Traité de bave et d'éternité

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Traité de bave et d'éternité est un film expérimental français écrit et réalisé par Isidore Isou en 1951, produit par Marc'O, et monté avec l'aide de Maurice Lemaître. Durée : 120 min. Il s'agit de la première œuvre du cinéma lettriste. Ce film fait scandale à Cannes en 1951 et reçoit le Prix des Spectateurs d'Avant-Garde.

Montage[modifier | modifier le code]

Ce film est basé sur le principe qu'Isou appelle le montage discrépant, qui consiste en une disjonction totale entre le son et l'image, traités de manière autonome sans aucune relation signifiante.

Son[modifier | modifier le code]

Ainsi, la bande-son est constituée de poèmes lettristes (servant de générique et d'interludes), auxquels s'adjoint une narration contant l'histoire de Daniel, auteur d'un manifeste pour un nouveau cinéma (le cinéma discrépant), de son discours face à un public hostile et de son histoire d'amour avec une dénommée Ève.

L'autonomisation du son a pour but de le faire s'épanouir pleinement, sans tenir compte de l'image, lui offrant ainsi toute la richesse stylistique de la prose, devenant un véritable roman parlé (procédé qui inspirera notamment Chris Marker pour son film La Jetée).

Image[modifier | modifier le code]

La bande-image, quant à elle, constituée, en grande partie, de found footage, présente une succession d'images banales : Isou errant dans le quartier de Saint-Germain-des-Près ou en compagnie de personnalités (comme Cendrars ou Cocteau), des fragments de films militaires récupérés dans les poubelles de l'armée ou d'exercices de gymnastique filmés, et des plans d'actualités de personnalités de l'époque, telle l'actrice Danièle Delorme.

Ces images servent de prétexte à l'utilisation de la ciselure, procédé rendu en peignant, grattant ou rayant directement la pellicule, séparant ainsi chaque photogramme, habituellement perdu dans le mouvement général d'un film, pour l'explorer en lui-même et l'anéantir. L'image se retrouve parfois réduite à des écrans blancs ou noirs à divers moments du film.

Démarche[modifier | modifier le code]

Ce film est bâti sur le fait que le cinéma n'a cessé de s'enrichir et de se perfectionner, depuis les frères Lumière jusqu'à Cocteau et Bunuel (en passant par Méliès, Murnau, Chaplin ou Einsenstein), mais que, depuis lors, il s'est banalisé, cessant d'être créatif pour devenir simplement productif, à l'instar des films commerciaux hollywoodiens.

Par souci de créativité, Isou constate que la seule manière de faire un film original est de le détruire en ses fondements propres, où l'anéantissement cinématographique peut être générateur de nouvelles beautés.

Influence[modifier | modifier le code]

Cette phase destructive du cinéma est nommée cinéma ciselant, dont le cinéma discrépant n'est que la première étape et qui sera approfondi la même année par Maurice Lemaître (Le film est déjà commencé?), puis l'année suivante par Gil J Wolman (L'Anticoncept), et Guy Debord (Hurlements en faveur de Sade).

Isou ira même jusqu'à proposer, en 1952, le Film-débat, film sans pellicule uniquement constitué des discussions des spectateurs sur un film possible.

Traité de bave et d'éternité a eu une influence durable sur le cinéma en général et le cinéma expérimental en particulier, devenant une référence pour les cinéastes de la Nouvelle Vague (et notamment de Jean-Luc Godard et Alain Resnais) et du cinéma underground américain (chez Stan Brakhage). On retrouve aussi son influence dans la plupart des films de Debord ou de Chris Marker.

Autres[modifier | modifier le code]

Le texte du film a été publié dans Œuvres de spectacle d'Isidore Isou (éditions Gallimard, 1964). Par ailleurs, le film est sorti en DVD chez Re:voir en 2008.

Citations du film[modifier | modifier le code]

« Je crois premièrement que le cinéma est trop riche. Il est obèse. Il a atteint ses limites, son maximum. Au premier mouvement d’élargissement qu’il esquissera, le cinéma éclatera ! »

« J’annonce la destruction du cinéma, le premier signe apocalyptique de disjonction, de rupture, de cet organisme ballonné et ventru qui s’appelle film. »

Interprétation[modifier | modifier le code]

et aussi les voix d'Isidore Isou, François Dufrêne et Gil J Wolman

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isidore Isou, Esthétique du cinéma in revue Ion n°1, 1952 (Rééd. JP Rocher, 1999)
  • Isidore Isou, Œuvres de spectacle, ed. Gallimard, 1964
  • Frédérique Devaux, Le cinéma lettriste, ed. Paris expérimental, 1992
  • Frédérique Devaux, Le Traité de bave et d'éternité d'Isidore Isou, ed. Yellow now, 1994
  • Isidore Isou, Traité de bave et d'éternité, ed. Hors Commerce, 2000

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]