Trente Glorieuses

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Les Trente Glorieuses sont la période de forte croissance économique qu’a connue entre 1945 et 1973 la grande majorité des pays développés, membres pour la plupart de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
L’expression a été créée par Jean Fourastié[1] en 1979 en rappel des Trois Glorieuses, journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830 qui avaient fait chuter Charles X.

Les Trente Glorieuses furent une révolution, certes plus silencieuse, mais porteuse en réalité de changements économiques et sociaux majeurs, qui ont marqué le passage de l’Europe, quarante années après les États-Unis, à la société de consommation. Le cas de la France permet de saisir en particulier le sens du sous-titre du livre de J. Fourastié, la « Révolution invisible », mais la croissance est forte aussi en Allemagne, en Italie au Canada et au Japon, tirée à la fois par l'investissement et la consommation.

Après un début difficile, les vingt-huit ans qui séparent la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, du choc pétrolier de 1973 se caractérisent par :

la reconstruction économique de pays largement dévastés par la guerre ;
le retour vers une situation de plein emploi dans la grande majorité des pays ;
une croissance forte de la production industrielle (un accroissement annuel moyen de la production d'environ 5 %) ;
une expansion démographique importante (le baby boom) dans certains pays européens et nord-américains – particulièrement en France, en Allemagne de l'Ouest, aux États-Unis et au Canada.

La forte croissance est facilitée par :

un accès encore aisé aux énergies en général et aux énergies fossiles en particulier ;
un rattrapage technologique (par rapport aux États-Unis) dans les pays dont le capital humain (niveau d’éducation et d’expérience des travailleurs) était important.

Déroulement général[modifier | modifier le code]

Du point de vue économique, les Trente Glorieuses furent une période extrêmement brillante, le produit intérieur brut y connaît une forte augmentation :

Par ex. : l’indice de la production industrielle en France, à prix constant (base 100 en 1938)
1938 1947 1957 1967 1973
100 99 204 338 452
Soit de 1938 à 1973, une multiplication par 4,5, soit une croissance annuelle moyenne record de 5,9 %.

En début de période, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les pays concernés ont des infrastructures en ruine et des économies dévastées ou orientées vers des productions à des fins militaires.

En fin de cette période, on constate globalement que la société a été profondément remodelée, devenant une société de consommation de masse et une société de loisirs. Ce phénomène est en partie un rattrapage sur le style de vie américain des années 1920, sur lequel les pays européens étaient en retard. De même, le niveau du PIB par habitant se rapproche du niveau américain (et s'en éloignera à nouveau au cours des années 1980).

Pays concernés[modifier | modifier le code]

Si l’on excepte l’immédiat après-guerre, période de rattrapage par excellence, les pays de l’OCDE ont un taux de croissance annuel moyen de 4 %. Mais à l’intérieur du groupe on distingue 3 sous-ensembles :

  • Croissance relativement lente :
États-Unis (3,5 % l’an) et Grande-Bretagne (2,7 %).
L'économie du Royaume-Uni, minée entre autres par des problèmes de convertibilité de taux de change avec le dollar[réf. nécessaire], n'a pas connu cette forte croissance.
  • Croissance plus rapide
en France (5,1 % en moyenne sachant que le taux de croissance est monté jusqu'à 7,9 %)
RFA (5,1 %), Suisse (5,25 % 1944-1973) et en Italie (5,5 %).
Les pays qui basculent dans le Bloc de l'Est connaissent également une croissance plus forte.
  • Croissance exceptionnelle
au Japon avec 10 %

Un cadre institutionnel international renouvelé[modifier | modifier le code]

En juillet 1944, la conférence de Bretton Woods ouvre des négociations sur la reconstruction du système monétaire international. S'opposent les projets britanniques, défendus par John Maynard Keynes, et américains, défendus par Harry Dexter White. Le projet soutenu par les États-Unis finit par s'imposer et consacre l'hégémonie du dollar dans le système monétaire international. Concession à la proposition britannique : le dollar est convertible en or, librement, à un taux fixe. (Parité abandonnée en 1971 sous la présidence de Richard Nixon).

