Transylvanie austro-hongroise

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La Transylvanie (en roumain Ardeal, en hongrois Erdély et en allemand Siebenbürgen) austro-hongroise est l’ancienne région située au cœur de la Transylvanie actuelle, sous domination de l’Autriche-Hongrie, en tant que partie de la Hongrie de 1867[1] à 1918 (fin de la Première Guerre mondiale).

Les Habsbourg en Transylvanie (1690-1918)[2][modifier | modifier le code]

Le comte Johann Haller, gouverneur de Transylvanie de 1734 à 1755.

À partir de 1688-1690, la région passe sous le contrôle des Habsbourg qui viennent de reconquérir le bassin du moyen-Danube après 150 ans d’occupation ottomane de la Hongrie centrale, période pendant laquelle la Transylvanie avait été une principauté chrétienne vassale de la "Sublime Porte" (principauté où coexistaient sans guerres de religion des Catholiques romains, des Protestants calvinistes ou luthériens, et des Orthodoxes). L’empereur Habsbourg s’engage à reconnaître l’autonomie transylvaine (Diploma Leopoldinum) mais il remplace le Voïvode, jusque-là élu par la Diète transylvaine, par un gouverneur, et la diète elle-même par un Conseil (Gubernium), chargé de le représenter personnellement dans ce qui devient, peu à peu, une simple province de son Empire. La religion catholique reprend une place importante et une partie des orthodoxes acceptent de reconnaître l’autorité du pape (Église uniate de Transylvanie).

C’est à cette époque que commencent à se développer les identités modernes, notamment parmi les élites uniates de langue roumaine, qui souffrent de n’avoir aucune participation au pouvoir (cf. argumentaire de l’évêque uniate roumain Micu-Klein au milieu du XVIIIe siècle). À la fin du XVIIIe siècle, les penseurs roumains de l’École transylvaine (Şcoala Ardeleană) (ro) forment un embryon de bourgeoisie nationale roumaine. Ils réclament la reconnaissance des Roumains comme « Quatrième nation » en Transylvanie (Supplex Libellus Valachorum (ro), 1791-1792).

De leur côté, les Habsbourg, dans "l’esprit des Lumières", tentent des réformes de modernisation et de centralisation, qui passent par une remise en cause des privilèges des ordres hongrois, sicule et saxon issus du Moyen Âge. Joseph II, entre 1781 et 1787, tente toute une série de réformes audacieuses (suppression du servage, démantèlement des institutions médiévales) mais imposées autoritairement et unilatéralement. Annulées en 1790, elles sont l’une des sources de la prise de conscience nationale hongroise en Transylvanie, noble mais aussi bourgeoise, qui commence à réclamer l’union[3] (Unió ) afin de former une Hongrie centralisée. Les Sicules, de langue hongroise, s’identifient, eux aussi, de plus en plus, à une « cause nationale » qui n’est pas sans inspiration du côté des jacobins français.

Le révolutionnaire roumain Avram Iancu en 1849.

À partir de cette époque, la Transylvanie va peu à peu devenir l’enjeu des luttes nationales et des revendications identitaires, qui n’ont toujours pas complètement cessé au début du XXIe siècle. En 1848, le nationalisme romantique du « Printemps des Peuples » qui lutte pour la liberté et la démocratie contre les tyrans souverains, révèle vite ses limites et ses naïvetés en Europe centrale et particulièrement en Transylvanie. La révolution triomphe à Budapest et s’empresse de proclamer le rattachement de la Transylvanie à la « mère-patrie » hongroise et la suppression de la diète locale, jugée archaïque.

Les mouvements nationaux roumain transylvain et saxon ne l’entendent pas de cette oreille. Les Saxons regardent, de plus en plus, vers l’Allemagne qui cherche à Francfort, les voies de son unification. Quant aux Roumains, ils construisent une identité fière du passé romain de la province (grande assemblée de Blaj du 15 mai 1848) : malgré les tentatives de conciliation de Nicolae Bălcescu (qui était allé voir Kossuth à Budapest), les troupes troupes révolutionnaires hongroises répriment les révolutionnaires roumains d’Avram Iancu qui revendiquaient le rétablissement de l’autonomie transylvaine, et qui deviennent dès lors des alliés objectifs de la réaction impériale, laquelle anéantit la Hongrie révolutionnaire en 1849 (cf. martyre des treize généraux à Arad le 6 octobre 1849). Pour les nationalistes hongrois, ils ont trahi la cause révolutionnaire. Pour autant, lorsque l’empereur François-Joseph en visite en Transylvanie convoque Avram Iancu pour le féliciter de sa fidélité, ce dernier lui jette un gant à la figure[4].

Suit une courte période de transition, dite du néo-absolutisme autrichien : la Transylvanie ne disparaît pas, sa Diète est rétablie, mais se trouve paralysée dans un système centraliste, répressif et bureaucratique qui n’en poursuit pas moins des réformes de modernisation commencées par les révolutionnaires hongrois : fin du servage, modernisation des codes juridiques. Subissant plusieurs graves défaites en Italie, puis à Sadowa, l’empereur autrichien François-Joseph doit "lâcher du lest" dans les années 1860. Une diète transylvaine se réunit à Sibiu (Hermannstadt/Nagy Szeben), où pour la première fois, les Roumains sont représentés. Elle vote l’utilisation à égalité des trois langues, roumaine, hongroise et allemande dans l’administration (1863-1864). Néanmoins, après la défaite de Sadowa, l’empereur choisit de ne faire reposer l’équilibre de l’Empire que sur un pacte avec les seuls Hongrois : c’est le compromis austro-hongrois de 1867 (Ausgleich) qui fonde l’Autriche-Hongrie.

