaires furent vendus.
    • Le récit autobiographique de J.T. Leroy, jeune prostitué travesti, paru en 2000 s'est avéré une œuvre de fiction écrite à plusieurs mains. J.T. Leroy (un pseudonyme) n'est même pas l'auteur d'une seule ligne du livre et l'histoire est une invention[11].
    • Le récit autobiographique de Misha Defonseca, Survivre avec les Loups, une petite fille juive qui traverse l'Europe à la recherche de ses parents déportés et est recueillie par des loups s'avèrera être une fiction. Le livre a pourtant connu un large succès en Europe et a fait l'objet d'une adaptation cinématographique. Le mensonge aura duré 11 ans.
  • Australie
    • En 1993, Helen Demidenko publiera un témoignage sur deux frères ukrainiens enrôlés dans les SS, qui se seraient réfugiés en Australie. Le récit est plusieurs fois primé puis une enquête révèle que tout a été inventé.
  • France
  • Suisse
    • Binjamin Wilkomirski raconte ses souvenirs d'enfance dans le camp de Majdanek, en Pologne, pendant la Seconde Guerre mondiale dans un livre paru en 1995. Le livre sera traduit dans une douzaine de langues et recevra même un prix littéraire aux États-Unis. Une enquête là aussi démontrera que l'auteur a menti.

Sélection d'ouvrages[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « imposture » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales .
  2. cf. La Société du spectacle (livre), 1967, 1-2
  3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_is_dead#Histoire
  4. Marcel Gay, grand reporter à L'Est républicain et P. Gélinet, 2000 ans d'histoire sur France Inter, jeudi 13 septembre 2007
  5. Par exemple la TIR Pro à Rennes
  6. Lire J.-F. Jandillou, Supercheries littéraires. La vie et l’œuvre des auteurs supposés., Genève, Droz, 2001, p. 323 et suiv.
  7. Pour une bibliographie sur les impostures et mystifications littéraires, voir Biblioweb
  8. cf. J.F. Jandillou, Supercheries littéraires, op. cit., p. IX et suiv.
  9. Parmi les impostures et supercheries littéraires célèbres, on peut citer Vie et mort d'Émile Ajar, alias Romain Gary, La vie sexuelle de Kant de Botul, l’œuvre de Judith Forest, auteure supposée (en réalité William Henne, Xavier Löwenthal et Thomas Boivin ) ou encore Frantico.
  10. cf. Belinda Cannone, Le Sentiment d'imposture, 2005
  11. site de Radio Canada