En 1946, la conférence de la Havane, « conférence des Nations unies pour le commerce et l'emploi », souligne la volonté de décloisonner, de manière progressive, les échanges internationaux. En 1947, la conférence de Genève met en place le GATT, General Agreement on Tariffs and Trade (ou Agétac en français, Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce). L'objectif est de réduire par « rounds » successifs les tarifs douaniers, ce qui aura pour conséquence de favoriser les échanges internationaux, soutenant la croissance économique des pays développés à économie de marché (PDEM).

Le 5 juin 1947, le général George Marshall propose, au nom des États-Unis, une aide aux pays européens : ces pays européens engagés dans le conflit, (mais également le Japon), sont dévastés. Les besoins de reconstruction sont énormes. En avril 1948, le Congrès américain vote l'European Recovery Program, (ou plan Marshall) qui distribue près de 13 milliards de dollars, majoritairement sous forme de dons, aux pays ayant accepté l'aide. Le plan Marshall répond à un double objectif politique et économique : celui qui consiste à endiguer le communisme (containment) et celui qui consiste à éviter la surproduction qui menace l'économie américaine et qui a été « l'irremplaçable démarreur de l'investissement » en Europe d'après Denis Woronoff[2]. En effet, la contre-valeur issue du plan Marshall a servi, notamment en France, à financer l'investissement, permettant une modernisation de l'appareil productif et donc une augmentation de la productivité. Cette aide prend la forme d’un don de capitaux des États-Unis (en fait, une ligne de crédit), à condition que ceux-ci soient utilisés en commandes à l'industrie des États-Unis[réf. nécessaire] (celle d'Europe était de toute façon exsangue à la fin de la guerre) : tracteurs, matériels ferroviaires…

Les caractéristiques de la croissance[modifier | modifier le code]

Taux de croissance économique élevé[modifier | modifier le code]

La croissance économique de l'après-guerre (période 1950-1973) est :

  • Générale, avec de fortes disparités par pays du taux de croissance annuel moyen:
5,64 % en Italie, 6,0 % en RFA et 9,29 % au Japon, (croissances qualifiées de « miracles économiques ») .
5,27 % en Suisse , 5,05 % en France ( taux élevé mais légèrement inférieur) .
3,93 % aux États-Unis et 2,93 % au Royaume-Uni (largement plus faibles d'après les calculs d'Angus Maddison[3], parce que ces pays sont initialement plus développés) .
  • Homogène : Mesurée par le calcul du PIB réel par habitant la croissance annuelle se fait dans des proportions similaires : 4,8 % en Italie, 5,0 % en RFA, 8,4 % au Japon, 4,1 % en France, 4,0 % en Suisse, 2,2 % aux États-Unis et 2,5 % au Royaume-Uni.
  • Régulière tout au long de la période 1945-1973 : Les faibles récessions constatées ne remettent pas en cause cette régularité si bien que la période des Trente Glorieuses laisse supposer le caractère atténué des fluctuations cycliques qui ont été une caractéristique du XIXe siècle et de l'avant-guerre.

La particularité du Royaume-Uni en fait un pays de « croissance calme » vivant sur ses acquis ; pour retrouver un rythme de croissance élevé, le gouvernement de Margaret Thatcher, dans les années 1980, procède à des réformes qui libèrent le marché, les flux financiers et migratoires, mais détruisent les services publics et accroissent les inégalités et donc les tensions sociales.

Une croissance marquée par le plein-emploi[modifier | modifier le code]

Entre 1950 et 1973, le taux de chômage du Japon s'établit à 1,3 %, celui de la France à 1,8 %, celui de la RFA sera même inférieur à 1 % sur la fin de la période. La Suisse connaîtra un taux de 0 % entre 1960 et 1973[4] tandis que celui des États-Unis s'établit à environ 4,5 %[5].

Les déséquilibres intérieurs et extérieurs[modifier | modifier le code]

Au début de la période, à la sortie de guerre, les déséquilibres extérieurs sont le reflet de la situation désastreuse dans laquelle se trouvent l'Europe et le Japon. Les pays européens enregistrent un déficit de leur balance des transactions courantes alors que les États-Unis bénéficient d'un excédent largement favorable.

Par la suite, ce différentiel sera moins marqué avec le redressement progressif des différentes économies. Néanmoins, durant la période des « Trente Glorieuses », le leadership sinon la domination de l'économie américaine demeure incontestable. D'autre part, les déséquilibres extérieurs -qui exigent du temps pour se résorber- se traduiront par la nécessité pour de nombreux pays européens à dévaluer leur monnaie.

Déroulement et impact des Trente Glorieuses par pays[modifier | modifier le code]

Le cas de la France[modifier | modifier le code]

L'intervention étatique face à un contexte difficile[modifier | modifier le code]

Taux de croissance annuel du PIB (1950-2010) et taux de croissance annuel moyen pour trois périodes, dont les Trente Glorieuse

De 1946 à 1950, la France paralysée par une économie et des infrastructures obsolètes, ne connait pas de réelle croissance et les conditions de vie sont très difficiles, en raison du coût élevé de la vie. Le rationnement, toujours présent jusqu'en 1947-1948 et la crise du logement, accentuent les difficultés d'un peuple encore marqué par la guerre.

La situation économique, très préoccupante (le PIB français de 1945 représente 40 % de son niveau d'avant-guerre), focalise l'attention des pouvoirs publics, qui décident alors d'adopter, en partie, le modèle du New Deal américain d'avant-guerre : le GPRF procède à la nationalisation de pans entiers de l'économie (parfois au motif de punir les entrepreneurs ayant collaboré tels Renault, mais surtout pour pouvoir piloter le relèvement économique : exemple des Charbonnages de France). Ce plan prime sur les clivages politiques : le patronat ne proteste pas, et le PCF ainsi que la CGT condamnent les grèves. Il s'agit, d'après Maurice Thorez, de "gagner la bataille de la production".

La diplomatie française ne ménage pas non plus sa peine: en 1946, Léon Blum se rend aux États-Unis pour obtenir auprès de Byrnes, ministre des Finances américain, l'annulation d'une partie des dettes de guerre françaises auprès des États-Unis en échange de l'ouverture du marché français au cinéma américain. Le régime de Vichy avait cédé aux Allemands ses actifs internationaux : les américains en récupèrent une partie (sauf ceux situés dans l'Europe sous domination soviétique). Jean Monnet, qui a participé aux négociations, est placé à la tête du Commissariat au Plan en janvier 1946. Il lui appartient de conduire, à la tête du désormais vaste, coordonné et efficace secteur public, le relèvement économique de la France.

La France développe durant la période un réseau autoroutier qui imite le réseau allemand d'Autobahnen développé avant-guerre, mais s'accompagne de l'abandon de plus de 7 000 km de voies ferrées, des tramways urbains et de nombreuses lignes de cars interurbains : c'est la politique dite du tout-routier.

Son plan quinquennal, pensé dès 1946 mais dont l'application a été différée à 1948 (pour coïncider avec l'aide américaine du plan Marshall), a pour objectif d'atteindre à l'horizon 1950 le niveau de production de 1929 (la meilleure année d'avant-guerre) et de le dépasser de 25 % en 1952. L'accent est mis sur le charbon, l'électricité, les tracteurs, l'acier et le ciment. Le choix de ces priorités dénote l'état économique du pays. Le plan Monnet n'est pas solvable en l'état des finances françaises de l'époque, car il nécessite de nombreuses importations que la France ne peut régler par manque de dollars (dollar gap). Le plan Marshall se révèle presque providentiel à ce niveau, puisque la France reçoit environ deux milliards et demi de dollars des États-Unis, ce qui lui permet de combler en partie le dollar gap et donc de ne pas répercuter le coût du plan sur la valeur du franc, lequel se déprécie déjà régulièrement en raison d'une inflation galopante : entre 1945 et 1948 les salaires nominaux triplent mais le pouvoir d'achat recule d'un tiers[6].
La mise en route du plan est donc coûteuse ; Les Français, comme les autres Européens doivent assumer de longues et dures journées de travail pour ne toucher que de maigres paies. Couplée à un contexte international tendu (ébauche de la guerre froide), la situation dégénère en violentes grèves en octobre-novembre 1947.

