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Traité de la Tafna

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Le traité de la Tafna, du nom de l'oued Tafna, dans la région de Tlemcen en Algérie, est signé le 30 mai 1837[1], entre l'émir Abd el-Kader et le général Bugeaud.

Contexte[modifier | modifier le code]

En 1832, suite au début de la conquête française de l'Algérie, Abd el-Kader devient le chef de guerre (amir) des tribus de la région de Mascara et réussit ensuite à établir son autorité dans la plus grande partie de l'Oranie (l'ancien beylik d'Oran de la Régence d'Alger), sauf les lieux occupés par les Français, notamment Oran.

En 1834, un traité est conclu entre l'émir et le général Desmichels, commandant à Oran, mais, paraissant trop favorable à l'émir, il n'est pas réellement accepté par les autorités françaises : Desmichels est relevé de ses fonctions, ainsi que le commandant en chef Théophile Voirol, remplacé par le comte d'Erlon (1834-1835), premier gouverneur général, auquel succède le général Clauzel (1835-1837), qui lance une politique d'hostilités ouvertes.

Cette politique est un échec : les troupes françaises subissent des revers militaires face aux forces d'Abd-El-Kader, en particulier lors la bataille de la Macta en 1835. Appelé à intervenir pour rétablir la situation, le général Bugeaud remporte la victoire de la Sikkak en juillet 1836.

Le gouvernement français désavoue cependant la politique du général Clauzel qui est relevé en février 1837 et remplacé par le général Damrémont : la perspective générale est désormais de consolider les possessions françaises du littoral, mais aussi de mettre fin à l'insoumission du bey de Constantine, Ahmed Bey, alors que Clauzel a échoué lors de la première expédition contre lui en octobre 1836.

C'est dans ce cadre qu'un traité est négocié entre Bugeaud et Abd el-Kader.

Le traité[modifier | modifier le code]

Les termes du traité demandent à Abd el-Kader de reconnaître la souveraineté de la France en Afrique du Nord. La contrepartie pour les Français est de reconnaître le pouvoir d'Abd el-Kader sur environ deux tiers de l'ancienne Régence d'Alger, les anciens beyliks d'Oran et de Médéa (ou du Titteri), sauf les territoires définis par l'article 2 du traité.

Texte du traité[modifier | modifier le code]

« Entre le lieutenant général Bugeaud, commandant les troupes françaises dans la province d'Oran, et l'émir Abd-el-Kader, a été convenu le traité suivant :

  • Article 1 : L'Émir Abd el Kader reconnaît la souveraineté de la France en Afrique.
  • Article 2 : La France se réserve, dans la province d'Oran, Mostaganem, Mazagran, et leurs territoires, Oran, Arzew, et un territoire limité comme suit : à l'Est par la rivière Macta, et les marais dont elle sort ; au Sud, par une ligne partant des marais précités, passant par les rives sud du lac, et se prolongeant jusqu'à l'oued Maleh dans la direction de Sidi Saïd ; et de cette rivière jusqu'à la mer, appartiendra aux Français. Dans la province d'Alger, Alger, le sahel, la plaine de la Metidja - limitée à l'Est par l'oued Khuddra, en aval ; au Sud par la crête de la première chaîne du petit Atlas, jusqu'à la Chiffa jusqu'au saillant de Mazafran, et de là par une ligne directe jusqu'à la mer, y compris Coleah et son territoire - seront français.
  • Article 3 : L'Émir aura l'administration de la province d'Oran, de celle du Tittery, et de cette partie de la province d'Alger qui n'est pas comprise, à l'Est, à l'intérieur des limites indiquées par l'article 2. Il ne pourra pénétrer dans aucune autre partie de la régence.
  • Article 4 : L'Émir n'aura aucune autorité sur les Musulmans qui désirent résider sur le territoire réservé à la France ; mais ceux-ci seront libres d'aller résider sur le territoire sous l'administration de l'Émir ; de la même façon, les habitants vivant sous l'administration de l'Émir pourront s'établir sur le territoire français.
  • Article 5 : Les Arabes habitant sur le territoire français jouiront du libre exercice de leur religion. Ils pourront construire des mosquées, et accomplir leurs devoirs religieux en tous points, sous l'autorité de leurs chefs spirituels.
  • Article 6 : L'Émir livrera à l'armée française 30 000 mesures de blés, 30 000 mesures d'orge et 5 000 bœufs.
  • Article 7 : L'Émir aura la faculté d'acheter en France, la poudre, le soufre, et les armes qu'il demandera.
  • Article 8 : Les kouloughlis désirant rester à Tlemcen, ou ailleurs, y auront la libre possession de leurs propriétés, et seront traités comme des citoyens. Ceux qui désirent se retirer dans le territoire français, pourront vendre ou louer librement leurs propriétés.
  • Article 9 : La France cède à l'Émir, Rachgoun, Tlemcen, sa citadelle, et tous les canons qui s'y trouvaient primitivement. L'Émir s'engage à convoyer jusqu'à Oran tous les bagages, aussi bien que les munitions de guerre, appartenant à la garnison de Tlemcen.
  • Article 10 : Le commerce sera libre entre les Arabes et les Français. Ils pourront réciproquement aller s'établir sur chacun de leurs territoires.
  • Article 11 : Les Français seront respectés parmi les Arabes, comme les Arabes parmi les Français. Les fermes et les propriétés que les Français ont acquises, ou pourront acquérir, sur le territoire arabe, leur seront garanties : ils en jouiront librement, et l'Émir s'engage à les indemniser pour tous les dommages que les Arabes pourront leur causer.
  • Article 12 : Les criminels, sur les deux territoires, seront réciproquement livrés.
  • Article 13 : L'Émir s'engage à ne remettre aucun point de la côte à aucune puissance étrangère, quelle qu'elle soit, sans l'autorisation de la France.
  • Article 14 : Le commerce de la Régence ne passera que par les ports français.
  • Article 15 : La France maintiendra des agents auprès de l'Émir, et dans les villes sous sa juridiction, pour servir d'intermédiaires aux sujets français, dans tous les différends commerciaux qu'ils pourront avoir avec les Arabes. L'Émir jouira de la même faculté dans les villes et ports français. 

Tafna, le 30 mai 1837

Le lieutenant général commandant la province d'Oran, Bugeaud »

Conséquences du traité[modifier | modifier le code]

Massacre des Ben Zetoun (1837)[modifier | modifier le code]

Le traité de la Tafna a remis entre les mains d'Abd-el-Kader la petite tribu des Ben Zetoun, la seule de la Mitidja qui avait collaboré avec les occupants et soutenu l'occupation de l'Algérie par la France, et qui fut ensuite entièrement anéantie, seuls 1600 survivants seront recueillis par les Français[travail inédit ?].

Remise en cause du traité (1839)[modifier | modifier le code]

En novembre 1837, le général Damrémont lance la seconde expédition contre Constantine, qui réussit, malgré la mort de Damrémont sous les murs de la ville (il est remplacé par le général Valée).

Constantine ne faisant pas partie des territoires de l'émir, la trêve se prolonge jusqu'en 1839, deux années qui permettent à l'émir de perfectionner son Etat.

Mais, en 1839, a lieu l’expédition des Portes de Fer : les troupes françaises établissent une jonction terrestre entre Alger et Constantine, passant de ce fait par des territoires (les Bibans) inclus dans le territoire de l'émir. Celui-ci en fait un casus belli et, le 15 octobre 1839, informe le général Valée du retour à l'état de guerre. Celle-ci prendra fin en 1847 avec la reddition d'Abd el-Kader.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Malek Chebel, Dictionnaire Amoureux de l’Algérie, Plon, 501 p. (ISBN 2-259-21236-0), p. 391.

Lien externe[modifier | modifier le code]