Triangle (film, 2009)

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Triangle

Réalisation Christopher Smith
Scénario Christopher Smith
Acteurs principaux
Sociétés de production Icon Entertainment International
Framestore
UK Film Council
Pacific Film and Television Commission
Dan Films
Pictures in Paradise
Triangle Films
Pays d’origine Drapeau de l'Australie Australie
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre Horreur
Sortie 2009
Durée 99 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Triangle est un film d'épouvante australo-britannique de Christopher Smith, sorti en 2009.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Jess, une jeune mère célibataire, rejoint un groupe d'amis pour une excursion en mer sur un voilier. Mais un phénomène climatique étrange plonge l'embarcation en plein cœur d'une tempête tumultueuse. Accrochés à l'épave du voilier, les survivants voient l'espoir renaître avec l'apparition d'un paquebot sorti de nulle part. Mais une fois montés à bord, ils s'aperçoivent que le gigantesque navire est désert. Intrigués, le groupe décide de chercher la trace des passagers et de l'équipage mais Jess commence à remarquer des éléments familiers troublants… C'est alors qu'un mystérieux personnage masqué fait son apparition.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Le triangle des Bermudes, lieu (non mentionné) de l'action.

Tournage[modifier | modifier le code]

Le film est censé se dérouler à Miami, mais il a été tourné en Australie dans le Queensland (Brisbane et Southport).

Sortie[modifier | modifier le code]

La première sortie en salles a eu lieu le 16 octobre 2009 au Royaume-Uni sur 217 écrans, après une présentation au London FrightFest Film Festival (en) le 27 août 2009. Les recettes y ont été inférieures à 1 million de livres sterling (260 626 £ le premier week-end).

Pendant deux ans le film a tourné dans de nombreux festivals (Film4 Frightfest, festival du film britannique de Dinard, festival européen du film fantastique de Strasbourg, festival international du film fantastique de Gérardmer, American Film Marketing).

Le film n'est pas sorti en salles en France. Il a eu droit directement à une exploitation française en Blu-ray et DVD le 14 juin 2011. De l'avis des principaux sites spécialisés, l’édition Blu-ray du film fait partie des plus remarquables, techniquement parlant, depuis que ce support existe, autant au niveau de l'image (HD en 25 images par seconde) qu'au niveau du son (un DTS-HD Master Audio 5.1 particulièrement élaboré)[1],[2],[3].

Accueil[modifier | modifier le code]

Le film a obtenu des critiques plutôt positives, recueillant 82 % d'avis favorables, avec une note moyenne de 6,6/10 et sur la base de 38 critiques collectées, sur le site Rotten Tomatoes[4].

Excessif dvdrama 

« Ce qui frappe, c'est la capacité du réalisateur à s'adapter aux événements de son film. Le début, s'il est étouffant, reste filmé de manière plutôt classique. Mais encore une fois, soulignons le travail sur la photographie, saturée de lumière, qui transpire la chaleur, la moiteur et la dépression. Et sitôt que l'irrationnel entre dans le récit, de par notamment cette tempête totalement improbable, le réalisateur adopte une mise en scène différente, cadrant de manière irréelle, modifiant légèrement la photographie, qui devient opaque. Et finalement, lorsque le paquebot surgit de la brume, tel celui d'un Frankenstein de la Hammer, l'irrationnel laisse progressivement sa place à l'impossible. La froideur donne au film un côté nostalgique, mélancolique, sans que l'on sache pourquoi réellement. La folie transpire dès lors de la pellicule, puisque le réalisateur accentue le côté claustrophobique, et cadre régulièrement Jess en gros plan : Melissa George livre tout simplement une performance superbe. Pour peu que l'on adhère au concept, que nous ne dévoilerons pas ici pour ne pas vous gâcher la surprise, le film est absolument passionnant. Au-delà du concept de base, il brasse plusieurs genres, du slasher, au survival, en passant par le fantastique pur, sans jamais perdre de vue le fil de l'intrigue. Le danger semble pouvoir surgir de chaque recoin du cadre, tant la caméra est bien placée. Les indices sur le nœud de l'intrigue sont livrés au compte goutte, et il faudra faire fonctionner sa matière grise pour venir à bout des mystères de Triangle »[5].