En Autriche-Hongrie, dans l’État hongrois (1867-1918)[modifier | modifier le code]

Après 1867, les Hongrois ont carte blanche pour réorganiser la partie de l’Empire qui leur est dévolue (Transleithanie) : dans les frontières de la « Hongrie médiévale », ils établissent un système jacobin de 64 « comitats » (megyek) uniformes (1876). La Transylvanie disparaît définitivement des cartes administratives. La diète de Szeben (Sibiu / Hermannstadt), renvoyée par l’empereur dès 1865, est remplacée par une diète à Kolozsvár (Cluj) qui s’auto-dissout (1868). Le Parlement est désormais à Budapest. Après une première période plutôt conciliatrice (loi Eötvös sur les nationalités de 1868), le gouvernement hongrois mène en Transylvanie une politique de magyarisation de plus en plus poussée et agressive (elle culmine en 1907 avec la loi scolaire Apponyi[5]) dans une province constituée, à l’époque, d’environ 55 % de Roumains, 10 % de Saxons et 35 % de Hongrois. Cette politique, loin d’aboutir, renforce les manifestations identitaires tant roumaines que saxonnes. Les associations nationales de tout type (sport, arts, culture, banque) se multiplient, comme partout en Europe centrale (ou en Irlande).

Nationalistes roumains de Transylvanie en 1894, à l’occasion d’un procès intenté contre eux pour « trahison » par l’État hongrois (procès du Memorandum).

Côté roumain, après une période de boycott dite de « résistance passive » (1867-1902), une élite politique déterminée se forme au début du XXe siècle (Iuliu Maniu, Vaida-Voevod) qui oblige le gouvernement hongrois (István Tisza) à négocier à deux reprises en 1910 et en 1913-1914. En outre, l’unification de la Valachie et de la Moldavie en un seul État de Roumanie (autonome en 1859, indépendant en 1878), est un message fort pour les Roumains transylvains même si l’on ne peut parler de véritable irrédentisme. Quant aux Saxons qui ont perdu leurs privilèges en 1876, ils choisissent majoritairement la voie du compromis avec Budapest (1890) mais, forts de leur avance économique et sociale, ils développent des stratégies de résistance à la magyarisation et, déçus par Vienne, regardent, de plus en plus, vers Berlin où ils envoient leurs jeunes faire leurs études universitaires.

Pendant la Grande Guerre, la Transylvanie va devenir l’objet des tractations et des convoitises entre puissances. Dans les mouvements nationalistes de Roumanie, depuis les années 1880-1890, la revendication du rattachement de la Transylvanie, volontiers qualifiée de « troisième province roumaine » (avec la Valachie et la Moldavie), est devenue un leit-motiv, l’équivalent roumain de la « ligne bleue des Vosges » (on parle ici de « ligne blanche des Carpates »). Mais, au début de la Première Guerre mondiale, le réalisme politique prime, et l’opinion largement francophile du jeune royaume roumain, allié à la Triplice et gouverné par un roi Hohenzollern, ne peut guère laisser libre cours à de telles espérances : la Roumanie reste prudemment neutre, négociant avec les deux camps. Son opinion pousse néanmoins le gouvernement à une alliance avec la France et la Russie contre l’Autriche-Hongrie, pour libérer les « frères transylvains opprimés ».

Le 27 août 1916, la Roumanie déclare la guerre aux Puissances centrales et les troupes roumaines entrent en Transylvanie, mais après quelques semaines de combat et quelques éphémères victoires (prise de Brașov/Brassó/Kronstadt), elles sont repoussées au-delà des cols des Carpates, la Roumanie est envahie par les Austro-Hongrois et les Allemands et est finalement contrainte d’admettre sa défaite en mai 1918 (traité de Bucarest).

En Transylvanie, l’ambiance devient franchement délétère : nouvelles associations ultra-nationalistes hongroises, chasse aux Roumains « traîtres », politique de colonisation rurale anti-roumaine, etc. Certains dirigeants et militants roumains transylvains passent clandestinement dans la petite partie de la Roumanie restée non occupée par les Puissances centrales et forment une « Légion de volontaires transylvains » incorporée dans l’armée roumaine (juin 1917).

À l’automne 1918, quand l’Autriche-Hongrie s’effondre, les Roumains de Transylvanie proclament l’Union de la Transylvanie à la Roumanie (assemblée d’Alba Iulia, 1er décembre 1918, actuellement fête nationale de la Roumanie). Les nationalités (saxonne et hongroise) ne sont pas présentes mais les Transylvains roumains leur donnent des garanties pour le respect de leurs droits.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Avant 1867, on ne peut pas parler de « Transylvanie austro-hongroise » puisque l'Autriche-Hongrie n’existait pas encore : on peut en revanche parler d'une « Transylvanie autrichienne » (depuis 1690) et/ou d'une « Principauté de Transylvanie », vassale successivement du Royaume de Hongrie depuis 1003 et de l'Empire Ottoman depuis le XVIe siècle.
  2. Le compromis dualiste de 1867 ne met pas fin à la souveraineté des Habsbourg sur la Transylvanie, mais la prolonge jusqu’en 1918 en tant que rois de Hongrie.
  3. Union et non « réunion », car la Transylvanie n’avait pas été détachée de la Hongrie : elle avait été un état vassal du royaume hongrois médiéval, puis avait incarné la continuité hongroise durant la période ottomane, pour retrouver, sous les Habsbourg, son statut d'état vassal de la couronne de St-Étienne dans l’ordre hiérarchique de l’Empire d'Autriche : la Hongrie n’avait donc pas à être « reconstituée » mais seulement à être « uniformisée » (centralisée).
  4. Avram Iancu ne doit la vie sauve qu’au statut de "dément" qu’il acquiert à cette occasion
  5. Traian Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin 2008, p. 176

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