Travelling contrarié

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Animation du haut : Effet (photographique) de Travelling contrarié. Animation du bas : Vue en plan du dispositif correspondant.
Travelling contrarié dans Sueurs froides de Alfred Hitchcock
Travelling contrarié généré en images de synthèse

Le travelling contrarié, travelling compensé, trans-trav ou contra-zoom, est un effet cinématographique consistant à contrarier les effets simultanés d'un zoom arrière et d'un travelling mécanique avant ou l'inverse, zoom avant et travelling mécanique arrière, de telle sorte que le sujet principal reste cadré de la même manière. Seul le décor change, qui subit des déformations de perspective, respectivement un allongement, ou un tassement. Par exemple si la caméra s'éloigne, on rétrécit simultanément le champ à l'aide du zoom (ou on l'élargit quand la caméra s'avance) de façon à ce que le sujet ne change pas de taille apparente. Mais le décor se tasse derrière lui (ou au contraire se dilate dans l'espace). Cet écart, entre la taille inchangée du personnage et la mouvance inattendue des perspectives du décor où il évolue, est interprété par le public comme le signe d'un malaise du personnage[1].

Cet effet a été utilisé pour la première fois en 1958 par Alfred Hitchcock dans le film Sueurs froides (Vertigo en anglais), quand Scottie (James Stewart), sujet au vertige, regarde la rue en contrebas (à 4 minutes du début du film) puis quand le même Scottie regarde le bas d'une cage d'escalier (deux plans vers la 73e minute et deux autres plans vers la 118e minute)[2]. Hitchcock l'utilise aussi dans Psychose (1960) et dans Pas de printemps pour Marnie (1964). Le procédé est utilisé également dans Dents de la mer, avec un plan resté célèbre dans l'histoire du cinéma, quand le chef de la police (Roy Scheider) aperçoit une attaque de requin depuis la plage, à la 16e minute). On le retrouve depuis, notamment dans Les Affranchis, La Communauté de l'anneau (quand Frodon (Elijah Wood) sent pour la première fois l'approche des Cavaliers noirs dans la forêt de la Comté), Oui, mais... (quand Églantine (Émilie Dequenne) réalise soudain ce que lui a transmis sa mère, 86e minute), La Haine, Les Rivières Pourpres ou encore Le Roi lion (quand Simba regarde les gnous descendre de la falaise et se diriger vers lui). Le procédé est utilisé au début d'E.T. par Steven Spielberg, quand les hommes qui cherchent l'extra-terrestre regardent les pavillons de la banlieue où il se cache. François Truffaut l'utilise aussi dans Jules et Jim quand les deux amis découvrent la statue de la femme de leurs rêves, dans Fahrenheit 451. Dans le film Paris, lorsque le personnage de Romain Duris, enfermé chez lui pour des raisons de santé se rend sur son balcon et nous offre un panorama de Paris.

En 1964, le directeur de la photographie Jean-Serge Husum, français d'origine roumaine, met au point un système mécanique permettant de synchroniser le mouvement de zoom avec le déplacement du chariot de travelling, qu'il brevète sous l'appellation de Trans-Trav[3].

L'effet de travelling contrarié peut être combiné avec des animations sur ordinateur, un exemple en est la scène où Neo vole dans Matrix Reloaded. Il peut aussi être effectué numériquement ou au banc-titre en effectuant zoom-avant et zoom-arrière dans un travelling arrière ou avant, un exemple est visible dans le film Irréversible de Gaspar Noé. Cet effet numérique devient très courant dans les vidéo-clips.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, « Grammaire du cinéma », Paris, Nouveau Monde éditions, 2010, (ISBN 978-2-84736-458-3), 588 pages, citation des pages 396-397
  2. Alfred Hitchcock & François Truffaut, « Hitchcock/Truffaut », Paris, Ramsay, coll. Ramsay Poche Cinéma, 7-8, 1985, (ISBN 2-85956-436-5), 311 pages, voir page 209
  3. Le Technicien du Film et de la Vidéo, n° 334, 1984, pages 12 à 14