Les années laser 

« Relecture déroutante et coup-de-poing du mythe de Sisyphe, cette excellente surprise cumule avec une harmonie peu commune des séquences chocs, une narration en boucles qui ne tourne jamais en rond et surtout une très maligne leçon sur la confrontation de tout individu avec lui-même »[6].

Mad movies 

« Tout aussi claustrophobe que les couloirs de son paquebot fantôme, la boucle temporelle de Triangle fait office de prison méphistophélique, trimbalant à l'infini les âmes perdues non sans leur rappeler, sur un rythme métronomique, les causes de leurs tourments. Véritable bijou d'écriture dont les zones d'ombre densifient encore le propos (…), Triangle est un petit prodige de cinéma fantastique, le type même d'objet sulfureux que l'ont aurait aimé découvrir sur écran géant »[7].

TéléCableSat 

« Trop tarabiscoté, le film se prend au piège de ses incohérences. Dommage, l'ambiance est parfois bien inquiétante »[8].

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Gerardmer 2011 : Prix du meilleur inédit vidéo[9]

Analyse[modifier | modifier le code]

Titre[modifier | modifier le code]

Il fait référence au triangle des Bermudes. Les événements climatiques y sont potentiellement liés. Si dans le scénario initial, les Bermudes étaient expressément citées, ce n'est plus le cas de la version filmée[10]. Cela augmente les niveaux de lecture du film.

Le triangle est également un symbole de la forme du scénario : trois actes non parallèles dans une forme fermée (effet de boucle).

« Triangle » est le nom du bateau créant ainsi une référence directe pour le spectateur afin d'éviter qu'il y cherche initialement un autre sens, permettant de conserver les effets de surprise. Le triangle est repris par la forme de la voile du bateau.

Triangle est également le titre d'un épisode de X-Files dans lequel les deux héros étaient aussi confrontés à un paquebot fantôme dans le triangle des Bermudes, où se dédoublaient les personnages par le biais de vies parallèles et antérieures… Le réalisateur n'a jamais fait référence à cette série dans ses inspirations.

Certains projets d'affiches initialement envisagés utilisaient le triangle soit pour la voile du bateau, soit pour l'iconographie de la lettre « A » du titre du film, soit pour la forme d'un miroir brisé.

Intrigue[modifier | modifier le code]

Le réalisateur indique avoir développé le scénario à partir d'une image qu'il avait en tête, l'héroïne qui se voit elle-même sur un bateau : « À la base, le point de départ du film m’est venu avec l’image de la jeune femme regardant la mer depuis le pont du bateau, et se voyant en contrebas, sur la coque du voilier. Je voulais faire un twist final avec un triangle permuté avec les trois personnages, mais le film est parti dans une optique totalement différente. J’ai cependant gardé le titre initial. C’est un peu stupide, mais j’étais bloqué sur ce nom, je ne pouvais pas m’en séparer. J’aurais pu l’appeler « Cercle » mais ça n’aurait pas été terrible… Il n’y a pas vraiment d’explication narrative concernant ce film, mais je me disais que « Triangle » résumait plutôt bien l’histoire »[11].

L'intrigue est basée sur un paradoxe temporel impliquant une triple boucle temporelle. Chacune met en avant un aspect de la personnalité dérangée de l'héroïne. Elle débute à chaque fois à un niveau différent (de plus en plus haut) du bateau lui-même.

Le passage à chaque nouvelle boucle fait l'objet d'un travail subtil de mise en scène :

  • évolution de la réalisation (cadrage, rythme) ;
  • marquage des boucles par des images fortes (l'héroïne qui se voit du bateau et la traversée du miroir qui sert entre les deux premiers actes) ;
  • rupture par ellipse lorsque l'héroïne échoue sur une plage.