Le bilan de la période[modifier | modifier le code]

Cependant, lorsqu'arrive l'heure du bilan en 1952, on note un indéniable succès dans la réalisation des objectifs du plan puisque dans tous les domaines, les taux de réalisation sont proches voire au-delà de 100 %. Le rationnement alimentaire prend fin en 1949 (en Allemagne occidentale, il continuera encore cinq ans, en Europe orientale, encore quarante ans). L'année 1949 est aussi celle où la hausse des salaires, en France, dépasse enfin celle des prix. La reconstruction des dommages de guerre (moindres en France qu'en Allemagne ou en Europe de l'Est) est en bonne voie. Seule l'inflation se maintient à des niveaux préoccupants. Au début de l'année 1952, l'arrivée au pouvoir d'une coalition de centre-droit dirigée par Antoine Pinay amorce une maîtrise de l'inflation qui est contenue pendant 3 ans grâce, entre autres, à une diminution des investissements publics -il est vrai moins nécessaires qu'auparavant- et au transfert de 80 % des coûts de la guerre d'Indochine sur les finances américaines à partir de 1950. C'est rassurée et en expansion que la France fonde aux côtés de l'Italie, de la RFA, de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg la CECA, le 18 avril 1951.

La croissance est également soutenue par la diffusion de nouvelles technologies, comme le transistor ou les matières plastiques, consécutive à l'augmentation de l'extraction du pétrole et à la hausse du pouvoir d'achat, jusqu'en 1973. C'est un boom économique :

  • développement de l'industrie (la plupart des villes ont leur zone industrielle),
  • développement massif du machinisme,
  • développement des secteurs du bâtiment et des travaux publics, nécessaires à la reconstruction du pays, et à la modernisation de ses infrastructures,
  • développement massif des exportations,
  • économie de plein emploi (on manque même de main-d'œuvre),
  • augmentation du niveau de vie,
  • augmentation des salaires,
  • inflation assez peu maîtrisée,
  • dévaluations successives,

En conséquence, produire en masse, acheter, consommer et même gaspiller (eau, accumulation de déchets, matières non recyclées notamment au niveau des emballages) deviennent des habitudes pour les citoyens des pays de l'OCDE. On entre donc dans une société de consommation. Cette consommation permet l'équipement matériel des ménages, dont le réfrigérateur et la machine à laver puis la télévision et l'automobile dans les années 1960 et 1970. En 1970 s'ajoutent à cette liste le lave-vaisselle et en 1980 le magnétoscope. Enfin émergent dans les années 1990 et 2000 téléphone portable, ordinateur personnel et lecteur DVD.
Les citoyens des pays de l'OCDE sont de plus en plus nombreux à devenir propriétaires de leur logement, et à partir de 1985 de plus en plus de foyers possèdent plusieurs automobiles.
Les loisirs et le tourisme se développent.
Des conséquences plus profondes affectent le tissu économique du pays, avec une industrialisation de nouvelles régions, et surtout la société elle-même. Les zones urbaines sont particulièrement touchées, leur mutation s'exprime dans la vie politique, par exemple par le biais de la création de groupes d'action municipale, qui veulent promouvoir l'urbanisme et les politiques culturelles locales.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs points de vue concernant cette période.

  • Selon le point de vue libéral[7], ce n'est pas le relatif dirigisme qui explique la croissance économique des « Trente Glorieuses », qui a été principalement « mécanique », le dirigisme sachant seulement bien l'orchestrer. Au contraire, ce dirigisme a « métamorphosé en malédiction » la croissance, en raison de deux effets pervers majeurs : la fonctionnarisation et le manque de concurrence, déjà présents avant 1940, et la persistance des préjugés contre l'économie de marché, dont les nationalisations de 1981 seraient une résurgence : l’émergence de l’antilibéralisme français aurait une partie de ses origines dans ce phénomène. Ce point de vue affirme qu'après leur retour à un état d’équilibre, les pays à économie sociale de marché caractérisés par un État-providence très présent, ont marqué le pas vis-à-vis des économies plus libérales[8].
  • Selon le point de vue qualifié par les sociologues de «social-démocrate ou de social-libéral» (qui postule que le marché est certes un moteur de la croissance, mais aussi un dérégulateur économique et social, et qu'à ce titre, il doit être encadré par des politiques de redistribution partielle)[9], ce sont les politiques de redistribution, à commencer par le plan Marshall, et les sacrifices consentis par tous les partenaires sociaux, qui expliquent la croissance des « Trente Glorieuses » et l'avance des pays concernés par rapport aux économies non réglementées comme celles d'Amérique latine, d'Asie du Sud-Est ou des États-Unis après 1980, et surtout par rapport aux économies planifiées des pays communistes.
  • Selon le point de vue qualifié par les sociologues de «socialiste» (qui postule que le marché est un facteur de prédation économique et d'oppression sociale, et qu'à ce titre, il doit être remplacé par une économie planifiée et la nationalisation des biens et des moyens de production et de distribution)[10], la croissance des « Trente Glorieuses » résulte, géopolitiquement, d'un phénomène de prédation des oligarchies des pays de l'OCDE à l'égard du Tiers monde, et socialement, d'une politique d'achat de la paix sociale par ces oligarchies, au prix d'un partage relatif des richesses (produites ou captées) avec les travailleurs des pays développés, partage fort inéquitable mais suffisant pour éteindre les revendications les plus violentes.

Entre ces points de vue tranchés, qui ont chacun des arguments chiffrés, il existe naturellement une multitude d'études et d'ouvrages développant des analyses plus fines et plus nuancées.

La période de croissance de 1945-1973 dans le reste du monde[modifier | modifier le code]

La forte croissance constatée dans la plupart des grands pays industriels se traduit par un quintuplement dans les années 1950 des cours sur la plupart des marchés boursiers, malgré les incertitudes géopolitiques.

Les États-Unis[modifier | modifier le code]

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont dans une position dominante. Pourtant, pendant la croissance des Trente Glorieuses, ils connaissent une croissance économique moins forte que dans les autres pays développés. Après une récession en 1948, l'économie américaine repart grâce à la Guerre de Corée et à travers un plan important de réarmement.

Dans les années 1950, les salaires augmentent régulièrement ainsi que la consommation, et Galbraith publie en 1958 The Affluent Society. Kennedy lance au début des années 1960 une politique budgétaire (baisse des impôts) et une politique sociale afin de lutter contre la pauvreté. Johnson poursuit cette politique par son projet de nouvelle société.

Cependant au cours des années 1960, le solde des États-Unis ne cesse de se dégrader: la balance commerciale devient négative avec la plupart des nations industrialisées, ce qui pousse le président Nixon à rendre le dollar inconvertible en or en 1971, mettant fin à la stabilité du dollar.
La part des exportations américaines dans les exportations mondiales passe de 25 % à 13 % entre 1945 et 1973. Alors que l'économie américaine bénéficiait en 1945 d'un niveau élevé de productivité, et de gains de productivité importants jusqu'à la fin des années 1960 (mais plus faibles qu'ailleurs), ils sont de 1 % par an dans les années 1970, ce qui explique un début de récession.

L'Allemagne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Miracle économique allemand.

Le Japon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Miracle économique japonais.

La Suisse[modifier | modifier le code]

À la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse étant restée neutre se retrouve avec des infrastructures intactes. Le boom de la reconstruction profite pleinement à l’industrie. La période 1944-1961 enregistre un faible taux d’inflation (1,35 % en moyenne). Dès 1961, des signes de surchauffe se font sentir, la croissance cette année-là atteint 8,35 %. Les années suivantes, l’inflation augmente fortement, la balance des transactions courantes devient déficitaire et le PIB continue d’augmenter à un rythme soutenu (5 %). Pour endiguer le problème, le gouvernement émet deux arrêtés fédéraux urgents pour combattre l’inflation. Bien que la croissance diminue, l’inflation persiste jusqu’en 1968. Dès 1970 et jusqu’à 1973, la Suisse subit à nouveau une forte période de surchauffe avec des taux d’inflation élevés et un nombre de chômeurs n’avoisinant que 100 personnes. Les trente glorieuses en Suisse finiront d’une manière abrupte avec une baisse de 7,5 % de l’activité économique. Elle évitera la stagflation et le chômage : plus de 300 000 immigrés perdent leur emploi et sont contraints de quitter la Suisse. Entre 1944 et 1973, le PIB par habitant a plus que triplé[11],[5],[12],[4],[13].

Les transformations engendrées et leurs limites[modifier | modifier le code]

Rattrapage technologique[modifier | modifier le code]

Il s’agit essentiellement d’un phénomène de rattrapage technologique vis-à-vis des États-Unis. De grands groupes industriels se forment[Où ?].

Fin 1961 est créé le Centre national d'études spatiales (CNES). En janvier 1963 ouvre le premier hypermarché. En 1966 sont créés les instituts universitaires de technologie (IUT). En 1969 s'élance le premier Concorde.

L'augmentation des compétences est planifiée. Le nombre de bacheliers français triple et passe à 160 000 en 1969 alors qu'il était de 50 000 en 1959[14]. Les études supérieures voient également un afflux. Le nombre d'étudiants français passe, de 1961 à 1967, de 215 000 à 440 000 (...) Une partie importante de ces étudiants sont les premiers, dans leur famille, à suivre des études supérieures[15]

Progrès économique[modifier | modifier le code]

L'augmentation des salaires se constate pour toutes les professions, de 1960 à 1970 :

  • les revenus ouvriers augmentent de 120 % ;
  • les revenus des employés et cadres supérieurs augmentent de 122 % ;
  • les revenus des fonctionnaire augmentent de 106 % ;
  • les revenus des techniciens et agents de maîtrise augmentent de 110 %.

Le travail des femmes participe au progrès économique. En France, la part des dépenses alimentaires passe de 38 % du budget en 1958 à 25 % en 1975 (La France de mai 1958 à mai 1981, Matthias Bernard, p. 86).

Mutations et progrès sociaux[modifier | modifier le code]

Les ménages accèdent à un revenu fixe ou revenu fiable dans une période de plein emploi, peuvent donc épargner et s'équiper. L'apparition de la société de consommation de masse provoque des bouleversements sociaux majeurs. D'abord, l'électroménager est synonyme de gain de temps et la période des Trente Glorieuses permet l'émancipation progressive de la femme qui accède à l'emploi, ce qui engendrera l'augmentation du revenu des ménages. L'accès des femmes au travail signifie un bon nombre de droits qui vont de pair comme en France le droit des femmes de passer le permis de conduire ou de posséder un chéquier. Aussi, les secteurs secondaire et tertiaire de l'économie se développent tandis que le secteur primaire s'amaigrit d'où l'exode rural. Les catégories socio-professionnelles connaissent un changement.

Le temps des loisirs entre également dans la logique de la société de consommation ; par exemple, le taux d'équipement en télévision passe de 5 % des ménages en 1958 à 62 % en 1968, date à laquelle en moyenne chaque téléspectateurs la regarde deux heures par jour.

L'exode rural des paysans[modifier | modifier le code]

Jusqu’en 1975, l’agriculture opère une révolution silencieuse. La part de la population travaillant dans le secteur primaire est passé de 27,5 % en 1950 à 11,4 % en 1970[pas clair] [réf. nécessaire]. La modernisation de l’agriculture (mécanisation, remembrement, apparition des engrais chimiques, sélection des plantes et des races d'animaux, etc.) provoque une augmentation des rendements et des changements importants. La concurrence, attisée par la surproduction mondiale, conduit les exploitations les moins rentables à la fermeture. Les États-Unis et les pays neutres (Australie, Argentine, etc.) avaient augmenté leurs productions pour contre-balancer la chute de production des pays d'Europe. Lorsque ceux-ci retrouvent leurs niveaux de production d'avant-guerre, il y a surproduction.

Les paysans les plus expérimentés se transforment en véritables chefs d’entreprises, et s'endettent pour agrandir et moderniser leurs exploitations. Les autres quittent le monde rural et partent travailler en ville.

L'émergence de la production industrielle de masse[modifier | modifier le code]

Généralisation de la production organisée[modifier | modifier le code]

La productivité du travail sur longue période augmente fortement (notamment en France où la productivité horaire est la plus élevée au monde):

  • Dans un premier temps, le nombre des ouvriers spécialisés augmente fortement. Le travail à la chaîne, déjà présent, se généralise en Europe pendant les Trente Glorieuses.
  • Dans un second temps, les efforts des organisateurs et gestionnaires se portent vers l'allongement de la durée d'utilisation des équipements, et l'amélioration des processus industriels ou administratifs.

Critiques des Trente Glorieuses[modifier | modifier le code]

Sur le plan économique, en 1972, le premier rapport du Club de Rome, The Limits to Growth, critique la volonté d'une croissance économique perpétuelle puisque celle-ci ne saurait être illimitée dans un monde qui n'est pas infini.

Sur le plan social, on assiste à un affaiblissement de la solidarité familiale, du lien social.

Sur le plan culturel, Les Choses de Georges Perec (1965), La Grande Bouffe de Marco Ferreri (1973) sont d'évidentes critiques de la société de consommation. Le situationnisme sera quant à lui une critique de la société des spectacles émergente.

La condition ouvrière reste marquée par la pénibilité du travail et l’infériorité sociale[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Fourastié : Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible de 1946 à 1975, 1979.
  2. Denis Woronoff, Histoire de l'industrie en France, 1994.
  3. L'Économie mondiale, une perspective millénaire, 2001.
  4. a et b Bernard Degen, « Chômage » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 29 août 2005..
  5. a et b http://www.fgn.unisg.ch/eurmacro/macrodata/datamtrx.html
  6. Jean-Pierre Rioux, La France de la Quatrième République, Le Seuil, Tome 1, p. 120.
  7. Cf. Milton Friedman, Alain Minc, David Thesmar et Augustin Landier
  8. David Thesmar & Augustin Landier, Le Grand Méchant Marché, p. 124-129.
  9. Cf. Joseph Stiglitz, Jared Diamond et Paul Claval
  10. Cf. Karl Marx, Friedrich Engels, Bernard Pudal et Daniel Gluckstein
  11. http://archives.tsr.ch/dossier-economie/economie-surchauffe
  12. http://www.seco.admin.ch/themen/00374/00456/00458/index.html?lang=fr
  13. http://www.admin.ch/ch/f/pore/vr/vor_2_2_6_5_02.html
  14. La France de mai 1958 à mai 1981, Matthias Bernard, p. 50
  15. La France de mai 1958 à mai 1981, Matthias Bernard, p. 107
  16. Michel Pigenet, Les mutations de la classe ouvrière sur www.scienceshumaines.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses, ou la révolution invisible de 1946 à 1975, Paris, Fayard, 1979, 300 p. (Rééd. Hachette Pluriel no 8363)
  • Jean-Charles Asselain, Histoire économique de la France du XVIIIe siècle à nos jours (2 volumes), Seuil, coll. Points Histoire, 1984