Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Traité entre la Mongolie et le Tibet

Présentation
Titre Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet
Pays
Mongolie
Mongolie
Tibet
Tibet
Territoire d'application
Mongolie
Mongolie
Tibet
Tibet
Type Traité
Adoption et entrée en vigueur
Signature 8 janvier 1913
(le 29 décembre 1912 selon le calendrier julien)

Lire en ligne Texte sur Wikisource

Le Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet

Un Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet a été signé le 2 février[1] 1913, à Ourga (maintenant Oulan-Bator). D'autres sources mentionnent le 29 décembre 1912 selon le calendrier julien et le 8 janvier 1913[2].

Son texte en langue mongole a été publié par l'Académie des sciences de Mongolie en 1982[3], et en 2007 un exemplaire original en langue tibétaine et en écriture tibétaine est apparu dans les archives mongoles[4].

Signature du traité[modifier | modifier le code]

Après la chute de la dynastie mandchoue lors de la révolution de 1911, le Tibet et la Mongolie ont tous deux déclaré leur indépendance formelle[5], qui n’a cependant pas été reconnue officiellement par la République de Chine.

Dans le traité d'amitié et d'alliance, la Mongolie et le Tibet déclaraient leur reconnaissance et fidélité mutuelles. Les représentants mongols ayant signé le traité étaient le ministre des affaires étrangères Da Lama Ravdan et le Général Manlaibaatar Damdinsüren (en). La délégation tibétaine qui a signé ce document était composée de Gendun-Galsan, un Tibétain, et d'Agvan Dorjiev, un Bouriate (ressortissant de l'empire russe). Le Traité porte les sceaux des représentants du Tibet et de la Mongolie[6].

Selon Charles Alfred Bell, ce traité n'aurait jamais été ratifié et le 13e dalaï-lama n'aurait pas donné de mandat à Agvan Dorjiev[7],[8]. Selon Warren W. Smith Jr, en désavouant partiellement le traité, le dalaï-lama souhaitait apaiser les craintes des Britanniques concernant une ingérence russe au Tibet[9]. L'autorité d'Agvan Dorjiev concernant ce traité a été, et est toujours, discutée par certaines autorités.

Selon la Commission internationale de juristes, les archives russes ont récemment révélé que Dorjiev était bien un représentant autorisé du 13e dalaï-lama et le traité Tibet-Mongolie de reconnaissance mutuelle un traité légitime[10].

Selon le 14e dalaï-lama, ce traité est entré en vigueur sous l'autorité du 13e dalaï-lama[11]. Pour John Snelling, le 13e dalaï-lama conféra à Dorjiev les pouvoirs plénipotentiaires pour négocier et finaliser un rapprochement entre la Mongolie et le Tibet en tant qu’États souverains[12].

Pour autant, ainsi que l'écrit en 2009 Barry Sautman dans All that Glitters is Not Gold, la Mongolie n'était pas reconnue en tant qu'État en 1913. Elle avait proclamé son indépendance fin 1911 alors que de nombreux territoires et provinces de Chine faisaient sécession à la suite de la chute de la dynastie des Qing. La Mongolie ne fut reconnue que des décennies plus tard par la Russie et la Chine : l'Union soviétique et la République de Chine ne reconnurent la Mongolie qu'en 1946 (pour revenir, en ce qui concerne la République de Chine (i.e. Taïwan), sur cette reconnaissance en 1953 avant de se raviser en 2002). Les États-Unis ne reconnurent la Mongolie qu'en 1987. Le Tibet et la Mongolie en 1913 n'étant pas reconnus comme États par les autres États, le fait pour l'un et l'autre de se reconnaître mutuellement n'a pas plus d'importance que la reconnaissance mutuelle de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie aujourd'hui[13].

Elliot Sperling remarque que Sautman ne va pas au-delà des points de vue de la Chine. Pour Sperling, que les Tibétains et les Mongols aient affirmé dans leur traité de 1913 avoir émergé de la domination par l'État mandchou et n'être ainsi plus reliés avec la Chine est significatif sur le plan de la terminologie[14]. Il faut aussi préciser que les États-Unis se sont abstenus, mais n'ont pas voté contre l'admission de la Mongolie à l'ONU en 1961[15].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Lors de la Convention de Simla, les informations au sujet du traité ont suscité des soupçons considérables parmi les négociateurs britanniques qui craignaient que la Russie n'utilise le traité pour influer sur les questions tibétaines[7]. Un traité similaire, le Traité tripartite de Kiakhta, a été signé par la Mongolie, la République de Chine et la Russie le 25 mai 1915[16]. L'accord a affirmé l'autonomie complète de la Mongolie dans les questions internes et les privilèges russes en Mongolie, formellement reconnaissant en même temps la suzeraineté de Chine sur le pays[17].