Le film se prête volontairement à de multiples interprétations. Parmi les plus souvent relevés, voici la lecture dominante : le film est constituée d'une double boucle sur le bateau (ce qui explique que chaque personnage secondaire meurt de façon différente par deux fois) et d'une troisième qui ramène l'héroïne à sa faute originale : comportement inadapté avec son fils, responsabilité de l'accident mortel, mensonge sur son engagement à enterrer l'oiseau mort. Dans le monde des morts, elle ment à nouveau au chauffeur de taxi (figure du passeur pour l'au-delà à qui il faut payer son droit de passage), en lui disant qu'elle revient (le payer) alors qu'elle (re)monte sur le bateau (s'excuse vis-à-vis de ses amis pour ce qu'elle va leur faire / leur a fait) et repart pour tenter à nouveau de changer le passé et sauver son fils. Mais à son premier assoupissement, sa mémoire est partiellement effacée pour accompagner son arrivée/retour au purgatoire.

Références[modifier | modifier le code]

Le film est d'abord une relecture du mythe de Sisyphe, condamné à revivre sans cesse le même labeur pour être puni de ses fautes. C'est pourquoi l'héroïne est présentée avec le poids de la culpabilité expliqué dans le dernier acte du film.

Christopher Smith insiste sur sa volonté de mettre en avant le rôle du souvenir qui refait surface pour apporter de la culpabilité et influencer un personnage citant L'Année dernière à Marienbad[11]. Le nom du paquebot, Aeolus, fait lui directement référence à Éole, père du même Sisyphe, dieu du vent qui punit Ulysse et son équipage, de retour de Troie, pour ne pas avoir suivi ses recommandations : les vents contraires rendirent périlleux le retour vers Ithaque. Ironie de la mythologie, certaines sources font de Sisyphe le père d'Ulysse (et donc d'Éole son grand-père).

L'intrigue laisse volontairement des questions en suspens, à l'image de Shining (1980) qui a servi d'inspiration[12]. Il y a de nombreuses références directes : le nombre 237 de la chambre interdite du film de Kubrick, les mots écrits sur un miroir, la photo anachronique, la salle de bal…

Le réalisateur limite néanmoins son ambition à ne chercher que « le plaisir de faire peur, de brouiller toutes les pistes rationnelles et de construire une logique entièrement redevable à la force des images »[13]. Il utilise le même moyen pour cacher le visage du tueur que dans Le Tueur du vendredi.

Le pitch de départ faisait écho à la façon dont étaient organisés les épisodes de La Quatrième Dimension. Le réalisateur a donc vu l'épisode le plus similaire d'un point de vue thématique (La Nuit du jugement qui se passe dans un sous-marin) pour mieux s'en démarquer.

Le thème des boucles temporelles est récurrent au cinéma. Habituellement, l'intrigue est basée sur la manière d’en sortir : Retour vers le futur, Terminator, Un jour sans fin, Timecrimes… Ici, ce n'est pas le point central.

Le film Timecrimes, produit à la même époque, n'avait pas été vu par son réalisateur[11].

Pour la séquence où la caméra traverse le miroir, Christopher Smith reconnait avoir utilisé l'idée de Fritz Lang d'un plan de la fin de la Femme au portrait[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Patrick-Pierre Garcia, Les numériques [1]
  2. Blu-ray En Français [2]
  3. Écran large [3]
  4. Triangle sur Rotten Tomatoes
  5. Excessif.com
  6. Arnaud Alix - Les années laser no 176 (juin 2011) - page 71
  7. Alexandre Poncet - Mad Movies no 242 - juin 2011 - page 65
  8. Télé Câble Sat no 1141 - 12 mars 2012 - page 100
  9. Palmarès de Gérardmer 2011
  10. Cité par le réalisateur dans le commentaire du DVD
  11. a, b, c et d Mad movies no 242 - interview de Christopher Smith (pages 66 et 67)
  12. http://www.excessif.com/cinema/actu-cinema/dossiers/triangle-interview-christopher-smith-6529359-760.html
  13. Les années laser no 176 (juin 2011) - interview de Christopher Smith (page 71)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]