Trait (liturgie)

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Chant grégorien
Image illustrative de l'article Trait (liturgie)
Plain-chant
Neumes
Modalité grégorienne
Répertoire grégorien
Introït - Kyrie - Gloria - Graduel - Alléluia - Trait - Séquence - Credo - Offertoire - Préface - Sanctus - Agnus Dei - Communion - Ite

Genres: Antienne - Hymne - Répons

Articles sur la musique sacrée

Le Trait, en latin Tractus, est une pièce de chant grégorien. Elle est chantée à la place de l'alléluia, essentiellement pendant le carême (autrefois: après la septuagésime) et aux messes des Quatre-Temps.

Ce chant appartient à la couche la plus ancienne du répertoire chanté de la liturgie latine et son nom même évoque un mode primitif de psalmodie (première moitié du IVe siècle) : psalmodie intégrale (ou quasi intégrale du psaume), sans réponse de l’assemblée, et dite pour cette raison in directum (d’un trait)[1]. Il s'oppose au psaume responsorial qui est chanté avec une alternance entre les versets du psaume et un répons/antienne comme un refrain ou encore aux psaumes chantés en alternance entre deux chœurs.

Voici ce qu’Amalaire de Metz (775-850), grand liturgiste carolingien et ambassadeur de Charlemagne à Constantinople, nous dit du trait dans son vaste commentaire de la célébration eucharistique et de l’année liturgique :

« Chez nous (en Occident), on ne chante pas l’alléluia pendant ce temps (les soixante-dix jours avant Pâques), ni l’hymne si doux des anges Gloria in excelsis Deo, mais le trait à la place. « Trait » (tractus) vient de « traîner » (trahere). C’est de ce « trait » que l’apôtre Paul nous inculque le sentiment lorsqu’il écrit : « (Nous nous recommandons comme les ministres de Dieu) dans la patience, dans la suavité » (2 Co 6, 6). Car le trait se prolonge et il est suave à l’oreille[2]. »

Au cours des siècles la mélodie des traits s'est développée, obligeant à réduire les psaumes à quelques versets seulement.

Tractus Absolve.png

La messe de Requiem comporte également un trait, "Absolve, Domine" (où il peut être suivi de la Séquence Dies Irae). La réforme liturgique de Vatican II a conservé cet usage en autorisant également un Alléluia[3].

Le trait grégorien[modifier | modifier le code]

Le répertoire grégorien comporte une centaine de traits : pour les messes du carême, les messes du sanctoral de cette période, et les messes du commun.

Le trait comprend plusieurs versets de psaumes, sans antienne. C'est une pièce technique, de style fortement mélismatique, réservée à des solistes.

À la suite du Concile Vatican II, de nouvelles formes de traits sont proposés, utilisant le ton C, habituellement utilisé pour les psaumes sans antiennes, notamment dans les complies du rite bénédictins. Ainsi les petites églises ne disposant pas de schola peuvent tout de même avoir des traits dans la liturgie du Carême[4],[5].

Les traits présentent la particularité de se répartir (à parts égales) en deux types : du deuxième mode (mode archaïque de RÉ) ou du huitième mode. Les formules des versets sont beaucoup plus uniformes dans les traits du huitième mode. Qu’ils soient du 2e mode ou du 8e mode, les traits présentent les mêmes caractéristiques : il s’agit d’une psalmodie ornée, avec des formules récurrentes d’intonation, de médiante et de terminaison. L’aspect stéréotypé du genre, auxiliaire de la mémorisation[6], ne contrevient nullement à l’expressivité ni au figuratisme de détail, au point que l’on perçoit encore fort bien la liberté d’improvisation dont les chantres pouvaient faire preuve à l’intérieur du cadre obligé : ainsi sur le mot montes (les « montagnes ») dans le trait Qui confidunt (Ps 124) du 3e dimanche, ou sur le mot longe (« loin de moi ») dans le trait Deus meus de la Passion (Ps 21).

Le trait du 1er dimanche de Carême est constitué de la quasi-totalité du psaume 90, psaume considéré comme emblématique de la période quadragésimale pour la simple raison que Jésus en cite deux versets dans sa deuxième riposte au Tentateur (v. 11-12 en Mt 4, 6 et Lc 3, 10)[7]. C’est du reste à ce même psaume que, de façon tout à fait exceptionnelle, sont empruntées toutes les pièces chantées de ce 1er dimanche. Quant aux autres traits du Carême, ils portent la trace de l’organisation primitive du lectionnaire et du Cantatorium à Rome pendant cette période liturgique : on « montait à Jérusalem » pour la Pâque avec le Seigneur en utilisant la série des psaumes dits « graduels » (Cantiques des Montées, Ps 119 à 130)[8], eux-mêmes mis en rapport avec les grandes pages de l’évangile de Jean qui rythmaient alors la catéchèse des candidats au baptême.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Ph. Bernard, « La Schola Cantorum romaine et les échanges liturgiques avec la Gaule au VIe siècle », Études Grégoriennes, 27, 1999, p. 63-69.
  2. Amalaire de Metz, Liber officialis, I, 1, 16, éd. J.M. Hanssens, t. 2, p. 32.
  3. Graduale Romanum, ed. 1974
  4. Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n°117
  5. Graduale Simplex, Libreria Editrice Vaticana
  6. Voir M.-N. Colette, « Le chant, expression première de l’oralité dans la liturgie médiévale », La Maison-Dieu, 226, 2001 / 2, p. 82-83.
  7. Comme l’attestent les manuscrits bénéventains, le trait Qui habitat était primitivement attaché, dans la tradition romaine, à la liturgie du Vendredi saint : le verset 13 – « Tu fouleras aux pieds le lion et le dragon » – annonce la victoire pascale du Christ. Voir Paléographie Musicale, t. XIV, p. 303, note 1.
  8. Voir Dom J. Claire, « Les psaumes graduels au cœur de la liturgie quadragésimale », Études Grégoriennes, 21, 1986, p. 5-12.

Liens[modifier | modifier le code]