Extrait[modifier | modifier le code]

Dans les premières lignes du traité, le Tibet et la Mongolie attestent s'être libérés de la domination Mandchoue et d'avoir chacun constitué un État indépendant. De courts articles portent notamment sur :

  • l'engagement mutuel de secours et d'assistance du Tibet et de la Mongolie ;
  • les dispositions commerciales et financières[6].
« La Mongolie et le Tibet s'étant libérés de la dynastie mandchoue et séparés de la Chine, sont devenus des États indépendants. Les deux États ont toujours professé une seule et même religion, et, afin de consolider leur ancienne amitié mutuelle, ils sont convenus de signer [cet accord] » [18] .

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Udo B. Barkmann, Geschichte der Mongolei, Bonn 1999, pp. 119-122, 380f.
  2. (en) Treaty of Friendship and Alliance Between the Government of Mongolia and Tibet (1913)
  3. (de) Udo B. Barkmann, Geschichte der Mongolei, Bonn 1999, p. 380f.
  4. (en) Tibet - Mongolia Treaty of 1913, a proof of Tibet’s independence: Interview with Prof. Elliot Sperling.
  5. (en) Tenzin Pema, Experts highlight significance of 1913 Tibet - Mongolia Treaty at seminar, sur le site phayul.com, 1er janvier 2011.
  6. a et b (en) Phurbu Thinley, Tibet - Mongolia Treaty of 1913, a proof of Tibet’s independence: Interview, sur le site phayul.com, 12 novembre 2008.
  7. a et b (en) Bell, Charles, Tibet Past and Present, Oxford, Clarendon Press, 1924, pp. 150f, 228f, 304f.
  8. (en) Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet, M. E. Sharpe, 1996, p. 65.
  9. Anne-Marie Blondeau et Tsering Shakya in Le Tibet est-il chinois ?, Albin Michel, 2002, (ISBN 2-226-13426-3) p. 77, citant Warren W. Smith Jr Tibetan Nation: A History of Tibetan Nationalism and Sino-Tibetan Relations, Westview Press, (ISBN 978-0813332802), pp 185-186
  10. (en) Tibet: Human Rights and the Rule of Law, International Commission of Jurists, 1997, p. 39 : « However recent information from Russian archives reveals that Dorjiev was an authorized representative of the Dalai Lama and that the Tibet-Mongolia treaty of mutual recognition was a legitimate treaty »
  11. (en) Dalai Lama, My Land and My People, New York, 1962, « In 1913 the Tibetan Government entered into a treaty with the Government of Mongolia. This entreaty was entered into under the authority of the Dalai Lama. By this treaty Tibet and Mongolia declare that they recognized each other as independent countries ».
  12. (en) John Snelling, Buddhism in Russia: The Story of Agvan Dorzhiev : Lhasa's Emissary to the Tsar, Éditeur Élément, 1993 (ISBN 9781852303327) : « The Dalai Lama invested Dorzhiev with plenipotentiary powers to negotiate and finalize a rapprochement between Mongolia and Tibet as sovereign states ».
  13. (en) Barry Sautman, “All that Glitters is Not Gold”: Tibet as a Pseudo-State 2009 : « Norbu claims Tibet had a mutual recognition treaty with Mongolia in 1913 and the Simla treaty of 1914 with Britain, but Tibet was not recognized by any established state in the modern era, the era that matters to the modern concept of statehood. Mongolia was not a recognized state in 1913. It proclaimed independence in late 1911, when many Chinese provinces and territories were declaring they were separate, because the Qing Dynasty had just collapsed. Mongolia was not recognized until decades later by Russia and China, the two states whose territories surround Mongolia, or by Japan, the power most interested in prying Mongolia loose from Russian and Chinese influence. The Soviet Union and ROC recognized Mongolia only in 1946 and the latter withdrew its recognition in 1953. It did not recognize Mongolia again until 2002. Japan recognized Mongolia in 1972; the US did so only in 1987. (...) The treaty [with Mongolia] was apparently inspired and executed with Russian interests at the fore; yet, whether that is so is not the main point, because Tibet and Mongolia were not recognized as states. Thus, for them to recognize each other had no more significance than the present-day mutual recognition by South Ossetia and Abhazia (...) ».
  14. (en) Elliot Sperling, The History Boy, Rangzen Alliance, 24 juin 2010 : « Sautman is oblivious to all of this because he does not (and seems to feel no need to) go beyond the views from China. That the Tibetans and Mongols asserted in their 1913 treaty that they had emerged from under rule by the Manchu State and were thus no longer linked with China (Rgya-nag) is significant in terms of terminology. »
  15. 166 (1961). Résolution du 25 octobre 1961.
  16. Mongolia - Modern Mongolia, 1911-84, Country Studies US
  17. Treaty text quoted from B.L. Putnam Weale, The Fight For The Republic In China
  18. La nouvelle histoire du Tibet de Gilles Van Grasdorff Édition Perrin 2006 Pages 269

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :