Transi

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L'Homme à moulons, Boussu (Belgique), XVIe siècle
Transi de Guillaume d'Harcigny au musée de Laon
Partie basse (transi) du Gisant de Jean III de Trazegnies et de son épouse Isabeau de Werchin (1550) - Église Saint-Martin (Trazegnies) Il est entouré d'inscriptions en caractères gothiques : elles servent de commentaires. On y lit ces mots :
« Mors omnia solvit. Nascentes morimur, Mors ultirna linea rerum. Ortus cuncta suos repetunt matremque requirunt, Et redit ad nihilum quod fuit antea nihil. Charlé de Tyberchamps: Notice descriptive et historique des principaux chateaux  »

Contrairement au gisant représentant un personnage couché et endormi, dans une attitude béate ou souriante, le transi est une sculpture funéraire qui figure un personnage également couché, mais ici dans le réalisme de la putréfaction. De façon exceptionnelle, ce transi, comme celui du duc René dans l’église Saint-Étienne à Bar-le-Duc, sculpté par Ligier Richier, est debout, son écu lissé, et tendant son cœur à pleine main vers le ciel[1].

Sommaire

[modifier] Contexte

Apparu dans ce XIVe siècle où guerre (celle de Cent Ans), peste et famine ont emporté la moitié de la population, le transi marque une cassure dans l'art funéraire du Moyen Âge. L'horreur et les vers, la putréfaction et les crapauds remplacent — brutalement — sourires, heaume ou hennin. Guillaume de Harcigny ne joint pas les mains dévotement, mais tente, de ses phalanges sèches, de cacher un sexe pourri depuis longtemps. Le cardinal Lagrange exhorte le passant non à prier pour lui, mais à faire preuve d'humilité, car tu seras bientôt comme moi, un cadavre hideux, pâture des vers[2].

Le terme transi apparaît au XIIe siècle dans l'acception de « transi de vie », c'est-à-dire « trépassé ». La religion populaire, empreinte de magie, en fait un saint à invoquer dans les cas désespérés. On trouve un bon exemple de ce culte à Ganagobie dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Seules certaines régions sont touchées par le remplacement des gisants par des transis. Ainsi en est-il de l'Est de la France et de l'Allemagne occidentale. En revanche, le transi demeure exceptionnel en Italie ou en Espagne[3]

[modifier] Interprétations

Huizinga voit la preuve dans l'apparition des transis d'une crise morale. Tenenti, à l'inverse, y voit une horreur de la mort : célébration de « la vie pleine ». Philippe Ariès se positionne plutôt du côté de Tenenti. Se fondant sur les derniers vers du sonnet I de Ronsard (« O charoigne, qui n'es mais hon,/Qui te tenra lors compaignée ?/ Ce qui istra [sortira] de ta liqueur,/ Vers engendrés de la pueur/ De ta ville chair encharoignée. », cité p. 30), l'historien nous explique que l'horreur de la décomposition n'est pas post mortem, mais dans la maladie[4].

[modifier] Quelques transis

En France et en Europe, on dénombre environ :

parmi lesquels ceux de :

[modifier] Notes

  1. [1] Restauration du transi de René de Chalon
  2. Utzinger (Hélène et Bertrand), Itinéraires des Danses macabres, éditions J.M. Garnier, 1996, ISBN 2-908974-14-2.
  3. Philippe Ariès, Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen Âge à nos jours, Paris, Seuil, 1975
  4. Philippe Ariès, Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen Âge à nos jours, Paris, Seuil, 1975, p.38-39
  5. page sur l'église et son transi
  6. [2] Moux 11700.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Bibliographie

  • Françoise Baron, Le médecin, le prince, les prélats et la mort. L'apparition du transi dans la sculpture française du Moyen Âge dans les Cahiers archéologiques. Numéro 51. Paris, Picard, 2006, p. 125-158.

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

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